Le pape est ashkénaze
Benoît XVI a-t-il eu tort de prier à Yad Vashem ?
Publié le 15 mai 2009 à 17:56 dans Monde
Mots-clés : Benoît XVI, Religion
Nous avons un pape freestyle. Le vocabulaire du hip-hop ne convient peut-être pas parfaitement à ce mélomane plus familier de Mozart que de la Zulu Nation, mais le fait est que les figures imposées ne sont vraiment pas son fort. S’il est aussi retors en théologie qu’un vieux talmudiste en interprétation des Écritures, il est rétif à la communication et au marketing. Ce qu’il dit, on ne l’attend pas ; ce qu’on attend, il ne le dit pas. Cette attitude a de quoi décontenancer la plupart de ceux qui, même loin de Bethléem, tiennent le monde pour une crèche et les hommes pour des santons à jamais fixés dans un rôle connu d’avance.
Son pèlerinage en Terre Sainte l’a, une nouvelle fois, démontré : entre Benoît XVI et les médias, le divorce est irréparable. Alors que la moindre speakerine débutante sait se répandre en pleurnicheries convenues quand les caméras tournent, le pape aborde toute chose avec retenue et pudeur, comme s’il n’avait jamais cessé d’être un austère professeur de Tübingen. L’émotion sur commande et en direct live, ce n’est pas son truc.
La pudeur, c’est pourtant l’autre nom du vrai respect, là où commence toute civilisation. Certes, cette idée n’est pas très raccord avec notre époque qui exige de chacun la transparence et le déballage intime, comme si des sentiments ne devenaient pas immédiatement des simagrées lorsqu’on les exprime à la face du monde. Sénèque avait compris cela qui demandait à Polybe de contenir ses larmes face à la douleur des siens : “Tu dois être leur consolation et leur consolateur ; or, peux-tu soulager leurs plaintes quand tu laisses libre cours aux tiennes.” Cette dignité de caractère (gravitas) était exigée, dans la Rome ancienne, par le mos maiorum1, au même titre que la vertu (virtus), la piété (pietas) ou l’honnêteté (honestas). Héritier de cette civilisation-là, le pape s’est résolu à faire définitivement une croix sur un éventuel passage chez Mireille Dumas.
À Yad Vashem, pas d’émotion ni d’image saisissante à se mettre sous l’objectif. Pire : ni compassion ni repentance, mais un discours “froid et abstrait”, selon les termes du directeur du Mémorial, Avner Schalev. Du Yediot Aharonot à Haaretz, c’est ce qui a, ces jours-ci, le plus fortement déçu l’opinion publique israélienne – déception que Shimon Peres balaie d’un revers de la main en confiant dans un entretien à la presse étrangère : “La visite du pape relève plus des livres d’histoire que des journaux.”
Le pape pouvait-il demander pardon, comme les éditorialistes du Haaretz s’y attendaient, au nom de l’Allemagne et de l’Eglise ?
Pour l’Allemagne, il aurait été assez difficile à Benoît XVI de prendre la place de Mme Merkel. Quant à la polémique, allumée il y a deux ans par les tabloïds britanniques, sur l’appartenance du futur pape aux Jeunesses hitlériennes, elle a fait long feu. Non seulement sa famille était hostile au régime nazi, mais c’est de force qu’il fut enrôlé comme auxiliaire dans la défense antiaérienne… Mes honorables confrères qui s’indignent encore contre le “pape nazi” sont ceux qui, dans la foulée, y vont de leur larmichette pour évoquer les enfants-soldats au Burundi, sans toutefois jamais établir de rapport ni chercher à comprendre ce que signifie l’incorporation de force dans un État totalitaire.
Le jour viendra pourtant où l’on se rendra compte que Josef Ratzinger a été l’un de ceux qui, avec d’autres intellectuels comme Rémi Brague ou Jean-Luc Marion, ont pensé de la manière la plus fine et la plus conséquente le rapport entre judaïsme et christianisme. Reprenant à son compte la métaphore paulinienne de l’olivier, ce sont ces liens que le pape a soulignés le 15 mai, à l’aéroport Ben Gourion, alors qu’il s’apprêtait à quitter Israël : “L’olivier, comme vous le savez, est une image utilisée par saint Paul pour décrire les très étroites relations entre les chrétiens et les juifs. Paul décrit dans sa lettre aux Romains comment l’Église des gentils est comme un rameau d’olivier sauvage greffé sur l’olivier cultivé qui est le Peuple de l’Alliance. Nous sommes nourris aux mêmes racines spirituelles. Nous nous sommes rejoints comme des frères, des frères qui, à un moment de notre histoire, ont eu une relation tendue, mais qui sont maintenant fermement engagés à bâtir les ponts d’une amitié durable.”
