Quand Le Monde désigne (mal) l’ennemi | Causeur

Quand Le Monde désigne (mal) l’ennemi

Tout est bon pour diaboliser Marine Le Pen

Auteur

Thibaud Collin

Thibaud Collin
philosophe et auteur de Les lendemains du mariage gay

Publié le 04 mai 2017 / Politique

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L’éditorial du Monde daté du 29 avril est exemplaire de la panique morale dans laquelle une bonne partie des macronistes, « historiques » ou fraîchement ralliés, a finalement sombré entre ces deux tours. Pensons, entre autres, à la scandaleuse instrumentalisation de la Shoah et à toutes les déclarations cherchant à relier le Front national aux « heures les plus sombres de notre histoire ». Le papier est consacré au « périlleux ni-ni de M. Mélenchon », sévèrement condamné avec le ton péremptoire et suffisant que l’on sait habituel à ce type de prêche. On lit sous la plume anonyme que « c’est une affaire de principes. Il n’est pas recevable de mettre si peu que ce soit sur le même plan un adversaire politique et une ennemie irréductible, un candidat « progressiste » et la championne d’un parti réactionnaire et xénophobe, un démocrate républicain d’un côté et, de l’autre, une candidature dont le projet remet en cause les principes mêmes de la République, à commencer par l’égalité et la fraternité. » Ce passage est non seulement une injure faite à la pensée politique mais aussi à la démocratie.

Vers la guerre civile?

Il repose sur un amalgame entre les deux sens du mot ennemis. Rappelons que ce terme peut désigner soit l’ennemi privé (echtos en grec, inimicus en latin) soit l’ennemi public (polemios/hostis). La première acception renvoie à un conflit dans des relations personnelles avec autrui. L’inimicus est l’objet de mon animosité. Lorsque l’Évangile dit qu’il faut « aimer ses ennemis », c’est bien echtos qui est utilisé. La deuxième s’emploie pour désigner l’autre en tant que membre d’un groupe constitué avec lequel le conflit, non personnel, ne peut être réglé par l’appel à un Tiers suivant des normes communes. Autrement dit, l’hostis est l’autre en tant que le possible conflit avec lui peut n’être réglé que par l’usage de la violence physique.

>> A lire aussi: Mélenchon a raison de ne pas se prononcer sur son vote

Affirmer que Marine le Pen est donc une « ennemie irréductible » est un appel subliminal à la guerre civile. Tel est bien l’enjeu de la rhétorique actuelle. Si elle est élue, ce sera le chaos : les banlieues se soulèveront, la bourse plongera, les syndicats paralyseront le pays, les fonctionnaires désobéiront, etc. L’appel aux « principes de la République » contribue à souligner que Marine Le Pen s’y oppose et qu’elle porte en elle des germes de sécession et de décomposition du corps politique. L’égalité et la fraternité, sorties de leur contexte politique et national, sont ainsi instrumentalisées pour disqualifier des mesures de bon sens face aux flux migratoires et à la menace du terrorisme et de l’islamisme.

Respecter son adversaire

Cet universalisme abstrait présuppose que la République n’a pas d’ennemis puisque elle est l’amie du genre humain et l’apôtre des droits de l’individu. Ce qui permet d’exclure de la République (française !) celle qui rappelle que la politique exige de facto la distinction entre l’ami et l’ennemi. Bref, Le Monde identifiant la politique à la morale refuse de voir en Marine Le Pen une adversaire politique. La nommer adversaire et non pas ennemi serait reconnaître que les différents avec elle restent inscrits dans le cadre du débat démocratique mesuré par le partage d’un même souci du bien commun et un même respect des institutions et des procédures, en l’occurrence le suffrage universel. Le Monde réitère donc ce que Chirac avait signifié en refusant de débattre avec Jean-Marie Le Pen en 2002.

Cette exclusion discursive de Marine Le Pen du champ démocratique est très dangereuse car elle risque d’engendrer ce qu’elle redoute : une fracture irréductible entre des groupes s’excluant mutuellement de la res publica. A force d’insinuer qu’elle a un projet politique contraire à la République, on fait croire que le pays est au bord de la guerre civile. Alors qu’il est en état d’urgence face un ennemi qui, lui, est bien réel.

