Le mirage Die Linke
Le revival socialo-communiste n’a pas d’avenir
Publié le 30 septembre 2009 à 15:19 dans Monde
Mots-clés : Allemagne

Affiche de campagne de Die Linke : Taxer la richesse !
Une véritable jubilation s’est manifestée au sein de la gauche de la gauche française après les résultats des élections législatives allemandes du 27 septembre. De Jean-Luc Mélenchon à Benoît Hamon, on a salué avec enthousiasme le succès relatif du parti Die Linke (La Gauche) qui a obtenu près de 12% des suffrages, contre 8,8% en 2005. A l’exception du NPA de Krivine et Besancenot, qui pointe les contradictions internes de cette formation hétéroclite, tout ceux qui contestent les ouvertures de la direction du PS et de Dany Cohn-Bendit en direction du Modem se sentent confortés dans leur stratégie de rassemblement de la gauche et de l’extrême gauche.
Il n’est pas inutile de leur rappeler que la montée en puissance de Die Linke en Allemagne survient dans un contexte de recul historique de l’ensemble de la gauche (SPD, Verts, Die Linke), qui totalise moins de 46% des suffrages contre 48,5% à la droite (CDU, CSU, FDP). Il faut également noter que les 6% de voix qui se sont portées sur des petites listes sont principalement allées vers des formations de droite ou d’extrême droite, à l’exception de la liste des Pirates (2%) dont le positionnement idéologique est pour le moins flou.
Le “succès” de Die Linke est le résultat d’un vote-sanction contre le SPD d’une fraction de l’électorat social-démocrate qui n’a toujours pas digéré les réformes effectuées par Gerhard Schröder lorsqu’il était chancelier (Agenda 2010) pour restaurer la compétitivité de l’économie allemande en réduisant les prestations sociales (santé et assurance chômage).
Le talent oratoire des deux principaux leaders de Die Linke, l’ex-social démocrate Oskar Lafontaine et l’ex-communiste Gregor Gysi, jamais en reste de rhétorique populiste, a mis en lumière, par contraste, le faible charisme de leurs concurrents du SPD et des Verts. Ces derniers n’ont pas retrouvé de personnalités capables d’enflammer les foules par leur verbe depuis le retrait de la vie politique de Gerhard Schröder et de Joshka Fischer.
Mais ces atouts conjoncturels ne sauraient masquer le caractère hétérogène et fondamentalement instable d’un parti composé de nostalgiques de l’ex-RDA, de syndicalistes ouest-allemands en délicatesse avec un SPD paralysé dans une ” grande coalition” avec la CDU d’Angela Merkel, et d’une nébuleuse de groupements gauchistes et altermondialistes.
D’ores et déjà, des tensions se font jour entre les tenants d’une stratégie visant à faire de Die Linke un parti koalitionfähig (capable de former une coalition au niveau fédéral1, et ceux qui ne sont pas près de sacrifier les grands principes (sortie de l’OTAN, nationalisation de banques) au réalisme pour participer à un gouvernement avec le SPD et les Verts.
La présence, encore massive, dans ses rangs, d’anciens militants et responsables du SED, le Parti communiste est-allemand, le rend vulnérable à des campagnes de diabolisation menées par la droite. Il faut être un grand rêveur, comme Alexandre Adler, pour voir en Gregor Gysi un futur Barack Obama à l’allemande au motif que ses parents ont été, jadis, des membres de l’Orchestre rouge2. Les Allemands d’aujourd’hui, même s’ils apprécient ses bons mots et son humour dans les talk-shows à la télévision ont une mémoire moins sélective, et se souviennent que son père, Klaus Gysi fut aussi un haut dignitaire du Parti communiste, ambassadeur puis ministre de la culture d’Erich Honecker…
D’autre part, le retour du SPD dans l’opposition, et les changements à la tête du parti qui vont intervenir dans les prochains jours (à la différence de ce qui se passe en France avec le PS, on ne garde pas une équipe qui perd) devraient lui permettre de renouer le contact perdu avec sa clientèle traditionnelle des ouvriers et des classes moyennes.
Il lui reste, et c’est la où le bât blesse, à élaborer une stratégie d’alliances pour revenir au pouvoir dans un contexte globalement défavorable à la social-démocratie à l’échelle européenne.
La droitisation du gouvernement fédéral va, bien sûr, lui donner du grain à moudre sur des thèmes où il se retrouvera côte à côte avec Die Linke et les Verts : l’opposition aux centrales nucléaires, à la participation de la Bundeswehr aux opérations en Afghanistan, les atteintes aux acquis sociaux.