Pouvait-il, pour autant, faire repentance au nom de l’Eglise lors de sa visite à Yad Vashem ? Sans conteste, oui. S’il avait été chamane et s’il considérait que les mots n’ont aucune valeur tant qu’ils ne sont pas répétés encore et encore. Or, quand on est catholique – présumons qu’il ne soit pas interdit au pape de l’être –, le pardon est une chose sérieuse. On ne s’y livre pas à la petite semaine et le repentir de Jean-Paul II, accompli en mars 2000 au mur des Lamentations, oblige ses successeurs et l’Église à jamais.
En fait de discours “froid et abstrait”, le pape a prononcé à Yad Vashem des propos d’une finesse et d’une rigueur remarquables, comme le soulignait, dans un entretien au Figaro, le grand rabbin de France, Gilles Bernheim, à mille lieues du rabbin Israel Meir Lau, président du Mémorial, qui s’attendait, pour sa part, à “un discours plus émotionnel”. Le pape a médité, comme un rabbin rompu aux commentaires talmudiques, sur la signification de “mémorial” (yad) et de “nom” (shem), reprenant à son compte les grands thèmes du judaïsme médiéval qui donna naissance, dans le Saint-Empire, aux Memorbücher – ces recueils que l’on tenait afin que le nom des persécutés ne s’efface pas : “Puissent les noms de ces victimes ne jamais périr ! Puisse leur souffrance ne jamais être niée, minorée ou oubliée ! Et puissent toutes les personnes de bonne volonté demeurer vigilantes à déraciner du cœur de l’homme tout ce qui peut conduire à des tragédies comme celle-ci !” Puis, comme il l’avait fait à Auschwitz en mai 2006, il s’est plongé dans un long silence, ce “silence effrayé, qui est un cri intérieur vers Dieu : Pourquoi, mon Dieu, es-tu resté silencieux ?”
Il y a des moments, face à l’indicible, où seul convient le silence. Ce n’est certes ni grandiloquent ni télévisuel, mais ce n’est visiblement pas pour faire de l’image que le pape avait tenu à venir prier à Yad Vashem.
S’il a honoré la mémoire des morts, c’est pourtant aux vivants que le pape a réservé durant son voyage toute sa compassion. Condamnation du terrorisme, affirmation du droit d’Israël à la sécurité, plaidoyer pour la reconnaissance réciproque de deux Etats et de leurs frontières : on pourrait prendre les déclarations papales pour des propos politiques. Elles le sont et confortent les modérés en Israël aussi bien qu’en Palestine. Mais elles sont bien plus encore que cela : une méditation continue sur le verset de Matthieu : “Laissez les morts enterrer leurs morts”, que l’on retrouve dans le Talmud sous une autre forme : “Vivez bien, c’est la meilleure des vengeances” et que Golda Meir avait rendu à sa façon dans un entretien à The Observer en 1974 : “Le pessimisme est un luxe qu’un juif ne peut jamais se permettre.” Cet appel à la vie contre le ressassement de l’histoire et de la violence, c’est au fond le message le plus fort du pape en Terre Sainte. Mais peut-être aussi le plus inaudible.
Et si Benoît XVI n’a pas été atteint durant son voyage par le syndrome de Jérusalem, version mystique du syndrome de Stendhal qui fait perdre la tête aux pèlerins fréquentant les lieux saints, il nous a, en revanche, confirmé une chose, comme me le souffle Elisabeth Lévy2 : maîtrisant ses émotions au point d’avoir l’air de ne pas en avoir et accordant plus que de mesure sa confiance à l’intellect et à l’étude, le pape est ashkénaze. Définitivement ashkénaze.
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L'auteur
François Miclo est rédacteur en chef de Causeur magazine.
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François Delpla dit
ma foi est entièrement bonne, n’est-il pas ?
François Delpla dit
Il suffit !
Ne dit-on pas que c’est le plus intelligent qui cède… en particulier au catéchisme ?
