Le lynchage est-il un droit de l’homme ?
Après Dray, Berlusconi. Au suivant !
Publié le 18 décembre 2009 à 17:29 dans Médias
Mots-clés : Julien Dray, Silvio Berlusconi

Silvio Berlusconi, victime d'un lynchage médiatique ?
Le lynchage métaphorique se porte bien, très bien même dans l’espace démocratique qui nous entoure, en deçà et au-delà de nos frontières. Il tend même à se substituer à la controverse politique, souvent trop austère et ennuyeuse pour être bankable dans les médias. Les attaques ad hominem qui stigmatisent les personnalités publiques à propos de leurs comportements privés, notamment leurs pratiques sexuelles ou leur relation à l’argent deviennent de plus en plus fréquentes, y compris dans des organes de presse réputés « de qualité », comme Le Monde en France ou La Repubblica en Italie.
Les commentateurs français habituels n’ont pas fait montre d’une compassion exagérée envers Silvio Berlusconi, victime, le 13 décembre, d’une agression spectaculaire à la sortie d’un meeting politique à Milan. Les images de son visage ensanglanté à la suite du jet, par un “déséquilibré”, d’une reproduction en pierre du Duomo de la capitale lombarde ont modérément ému nos éditorialistes. Ces derniers ne manquent pas, et ils ont souvent raison, de fustiger le moindre épanchement sanguin résultant de l’utilisation, par la police, d’objets contondants du genre matraque pour empêcher quelques sauvageons de commettre leurs méfaits. Mais là, il n’y aurait pas de raison de tremper sa plume dans l’encrier de la colère.
Si le Cavaliere a craché deux incisives et ramassé une fracture du nez comme un boxeur surclassé par son adversaire, c’est la faute à pas de chance, à cette déveine qui place un cinglé en travers de votre chemin, dans ce pays où l’antipsychiatrie des années 1970 a fermé la plupart des asiles au nom d’une idéologie de l’effacement de la barrière entre le fou et le sain d’esprit. Voilà, en gros, le ton général des commentaires. D’autres, plus directs, font porter une part de la responsabilité de sa mésaventure à Berlusconi lui-même, dont les attaques verbales violentes et répétées contre la gauche, la presse et les juges feraient régner dans le pays une atmosphère propre au déchainement de la violence physique.
Les fous, c’est bien connu, ne tombent pas du ciel, et leur passage à l’acte constitue souvent un symptôme d’un dysfonctionnement social que les gens réputés sains d’esprit sont incapables de percevoir, tant leur surmoi joue efficacement le rôle de gendarme que le bon vieux Sigmund lui a assigné. Quelquefois pourtant, ces agressions contre des personnages publics sont difficiles à décrypter, car leurs victimes ne se trouvent pas au centre de polémiques passionnelles : c’est le cas, par exemple des coups de couteau, heureusement sans gravité, dont ont été victimes Philippe Douste-Blazy à Lourdes en 1997, et Bertrand Delanoë lors de la “nuit blanche” parisienne d’octobre 2002. La phobie des médecins ou des homosexuels peut fournir un début d’explication à ces gestes de déséquilibrés, mais ils ne disent rien, en apparence, qui puisse nous renvoyer à des causes moins individuelles de ces agressions. En Allemagne, les attentats dont ont été victimes, en 1990, le social-démocrate Oskar Lafontaine (un coup de couteau à quelques millimètres de l’artère jugulaire) et ministre de l’intérieur CDU Wolfgang Schaüble (trois balles de pistolets qui l’ont laissé paraplégique), deux actes de déséquilibrés, témoignaient de l’instabilité psychologique d’une nation tout entière confrontée à une situation aussi inattendue qu’angoissante : la réalisation du rêve de l’unité retrouvée. Et chacun sait qu’un rêve qui devient réalité est facteur de perturbation, au moins dans un premier temps. Il existe, parait-il, des gens qui ne se sont jamais remis d’avoir touché le magot au Loto…
En revanche, le climat entretenu autour de la personnalité de Berlusconi par une partie de la presse italienne, La Repubblica en tête, n’est peut-être pas totalement étranger au passage à l’acte du cinglé milanais. Rappelons que la campagne implacable lancée depuis cet été par le quotidien de gauche dirigé par Ezio Mauro contre le président du conseil italien portait exclusivement sur sa vie sexuelle, ses relations supposées avec une jeune fille mineure et les confessions d’une call-girl aimablement rétribuée par un entrepreneur transalpin pour aller réveiller la libido berlusconienne dans un lit à baldaquin offert à Silvio par son ami Vladimir Poutine. C’est ce que les Américains, qui s’y connaissent dans la matière, appellent une character assassination, dont il faut avoir le cuir psychologique éléphantesque d’un Bill Clinton pour se sortir indemne, et même revigoré.
