Le Pernaut-Sarko show a tenu ses promesses

Le président tiendra-t-il les siennes ?

Publié le 26 janvier 2010 à 7:02 dans Médias

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Avant même le direct de TF1, on a écrit beaucoup de vilenies sur la nature de l’intervention télévisée du président ce lundi soir. Quitte à en surprendre quelques-uns, nous dirons que la plupart de ces attaques ex ante étaient de mauvaise foi, notamment celles portant sur l’incapacité supposée de Jean-Pierre Pernaut à animer une émission politique avec le chef de l’Etat. Ce n’est pas parce qu’on présente le JT de 13 heures à des millions de Français CSP pas ++ qu’on est d’office disqualifié pour ce genre d’exercice. Et de fait, on a vu à maintes reprises JPP étayer, statistiques à l’appui, le mécontentement des interlocuteurs du président, voire surenchérir sur ceux-ci. À l’arrivée, il s’est révélé autrement plus vigoureux que n’auraient pu l’être la plupart des grandes consciences affectées aux éditoriaux de la presse écrite nationale. La remarque vaut encore plus pour le panel de Français-d’en-bas qu’on avait collé aux basques du président et qui ont, pour la plupart, exposé sans chichis les problèmes qui pourrissent l’ambiance pour soixante et quelques millions d’entre nous.

Délocalisations, chômage des jeunes diplômés, producteurs de lait pris à la gorge, artisans saisis par le fisc, précarité de l’emploi dans l’Education nationale, banques qui refusent les crédits aux PME, misère dans les hôpitaux publics : un vrai festival de vraies questions qu’on a du mal à imaginer, tant pis pour la confraternité, portées par les professionnels abonnés aux plateaux télé. On notera au passage que le hors-d’œuvre, joué dans un registre beaucoup plus classique, à savoir l’intervention liminaire du président face à Laurence Ferrari dans le 20 heures, fut assez pitoyable. Dans le genre connivent, convenu et attendu, on croyait revoir le duo Claire Chazal-Balladur pendant la campagne de 1995, mais en pire, c’est dire…

La suite, donc, se révéla heureusement beaucoup plus rock and roll. Indubitablement, l’exercice n° 2 lui sied plus : le président se décoince, se déride et même se lâche. Il maîtrise ses dossiers sans ramener trop sa science, répond avec faconde à toutes les questions, appelle chacun par son prénom, on le sent quasi à la limite du tutoiement. Et, surtout, il est presque toujours d’accord avec tout le monde, syndicaliste CGT compris. Oui, on va produire en France les voitures destinées au marché français – et même aux pays limitrophes. Oui, on va empêcher les routiers bulgares de faire du dumping. Oui, on va pénaliser les produits made in China au nom de la taxe carbone. Oui, on va faire entendre raison aux pays non-agricoles de l’Union européenne sur le prix du lait. Oui, on va titulariser les fonctionnaires précaires et augmenter leurs salaires, notamment ceux des gentilles infirmières. La liste des engagements n’est pas exhaustive, on a pris des notes, des fois que les collaborateurs du président auraient oublié de le faire. Le cas échéant, vilains que nous sommes, on n’hésitera pas à les ressortir.

On l’aura remarqué au passage, nos petits Français du panel semblaient curieusement assez peu angoissés par les réformes constitutionnelles ou la suppression du juge d’instruction, et essentiellement motivés par des questions au ras du sol, par le social pour parler clair. Peut-être les avait-on choisis exprès tous poujadistes ? Peut-être que ce sont-là les questions qui préoccupent vraiment les gens ? Et peut-être même que le président, à qui il arrive de lire quelques sondages, a fait exprès cette émission pour écouter du social, parler de social, promettre du social. Badaboum badaboum, le Sarkozy de la feuille de paye is back in town. Vous avez dit “déjà vu” ?

Car c’est bien là que le bât blesse. Le président promet à mi-mandat de faire beaucoup plus que ce qu’il n’a pas voulu faire durant ses trente premiers mois d’exercice. Bon d’accord, il y a la crise mondiale. Admettons, dans un immense sursaut d’indulgence, que c’est uniquement à cause de cette catastrophe naturelle qu’on n’a pas fait ce qu’on avait dit. Mais, même en imaginant qu’elle disparaisse demain matin, Nicolas Sarkozy sera-t-il moins entravé dans ses élans populophiles par les critères de Bruxelles, les engagements pris auprès de l’OMC ou ses liens avérés avec des milieux d’affaires pas toujours obsédés par la ré-industrialisation du territoire ? On peut croire aux miracles. Ou pas.

