La journée Internationale de la femme a été célébrée comme il se doit dans notre République progressiste avec sa flopée de défilés festifs, ses effets d’annonces symboliques et sa horde de militantes en lutte.

Dans cette « women pride », on a pu entendre, dès la semaine dernière, la voix de la législatrice européenne, experte en réprimandes et donneuse de leçons à tout va, Mme Viviane Reading ainsi que celle de la patronne des patrons et maîtresse de l’à-propos, Mme Laurence Parisot. Tandis que l’une s’est réjouie de la victoire de la sacro-sainte parité remportée sur l’un des dersaniers bastions de l’outrageante discrimination homme/femme – les tarifs d’assurance qui seront désormais aussi élevés pour les hommes que pour les femmes, l’autre s’est empressée d’exprimer le désir, ô combien absurde, de voir réhabiliter le ministère du Droit de la femme, né sous Mitterrand avant d’être avorté.

L’ennui, c’est que ces avancées n’en sont pas toujours. Il faut être une féministe bien fanatique pour ne pas s’apercevoir que l’égalité brandie à tour de jupons, peut constituer le cache-sexe d’une injustice inavouée.

Eh oui, l’égalité des sexes a un prix mesdames ! Vous provoquez, en général, moins d’accidents que votre congénère masculin et pourtant préparez-vous, dès la fin 2012, à payer plus cher votre contrat d’assurance auto.
Au comité du salut paritaire, les statistiques bleues et roses sont ostracisées. Ce réel est bien trop sexiste pour l’Europe unisexe. Victimes des récriminations de vos avocates acharnées, vous voilà pénalisées pour bonne conduite. Voyez comment sur l’autel de l’égalitarisme aveugle, le principe de justice est sacrifié.
Le plus drôle dans l’histoire, c’est que ce sont les hommes, vus comme phallocrates, misogynes et fous du volant, qui sont les véritables gagnants de cette désexualisation tarifaire puisque, grâce à l’homogénéisation des prix, ils payeront en fait moins chers leurs contrats d’assurance !
Ainsi les féministes sont-elle les idiotes utiles des chauffards.

Mme Parisot, elle, aimerait l’institutionnaliser. Rien de tel qu’un ministère du Droit de la femme pour sexualiser la politique en assignant la femme à son sexe. Le critère du sexe serait de nouveau pertinent en politique, balayant d’une traite la victoire des féministes qui avait été justement de le supprimer, en faisant reconnaître que la femme était aussi apte que l’homme à représenter l’universel. La thèse avancée par les antiféministes de l’époque, selon laquelle la femme était par nature incapable de transcender la différence de sexes pour se soucier de l’intérêt général, serait donc in fine validée. Les machistes peuvent remercier Mme Parisot.

Bref, toutes ces gesticulations hystériques ne font que révéler les paradoxes de la lutte contre les inégalités homme femmes.

En ne cessant de radoter que tel film plaît aux femmes ou que tel roman ne peut intéresser qu’une femme, l’époque oublie, bien vite, que l’esprit n’a pas de sexe. Le politiquement correct fait donc dans le politiquement sexiste, et tout le monde applaudit.
Mais le ridicule est atteint lorsque la condamnation des attaques misogynes englobe également les marques de politesse et de galanterie que la gent masculine destine au beau sexe. Le « lady first» parvient à exaspérer les féministes les plus farouches, convaincues que tenir la porte à une femme ou bien lui donner la prééminence dans l’ouverture d’un débat public, sont des comportements sexistes. La civilité finit donc par être perçue comme une offense.

Mais le plus cocasse dans ce ramassis de paradoxes, c’est de voir ces militantes enfiévrées s’en référer à l’esprit jacobin alors qu’il a été le fossoyeur d’une sociabilité mixte, où la femme était l’actrice principale de la vie intellectuelle, artistique, et politique de notre pays. Elles se disent filles de 89 alors que la Terreur robespierriste aiguisait la guillotine pour trancher les têtes des femmes les plus puissantes et les plus libres d’esprit et de corps qui faisaient toute la gloire de la France.
Elles voient dans la Révolution française leur libération alors que l’épisode révolutionnaire marque le début même de leur asservissement. Ce n’est pas Marianne qui sort de la Révolution, mais Hercule le colosse, image virile du sans-culotte régénéré. De sa puissante main, le géant sacralise le peuple masculin et de l’autre il exclut, brutalement, les femmes de l’espace public, en les cloisonnant, pendant plus d’un siècle et demi, dans le domaine domestique.

Je voudrais donc finir sur une note personnelle. Au lieu de porter au pinacle notre Beauvoir nationale, je préfère aujourd’hui rendre hommage à Mme Roland, Mme du Châtelet, Mme de Condorcet, Mme Geoffrin, Mme Du Deffand, Mme Necker, (et bien d’autres encore sans oublier bien évidemment notre cheftaine bien-aimée !) qui ont contribué, à travers leurs salons, au bouillonnement et à la propagation des idées ainsi qu’à l’épanouissement de cette osmose si précieuse entre les hommes et les femmes, admirée par le monde entier et qui fut l’apothéose de la civilisation française.

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