S’il jette par dessus bord l’héritage réaliste (certains diront social-libéral) de Gerhard Schröder, le SPD risque de s’aliéner une partie des nouvelles classes moyennes urbaines pour se replier sur ses bastions traditionnels de la vieille industrie en déclin.
S’il y reste attaché, en l’adaptant au contexte de cette après-crise pour lequel l’Allemagne semble mieux placée que ses principaux voisins européens, il va se trouver en difficulté avec ses alliés potentiels à gauche.
Comme il ne faut pas trop compter sur des erreurs politiques majeures d’une Angela Merkel à la prudence proverbiale pour pallier ces handicaps, la gauche allemande de gouvernement n’est pas dans une position plus favorable que son homologue française.
- Die Linke participe au gouvernement du Land de Berlin avec le SPD, et pourrait bientôt entrer dans ceux du Brandebourg et de la Sarre. Mais cette alliance demeure exclue au niveau fédéral par le SPD. ↩
- Entendu le 29 septembre, vers 8h30 sur France Culture. L’Orchestre rouge était un réseau d’espionnage antinazi, animé par des antifascistes allemands pour le compte de l’URSS. ↩
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L'auteur
Luc Rosenzweig est journaliste.
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ramon mercader dit
@ luc r
ha zut !
un coup pour rien !
ceci dit y a des rejettons de huguenots français en germanie
leur anabase a affaibli en son temps le royaume du bon roi louis
toute comparaison avec l’émigration fiscale actuelle est bien sur innoportune
mais on peut tout de même se poser la question…….
histoire de pas faire les mêmes erreurs ……
comme on dit “les peuples qui ignorent l’histoire sont condamnés à la revivre” (ça m’a l’air bien parti sur ce coup là)
nadia comaneci dit
Dans une génération, peut être deux, quand les niveaux de vie se seront égalisés, quand la frénésie de consommation frustrée aura été assouvie, les Européens de l’Est se souviendront que manger un hamburger n’est pas une fin en soi. Ils doivent réapprendre à aimer leur histoire, leur culture et donc à s’aimer eux-même. Ils n’ont pour le moment que du mépris pour le passé. On leur avait répété qu’ils étaient presque les maîtres du monde, sans beaucoup de doigté parfois, nous leur avons fait sentir qu’ils allaient devoir tendre la main et faire beaucoup d’effort pour accéder au paradis, quand nous n’avons pas fait semblant d’avoir peur de leurs pauvres plombiers. Soyons patient avec eux, le mirage mondialisé n’aura qu’un temps, ils sont de chez nous.
Kastals dit
Excellent papier où les arguments contradictoires se bousculent:
4% pour l’extrême- droite annulent les 12% pour die Linke, le virage libéral de la social-démocratie qui explique la baisse historique de son électorat ne doit surtout pas être abandonné pour ne pas perdre son électorat, Martine Aubry serait le sosie de François Hollande, etc..
On voit qu’on garde d’une carrière au Monde l’exigence d’un traitement objectif de l’information.
Et puis ce qu’il en ressort c’est que les pauvres c’est vraiment pas distingué, et que ça sent la soupe aux choux.
Après l’histoire dit
Ok, ia cprashu.
Da… mais être vraiment Européens, cela voudrait dire ne pas être Américanisés, avoir vraiment des choses en propre, qui ne soient pas des malls ou des hamburgers… et qui ne soit pas construit au forceps… Des siècles de musique, de littérature, de commerce (dans tous les sens du terme), mais aussi des tragédies, donc de l’Histoire, ont construit des Européens. Aujourd’hui, la construction de l’UE est une aseptisation de tout, avec beaucoup de têtes pensantes qui ont une vision fédéraliste politique sur un modèle américain… soit un modèle qui n’a pas nos siècles de culture.
Jardidi dit
J’ai rêvé cette nuit que j’étais légionnaire romain sur le Danube. Nous combattions et vainquions dans un combat très dur, à la lance, en uniforme rouge et dans notre fort en bois, une tribu de type germanique qui montait à l’assaut.
Jamais je n’ai fais un rêve aussi réaliste et violent, j’ai bien eu l’impression d’être en plein combat. Il n’y avait pas de sang, mais c’était d’une brutalité (virilité?) inouïe. Je le ressens encore, ce qui est inhabituel. Est-ce que je deviens fou? Quelqu’un sait-il donner une interprétation?