Il s’agit de contourner la légitimité démocratique conférée à ce personnage par le suffrage universel par l’affirmation de son indignité à occuper les fonctions qui lui ont été confiées par le peuple. Ces pratiques, qui étaient, dans la France de la IIIe République, la spécialité de l’extrême droite maurassienne ou fascisante – tout républicain était alors de facto un usurpateur du roi ou du chef suprême – sont maintenant largement utilisées par une gauche qui a du mal à digérer la confiance renouvelée du peuple envers des personnalités jugées exécrables, vulgaires ou par trop bling-bling, selon les cas. Il est inutile de donner des exemples actuels, sauf à vouloir prendre le lecteur pour un demeuré.
Non seulement une certaine intelligentsia écrivante se réclamant de la gauche se livre allègrement à ce petit jeu de massacre, mais elle contribue à empêcher les dirigeants politiques de ce camp de manifester sa solidarité avec ceux des siens pris dans la tourmente d’un lynchage judiciaire et médiatique. Je m’honore d’avoir, dans ces colonnes, défendu avec constance l’honneur de Julien Dray, même si j’ai de sérieuses raisons de critiquer les pratiques politiques de cet ex-trotskiste qui a importé les bonnes vieilles recettes organisationnelles de la IVe Internationale au cœur de la social-démocratie. L’attitude de ses “camarades” de Solférino à son égard n’a pas été marquée par cette chaleur humaine et cette solidarité spontanée qui firent naguère partie de la culture de base des socialistes. Même un personnage aussi douteux que Roland Dumas avait eu droit a plus d’égards de la part de ses amis politiques. Le procureur général du parquet de Paris, Jean Claude Marin, a jugé que les embrouilles financières de Juju avec ses “assoces” et ses horlogers ne méritaient pas qu’on le traine devant les tribunaux, et qu’il relevait, comme le petit voleur de mob qui faute pour la première fois, d’un simple “rappel à la loi”. Julien Dray ne portera pas, comme Berlusconi, sur son visage les stigmates de l’agression dont il a été victime, mais des cicatrices qui, pour être intérieures, n’en sont pas moins douloureuses. Car ce dont il a été victime, c’est d’une tentative de lynchage politique, de la part de certains secteurs de l’Etat et d’une partie de la presse qui se sont alliés pour “se faire” une personnalité politique en vue, candidat déclaré à la direction du PS. Aujourd’hui, les mêmes journaux, dont Le Monde, qui avait mené la charge contre Dray en utilisant des fuites opportunément parvenues sur leur bureau au cours de l’enquête policière, insinuent que Julien aurait été rattrapé par le fond de culotte par l’actuel locataire de l’Elysée. Ce Jean-Claude Marin n’est-il pas ce proc chargé par Sarko himself de pendre Galouzeau à un croc de boucher ? C’est, diraient les Anglais add insult to injury, ajouter l’insulte à la blessure. Pour tout dire, je trouve cela proprement dégueulasse.
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L'auteur
Luc Rosenzweig est journaliste.
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pirate dit
Non fiorino moi je ne peux pas m’opposer à Berlusconi, je ne peux que me dire que ça mise sur la touche d’une façon ou d’une autre ne peut que me faire plaisir et être bénéfique à l’italie. Mais je ne suis pas italien. D’ailleurs sa cote est remonté suite à cet incident, la pose du martyr je suppose… je remets en doute par contre la stricte théorie de l’opportun cinglé et plus encore la seule responsabilité de la Reppublica dans les emmerdes du monsieur, il se suffit à lui-même il me semble.
fiorino dit
@ Marie46
Je suis un peu etonné que vous arriviez à voir l’immage que “les gens” ont de moi. D’abord quel gens? Je suis desolé de vous decevoir, mais ce genre de discussion on ne les entends qu’ici, pas dans la vie réelle. Après il y a bien sûr les casseurs de pédés où les gens qui n’acceptent pas les homos mais ceux là existeront toujours.
fiorino dit
@ pirate
Vous ne comprenez pas que pour berlusconi c’est finalement une chance? Si c’est ça la seule façon que vous envisager de s’opposer c’est triste. Si non moi je n’ai pas du tout apprecié l’attitude de la presse anglaise. Dans les années ’90 les papiers anglais nous ont bassiné avec berlusconi “le seul a pouvoir mettre l’italie sur les rails” dès qu’il a commencé à faire des affaire juteux avec poutine, lukashenko alors ils ont commencé à le descendre.
