Le machisme ne passera pas !
Exit Dom Juan
Publié le 24 avril 2009 à 10:15 dans Culture
“Un jour, j’ai réalisé que Dom Juan n’était pas vraiment la pièce que j’avais envie de mettre en scène. Mais, comme un sursaut créatif, l’idée d’adapter Don Quichotte m’est apparue (…) l’intuition était là.” (Irina Brook)
Parfois, il est inutile de commenter. Et puis, on ne peut pas s’en empêcher. Au cours de l’interview parue dans le JDD du 12 avril, l’artiste s’explique : en relisant Dom Juan, elle s’est aperçue que la pièce “ne montrait que des femmes qui souffraient”. Et ça, c’est pas possible. Les femmes qui souffrent : critère suprême. Exit Dom Juan.
Il y a encore quelques années, on montait Dom Juan justement pour en souligner la nature abjecte, la noirceur, pour le renvoyer au banc des accusées de l’histoire de l’oppression féminine (entre autres). Le grand seigneur méchant homme était caricaturé, grossi, mais au moins il existait. Autrement dit le passé existait encore, il servait même de repoussoir : voyez comme cet affreux bonhomme incarne la bassesse, le machisme, l’injustice des siècles passés ! Voyez, public, cet affreux mâle méprisant, sur de lui et dominateur du passé, voyez d’où nous revenons ! Ainsi Ariane Mnouchkine nous avait-elle dépeint Molière et son temps : époque barbare, où régnaient le manque d’hygiène, le machisme, l’injustice sociale, et où ce sublime jeune homme, mi-Jésus mi-Cat Stevens, se rebellait contre le “système” avant de devenir lui même un affreux jojo tyrannique et jaloux… La vision était controversée, gauchie, mais – outre l’interprétation magnifique des acteurs et la beauté des images – elle avait le mérite d’exister… Molière, Dom Juan, même combat : affreux certes, mais vivants.
Un pas vient d’être franchi : Dom Juan ne devrait pas avoir existé. On ne peut pas mettre en scène une pièce qui montre autant de femmes qui souffrent. Exit l’histoire ! (Don Quichotte, lui, ne fait souffrir personne, c’est un héros sympa : il est poétique, presque victime de ses rêves, il souffre, mais c’est un homme, et puis comme c’est un roman, on y choisit ce qu’on veut…)
Il est vrai que cette pièce, la plus énigmatique de son auteur, présente un redoutable défi : Molière (l’affreux machiste qui empêcha Armande Béjart de s’épanouir et la quitta pour sa nièce) refuse de prendre véritablement parti. Boulevard de liberté pour le metteur en scène… et occasion en or, maintes fois exploitée. Dom Juan n’est pas un caractère lisible, et c’est précisément cette opacité qui rend le texte mystérieux, inclassable, étrange. En tout état de cause, au cours de la pièce, toutes ses tentatives de séduction échouent ! Charlotte lui échappe, Elvire le sermonne, son père le renie, il ne séduit aucune proie et, même face au mendiant refusant de nier sa foi, il doit baisser les armes… ainsi va-t-il d’échec en échec, jusqu’à sa mort. Nuance, donc.
Quand bien même Dom Juan serait le mal absolu, faut-il cesser de le représenter pour qu’il cesse d’exister ? Comment va-t-on éduquer les jeunes filles ? Exit Barbe bleue et Valmont, bientôt. Faudrait pas donner des mauvaises idées aux garçons…
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L'auteur
Charlotte Liébert-Hellman est éditeur.
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Patrick Mandon dit
Et pan sur le museau ! L’Ours, d’une griffe malicieuse, loin de jouer la solidarité domjuanesque, souligne mon Amélie fautive, alors que j’évoquais une Émilie votive. Les Mandolines ne vous disent pas merci, L’Ours, ni les Mandonéons.
À propos de la belle Palin, l’exquise alaskienne, la braise brûlante sous la banquise, la binoclarde la plus sexy du pôle, la Pôline à lunettes délicieusement pralinée, l’époustouflante pôlaire, la cravacheuse adorablement épaulée, je partage votre émoi, L’Ours. Mais que puis-je espérer si Leroy et vous, vous êtes sur l’affaire ? Même pas un glaçon…
J’ai connu un Émile, une Émilienne, deux ou trois Éminences, mais d’Amélie, point ! Alors, pourquoi cette confusion fréquente ? Deux possibilités, Émilie : l’émotion ou une sénilité débutante.
Mandon-Juan, gâteux précoce
Emilie dit
Oui, l’Ours, c’est une erreur impardonnable que Mondonjuan commet souvent. Mais qui est donc cette Amélie dont le souvenir semble le hanter ? Inutile de lui poser la question, je le sais bien, notre tricheur restera muet comme un tombeau ! Il faut que j’apprenne à vivre avec Amélie ( soupirs de résignation) !
