Le Monde bande mou
Le quotidien du soir lance une collection de romans libertins. Edifiant.
Publié le 12 juin 2010 à 13:00 dans Médias
Mots-clés : Le Monde

Hypolite Flandrin, Jeune homme nu assis au bord de la mer, 1836.
C’est bien connu : quand on a trop de soucis, on n’a pas la tête à la bagatelle. Surtout quand on vieillit, ce qui est le cas du Monde qui atteint plus ou moins l’âge qu’il ne cesse de recommander à ses lecteurs pour la retraite, c’est à dire la soixantaine bien entamée.
Quand Le Monde regarde ses comptes, sa diffusion, la fidélité de son lectorat, il ne voit que des graphiques flaccides et des courbes détumescentes. Alors Le Monde commet les mêmes erreurs que l’amant obstiné pour garder sa belle : il veut à toute force copuler et connaît ce que Stendhal appelait le fiasco : il a beau utiliser tous les artifices imaginables, décoction de gingembre, poppers, huitres, bois bandé, il reste amorphe à l’entrée du déduit.
En guise d’aphrodisiaque pour doper ses ventes à la veille de l’été, Le Monde a cette fois-ci choisi de lancer une collection de romans libertins en partant du principe que le cul, ça marche toujours. Et qu’il faut absolument remonter le moral des abonnés qui ont vieilli avec le journal: la forte instabilité économique de la zone euro, la nervosités des marchés qui sursautent comme une jeune fille surprise à jouer avec une poire à douche modulable, les portefeuilles d’action qui yoyotent, tout cela les rend très inquiets, les abonnés, contrairement à l’ouvrier délocalisé qui lui, de toute manière, était déjà pauvre avant.
Diderot, un plaisir pas cher pour Le Monde et très cérébral pour les lecteurs
Chaque jeudi, avec Le Monde daté du vendredi, on trouvera donc “un grand classique de la littérature libertine” pour quelques euros de plus ajoutés à un prix habituel qui est pourtant déjà l’un des plus chers d’Europe. Le premier ouvrage, lancé au tarif promotionnel de 2 euros est de Diderot : ce sont Les Bijoux indiscrets. C’est un très beau texte, et qui ne coûte rien au Monde puisqu’il est tombé dans le domaine public depuis longtemps – c’est évidemment cette dernière qualité qui aura plu aux gestionnaires. Dans Les Bijoux indiscrets, le prétexte à des méditations philosophiques sur le désir est un anneau qui fait parler le sexe des femmes. Seulement, ceux qui espéreraient trouver là un remake du célèbre Le sexe qui parle, film porno de Frédéric Lansac de 1975, grande année pour le genre, vont tomber de haut. En même temps, c’est bien entendu beaucoup moins ennuyeux et pleurnichard que Les monologues du vagin qui font le bonheur des directeurs du théâtre et du néo-féminisme intégré de la bourgeoisie depuis bientôt dix ans. Mais nous ne connaîtrons pas pour autant à la lecture de ce Diderot, (sauf quelqu’un de très, mais alors de très cérébral), la moindre excitation sexuelle ce qui est pourtant, quoiqu’on en dise, l’effet recherché quand on se la joue “littérature libertine.”
Le libertinage sans la subversion ?
C’est là, d’ailleurs, toute l’habituelle hypocrisie du Monde : à force de préoccupations contradictoires, il tombe à côté de la plaque. Il veut aguicher le chaland en lui promettant un été coquin mais comme il tient à préserver sa réputation de dame chaisière de la presse française, il se drape dans un alibi culturel. Ce n’est pas Le Monde qui vous proposerait une collection de romans pornographiques, ou même érotiques. Trop vulgaire ou trop scandaleux, au choix.
Non, il vous propose, nuance, une collection de romans libertins en entretenant l’habituelle confusion sémantique autour de l’adjectif. Aujourd’hui, libertin renvoie à de tristes clubs échangistes ou à des réseaux de rencontres sur Internet. Ce n’est plus le courant philosophique des dix-septième et dix-huitième siècles qui mit en question de manière radicale l’existence de Dieu, le bien-fondé des monarchies, les préjugés de classes et dont l’aspect sexuel apparaît tardivement et ne forme qu’un élément parmi d’autres d’une entreprise subversive de démolition de la société d’Ancien Régime.
Une collection “habillée” par Sonia Rykiel
Comme Le Monde n’a plus du tout envie de démolir quoi que ce soit, depuis bien longtemps, il neutralise le libertinage en le renvoyant discrètement à l’utilisation commercialement connotée du terme. La preuve? On nous signale dans l’argumentaire que l’habillage de la collection, appellation légèrement paradoxale en l’occurrence, est le fait de Nathalie Rykiel. Nathalie Rykiel, fille de Sonia, est surtout connue pour avoir ajouté à sa boutique de Saint-Germain des Prés un rayon sex-toys avec les inénarrables petits canards et les godemichés profilés valant un RSA. Bref, pour avoir transformé ce qui était de l’ordre de la misère sexuelle en signe d’émancipation féministe dans un de ces renversements conceptuels comme seule notre époque de mensonge généralisé et de récupération systématique de sa propre contestation sait nous en ménager.
