Le Pape, Sarkozy et moi

La papamobile n’est pas une Ferrari

Publié le 28 novembre 2007 à 23:15 dans Politique

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Depuis que nous avons un pape allemand, je m’acquitte du Kirchensteuer (impôt sur les cultes) avec une profonde allégresse. Je me suis même surprise à siffloter gaiement le Jesus bleibet meine Freude en remplissant mon chèque. Dieu sait pourtant que la chose est cocasse : je suis pingre, luthérienne et le jour n’est pas venu où je jetterai la Réforme aux orties pour pouvoir m’époumoner en choeur : habemus papam.

La simple vue de ce vieil homme en robe blanche m’affole ; il serait peut-être temps que je pense à écrire un truc sur l’Allemagne moisie. Qu’on se rassure : l’affection que je porte à Benedictus XVI n’a aucune explication religieuse, nationale ni même littéraire. Elle est strictement gastronomique. Le pape ressemble, trait pour trait, à un pâtissier de Munich qui confectionnait, il y a vingt ou trente ans, les meilleurs Apfelstrudel du monde. Le Panzerkardinal Josef Ratzinger est ma madeleine de Proust à moi.

Imaginons maintenant mon Apfelstrudel – enfin ma madeleine – être obligé de recevoir Nicolas Sarkozy en visite protocolaire au Vatican. Bonjour l’angoisse !

Afin de ne pas froisser l’hôte français, l’administration vaticane serait obligée, avant tout, de recruter des gardes suisses de petite taille. Et les boîtes d’interims pour petits Suisses, même à Rome, ça ne court pas les rues. Elle devrait veiller très scrupuleusement à ce que personne ne s’avise à prendre ni François Fillon ni Henri Guaino pour des enfants de choeur : “Eh, voi laggiù, che cazzo fate dietro a Sarkozy ? Coglionazzi, siete ancora in ritardo ! Ecco, mettetevi la tonaca e andate a servire messa !”

Mais ce ne serait encore là que de légères futilités. Le gros du problème se poserait au pape himself : comment, en effet, recevoir un président divorcé, sans évoquer des choses qui fâchent ? Lui faudrait-il modifier, vite fait bien fait, le droit canon ? Lâcher, distinctement mais poliment, une ou deux bulles avant la rencontre ?

La charité chrétienne nous invite à adresser quelques conseils avisés à notre compatriote et néanmoins Pontife romain.

La première chose que Benedictus XVI serait inspiré de faire, c’est avoir recours au plan A : la technique dite de l’Apfelstrudel. Tout au long de la rencontre avec Nicolas Sarkozy, il suffirait à Sa Sainteté d’imiter les vieilles dames allemandes lorsqu’elles reçoivent à l’improviste d’inopportunes visites : s’empiffrer de ce délicieux et germanique gâteau. La politesse obligeant, le pape serait dispensé d’adresser la parole au président divorcé.

Le plan B est un peu moins orthodoxe, quoique mis au point par Poutine. Il présente surtout un gros avantage : il fait moins de miettes et est, par conséquent, moins salissant pour le blanc. Il suffirait à Sa Sainteté de faire boire, subrepticement ou pas, une cuillerée à café de Jägermeister1 à Nicolas Sarkozy. Les cinquante-six plantes entrant dans la composition de ce so german breuvage titrant à 35° expédieraient illico le président français dans les bras de Morphée. Il ne serait alors plus question d’aucun autre bras ; et le pape pourrait méditer en silence sur la dormition de la Fille aînée de l’Eglise.

Traduit de l’allemand par l’auteur.

  1. “Le Jägermeister est l’état post-ultime de l’étantité de l’être.” Martin Heidegger, Sein und Zeit, p. 345, Trad. Martineau.

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  • 25 February 2008 à 10h30

    Nicolas dit

    toujours intéressant tes billet :) “elle partage sa vie entre paris et le bade-wurtemberg” : ça m’a quelque peu fait sourire :) bone contiuation !