Emilie dit
“Partant d’un charmant article, au ton volontairement léger, chacune et chacun s’est efforcé de découvrir les traits d’un personnage, qui ne s’est jamais avancé que masqué”
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Mais c’est aussi parce que Paul Mandonjuan est le chorégraphe subtil et malicieux de cette danse des esprits !
L’Ours dit
Dom Mandon, dialecticien émérite et grand charmeur devant l’Eternel – pourvu qu’il ne vienne pas nous disputer Sarah Palin, j’ai déjà du mal avec Jérôme Leroy – devra déployer tous ses dons pour se faire pardonner après qu’il a fait la gaffe rédhibitoire pour tout autre que lui. Au moment le plus tendre sur l’oreiller, il lui susurre “Amélie” faisant tressaillir Emilie!
Patrick Mandon dit
Très beaux échanges à propos de Dom Juan, subtils développements jusque dans la vie privée des uns et des autres (Lady Juan)… Les causeuses et les causeurs de ce fil ont démontré la qualité de leur esprit. Il est d’ailleurs intéressant de constater combien le «mythe» de Dom Juan affecte encore notre sensibilité et votre intelligence. Partant d’un charmant article, au ton volontairement léger, chacune et chacun s’est efforcé de découvrir les traits d’un personnage, qui ne s’est jamais avancé que masqué. Sa compagnie, décidément, ne laisse personne indifférent. Dom Juan nous attend, de l’autre côté du miroir…
Amélie Mélangetout, vous me paraissez plus redoutable encore que le Commandeur, à cette différence, notable : vous ne semblez pas être de pierre…
Lady dit
Oui Patrick, c’est moi, Lady Juan, et je peux vous dire que Don Juan (que j’ai très bien connu) était bien un homme, pas courageux, mais désespéré, et particulièrement bouché jusqu’à la mort à ce qui lui demandait le vrai courage: faire le grand saut vers ce qui demande le plus au genre humain et qui l’ouvre à l’infini de ses capacités: l’amour…Le vrai !
J’aurais aimé que Molière le confronte à sa mère .
les phéromones, c’était un joke!
Emilie dit
Don Juan-Mirliton,
Volage adorateur de mille objets divers
N’attends pas qu’ j’éclate en injures indélicates
Mais dans mon coeur quand même il me prend la
colère
Dans ce coeur en morceaux, la tête reste intacte !
L’oiseau que tu croyais surprendre
Battit de l’aile et s’envola
Il est loin le chagrin, tu peux toujours l’attendre !
Tu n’as jamais jamais connu de loi,
Mirlitondon, prends garde à toi !
Emilie Mélangetout
Patrick Mandon dit
Émilie,
Le courroux d’Émilie, digne d’une Érinye,
S’acharne sur ce Dom, lequel, n’en doutons pas,
Fut par elle adoré, bien avant d’être honni.
A-t-il donc négligé, délaissé ses appâts,
Que l’on dit pourtant beaux, et dignes qu’on les loue ?
O désirable agneau, ne savais-tu donc pas
Que Juan est redoutable et pire que le loup ?
Ton chagrin durera tout autant que le cèdre.
Il scèle ton destin, comme celui de Phèdre.
Patrick Mirliton-Juan
L’Ours dit
Tout à fait d’accord avec l’intervention de Lady
“Se repentir serait pour lui admettre une loi supérieure à la sienne, il est coriace! même devant le commandeur : “Non, non, il ne sera pas dit, quoi qu’il arrive, que je sois capable de me repentir…”. Il meurt, prévenu, ivre d’orgueil et désespéré par sa propre obstination donc ses limites”
Cela rejoint, je crois, ce que j’ai voulu exprimer dans mon premier post.
Patrick Mandon dit
Lady dit dit : «Personnage tout de même irrésistible mais qu’il faut fuir à temps!»
Si vous ne lâchez la main de Dom Juan qu’à l’instant où il rencontre la plus grande aventure de sa vie, vous pourrez dire que vous aurez «fui à temps».
Les phéromones. Si, par ces substances, nous reconnaissons chez l’autre le besoin ou le désir qu’il a de nous, alors ou bien Dom Juan en est totalement dépourvu, ou il en possède en excès. Dans les deux cas, il s’égare. En revanche, il ne manque pas de testostérone. Or, nous savons désormais que les femmes produisent, elles aussi, cette hormone à l’origine de nos mâles vertus.
Je crois que la vérité de Dom Juan ne se trouve pas du côté de la biologie. Pour ma part, j’admire le courage, même aveugle, de cet homme, et j’admets volontiers le mystère qu’il clôt et qu’il fonde tout à la fois.