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    • 7 Mai 2017 à 11h52

      commissaire joss dit

      la France est trop divisée désormais pour nous faire avaler n’importe quoi. En incluant les abstentionnistes et les votes blancs, le pays est fragmenté en 5 morceaux de grosso modo 20%. Le Pen qu’on assimile de manière grotesque à Hitler n’est pas si importante qu’on veut nous le faire croire et elle est surtout l’adversaire idéale du finaliste soutenu par l’Europe.Il faut juste rappeler que si le canard enchaîné n’avait pas fait briller à l’excès les casseroles en inox 18/10 que Fillon avait au cul, il était tout simplement au second tour face à Macron. Le Pen ne représente que 1/5ème de l’instabilité et de la colère française mais également que son amateurisme lors du du face à face faisait peine à voir. Mais bon, la stratégie du retour de la Gestapo et maintenant d’une guerre civile reste très efficace ; la classe dominante ne va pas s’en priver ; en revanche, cette même classe ferait mieux de surveiller la lutte des classes qui revient à grandes enjambées. Pour le moment, pas de problèmes car le petit peuple n’a pas faim. Dans une révolution, c’est d’abord le sandwich qui prime sur l’idéologie. Les riches le savent et ils jonglent avec, mais ils devraient faire attention car il y a désormais de nouveaux invités dans le débat : les musulmans Français pas forcément riches avec tout ce que ça comporte de complexité. Le retour de la lutte des classes ajoutée au retour de la religion peut s’avérer beaucoup plus dangereux que le FN

    • 5 Mai 2017 à 17h38

      marcopes dit

      on retiendra une campagne pro macron portée par les médias à tel point que l’équilibre des temps de paroles et propagande pour chaque parti finaliste n’est bien évidement pas égalitaire et ceci à grand renfort de leçon de démocratie pour ceux qui voudraient s’abstenir dimanche ; il serait temps pour nos bien pensants de revisiter ce que veux justement dire démocratie , république , fascisme, colaboration

      • 6 Mai 2017 à 14h10

        lafronde dit

        Oui, la Presse audiovisuelle a fait la campagne du Ministre de l’Economie du gouvernement socialiste Valls. Ceci en dépit de ses obligations contractuelles envers le CSA, et la complicité de celui-ci.

        Noss libertés publiques n’ont été garantie que pour les partisans du pouvoir, elles ont été restreintes pour les partisans de l’opposition.

        Concluez vous même, et déterminez vos actions civiques. Pour ma part je me vengerai lors des Législatives de cette arnaque présidentielle.

    • 5 Mai 2017 à 16h29

      Pol&Mic dit

      est-ce vrai tout ce qu’on raconte? (en bien et/ou en mal) ????? (la plupart ne faisant que répéter ce qu’on leur a fait croire (ou dit))…..

    • 5 Mai 2017 à 16h10

      rolberg dit

      Il ya longtemps, après des semaines de malaise, j’ai fini par quitter Le Monde et son ton ex cathedra. Je m’en félicite publiquement. Peut-être que ça aidera d’autres qui vivent ce même malaise…

    • 5 Mai 2017 à 12h58

      José Bobo dit

      En traitant Marine Le Pen d’ennemie irréductible et en décrivant les scènes apocalyptiques qui suivraient nécessairement son élection c’est tout simplement dans la menace que sombrent les éditorialistes du “Le Monde” ainsi que tous ceux qui hurlent avec eux. La menace d’une la guerre civile menée par les racailles de banlieue mais aussi une menace de guerre économique et financière menée par les élites de l’argent.
      Alors, qui sont les véritables démocrates ?

    • 4 Mai 2017 à 23h09

      solitude dit

      Le Macron que toute la presse nous cache

      https://www.youtube.com/watch?v=-7po0B4xK2I

      petit résumé des histoires louches autour de Macron

    • 4 Mai 2017 à 19h20

      i-diogene dit

      Thibaud Collin:

      .. Encore un philosophe “auto-proclamé” qui prend sa vessie pour un lanterne..:

      - les urines analytiques trouble et la miction intellectuelle sporadique, on ne peut que lui conseiller de consulter un urologue et un proctologue pour un toucher rectal, afin d’ évaluer les dégâts de sa prostate..!^^

      - Différencier un ennemi individuel d’ un ennemi national, c’ est ballot:

      - dans les deux cas, la violence ne fait que repousser la solution du conflit..

      - Il est plus logique de déterminer les causes du conflit et de les éradiquer..:

      - l’ interventionnisme colonialiste français, par exemple..!^^

      • 4 Mai 2017 à 20h14

        Renaud42 dit

        Tandis que vous i-diogène vous ne pissez pas partout, n’est-ce pas?

