Le Monde fait sa contre-révolution | Causeur

Le Monde fait sa contre-révolution

Maurras et Maistre, ces rebelles

Auteur

Théo Torrecillas
est étudiant en journalisme, il parle de gastronomie et de littérature sur son blog La rôtisserie des poètes : http://larotisseriedespoetes.wordpress.com/

Publié le 10 novembre 2012 / Culture

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Le Monde Maistre Boutang

Depuis quelques semaines, les rebelles sont à l’honneur dans les kiosques à journaux. Le Monde propose à ses lecteurs, pour 5,90 euros chacun, dix suppléments d’environ deux cents pages présentant des personnages en opposition avec leur époque.
On trouve ainsi deux tomes sur les résistants, des volumes sur Victor Hugo, Jean Jaurès, Georges Clémenceau ou Léon Blum, sur la révolution de 1848, etc.
Grégoire Kauffmann a eu l’idée judicieuse et courageuse de demander à Jérôme Besnard une anthologie des auteurs de la contre-révolution. De Rivarol à Michel Mohrt, l’occasion nous est fournie de faire un tour dans les textes de ceux qui s’opposent au monde tel qu’il va, surtout quand il est trop tard. Ce huitième tome est disponible pendant une semaine depuis ce jeudi matin.

À la lecture de l’introduction de Jérôme Besnard, il s’avère difficile de ne pas penser aux Antimodernes d’Antoine Compagnon. Ce livre ne se trouve pourtant pas dans la bibliographie proposée en fin d’ouvrage. On comprend qu’elles ne pouvaient pas être exhaustives : les brèves présentations des auteurs suffisent à saisir la richesse des références. Comme l’universitaire, Jérôme Besnard insiste longuement sur la crise que connaît ce courant de pensée après les errements de nombre de ses membres durant la seconde guerre. Mais il perçoit avec plus de justesse le renouveau qui s’opère dès la Libération, avec des romanciers comme Jacques Perret et Jean de La Varende, les Hussards, le philosophe Pierre Boutang, l’essayiste Thierry Maulnier, les historiens Philippe Ariès et même le lettriste repenti Michel Mourre… L’auteur consacre évidemment une partie de l’introduction à dissocier les personnalités sulfureuses dont il va être question des fascistes, collaborateurs et nazis en tout genre.
Aurait-il pris autant de pincettes si Le Monde n’était pas à l’origine de la commande ? On peut imaginer que non, mais les précautions liminaires ne s’avèrent pas pour autant des excuses déguisées. Jérôme Besnard nous plonge sans hésitation dans cet univers méconnu de ceux qui n’ont jamais pensé comme il faut. Il parvient même à les englober dans une formule saisissante : « Le versant chevaleresque de l’esprit rebelle français ».

Beaucoup de romanciers dans cette anthologie : la pensée monarchiste ne peut pas se dissocier de la dimension esthétique. Deux penseurs figurent au cœur de l’ouvrage et structurent la mouvance : Joseph de Maistre et Charles Maurras.
Jérôme Besnard apporte des présentations riches et précises. Soulignons un tic significatif de l’auteur : il stipule systématiquement les origines de l’écrivain dont il va parler. Il fait ainsi référence au « savoyard Joseph de Maistre », à « l’aveyronnais Louis de Bonald », au « malouin Chateaubriand », au « normand Jules Barbey d’Aurevilly ». On apprend qu’Antoine de Rivarol est « fils d’un aubergiste », que Joseph de Maistre est « issu d’une famille de robe » alors que Louis Veuillot est « issu d’un milieu populaire » et que Michel Mohrt est « né dans une famille royaliste de Basse-Bretagne ». Une manière de faire comprendre qu’il faut chercher les racines pour trouver l’homme.

Les amateurs apprécieront de voir ces extraits emblématiques se confronter les uns aux autres. Une occasion de situer les écrivains dans leur chronologie, de distinguer leurs modèles comme leurs disciples, et de reconnaître ainsi les bienfaits de la transmission.
Ceux qui ont la chance de n’avoir pas encore lu ces textes les découvriront de la meilleure manière qui soit : contextualisés, simplement présentés sans glose superflue.

On vous dit qu’il est « rebelle » de lire Joseph de Maistre. Ne vous en privez pas.

*Image : wiki commons.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 12 Novembre 2012 à 17h58

      fogarty dit

      J’ai beaucoup apprécié et apprécie toujours Chateaubriand ,Barbey d’Aurevilly,Rivarol même si je suis républicain, car j’aime les hommes et les écrivains qui refusent la pensée unique de leur époque. de même j’aime autant les Camisards protestants qui luttèrent contre l’absolutisme religieux de Louis XIV que les Vendéens catholiques victimes des colonnes infernales ainsi que Pascal Paoli, mon compatriote, qui lutta contre Gènes puis les Français de Louis XV. Un auteur américain, peut-etre Thoreau, disait que le premier devoir du citoyen est de lutter contre pouvoir de l’état, mais je ne suis pas sûr de l’exactitude de ma citation et je m’en excuse.

    • 12 Novembre 2012 à 3h43

      Alex73 dit

      Maistre était savoisien, non savoyard…

    • 11 Novembre 2012 à 17h17

      ylx dit

      Cadichon de BdA ? Si oui on ne va plus s’ennuyer ici !