Vous aussi, «Lady Juan», vous appartenez au clan des coriaces…
Emilie dit
Aaaaah ! Le traître !
Ô haine de Vénus, ô fatale colère !Juste ciel ! tout mon sang dans mes veines se glace !
Tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire !
( Emilie courroucée, quitte la scène )
Pascal dit
Patrick,si vous essayez de toutes les séduire,j’en appellerai à la statue du Commandeur pour vous régler votre compte.
Lady dit
Patrick, vous dites la même chose que moi. Seul Dieu lui parait à sa mesure (si c’est pas de l’orgueil?!). Don Juan va jusqu’au bout, résiste à la conversion. Se repentir serait pour lui admettre une loi supérieure à la sienne, il est coriace! même devant le commandeur : “Non, non, il ne sera pas dit, quoi qu’il arrive, que je sois capable de me repentir…”. Il meurt, prévenu, ivre d’orgueil et désespéré par sa propre obstination donc ses limites
Mais, Peut-être après tout que Don Juan est seulement victime, d’un taux exceptionnel de phéromones, et complètement dépassé par ses effets …
Personnage tout de même irrésistible mais qu’il faut fuir à temps!
Patrick Mandon dit
Ladydit dit : «[Dom Juan] le pauvre meurt d’orgueil … je l’ai bien connu, j’ai adoré!»
Vous voyez de l’orgueil là ou je vois la curiosité d’un homme lassé du monde et de ses spectacles, pressentant la fin des choses, heureux, peut-être, de répondre au défi d’une créature fantastique, qui, seule, paraît encore capable de susciter son désir. Pour le reste, permettez-moi de me réjouir à l’annonce, par vous-même, selon laquelle «vous avez bien connu et… adoré».
Lady dit
Don Juan a un problème avec Le Père ! Il cherche Dieu , dans tous les sens du terme, il est joueur et désespéré. le pauvre meurt d’orgueil … je l’ai bien connu, j’ai adoré!
Martin-Lothar dit
On pourrait lire le Dom Juan en se disant qu’il ne s’agit nullement d’un “archétype” mais d’un personnage réel et identifié en particulier. Nommons-le : Louis XIV [rire sur la toile] et que son valet pourrait être soit Molière, soit Colbert [hurlements de rires sur le Net]
Bref, cette pièce est “politique” et les femmes n’y tiennent qu’un second rôle en fait.
J’en rajoute dans le délire en supposant que cette pièce a sans aucun doute été écrite “pour Molière” par Corneille (Pierre et/ou Thomas) [Ricanements jaunes sur l'Internet]
Pascal dit
@Dom
Les dames nourrissent des rêves coupables mais à l’heure du choix,elles se révèlent d’un pragmatisme implacable.
Vous avez raison.
Confirmation avec Ségolène Royale:elle rêvait peut être d’Alain Delon dans sa jeunesse mais c’est François Hollande qu’elle a choisi.
Maintenant,j’ai une transition toute trouvée.
Je vous trouve un peu optimiste:Royale n’est pas Madame de Tourvel.
Des générations de libertins se seraient cassé les dents sur sa cuirasse de moraline.
Pire même,elle les auraient probablement ralliés à son panache blanc de pénitente,leur enlevant leurs attributs mais également leur joie de vivre.
Meunniez-Tudor dit
Pardon, où est le problème ? Une dame n’avait pas envie de mettre en scène “Dom Juan”, elle a fait “Don Quichotte”. C’est son droit. Elle a donné une interview pour faire un peu de pub à sa pièce. Celà se fait, c’est la moindre des choses. Maintenant, si dans cet entretien elle dit des conneries, c’est aussi son droit, ça n’implique qu’elle. Après tout, si j’ai bien compris elle n’a nulle part demandé d’interdire “Dom Juan”.
Un grand classique, comme “Dom Juan”, il y a des chances que quelqu’un le mette en scène, tôt ou tard. Quant à moi, je préfère aller voir une pièce mise en scéne par un artiste qui se sent inspiré par le sujet plutôt que par quelqu’un à qui ledit sujet ne dit pas grand’chose.
En somme, beaucoup de bruit pour rien, pour citer un autre classique ;-)
Emilie dit
Après vérification, je corrige :
Schmitt, sans D : La Nuit de Valognes, avec un A
Emilie dit
AAttias écrit :”Dom Juan est peut-être impuissant et/ou homosexuel refoulé. Dans les deux cas, il ne fait courir aucun risque au sexe faible.”
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Eric Emmanuel Schmidtt (plus sûre de l’orthographe !) revisite le mythe de DJ dans ce sens (homosexualité ) avec sa pièce” La Nuit de Volognes”