J’aime que sur un texte concernant aussi l’Allemagne, pas un commentaire ne s’y réfère(endum). Il me semble que celle-ci a définitivement changé de nature politique, l’économie sociale de marché est morte. Le bon score du parti libéral signifierait que le patronat en veut encore malgré une modération salariale depuis dix-quinze ans, inimaginable en France. Le calme des classes populaires allemandes est-il de la résignation?
nadia comaneci dit
после истории, конечно ви можете мне писать, спросите мою адрессу у козэра.
Vous savez, à Bucarest le fossé entre “ceux d’avant” et les nouvelles générations s’élargit un peu plus chaque jour. Nourris aux malls et aux soaps, les plus jeunes sont consommateurs avant d’être Roumains, ils veulent émigrer… en America. Ils ont gagné la liberté dont ils n’ont que faire puisqu’ils n’ont pas la prospérité. Les autres se désolent et se prennent à regretter un temps que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître. Et pourtant, s’il est une idée qui me fait rêver, c’est bien celle d’Europe, des Cornouailles à l’Oural. Contre vents et marées, de referendum en traité, je m’y accroche. Nous serons européens ou nous ne serons pas.
Jardidi dit
Jérôme, je suis de ces imbéciles qui lisent Todd et ont abandonné “Le monde diplomatique”. Voudriez-vous avoir l’obligeance de ne pas me confondre avec les autres idiots d’à côté, s’il vous plaît?
Naïade, le clivage europérien traverse plusieurs formations politiques car nous serions en période transitoire. Ce n’était pas le cas en 1960 et ne concerne que le Bassin parisien. Elle proviendrait de la décomposition physique du PC et celle idéologique de l’UMP qui abandonne le patriotisme pour le libéralisme. Une petite chance existe pour qu’une nouvelle formation latine émerge. Le clivage électoral de Maestricht fut cohérent, les régions de type contre-révolutionnaire et celles aisées, de la grande révolution votèrent majoritairement “oui”. Mes fameuses classes populaires du Bassin parisien constituent la seule mais grande ressource d’électeurs pour les républicains et l’extrême-gauche universaliste. Celle-ci, qui veut une autre Europe, sera bien obligé d’y renoncer.
Après l’histoire dit
Nadia, naverno, shto delat’ ? Dumat’ o literature, o muzike, o blinax… Il n’y a plus qu’à attendre la déseuropéanisation, si celle-ci arrive un jour, comme la désoviétisation… Mais le soft power a fait beaucoup de mal. Peut-être devons-nous essayer de prendre ce qui existe de vie en Eurasie (il y existe le meilleur comme le pire, mais ce meilleur, nous ne l’avons plus), puisque nous sommes morts… Nadia, mogu li sviazat’cia s vami naedine ? Hotel bi s vami govorit’ o baltix stranax, o Moldove, o knigax… esli hotite ? Comment faire ? Grâce à Causeur ?
David dit
une petite suggestion….plus je parcours ce site plus je me dis qu’il doit y avoir une erreur dans le titre : Pauseurs, Salon de la Réaction…..ça me paraitrai beaucoup plus réaliste….
une tres jolie forme, des textes tres bien écrits..qui reprennent à la chaine tous les clichés que l’on peut entendre au PMU du coin….la réaction dans toute sa splendeur !
Après l’histoire dit
Le oui va l’emporter. Il ne peut échouer. C’est ainsi. Dommage que Zinoviev soit mort, il aurait pu écrire quelque chose sur les référendums dans l’UE… l’idée d’UE était bonne… enfin non, celle de CEE était bonne… mais qu’en ont-ils fait ? Rien… ou si : le poste avancé de l’uniformisation mondialisée… Et oui : il faut toujours préférer l’original à la copie, c’est tout de même logique, reconnaissons ça aux gens !
On est souvent raccord, Nadia… qu’en pensent les gens à Bucarest ? Tous ces débats doivent leur sembler bien vains… N’ont-ils pas raison, finalement ? Puisque nous sommes sortis de l’Histoire…
nadia comaneci dit
Après l’histoire
Nous sommes raccord mano en la mano. L’Europe a le coeur à droite pour le moment ou, quand elle ce n’est pas le cas comme aux PB ou en GB, la Gauche lui ressemble comme une soeur. Pourquoi voter pour la copie quand on a l’original ? La Gauche dite de gouvernement est en quête d’identité, comme on dit pudiquement. Inutile d’incriminer les institutions ou le traité, ils sont le reflet du phénomène, pas sa cause. Les anglo-saxons sont sans doute plus libéraux, les Français interventionnistes, mais d’élection en élection l’uniformisation se confirme. Le oui va bien sûr l’emporter en Irlande. Mais qui va se décider à secouer ce coco-tier ?
