Le muret des vieux

Une histoire d’identité nationale

Publié le 13 août 2010 à 14:01 dans Société

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Paysage

Comme chaque année depuis près de cinquante ans, je me rends dans mon village de Saint-Jeannet (Alpes-Maritimes). Je dis “mon” village − bien que je sois né à Paris − parce que je m’y suis créé des racines provinciales que tout bon Parisien se plaît à entretenir. Ce matin, en arrivant sur la placette à l’entrée de la Grand-Rue, j’ai vu les vieux assis sur les murets en pierre, face au monument aux morts, le chapeau de paille rabattu sur les sourcils, refaisant le monde à voix basse. Image rassurante que j’aurais pu tirer des souvenirs de Pagnol.

[...]

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  • 15 August 2010 à 13h41

    Loulou dit

    @pjolibert.
    J’ai connu le même à quelques kilomètres de Clermont-Ferrand, il ne serait venu à l’idée de personne de dire, ni même de penser qu’il était noir.
    Il n’en va peut être pas de même aujourdhui pour ses enfants …

  • 15 August 2010 à 11h26

    fatback dit

    Bel article.

  • 14 August 2010 à 11h49

    pjolibert dit

    Très bel article.
    Je suis seulement étonné par un détail. Aucun accent, vraiment ? Pas de sonorités nissardes ni mintounesques ?
    Car l’expérience que j’ai est la suivante :
    j’avais naguère une clio tout le temps en panne, ce qui me permettait d’aller à un garage voisin (Castet-Arrouy, Lomagne) et d’y rester des heures pour y contempler ce qui s’y passait, puisque ce n’était pas une concession aseptisée à bureaux séparés des ateliers par des cloisons étanches.
    En plus du patron, deux employés permanents. L’un des deux employés a la peau noire, enfant adopté d’une voisine, je n’ai aucune idée de son origine sur la terre. Or à ce moment-là j’enseignais en région parisienne, et ce jeune homme me paraissait étrange, justement parce qu’il ne ressemblait absolument pas, physiquement, aux noirs que je voyais dans la semaine. C’est en le voyant parler à un apprenti que j’ai compris. Il l’engueulait gentiment, en formant un rictus et un regard particuliers, automatisme exercé par les centaines de muscles que compte un visage, habitués depuis l’enfance à s’entrimiter avec ceux des autres. Bref, mon noir est un lomagnol qui engueule ses apprentis lomagnolement, dans un accent impeccable parce qu’involontaire. Son corps, depuis, s’est empâté d’une façon on ne peut plus lomagnole.
    Que s’est-il passé à St-Jeannet ? La paysannerie s’est-elle dissoute trop tôt pour transmettre son accent aux nouveaux habitants, et ne restait-il plus que des fonctionnaires et des touristes ?

  • 14 August 2010 à 10h25

    redrackam dit

    S’asseoir sur un muret croulant.
    Ils en rêvaient depuis longtemps
    De ne rien faire sans s’inquiéter
    De lire la presse, d’aller pointer…
    Fini le temps où l’on s’acharne
    A travailler comme une carne
    Avec la menace du chômage
    Qui leur faisait prendre de l’âge
    Serviles devant tous les patrons
    Qui leur servaient la soupe en rond

    Pourtant que la retraite est belle
    Comment peut-on s’imaginer
    En voyant un vol d’hirondelles
    Que la fin va arriver ?

    Du chanvre et puis quelques chichons
    Une année grève et l’autre non
    Et les congés et les récups
    Dans les manifs ils ont gueulé
    Contre tout, rien et dégueulé
    Les soirs de lutte, et comme des dupes
    Ils se raconteront soixante-huit
    Comme levés d’une longue cuite
    De quoi attendre sans s’en faire
    Que leur pension tombe sur leur compte
    Et voir leurs cheveux se défaire
    Comme moutons pendant la tonte.

    Pourtant que la retraite est belle
    Comment peut-on s’imaginer
    En voyant un vol d’hirondelles
    Que la fin va arriver ?

  • 13 August 2010 à 22h52

    Loulou dit

    “Vérité en deça des pyrénées fausseté au delà” , disait Montaigne …
    Dans un avion qui me ramenait de mon pays natal en 2006 : deux petits vieux, très vieux, très petits, habillés de noir, tassés par l’age, les jambes déformées, pouvant à peine marcher dans le long couloir de l’aéroport. Ils venaient de rendre une dernière visite à leur fils.
    Ils étaient d’origine espagnole, avaient fui la guerre d’Espagne et avaient reconstruit leur vie en Algérie, lorsque l’Algérie c’était la France (comme disait Mitterrand en 56), ils y avaient eu un fils, étaient devenus français.
    Ils n’y étaient pas retournés depuis 44 ans, c’était trop douloureux parce qu’il avait fallu fuir à nouveau en 62 et tout perdre, et tout recommencer à nouveau ici en France.
    Mais ils avaient voulu revoir leur fils avant de mourir, ils n’avaient pas les moyens, mais avaient voulu s’offrir LE voyage.
    Ils étaient rassurés, le cimetière était propre, la tombe bien entretenue. Pas comme ces cimetières devastés dans les villages ou on dit que les enfants jouent au ballon avec les cranes, non la tombe était presque intacte, juste du lichen et des mauvaises herbes, et les gardiens très gentils et consciencieux.
    Ils auraient dû pouvoir rester près de leur fils et entretenir cette tombe. Ils y seraient allés ensemble une fois par semaine, auraient porté des fleurs, auraient conversé avec lui, ASSIS SUR LE MURET.
    Mais voilà, ce qui est valable en deça de la méditerranée est fausseté au delà …

  • 13 August 2010 à 18h12

    laborie dit

    Une pirouette et vous oublieriez presque Villiers le Sale……..

    Un vieil arabe ne fait pas le nouveau migrant, hélas….

  • 13 August 2010 à 18h06

    vingtras dit

    Bizarre ! comme c’est bizarre ! Germaine Tillion les avait déjà rencontrés, mais dans les Aurès, alors que les “colons” accéléraient leur prolétarisation et que Camus, le grand Albert, décrivait la famine qui les chassait de leurs murets… Pour que l’assimilation soit complète faudrait qu’ils boivent un pastis ou deux… N’est-ce pas ?

  • 13 August 2010 à 15h58

    Benjamin dit

    Si mon commentaire précédent sent la boutade (qui monte facilement au nez), je ne pense pas moins que la campagne est un terrain propice à l’assimilation. Votre article l’illustre agréablement par ailleurs. Ne serait-ce parce que les zones péri-urbaines et rurales n’ “offrent” pas les cloisonnements communautaires des villes.

  • 13 August 2010 à 15h36

    redrackam dit

    Alpheratz51,
    jolie pirouette pour un joli article: coup double!

  • 13 August 2010 à 15h11

    Alpheratz51 dit

    Je ne nie pas la beauté de l’article, et certains iront de leur petite larme devant tant de générosité et de sentiments.
    Je crois que j’aurai, sans doute, versé ces mêmes larmes dans la situation inverse.
    Vous savez : ces trois ou quatre petits vieux appuyés sur leurs cannes, assis devant le kiosque du petit jardin public de Boghar ou plus aucune fanfare n’a joué depuis 1962. Et puis un journaliste du ” Matin d’Alger” qui vient tirer un petit sujet sur la fidélité du cœur. “Tiens, s’étonne-t-il, ces français-là parlent l’arabe sans accent,
    décidément, Dieu est grand !”

  • 13 August 2010 à 14h17

    Benjamin dit

    Ah ça, monsieur, Théry, la terre ne ment pas…