      • 5 Mai 2017 à 8h28

        Archebert Plochon dit

        Il est toujours de bonne guerre de moquer les médecins de Molière ; mais le distinguo implique un fait qui le justifie, en cela que je dois tuer l’hostis même en l’absence de toute aversion envers lui. Ce qui permet dégonfler la rhétorique de la “haine” souvent entretenue par les pro-islam.

        • 5 Mai 2017 à 8h33

          Archebert Plochon dit

          Par ailleurs, avec vos causalités univoques (le colonialisme, 150 ans après) vous êtes un peu moliéresque vous même ^^

      • 5 Mai 2017 à 11h53

        Jihème dit

        Et le colonialisme français (apparemment, vous ne connaissez que celui-là) est, bien entendu, la cause et la justification de tous les maux, soixante ans après sa disparition ! Belle ouverture d’esprit, un tantinet obsessionnelle quand même!

      • 6 Mai 2017 à 18h10

        Hannibal-lecteur dit

        L’I-dio affecte de ne pas comprendre la différence essentielle entre inimicus et hostis. Et  tente de gommer le refus de démocratie ainsi instillé avec cautèle par le roi des faussaires : le Monde.

    • 4 Mai 2017 à 17h11

      Sancho Pensum dit

      “Je vois rien, je comprends rien, la Marine est une brave fille…”. Thibaud jouerait-il à colin-maillard avec le réel ?
      Ha ha ha ha !

      • 4 Mai 2017 à 18h29

        Fixpir dit

        Pensum est comme les émissions de téléréalité, il y a le rire en boite pour signaler que ce qui n’est pas drôle était censé l’être.

      • 4 Mai 2017 à 20h37

        Renaud42 dit

        Dormez tranquille Pancho, jamais les gentils islamistes ne laisseront élire la méchante Marine.

    • 4 Mai 2017 à 17h05

      Sancho Pensum dit

      “L’ennemi est con, il croit que c’est nous l’ennemi, alors que c’est lui.”

      • 6 Mai 2017 à 18h16

        Hannibal-lecteur dit

        Dans le même registre : SansPensée est con, il croit que c’est nous alors que c’est lui.
        Une démonstration selon SansPensée , ne peut que le convaincre. 

    • 4 Mai 2017 à 17h02

      isa dit

      Elle n’a besoin de personne pour se diaboliser, la demi- folle.

    • 4 Mai 2017 à 15h56

      Renaud42 dit

      Dés qu’on gratte un peu le Bisounours moralisateur qui fait la loi dans ce pays on découvre une violence insoupçonnée, pathologique, mais hélas Marine le Pen n’a osé endosser le rôle de la méchante pour démasquer le pantin puisque l’Inquisition n’attendait que cela pour l’envoyer au bûcher.

      C’est ainsi que nous allons avoir un président immature et pervers qui a épousé sa mère, qui va instituer la procréation sans père (PMA) et bénir la GPA qui prostitue la mère puis l’efface.

      Les générations futures de demanderont comment une telle folie collective a pu saisir l’Occident au début du 21e siècle.

    • 4 Mai 2017 à 15h27

      Danper dit

      L’im-Monde égal à lui-même !

    • 4 Mai 2017 à 15h19

      Bibi dit

      Bah! C’est une pratique ancienne, régulièrement et fréquemment utilisée par le quotidien vesperal.

      • 4 Mai 2017 à 15h30

        isa dit

        Bibi, je viens de sortir d’un taxi qui votait facho. Je ne lui avais rien demandé.
        Il est tombé direct sur les Juifs qui avaient quatre (?) nationalités ” dont israélienne bien sûr parce qu’ils sont juifs”.
        Voilà juste un ex de ceux qui votent encore pour la demi- folle après le débat d’hier soir.
         

        • 4 Mai 2017 à 15h57

          Csaba dit

          Aller voir un psychiatre, chère Madame. Ne penser vous pas qu’il y a trop de “fachos” dans votre vie ?

        • 4 Mai 2017 à 16h18

          Bibi dit

          La France est multiple.