Une chose est certaine en tout cas : le président est décidé à récupérer le terrain gagné en 2007 et perdu depuis en milieu populaire. On l’avait déjà écrit à propos de Martine Aubry, et on est moins que jamais d’humeur à se déjuger aujourd’hui : l’un des enjeux décisifs de la prochaine présidentielle est l’électorat des salariés modestes. Traditionnellement ancré à gauche, voire à la gauche de la gauche depuis la Genèse, il a volé en éclat dans les années 1980, fuguant tout d’abord du PC vers le PS en 1981, puis se disséminant ensuite entre le vote FN et l’abstention de masse, avant de retomber en partie dans l’escarcelle sarkozyste à l’occasion de la dernière présidentielle. Déçu côté feuille de paye, choqué dans ses aspirations égalitaires par des affaires type Epad ou Proglio, aujourd’hui cet électorat se cherche. Reste à savoir si ce recentrage présidentiel, en supposant qu’il ne soit pas purement communicationnel, n’arrive pas un chouïa trop tard, ce que nous serions un rien portés à croire. Pour regagner la France qui se lève tôt, vaut mieux se réveiller de bonne heure.

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  • 31 January 2010 à 11h02

    Jardidi dit

    L’intervention télévisée de Sarkozy visait les régionales. Il doit savoir que ce discours ne sera pas crédible en 2012 et, s’il n’a pas perdu l’esprit, il sait qu’il lui faudra choisir une autre stratégie. D’autant plus que vous confirmez le virage du PS vers les classes populaires.
    Les questions pour 2012 sont peut-être: “A-t’il perdu la tête?”,” Fait-il confiance à son charme?”, “Quelle est sa stratégie de rechange pour 2012?”.

  • 30 January 2010 à 9h40

    Minos dit

    “Têtuniçois dit :
    26 janvier 2010 à 19:26
    Comme par hasard , les sièges des intervenants étaient noirs et celui du bonimenteur était blanc ..”
    Ca c’est de l’analyse sémiotique!!!!! Un message subliminal puissant!!! Pire que cela. Il n’a même pas évoqué le mariage gay!!!

  • 29 January 2010 à 3h31

    pirate dit

    “Reste à savoir si ce recentrage présidentiel, en supposant qu’il ne soit pas purement communicationnel…”

    Supposition bien inutile.

  • 27 January 2010 à 17h25

    gégé dit

    La question fondamentale que je me pose est :
    POURQUOI Marc, écrit-il avec 4 mains ??????
    Pourquoi a-t-il besoin d’une autre paire de mains ????

    De toute facon MARC, je reconnais toutes vos phrases, arretez donc de vous cacher derrière ” aimé “,.

  • 27 January 2010 à 9h09

    eclair dit

    teddy k c’est quoi une politique de droite?

  • 27 January 2010 à 8h03

    expat dit

    L’Ours : on s’est croisé, tout à fait !

  • 27 January 2010 à 8h02

    expat dit

    @TeddyK : vous m’avez mal comprise ! ce que je voulais dire est que le gouvernement actuel est à droite comme Teddy K ! (celui qui vient de disparaître).

  • 27 January 2010 à 7h57

    L’Ours dit

    Désolé mais expat est très claire.
    J’ai entendu récemment ce … de Pleynel parler de la gauche américaine! De qui parlait-il? Du parti démocrate. Il y en a qui n’ont vraiment pas le sens du ridicule! Le parti démocrate est un parti de droite, ils sont de vrais libéraux, ne lui en déplaise!
    Or donc, je pense que ce que notre charmante américaine veut dire c’est que l’UMP est un parti de droite… comme la “gauche” américaine!

    TeddyK,
    Bien d’accord sur l’ISF. En France, on n’ose jamais de peur de déplaire. Il suffit de voir le pataquès pour un les salaires d’un cfhef d’entreprise qui a en charge des milliers d’emplois!

  • 27 January 2010 à 3h54

    TeddyK dit

    Soyez clair Expat, En quoi la politique du gouvernement actuel est-elle de droite ?