  • 5 December 2007 à 12h19

    HomoCatholicus dit

    Mille excuses pour ce bavardage philosophico-heideggérien qui ne visait dans mon esprit que la secte des heideggériens aguerris. J’ai cru bien naïvement que l’Allemagne était encore le pays des Dichter et des Denker et que tout ce qui touchait par conséquent à votre illustre philosophe ne vous était pas inconnu. Mais je viens subitement de me rendre compte que vous écrivez en français alors que je croyais que vous pensiez et écriviez en allemand. J’ai beau parler l’idiome du si subtil Rivarol que j’en oublie presque toujours que l’allemand même quand il écrit une autre langue que la sienne ne peut pas s’empêcher de penser dans sa langue maternelle. Ce n’est évidemment pas un reproche que je vous fais là. Il faut bien être de quelque part et j’avoue prendre plaisir à lire un français qui fleure bon le pays de la bonne bière et des choux gras.

  • 4 December 2007 à 19h53

    Trudi Kohl dit

    Cher Homo (vous permettez que je vous appelle par votre prénom ?), je ne suis pas assez philosophe pour comprendre ce que vous m’écrivez, mais cela doit être très bien. Je vous suis sur un point cependant : la France a un petit problème avec le christianisme. Dès qu’elle voit un philosophe chrétien pointer son nez, elle est prête à “bouffer du curé”. Elle devrait pourtant savoir depuis longtemps déjà que ce n’est pas très comestible. Même en tartine.

  • 4 December 2007 à 14h47

    HomoCatholicus dit

    Sauf votre respect, chère Trudi, j’ai passé un certain temps à marcher – un missel à la main naturellement – sur les plates-bandes du chemin de pensée de votre illustre compatriote Martin Heidegger (tiens ! un autre Martin que celui auquel vous vouez hélas ! encore un culte désordonné) pour ne pas me ranger trop vite de l’avis bien gentillet de tous les épigones heideggériens et notamment français qui comme Der Teufel sont légion. Quant à la lecture de Heidegger par les nazis il se pourrait en définitive qu’elle diffère si peu pour l’essentiel mon Dieu de celles pourtant apparemment antinazies qui ont cours un peu partout, en France, en Allemagne et ailleurs. Mais ne dites surtout pas à un penseur heideggérien non seulement que leur vénérable maître aurait pu pécher comme n’importe lequel de ses compatriotes “en temps de détresse” en accordant par exemple sa foi à un autre apostat catholique, je veux parler naturellement d’Adolf Hitler, mais que le nazisme a peut-être lui aussi une longueur d’avance sur nombre de nos pensées modernes et post-modernes.

    Vous savez pourtant bien que nos épigones veulent absolument lire Heidegger comme ils croient savoir lire un autre de vos illustres compatriotes le très subtil Nietzsche dont le rapport au christianisme et surtout au protestantisme est encore loin d’être évident, vous en conviendrez, sauf peut-être pour nos laicards français. Ce n’est pas en vain d’ailleurs que dans sa salle de travail Martin Heidegger entre deux hérésies catholiques bien intentionnées daignait accorder en guise de clin d’oeil salutaire un regard bienveillant à l’un des rares portraits d’un autre très grand penseur qui se trouvait aussi dans cette pièce, à savoir l’auteur immortel des Pensées. Comme quoi, n’en déplaise à tous nos iconoclastes huguenots, les images peuvent faire un bien fou même à des penseurs dont les pensées sur l’être manquent – comment dire ? – un peu de chair, d’incarnation. Martin Heidegger n’était pas sans avoir lui aussi à l’instar de l’ami Blaise une certaine “idée de derrière la tête” en ce qui concernait son supposé “anti-christianisme”, comme nos épigones nazis ou antinazis se plaisent tant à caractériser les élucubrations de leur auguste maître.

    Et pour répondre enfin à votre insinuation des plus plaisantes, sachez qu’il n’y a que Rome, l’unique objet de tous les ressentiments et de nos laicards et bien évidemment de nombre de nos frères séparés – vous donc chère Trudi – qui soit authentiquement “gay” en ce monde; le reste étant naturellement voué à l’esprit de ressentiment, c’est-à-dire toujours pour parler comme le “gay” Nietzsche et sa Gaya Scienza, à ce que tout le monde croit être des différences importantes et significatives et qui n’en sont pas.

  • 3 December 2007 à 19h39

    Trudi Kohl dit

    Je suis tout à fait d’accord, cher HomoCatholicus (sauf votre respect, vous avez le le pseudonyme qui sonne drôlement “gay Vatican II”).