Je vais donc céder et reconnaître que j’étais d’une abominable mauvaise foi en critiquant le propos miclosien. Mais oui bien sûr il n’avait pas oublié la condamnation générale du préservatif par l’Eglise, mais oui bien sûr sa phrase n’était pas ambiguë !
Mais au fait, puisque vous ne relevez que ce point, vous m’accordez que
sur celui-ci
“eh bien mon cher, je dirai que ce curieux philosophe, peu digne en l’occurrence de porter un prénom qui nous est commun et invite à plus de franchise, aurait pu et dû me répondre lui-même !”
ma
François dit
@ François Delpla :
euh … vous êtes un peu de mauvaise foi, non ? Si vous ressituiez la phrase de François Miclo dans on contexte, voici ce que vous auriez lu : “Nulle part, le pape ne dit qu’il ne faut pas utiliser de capotes. Nulle part, il n’en condamne l’usage. Il dit simplement qu’on ne peut pas se contenter de cette solution et qu’en distribuant à l’Afrique des préservatifs on se donne certainement bonne conscience, mais on ne règle rien du tout. Et quand on ne règle pas un problème, on l’aggrave…”
En lisant ceci, difficile de penser qu’il parlait de la contraception, non ?
Cela dit, oui, le style est un peu excessif. Étant belge, je le trouve très français … mais si le style a une tendance quelque peu hyperbolique, le fond est carrément plus honnête que ce que l’on peut lire habituellement dans les billets et articles sur les propos pontificaux.
Mais revenons à cet article, i.e. sur le voyage du Pape en Terre Sainte, au bout du compte, c’est plutôt un vrai succès. Même si ce “succès” n’est absolument pas ce que recherche Benoît XVI.
François Delpla dit
***C’est vous qui avez amené le sujet dans votre 1e réaction [Miclo, Après avoir prétendu que le pape n’avait rien contre le préservatif http://www.delpla.org/article.php3?id_article=199 , vous continuez d’accumuler les perles :], ou alors de fait je n’ai rien compris.
Et dans l’article auquel vous faites références, avant celui-ci, François Miclo réagissait à la polémique crétinissime sur les propos que le pape a tenu dans l’avion qui l’emmenait en Afrique. Donc, votre référence à la contraception est hors sujet. Il s’agit ici de prophylaxie.***
eh bien mon cher, je dirai que ce curieux philosophe, peu digne en l’occurrence de porter un prénom qui nous est commun et invite à plus de franchise, aurait pu et dû me répondre lui-même !
mais il sait bien que je lui aurais rappelé que sa phrase était tout à fait générale, et point du tout prophylactique !
D.H. dit
De mon côté Maxiton, je vous remercie pour les informations intéressantes contenues dans certains paragraphes de votre post sur la religion islamique, et pour le beau verset du Talmud que vous avez cité.
D.H. dit
Il est vrai que les jeux de mots peuvent tuer.
Il y a eu un article de F. Miclo sur celui que suscite le nom “Barabbas”.
Dans la scène se déroulant devant le palais de Pilate, on trouve ces mots chez Matthieu:
“Cependant, les grands-prêtres et les anciens persuadèrent aux foules de réclamer Barabbas et de perdre Jésus”.
Et plus loin:
“Pilate leur dit: “Que ferais-je donc de Jésus que l’on appelle Christ? Ils disent tous: “Qu’il soit crucifié!”
Matthieu, 27-20,27-22.
maxiton dit
@ DH
Merci pour la précision.
mais en ce qui me concerne – et je l’avoue – il n’y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre :-)
maxiton dit
La Bible foisonne de jeux de mots pas toujours comprehensible lorsqu’ils sont en hebreu.
Les prénoms des 12 enfants de Jacob en sont une très bonne illustration.
Mais – pour moi – le jeu de mot le plus spectaculaire reste celui de ” Barrabas ” qui en araméen signifie ” fils du père ”
Vous imaginez Ponce Pilate demandant au peuple massé devant son palais.
” Qui voulez-vous faire libérer ? ”
et la réponse de fuser :
” Le fils du Père ! , le fils du Père ! ”
Jeu de mot qui tue depuis 2000 ans.
D.H. dit
Plus exactement,
“Le mot “islam” a pour racine SLM qui signifie être paisible ou pacifié et aussi être soumis -cela se comprend: si on est soumis, il n’y a plus de guerre, c’est pacifié” (Sibony).