    Exceptez le bouclier fiscal ? et encore, un gouvernement de droite aurait carrement supprimer l’ISF … Il ne reste que deux pays en Europe qui maintienne l’ISF, la Grèce, et la France …

  • 26 January 2010 à 22h30

    Jakez dit

    Sarkozy a fait du Sarkozy et plutôt bien. Son but n’est pas de convaincre 100% des français, 50+1 cela lui suffira.
    De ce point de vue je pense qu’il a été convaincant: valeur travail, non à l’assistanat perpetuel, oui volontarisme, non à l’immigration subie…
    et plus il y aura des commentaires anti TF1, anti sarko de base, et plus la barre des 50+1 sera franchie…

  • 26 January 2010 à 22h27

    expat dit

    @ Aymenon : soyez claire svp ma petite cerveau a du mal à comprendre vos propos. L’UMP est à droite comme Ted Kennedy. Moi je suis claire. et vous? allez-y.

  • 26 January 2010 à 21h08

    Impat1 dit

    Souris, vous êtes d’autant plus excusable que, comme je l’ai rappelé, “toute la presse, à l’époque,” avait déformé les vrais propos. Donc tout le monde avait été trompé.

  • 26 January 2010 à 21h03

    Aymenon dit

    fatback,
    You so what!

    expat,
    Ne faites pas comme si vous aviez compris la feinte de Bérénice. Que plusieurs prétendent que l’UMP n’est pas à droite (genre Zemmour), cela fait les affaires du camp d’en face. Donc, allez-y à fond. Rien à voir, je vous vois bien faire sortir du coca par les trous de nez!

  • 26 January 2010 à 20h56

    zoumit dit

    @ Teddyk
    J’approuve ce que vous dites à 100%. Rien à reprendre! Moi aussi, j’ai voté Sarkozy en 2007 en y croyant. Tout ce que j’espère c’est de ne pas être à nouveau obligé de le faire pour éviter pire!

  • 26 January 2010 à 20h54

    expat dit

    @ Bérénice : “populophile, plus swing que démago.” excellent.
    @TeddyK : J’espère que votre pseudo ne veut pas dire ce que je pense… sinon entièrement d’accord avec votre poste. UMP partie de droite ? Je ris jusqu’à le coca-cola sort de mon nez.

  • 26 January 2010 à 20h50

    fatback dit

    @ Aymenon
    So what?

  • 26 January 2010 à 20h48

    Souris donc dit

    @ Impat
    J’étais affreusement confuse du malentendu commercial/commerçant, confuse…c’est pour ça que j’étais sûre que le temps de cerveau devait être disponible pour… Coca-cola ? Trop fréquenté Télémama ? On ne se méfie jamais assez des fausses évidences.
    Dorénavant je tournerai trois fois la souris sur son tapis avant de causer.

  • 26 January 2010 à 20h37

    Bérénice dit

    Notre Trépidant Leader contre Obi-Wan Kenobi …
    Cet insoutenable dilemme cornélien que je n’ai pu trancher m’a fait feuilleter Racine :
    “Cependant voulez-vous qu’avec moins de contrainte
    L’un et l’autre une fois nous nous parlions sans feinte ?”

    Je note pour la mise à jour de mon glossaire politique : populophile, plus swing que démago.

  • 26 January 2010 à 20h29

    TeddyK dit

    à Marie 46 :

    “Les problèmes de l’immigration comment les résoudre si à chaque fois assos et juges se mettent du côté des clandestins?”

    Et bien l’ont modifie les lois, cela sert à cela un gouvernement ! et les lois sur les expulsions ont les fait appliquer, cela existe ailleurs, pourquoi en France est-il impossible de pratiquer des tests ADN, ou d’expulser une personne entrée illégalement ?

    C’est le magazine Capital de novembre 2009 qui nous révèle que pour faire passer la pilulle aux syndicats sur les régimes spéciaux, Sarkozy leur a offert d’autres compensations plus couteuses encore !

    Quant à la Turquie, le refus d’adhésion de Sarkozy pendant les élections est devenu : suppression du référendum obligatoire par le peuple, et les chapitres d’adhésion de la Turquie continuent d’être validé. Et vous trouvez que ce n’est pas un revirement !

    Non ! La départementalisation de mayotte ne faisaient pas parti du programme électoral.

    Pourquoi la droite Française est-elle incapable de supprimer l’ISF alors que les socialistes Espagnols en sont capables eux ? et vous croyez que l’UMP soit encore un parti de droite !

  • 26 January 2010 à 20h25

    Aymenon dit

    Le calcul n’est peut-être pas juste, mais on n’en est pas loin.