    • 11 Novembre 2012 à 16h09

      Cadichon dit

      “ceux qui n’ont jamais pensé comme il faut.”

      Merci pour cet aveu de l’existence, voire de la toute puissance, de la pensée unique que Le Monde incarne et qui définit les canons de la bien-pensance.

    • 11 Novembre 2012 à 0h47

      Aymeric C. dit

      Lecteurs de Boutang, vous trouverez une série d’entretiens Boutang/Domenach, enregistrés au début des années 90, à cette adresse :
      http://www.youtube.com/watch?v=aCTfGczu8SY 

      Voici de quoi patienter, en attendant que Jérôme Leroy numérise ses précieuses cassettes ! 

    • 10 Novembre 2012 à 18h42

      Villaterne dit

      Cher Jérôme Leroy
      Vu la richesse de vos références et connaissances, je pense qu’il est temps de vous taxer à 75% !

      • 10 Novembre 2012 à 18h53

        Jérôme Leroy dit

        C’est gentil, Villaterne, et si ça peut aider…

        • 10 Novembre 2012 à 19h03

          Villaterne dit

          Un peu mon n’veu que ça peu aider ! J’attends avec impatience votre “truc” sur Boutang !!

        • 10 Novembre 2012 à 19h09

          Jérôme Leroy dit

          Pas encore assez vieux pour les Mémoires…:)

        • 10 Novembre 2012 à 19h17

          Villaterne dit

          Faudrait pas attendre de ne plus en avoir :)

    • 10 Novembre 2012 à 12h59

      Etienne92 dit

      Ah mon cas s’alourdit, j’étais déjà “néo-facho” parce que je suis abonné à Causeur, et me voilà rebelle parce que j’ai les œuvres des “infâmes” chateaubriand, Barbey d’Aurevilly, La Varende, Jacques Perret, Rivarol, j’avoue aimer les Hussards, m’être régalé ave les mémoires de Léon Daudet, bref je suis bon pour le bagne de Cayenne qui rouvrira certainement sous peu ! Peine aggravante je dois avoir aussi des livres de Jacques Bainville.

      Mais le Monde est vraiment inconscient du danger qui menace ses lecteurs, car ces derniers pourraient apprécier l’œuvre des auteurs étudiés ? Ce qui serait somme toute, assez amusant !

    • 10 Novembre 2012 à 12h39

      Théo dit

      L’ami Besnard sera bientôt de retour avec un Pierre Boutang. Encore un auteur que vous avez dans votre bibliothèque n’est-ce pas ?

      • 10 Novembre 2012 à 12h42

        Jérôme Leroy dit

        Nos commentaires se croisent, cher Théo.

        • 10 Novembre 2012 à 12h58

          Théo dit

          Ah oui en effet ! J’ignorais que vous l’aviez connu en revanche. Racontez-nous ça vite alors !
          Vous avez par ailleurs raté la soirée organisée par l’ami Maulin à propos de Roger Nimier. Outre une belle analyse de Sébastien Lapaque, le témoignage de Christian Millau était très touchant.

        • 10 Novembre 2012 à 13h03

          Jérôme Leroy dit

          Oui, je l’ai vu une demi-douzaine de fois avec un signataire de Causeur, c’était au début des années 90, dans son grenier de Saint Germain en Laye. On l’avait interviouvé pour le Quotidien de Paris. Il m’avait offert sa traduction du Banquet de Platon dans une reliure de Viera da Silva.
          Etions-nous jeunes alors…
          Je dois encore avoir les mini-cassettes du dictaphone. Mais plus de dictaphone. Chienne d’époque.

        • 10 Novembre 2012 à 13h13

          Théo dit

          ça se trouve encore un dictaphone

    • 10 Novembre 2012 à 12h26

      Jérôme Leroy dit

      Merci à Théo de signaler cette excellente anthologie de l’ami Besnard. Il n’y a que du bon…
      Pourvu que Jérôme, qui est un ami, ne dise pas que tous ces écrivains sont depuis longtemps dans ma bibliothèque, je pourrais prendre cher.

      • 10 Novembre 2012 à 12h28

        Eugène Lampiste dit

        il est donc possible que vous preniez encore plus cher, jérôme ?

        • 10 Novembre 2012 à 12h41

          Jérôme Leroy dit

          Pas de la même manière…:)
          Mais lisez cette anthologie, Eugène, que du bon.
          Ce qui est amusant, d’ailleurs, c’est qu’il n’y pas pas plus sévère que ces réacs dans la critique de la modernité libérale.
          Maistre est même plus féroce que Marx qui voit dans le capitalisme un moment nécessaire.
          C’est pour ça que je les aime beaucoup, les roycos. Le style, tout le temps, en plus.
          Et puis j’ai eu la chance de connaître un peu Boutang. Quel bonheur. Je raconterai un jour.

        • 10 Novembre 2012 à 12h44

          Eugène Lampiste dit

          j’avoue être un peu trop “centré” sur philippe muray, depuis une dizaine d’années.

          je vais tacher de me diversifier. 

          je note tout ça