D’où certains jeux de mots, comme lorsqu’on trouve dans la Bible “Paix sur Abraham”.
“Paix étant SaLaM, racine d’iSLaM, cela s’entend aussi bien: iSLaM sur Abraham” (Sibony).
François dit
@ François Delpla :
C’est vous qui avez amené le sujet dans votre 1e réaction [Miclo, Après avoir prétendu que le pape n’avait rien contre le préservatif http://www.delpla.org/article.php3?id_article=199 , vous continuez d’accumuler les perles :], ou alors de fait je n’ai rien compris.
Et dans l’article auquel vous faites références, avant celui-ci, François Miclo réagissait à la polémique crétinissime sur les propos que le pape a tenu dans l’avion qui l’emmenait en Afrique. Donc, votre référence à la contraception est hors sujet. Il s’agit ici de prophylaxie.
Quand aux media, certes, comme le dit Nadia, ils étaient plus “sous le charme” avec Jean Paul II, mais de là à dire qu’ils l’encensaient … à quelques occasions avant sa mort, mais de fait surtout après.
maxiton dit
PS
Grammaticalement ” Islam ” est un futur
Rien à voir comme on veut nous le faire croire avec ” salam ” signifiant paisx
maxiton dit
@ françois delpla
l’islam n’a de lien réels avec aucune des deux religions monothéistes
Et surtout pas du christianisme dont il a grapillé quelques trucs ici ou là.
Il s’agit d’une religion pour les bédouins du désert , ne prônant ni la tolérance ni le pardon et ni la rémission des péchés.
Exigeant la soumission absolue à Allah
La récompense est purement matérielle :
vierges, lait miel et vin ( voui ! là haut on pourra )
En fait au paradis on permettra tout ce qui est interdit ici-bas.
Jésus est n’est reconnu que comme
prophète.
D’ailleurs pour l’Islam il n’est pas mort sur la croix, on a substitué quelqu’un d’autre à la dernière minute
Et les chrétiens ne sont pour l’Islam que des ” associateurs” et des païens
Tous les patriarches et prophètes étant par nature obéissants à Dieu sont considérés comme musulmans car soumis à Dieu.
Grammaticalement ” Islam ” est un futur
signifiant : Il soumettra
Musulman venant de mousslem = soumis
Les musulmans étant des mousselmines
” Le Coran reconnaît des croyants parmi les ” gens du Livre “, mais ils ne sont pas soumis, et dans la plupart des cas le ” croyant ” non soumis est pervers” ( Daniel Sibony dans Nom de Dieu – éditions du Seuil )
Les verset bibliqes sont accomodés à la sauce bédouine et au gré des contextes.
Un seul exemple:
A l’occasion des attentats à New-York et de Madrid on a entendu sur toutes les télévisions du monde entier des dignitaires musulmans déclarer que que la violence était combattue par l’Islam en se référant à un verset du Coran
” celui qui tue un homme c’est comme s’il tuait tous les hommes ”
Malheureusement la citation est tronquée
Dans la Sourate V verset 32 dont elle ets tirée on lit exactement :
Quiconque tue un homme , QUI LUI MÊME N’A PAS TUÉ OU N’A PAS COMMIS DE VIOLENCE, c’est comme s’il tuait tous les hommes ”
La restriction est de taille vous ne trouvez pas ?
Mais on trouve dans le Talmud -
Sanhedrin IV, verset 5
” celui qui tue un homme c’est comme s’il tuait toute l’Humanité et Celui qui sauve un homme c’est comme s’il sauvait l’Humanité entière ”
Souvenez-vous de la fin de ” La liste de Schindler ”
Paraphrasant Daniel Sibony on peut dire que le Corant a ingurgité la Bible et recraché les juifs et les chrétiens
François Delpla dit
comme Nadia, de poser en termes erronés et même “perlus” la comparaison entre B XVI et son prédécesseur, d’où une allusion à une perle précédente et à sa non réponse à ma remarque sur ce sujet.
Rien à voir avec : “le pape n’a dit que des bêtises en Palestine, la preuve il est contre la capote” !!
cf. http://www.delpla.org/article.php3?id_article=199
François Delpla dit
pardon, j’oubliais :
***Et vous n’avez pas répondu à la question. Quel est le rapport avec la visite du pape en Israël ?***
vous avez mal lu et je vous invite à relire : l’affaire est partie de ma première réponse au présent texte de Miclo : je lui reprochais, comme Na