Le muret des vieux
Une histoire d’identité nationale
Publié le 13 août 2010 à 14:01 dans Société
Mots-clés : France, Identité nationale

Comme chaque année depuis près de cinquante ans, je me rends dans mon village de Saint-Jeannet (Alpes-Maritimes). Je dis “mon” village − bien que je sois né à Paris − parce que je m’y suis créé des racines provinciales que tout bon Parisien se plaît à entretenir. Ce matin, en arrivant sur la placette à l’entrée de la Grand-Rue, j’ai vu les vieux assis sur les murets en pierre, face au monument aux morts, le chapeau de paille rabattu sur les sourcils, refaisant le monde à voix basse. Image rassurante que j’aurais pu tirer des souvenirs de Pagnol.
[...]
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Inédit
Article inédit
publié dans
Causeur n° 25Juillet/Août 2010

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L'auteur
Xavier Théry est consultant.
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Loulou dit
@pjolibert.
J’ai connu le même à quelques kilomètres de Clermont-Ferrand, il ne serait venu à l’idée de personne de dire, ni même de penser qu’il était noir.
Il n’en va peut être pas de même aujourdhui pour ses enfants …
fatback dit
Bel article.
pjolibert dit
Très bel article.
Je suis seulement étonné par un détail. Aucun accent, vraiment ? Pas de sonorités nissardes ni mintounesques ?
Car l’expérience que j’ai est la suivante :
j’avais naguère une clio tout le temps en panne, ce qui me permettait d’aller à un garage voisin (Castet-Arrouy, Lomagne) et d’y rester des heures pour y contempler ce qui s’y passait, puisque ce n’était pas une concession aseptisée à bureaux séparés des ateliers par des cloisons étanches.
En plus du patron, deux employés permanents. L’un des deux employés a la peau noire, enfant adopté d’une voisine, je n’ai aucune idée de son origine sur la terre. Or à ce moment-là j’enseignais en région parisienne, et ce jeune homme me paraissait étrange, justement parce qu’il ne ressemblait absolument pas, physiquement, aux noirs que je voyais dans la semaine. C’est en le voyant parler à un apprenti que j’ai compris. Il l’engueulait gentiment, en formant un rictus et un regard particuliers, automatisme exercé par les centaines de muscles que compte un visage, habitués depuis l’enfance à s’entrimiter avec ceux des autres. Bref, mon noir est un lomagnol qui engueule ses apprentis lomagnolement, dans un accent impeccable parce qu’involontaire. Son corps, depuis, s’est empâté d’une façon on ne peut plus lomagnole.
Que s’est-il passé à St-Jeannet ? La paysannerie s’est-elle dissoute trop tôt pour transmettre son accent aux nouveaux habitants, et ne restait-il plus que des fonctionnaires et des touristes ?
redrackam dit
S’asseoir sur un muret croulant.
Ils en rêvaient depuis longtemps
De ne rien faire sans s’inquiéter
De lire la presse, d’aller pointer…
Fini le temps où l’on s’acharne
A travailler comme une carne
Avec la menace du chômage
Qui leur faisait prendre de l’âge
Serviles devant tous les patrons
Qui leur servaient la soupe en rond
Pourtant que la retraite est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que la fin va arriver ?
Du chanvre et puis quelques chichons
Une année grève et l’autre non
Et les congés et les récups
Dans les manifs ils ont gueulé
Contre tout, rien et dégueulé
Les soirs de lutte, et comme des dupes
Ils se raconteront soixante-huit
Comme levés d’une longue cuite
De quoi attendre sans s’en faire
Que leur pension tombe sur leur compte
Et voir leurs cheveux se défaire
Comme moutons pendant la tonte.
Pourtant que la retraite est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que la fin va arriver ?
Loulou dit
“Vérité en deça des pyrénées fausseté au delà” , disait Montaigne …
Dans un avion qui me ramenait de mon pays natal en 2006 : deux petits vieux, très vieux, très petits, habillés de noir, tassés par l’age, les jambes déformées, pouvant à peine marcher dans le long couloir de l’aéroport. Ils venaient de rendre une dernière visite à leur fils.
Ils étaient d’origine espagnole, avaient fui la guerre d’Espagne et avaient reconstruit leur vie en Algérie, lorsque l’Algérie c’était la France (comme disait Mitterrand en 56), ils y avaient eu un fils, étaient devenus français.
Ils n’y étaient pas retournés depuis 44 ans, c’était trop douloureux parce qu’il avait fallu fuir à nouveau en 62 et tout perdre, et tout recommencer à nouveau ici en France.
Mais ils avaient voulu revoir leur fils avant de mourir, ils n’avaient pas les moyens, mais avaient voulu s’offrir LE voyage.
Ils étaient rassurés, le cimetière était propre, la tombe bien entretenue. Pas comme ces cimetières devastés dans les villages ou on dit que les enfants jouent au ballon avec les cranes, non la tombe était presque intacte, juste du lichen et des mauvaises herbes, et les gardiens très gentils et consciencieux.
Ils auraient dû pouvoir rester près de leur fils et entretenir cette tombe. Ils y seraient allés ensemble une fois par semaine, auraient porté des fleurs, auraient conversé avec lui, ASSIS SUR LE MURET.
Mais voilà, ce qui est valable en deça de la méditerranée est fausseté au delà …
laborie dit
Une pirouette et vous oublieriez presque Villiers le Sale……..
Un vieil arabe ne fait pas le nouveau migrant, hélas….
vingtras dit
Bizarre ! comme c’est bizarre ! Germaine Tillion les avait déjà rencontrés, mais dans les Aurès, alors que les “colons” accéléraient leur prolétarisation et que Camus, le grand Albert, décrivait la famine qui les chassait de leurs murets… Pour que l’assimilation soit complète faudrait qu’ils boivent un pastis ou deux… N’est-ce pas ?
Benjamin dit
Si mon commentaire précédent sent la boutade (qui monte facilement au nez), je ne pense pas moins que la campagne est un terrain propice à l’assimilation. Votre article l’illustre agréablement par ailleurs. Ne serait-ce parce que les zones péri-urbaines et rurales n’ “offrent” pas les cloisonnements communautaires des villes.
redrackam dit
Alpheratz51,
jolie pirouette pour un joli article: coup double!
Alpheratz51 dit
Je ne nie pas la beauté de l’article, et certains iront de leur petite larme devant tant de générosité et de sentiments.
Je crois que j’aurai, sans doute, versé ces mêmes larmes dans la situation inverse.
Vous savez : ces trois ou quatre petits vieux appuyés sur leurs cannes, assis devant le kiosque du petit jardin public de Boghar ou plus aucune fanfare n’a joué depuis 1962. Et puis un journaliste du ” Matin d’Alger” qui vient tirer un petit sujet sur la fidélité du cœur. “Tiens, s’étonne-t-il, ces français-là parlent l’arabe sans accent,
décidément, Dieu est grand !”
Benjamin dit
Ah ça, monsieur, Théry, la terre ne ment pas…