Le résultat de cet habillage est d’ailleurs assez pénible avec une couverture rose muqueuse et une fenêtre dans la couverture, un trou si vous voulez, qui ouvre sur un fragment de l’inévitable Bain turc d’Ingres visible dans son entier à la page suivante.
Quelques diamants, malgré tout
La liste de textes que nous promet Le Monde est à l’image de cette cote mal taillée entre le racolage commercial, le désir de respectabilité et un très vague souci d’unité dans le choix des textes. On tombe ainsi sur des titres qui sont des diamants noirs ou des blocs d’abîme, comme ceux de Sade, mais dont on peut se dire qu’ils relèvent davantage d’une lecture philosophique et non du plaisir coquin du “grand public cultivé” qui n’est plus, par ailleurs, ni si grand ni si cultivé qu’on voudrait le faire croire.
À l’inverse, quel plaisir ce sera de relire L’Histoire amoureuse des Gaules de Bussy Rabutin mais la déception pour l’adepte putatif de ce type de collection risque d’être inverse : la représentation du sexe chez le cousin de madame de Sévigné est tellement aimable et métaphorisée qu’on pourrait laisser cet ouvrage entre des mains innocentes et même le recommander pour leur montrer, à ces mains innocentes, à quel point le Français a su être, du temps où nous étions une civilisation, la langue d’une souveraine légèreté et d’un esprit rieur. Puis, à nouveau, ce sera un érotisme très cru, très violent avec le Gamiani de Musset côtoyant la polissonnerie troisième république avec l’Aphrodite de Pierre Louys, fantaisie bien sage, qui a été préférée au Manuel de civilité à l’usage des jeunes filles du même auteur, qui pour le coup est un vrai texte joyeusement pornographique, d’une extrême crudité, mais bien moins noir que La philosophie dans le boudoir de Sade qui sera pourtant proposée dès le deuxième titre.
En fait, cette collection libertine qui mélange tout dans une hâte conceptuelle désolante, marque sans doute l’essoufflement de plus en plus grand, voire définitif, d’un certain type de marketing pseudo-culturel: celui de ces journaux qui, à force d’avoir vendu trop cher une information frelatée ou calibrée, ont cherché à faire passer la pilule avec des DVD, des CD, ou des BD. Sans compter les radios-réveils, les écrans plats ou les grands textes fondateurs reliés plein skaï si vous acceptez d’être cet oiseau rare et assez masochiste : le nouvel abonné.
Non, décidément, la presse est triste, hélas, et je n’ai pas besoin d’elle pour lire tous les livres.
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L'auteur
Jérôme Leroy est écrivain et journaliste. Dernière parution, Le Bloc (Gallimard)
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Dandy de Grandchemin dit
Et puisque j’en suis à la “presse” fellatoire, en voilà un agenouillé http://www.francesoir.fr/argent-economie-medias/jean-pierre-elkabbach-met-les-pieds-dans-le-plat
Dandy de Grandchemin dit
Plutôt que de jouer les effarouchées sur cette collection rose muqueuse (au pire de la branlette, intellectuelle ou non, ou les deux ne nous refusons rien), mieux vaudrait s’intéresser aux vrais problèmes. Par exemple l’intervention de Narko, qui n’a rien d’émoustillante, loin s’en faut.
http://tempsreel.nouvelobs.com/dossier/medias-pouvoirs/20100614.OBS5467/reprise-du-monde-l-intervention-de-sarkozy-jugee-inacceptable.html
Lady dit
Oh, Rackam, ne jouez pas les effarouchés!
Je suis Lady Lady Lay et je chante (devant mon armoire) à tue tête, toute avertie que je suis, votre dernière chanson même si je n’ai pas connu Ouvrard .
Sophie, vous avez la chance d’être riche d’esprit sur tous les sujets et de n’être pas radine…Je n’ai pas votre fortune!
Sophie dit
Lady, pourquoi vous faites-vous si rare?
Chacun de vos posts est un bijou lumineux, éclairant et amusant. Seriez-vous radine?
rackam dit
Lady!
quelle verve, quel entrain, quel vocabulaire, fichtre!
Ah il est loin le temps où vous fredonniez des romances devant votre armoire normande, en robe a smocks, une poupée joufflue sur les genoux!
Je m’en souviens, j’avais écrit quelques paroles…
Dans votre nouveau registre, je m’abstiendrai.