    Savez-vous que les rapports établis par les nazis sur Heidegger soulignent même “l’excellence et la fiabilité” de l’anti-christianisme de Heidegger ?

    Quant à votre question, je vous ferais remarquer que Martin Luther était aussi un peu germanique sur les bords…

    Donc, ce n’est pas sur le terrain de la préférence nationale que cela se joue…

  • 3 December 2007 à 19h06

    HomoCatholicus dit

    Un illustre français qui ne vous est certainement pas inconnu, si toutefois vous daignez vous intéresser à nos grands écrivains entre deux lectures du malheureusement défroqué Heidegger, a osé proféré cette sage parole dans l’un de ses écrits aussi spirituels que Heidegger est un authentique apostat catholique. Peut-on être persan ? s’interrogeait donc par la voix de l’un ses personnages notre illustre français et je me permet de vous retourner cette question chère Trudi : peut-on encore être à ce jour luthérienne quand habemus papam germanicum ?

  • 1 December 2007 à 0h57

    Joseph Collard dit

    Madame Kohl,

    Avec le sens de l’humour qui est le vôtre, je rêve de lire de vous un article sur la situation actuelle de la Belgique.
    SVP, excausez mon souhait.
    Signé, un Belge de Liège qui travaille en Allemagne (Selters – WW).

  • 30 November 2007 à 21h16

    FRANCOIS Léa dit

    Merci pour votre texte, j’ai pris grand plaisir à le lire. mais mon point de vue diverge du votre sur la rencontre des deux hommes. Ils ne consommeraient pas une patisserie mais sortiraient les calculettes qui ne font que deux opérations (addition-multiplication). Les deux sont dominés par l’argent.

  • 30 November 2007 à 18h43

    fix dit

    Si vous ne pouvez devenir prêtre, tentez le couvent ! De toute façon, votre mariage n’avait pas de validité catholique. Raison de plus pour basculer du côté lumineux de la force.
    Avec un pareil miracle, nul doute que le Pape vienne vous visiter et vous offrir quelques strudels…

  • 30 November 2007 à 15h44

    Néel de Néhou dit

    Est-ce bien raisonnable d’égaliser de la manière d’un jeu de balle au pied (un partout !), deux religions complémentaires ? L’Eglise a des dogmes (ou raisons !), que la Réforme ne connaît pas, ce qui ne saurait empêcher le respect mutuel. J’ai des amis pasteurs mariés, je ne leur fais pas la morale en leur proposant de vivre dans le célibat ! La religion ne s’arrête pas au champ des possibles, puisqu’elle est la représentation humaine d’une transcendance, qui ne saurait être appliquée sans la reconnaître, et sans l’aimer.

    Pour en revenir à notre Président, si mon Père l’invite à la maison, au Vatican, je serais bien obligé de ne pas râler, parce que je suis très bien élevé, mais je supplierais mon père d’intercéder pour moi, au nom de toutes ces personnes qui ont été abandonnées par leurs propres frères, propres correligionnaires, propre pays, toutes celles qui n’ont pas voté, ni Ségo ni Sarko, ces personnes dont personne ne parle, qui ne brûlent rien, qui endurent tout, parce qu’ici tout le monde s’en fout.
    C’est ce que j’attends d’un père, et c’est pour cela que je suis d’accord pour le thé, et un petit bout de Madeleine, à condition que l’effet métempsychose vécu par l’illustre invité, agisse en faveur de sa mémoire humaine, et lui rappelle qu’être chef de l’Etat n’est pas un exercice de séduction de chaque minorité agissante, mais la conduite (éclairée ?) d’un ensemble de personnes, vers une amélioration de vie, mais aussi une construction tenant compte du bien de chacun, en regard du bien commun (et pas le contraire !).

  • 30 November 2007 à 14h59

    Trudi Kohl dit

    Cher Néel de Nehou, merci pour vos précisions ! Elles permettront l’édification de la luthérienne que je suis.

    Toutefois, je crois bien qu’il ne soit pas encore possible qu’une femme divorcée devienne prêtre.