xly dit
@nadia
En 2007 , les Français ont voté à la fois pour les promesses et l’énergie du candidat Sarkozy…et contre la candidate adverse.Il ne reste plus que l’énergie. L’équation ne sera plus la même en 2012.
xly dit
@ramon mercadre
Dans la même veine:
“le PS un parti pour l’avenir…et qui le restera”
“un parti qui a un avenir …mais derrière lui”
Après l’histoire dit
Encore une fois d’accord avec Nadia… même si parfois j’ose espérer que quelqu’un puisse s’élever au-dessus du troupeau et rassembler sur un programme minimum positif et non pas négatif (le TSS ne fonctionnera pas, au contraire… vous avez raison). Mais qui a du charisme et est capable de rassembler, aujourd’hui, en France ? Pour faire autre chose s’entend… Mélenchon… mouais… je ne veux pas peiner JL, mais va falloir ramer sévère, même si dans quelques régions comme le NPDC, prendre la place des caciques est sans doute possible. Néanmoins, je vois difficilement ça fonctionner. La droite est structurellement en position de force dans la plupart des pays d’Europe, de par la démographie notamment… Il faudrait donc récupérer des éléments de droite, des gaullistes auldescoule comme dit JL, pour la France. NDA au Plan… l’espoir fait vivre, ça serait sympa, mais la réalité sera sans doute plus triste…
luc rosenzweig dit
@ramon mercader
Désolé de démolir votre interprétation généalogique du positionnement politique d’Oskar Lafontaine, mais il n’est pas le rejeton d’une lignée huguenote réfufgiée en Allemagne après la révocation de l’Edit de Nantes. Il est issu d’une famille de boulangers sarrois et fut élevé dans la religion catholique, effectuant de brillantes études secondaires chez les Jésuites, et bénéficiant d’une bourse de l’épiscopat allemand pour ses études supérieures de physique….
ramon mercader dit
@ che
“le ps est un desert d’avenir ”
succcculent !!!!!!!!
bravo !
ramon mercader dit
on devrait l’aimer “die linke” chez les ultralibéraux
pour une raison simple , le patronyme de son patron !
lafontaine , ça sent le huguenot français viré par le bon roi louis
ça sent l’exillé politique ,économique et religieux qui est allé chercher fortune ailleurs
et qui a fini par s’assimiler (ho le gros mot !)
qui a aussi transmis son savoir faire ,ses connaissances ,ses valeurs.
pas son pognon , à l’époque ,on partait nu et cru
bref , c’est un vivant exemple du bienfait (pour l’allemagne ) de la révocation de l’édit de nantes
saviez vous que l’essort industriel allemand date justement de cette révocation ?
oui , les protestants exillés étaient en majorité des artisans , ouvriers ,petits patrons (quel que soit le sens de ce mot à cette époque )
et à l’heure actuelle , les lois fiscales discriminatoires….
bon , je vous fait pas de dessin , vous avez pigé , la belgique n’est pas loin .
nadia comaneci dit
Xly
Je crains fort que cet audacieux programme sponsorisé par la SEITA ne réunisse pas la majorité de Français indispensable. Le TSS a déjà été véhémentement servi en 2007 avec le succès que l’on sait, cette fois il faudra un vrai projet. Et c’est là que les choses se compliquent. Au regard de ce que Sarkozy fait en ce moment, à 180° de ses promesses électorales, je ne vois pas ce qui le différencie fondamentalement de ses challengers de centre gauche. Ils piaillent mais au pouvoir, feraient-ils autrement ? Le Français est viscéralement légitimiste. S’il n’est pas séduit par un programme vraiment différent, il retourne par défaut à ce qu’il connait le mieux. L’avantage au sortant en quelque sorte.
La gauche de la gauche (vilaine expression) semble avoir ce projet radical. Mais saura t-elle se réunir et surtout convaincre les Français ?
Venik dit
Une coquille s’est glissée dans votre article,M.Rosenzweig,et je me permets de vous corriger: seule la liste des Pirates a un positionnement idélogique qui ne soit pas flou.
BArry dit
Eh bien voilà, xly! Vous en avez mis du temps, pour comprendre. Tenez, un bon début pour en savoir plus: http://www.cevipof.msh-paris.fr/chercheurs/chercheurs_fiches/haegel.html