    • 4 Mai 2017 à 15h18

      Moumine dit

      LePen aux présidentielles : 0,75% en 74, 15% en 95, 21% au 1er tour 2017. Si les Français étaient massivement racistes, LePen en serait à bien plus que 50%.
      D’un histrion ricanant, la gauche S a créé un parti politique d’importance. Pendant que, d’une main, elle agitait l’épouvantail LePen, de l’autre elle enfonçait à marche forcée le peuple dans le chômage et la précarité.
      Puis elle continuait à convertir en animosité raciste les protestations du peuple qui s’engluait toujours plus dans la frustration et la honte.
      Dans le même temps, les Français musulmans, voyant du coup en chaque voisin un potentiel ennemi, pataugeaient toujours plus dans le sentiment de persécution (sans parler de l’effet que pouvait leur faire l’outrecuidance guerrière de la France en terres musulmanes – merci Sarko & consorts).
      L’islamisme terroriste n’avait plus qu’à passer par là.
      A présent, la gauche S vient de nous pondre un cauchemar en la personne d’EM :
      Bonjour à l’islamisme vêtu des oripeaux de la gauche S !

      • 4 Mai 2017 à 15h23

        i-diogene dit

        Macron, n’ est pas un produit de la gauche, il a claqué la porte du PS, car son projet de loi “Macron 2″, n’ a été accepté, ni par Hollande, ni par Valls..!^^

        • 4 Mai 2017 à 16h33

          Flo dit

          Il a claqué la porte pour se présenter à la Présidentielle. Point barre.

        • 4 Mai 2017 à 17h26

          Patrick dit

          C’est pire : il a accepté un poste de ministre afin d’obtenir une certaine notoriété pour pouvoir se présenter comme candidat.
          Il finira par être élu. Bien joué !
          Et les socialistes se retrouvent le bec dans l’eau !
          Mais je ne verse aucune larme sur leur sort. Par contre, nous n’avons rien de positif à attendre de ce candidat.

        • 4 Mai 2017 à 18h35

          saintex dit

          La loi Macron 2 s’appelle El Khomri et ce n’est ni Hollande ni Valls qui l’ont refusée. En revanche il est vrai que Macron n’est pas plus de gauche que Hollande et toute l’aile droite du PS au sens traditionnel de “de gauche”, c’est à dire axée sur le social. Et pour avoir l’air, ils ont inventé le sociétal qui consiste en des lois du type Taubira.
          Mais comme tout prenait l’eau, il est parti avec la bénédiction de Hollande pour sauver, non des meubles, mais une politique anti-sociale et les sièges à la chambre qui vont avec.

      • 4 Mai 2017 à 17h46

        Moumine dit

        J’ai oublié : 0% aux présidentielles 81, LePen n’ayant pas obtenu suffisamment de signatures.

    • 4 Mai 2017 à 15h16

      Caminho dit

      L’évolution d’une “société de gauche” avec ses “valeurs” conduit inéluctablement au totalitarisme : pensée unique avec judiciarisation des déviants, parti unique “pluriel” ayant pour but de “sauver la planète” et seul détenteur du bien, bureaucratisation soviétoïde, surveillance et culpabilisation des gestes les plus anodins (transport, poubelles…).

    • 4 Mai 2017 à 15h14

      Liamone dit

      Nul besoin de Diaboliser madame Le Pen. Une animatrice de super marché agressive avec, sans jamais se forcer, des mimiques très parlantes quand au diable qu’elle voulait incarner suffisent d’elles mêmes à nous avoir convaincu. Pour être chef de l’état et affronter les situations les plus extrêmes, il faut avoir une autre colonne vertébrale que celle de Madame Le Pen.

    • 4 Mai 2017 à 14h52

      Theodora dit

      La démocratie suppose une possibilité de choix. Elle est indissociable du pluralisme. C’est l’auto-détermination d’un peuple libre composé de citoyens libres.S’il n’y a qu’un sens unique (comme dans les régimes de parti unique), ce n’est plus la démocratie mais le totalitarisme.

      • 4 Mai 2017 à 17h53

        Pierre Jolibert dit

        Sachant que par analogie avec la Politique des Anciens, on peut dire que le totalitarisme n’est jamais qu’une version dégradée de la démocratie moderne comme la “démocratie” (à l’origine un mot-caca) était la version dégradée du régime normal ancien où la décision mûrement délibérée de la totalité des hommes libres (y compris les derniers des ploucs du fin fond de la chôra ou les parvenus affranchis du moment) aurait été idéalement orientée selon le Bien commun.

    • 4 Mai 2017 à 14h49

      Colonel DAX dit

      Cher M. Collin,

      Si vous doutez d’un embrasement des grandes villes de France le lendemain de l’élection de Marine Le Pen, vous faites preuve de naïveté…

      Cet embrasement CERTAIN est-il souhaitable ou pas ?… c’est tout…

      Nous pensons que oui…
      >>> que la France se mire ENFIN…. et…. REELLEMENT en son miroir…