Et voilà, Sophie, une des rackamettes quitte l’orchestre pour suivre une carrière solo.
Lady Chatterley I presume?
Porc dit
madame Vigée-Lebrun
Coriolan dit
@ Sophie
Ca tombe bien, j’ai un créneau de 3/4 d’heure dans environ 12h15. On doit pouvoir faire affaire.
@ Porc
L’afrique est dans l’attente d’une lutte passive.
Ce fil part en couille. En même temps, vu le sujet de départ, ce n’est pas sans une certaine cohérence…
Lady dit
Qui a dit que les lecteurs du Monde étaient plus intelligents plus cultivés que les autres? Eux-mêmes certainement …
Le Monde, ce ramassis de faux témoins, portes paroles des faux évêques (j’espère enfin en voie d’extinction) s’éteindra avec le peu d’adeptes qui lui restent. Signe d’un temps qui est peut-être en train de se réveiller, et décidé à retrouver vigueur et espérance en choisissant d’autres sources…Moins frelatées, moins ringardes, avec un esprit un peu plus sain.
Bander mou n’a jamais interdit à l’esprit de jouir et de faire jouir! Pas d’esprit pas de vigueur!
“l’Immonde” est pincé quotidiennement en flagrant délit de mensonges et malhonnêtetés depuis belle lurette, normal qu’un tel torchon se débatte vainement dans sa mauvaise soupe avant de couler définitivement.
Porc dit
La centripèterie nombrilo-germanoptane doit être soigneusement distinguée de la bonne vieille contrepèterie de chez nous. En voici une :
- Le beau-père exerce le privilège des bouilleurs de cru.
Sophie dit
Coriolan!
Quel verve!
Mais avec vos “turgescences subnombrilesques” vous allez me faire passer l’envie de m’envoyer en l’air pendant….. au moins 12 heures.
C’est pas gentil!
Coriolan dit
Ben ouais, le Monde tente un ultime numéro de charme pour sa patientèle de bobos germanopratins quasi-andropausés/ménopausées, qui à force d’enculer les mouches sans plus regarder le sain et le simple, a acquis la flacidité de l’esprit en même temps que celle du corps.
Le problème du Monde, c’est que même si une paire d’écrits cochons peut tenter de réveiller une turgescence subnombrilesque, toujours possible si l’on recourt à la pharmacopée bleue, il est en revanche trop tard pour un quelconque stimulus cérébral, l’électro-encéphalogramme étant plat depuis trop longtemps : la centripèterie nombrilo-germanopratine a depuis longtemps vidée les coquilles de toute substance grise.
Sophie dit
Quelqu’un dispose du calendrier des tournées de Rackam et son orchestre?
turbo22 dit
Oui, bravo rackam.
Comme l’écrit Porc, sur l’air de j’ai la rate…
Porc dit
“Sur l’air de”.
bravo, Monsieur Rackam !
ataraxi dit
Rackam à l’Académie Française !
lorymequa dit
Minable! C’est quoi ce règlement de compte?
Et vous, vous vous abaissez à quoi pour être lu, vous n’avez rien d’autre à dire par les temps qui courent? Alors taisez vous. Vous devez avoir une relation toute particulière avec LE MONDE ,et on en saura rien bien sur. Un abonné, qui à fui depuis longtemps, les libé, Marianes et autre Mermet qui eux, nous prennent vraiment pour des cons!! Facile à mettre en évidence, sauf une absolue crétinerie de leur part. Je précise que j’ai commencé à bosser l’enfance à peine finie et que j’ai appris à déceler les usurpateurs, dont il m’apparait que vous faites partie.
Porc dit
Mon article “Tu pues” , composé en pompant, non, en empruntant à différents auteurs, est enregistré (dans une vilaine couleur de caractères, mais je préfère m’y résigner que de risquer une coui, non, une fausse manœuvre..; la loi des séries, n’est-ce-pas…).
Porc dit
“Mon coeur, outré de déplaisirs,
Etait si gros de ses soupirs,
Voyant votre humeur si farouche,
Que l’un d’eux se trouvant réduit
A n’oser sortir par la bouche,
Sortit par un autre conduit.”
Saint-Evremont. Voilà ce qui arrive quand on on est amoureux dune belle intraitable.
Porc dit
Qui a cafouillé sur son blogue ? Le porc, comme d’habitude. Le titre de son papier est là, mais pas le texte. On va essayer de réparer ça.
ornitholynx dit
Les commentaires… On se croirait chez l’insipide Assouline, entre gens de bonne et surtout cultivée compagnie, avec même quelques phrases en anglais, pour montrer que la Tamise vaut bien la Seine, my God ! Mais ouf ! Leroy manie mieux la plume que la « Soupline ».