  • 30 November 2007 à 14h20

    Néel de Néhou dit

    Merci Madame Kohl, pour cette jolie note littéraire et artistique, que nos lisons aussi agréablement qu’en buvant un thé au citron dominical.
    Il fallait bien une petite Madeleine, surtout de Proust, pour combler ce fossé invisible, fossé malencontreusement creusé par les préjugés hélas persistants qui émanent de votre ironie …
    Cela fait en effet bien longtemps que les divorcés et autres filles mères ne sont plus les Fanny de l’Eglise (et j’ose rajouter : l’ont-ils déjà été ?).
    Le problème inéluctable de la religion, reste cette certitude de mieux connaître celle de notre prochain, certitude qui correspond à un jugement trop péremptoire pour être vraiment honnête.
    Ma réaction va vous semblez très peu modérée également, mais prenez-la s’il vous plaît comme la réaction d’un fils tendrement attaché à une père, un très Saint Père, et comme un heureux convive préférant réagir que de se fâcher… Je vois très bien Benoît XVI recevant Sarkosy à renfort de savoureuses pâtisseries, à l’instar de JP II qui aimait donner les recettes des plats qui avaient été appréciés, mais plus par le fait de votre bonne éducation apfelstrudelienne, que par diplomatie. Et si le Pape doit sermonner Sarkosy, cela serait sur d’autres sujets que ses souffrances conjuguales, plus objet de compassion que de jugements.

  • 29 November 2007 à 22h51

    Trudi Kohl dit

    Huuum, merci Bea, ça tombe bien, j’ai toujours été frileuse.

  • 29 November 2007 à 22h50

    Bea dit

    Ignoble ! comment prendre le pape comme une madeleine ! Vous brulerez en enfer, sale allemande !!!

  • 29 November 2007 à 19h07

    Trudi Kohl dit

    Monsieur le Schtroumpf, je comprends vos réticences par rapport à Martin Heidegger. C’est promis : je ne ferai plus aucune allusion au philosophe de Todtnauberg. Enfin, vous me pardonnerez d’avance de trahir ma promesse dans deux cas : 1- si Arte repasse le fameux épisode de “Die Schwartzwaldklinik” (où le professeur Klaus Brinkmann opère Heidegger d’un ongle incarné à son Dasein) ; 2- si “Der Spiegel” se décide à publier les inédits carnets érotiques d’Elfride Heidegger, son épouse.

    Je voudrais également souligner la pertinence de votre analyse : la référence hégélienne aurait en effet été beaucoup plus appropriée pour parler de Jägermeister. Toutefois, je vous ferais remarquer que Hegel a arrêté la consommation de cet excellent émétique le 14 octobre 1806, date à laquelle il confesse avoir vu passer à Iena de la fine Napoléon à cheval (c’est dire si le pauvre homme n’avait déjà plus toute sa tête).

    Enfin, puisque vous évoquez le douloureux et délicat cas Sartre, je me permettrai de vous rappeler cette évidence : “Il vaut mieux boire du Jägermeister avec Cassirer que de l’eau plate avec Habermas.” (Depuis sa querelle avec Peter Sloterdijk, Jürgen Habermas ne boit plus que de l’eau plate, jugeant qu’il y a trop de bulles dans l’eau gazeuse.)

  • 29 November 2007 à 13h21

    schtroumpf taquin dit

    Chère Trudi,
    Bien que Causeur soit un site peu consensuel, j’aurais préféré que vous vous absteniez de citer Heidegger, compte tenu des abominations dont il a été le complice, sinon l’instigateur (chacun sait que sans Heidegger, Sartre n’aurait jamais rien écrit)
    Cette horresco referens est d’autant moins justifiée que l’on trouve une approche bien plus fine de la question du Jägermeister chez Hegel qui , dans Glaubenkrise un Leberkrise , le définit comme « Unverdauliche verdauungsschnaps », i.e. « un digestif indigeste » . Non seulement toute la dialectique hegelienne est résumée là en deux mots, mais on y voit déjà les prémisses d’une Allemagne minée par sa dualité. Et qui ne retrouvera son unicité qu’au prix de l’absbortion de 17 millions d’Ossies (peu gras, certes, mais quand même)
    Notons enfin que contrairement à Heidegger, Hegel, lui, n’a pas hésité à confronter ses théories à la praxis en matière de désordres digestifs puisqu’il est mort du choléra.