fiorino dit
@ freebird
Je suis homo et italien donc je ne suis pas là pour parler d’homosexualité mais bon comme la discussion a pris cette tournure je donne mon avis. Je vous donne un exemple dans une autre fil on a commencé a discuter hors sujét de cuisine française. J’adore la France et les français mais je déteste la cuisine française donc je me suis vite cassé. J’aimerai bien que les milos en fassent autant c’est ça l’indifférence.
pirate dit
Freebird j’entends bien, de toute manière je suis globalement d’accord avec vous, même si j’ai participé à ce détournement. Il y a certain hystérique qui ont une facheuse tendance à ramener systématiquement leurs obsessions dans tous les débats, certain c’est les mawométans, d’autre les homos, parfois les deux, et ce même si le sujet de départ était du bon usage des feux de signalisation en milieu urbain
Bibi dit
@ Luc Rosenzweig,
Veuillez éviter, à l’avenir, de titrer vos articles par des mots tels que “Homme” et “Droit”.
A défaut d’épargner la discussion, cela pourra peut-être retarder un peu son détournement vers des terres totalement étrangères au sujet que vous abordez.
freebird dit
pirate dit :
21 décembre 2009 à 13:59
freebird si c’est de moi dont vous parlez tout de suite, je vais ajouter l’épithète à la longue collection d’étiquette qu’on m’a collé ici à l’exception de catholique, blanc et d’extrême droite, mais non désolé je ne suis pas gay, encore raté…”
Le hasard m’a fait écrire après vous mais je vous assure que je ne pense rien de tel de vous en particulier que je ne connais pas. Je tentais juste un re-centrage de débat, encore raté…
pirate dit
freebird si c’est de moi dont vous parlez tout de suite, je vais ajouter l’épithète à la longue collection d’étiquette qu’on m’a collé ici à l’exception de catholique, blanc et d’extrême droite, mais non désolé je ne suis pas gay, encore raté.
Therasse dit
Il y a des têtes à claques qui n’inspirent pas la compassion.
En particulier quand la violence qu’ils subissent se trouve être sans commune mesure avec celle qu’ils infligent par leur politique.
Ne trouvez-vous pas que la définition de la violence mériterait un débat national bien plus urgent que celui sur l’identité nationale. Peut-être les deux devraient-ils être menés simultanément?
freebird dit
C’est étrange cette manie qu’ont les homos à faire des phrases…
Serait-il envisageable que tous les sujets ne tournent pas systématiquement au pugilat en gants roses?
On parle bien ici de déséquilibrés que l’Italie à fait sortir des hôpitaux pour recevoir des statuettes à la figure et d’amateurs de Rolex et d’égalité des chances? ou pas?
pirate dit
je conclus : mais putain qu’est-ce que ça peut vous foutre que deux femmes ou deux hommes aient envie de s’aimer, copuler, se marier, et élever des mômes ensemble ? En quoi ça va mettre en péril votre petite, toute petite vie ? En RIEN.
Cela étant contre-courant j’adore la finesse de votre réponse.
pirate dit
Marie vous êtes la première à mettre dans des cases. Qui prétend que l’image donné par les médias des gay leur nuit, que la vilaine minorité silencieuse parle trop fort ? Nonobstant que cherchais ici à vous provoquer, vous répondez en m’étiquetant, forcément, parmi les soixante huitard. La majorité invisible est un concept inepte, et elle pense pour autant ce qu’elle veut et a le droit de vivre, personne ne prétend le contraire excepté les mêmes, toujours, confinés à leur trouille de la moindre différence, du moindre changement, de la moindre affirmation de soi. Et plus particulièrement aujourd’hui où après des années de clandestinité forcés, de honte, de confinement social (qui du reste existe toujours dans les régions, dans les cités) une toute petite minorité s’affirme avec force, et avec d’autant de force que la sexualité d’autrui continue d’être regardé de travers par les conservateurs et les imbéciles.
candide888 dit
Ah ,je croyais qu’on parlait du beau Dray ou de G.Frêche.
IL paraît que c’est une cathédrale-miniature- qui a servi de support au sujet ?
Qu’en dit le Vatican ?
Têtuniçois dit
C’st vrai que ma petite ramonée , ça ne doit pas t’arriver souvent de rire dans ta petite vie minable et triste .
janca dit
Je trouve cet article remarquable et de nos jours d’un grand courage intellectuel.
Minos dit
“@ minos
Oui moi aussi je crois que vous avez un problème avec l’homosexualité pour parler avec cette haine.”
Haine??? Hallucinant. Vous ne vous rendez même pas compte de l’outrance de vos propos. A moins que vous ne dominiez pas le langage?
Relisez pour mémoire certains posts de votre copine niçoise sur d’autres fils… Mais la “communauté” se serre les coudes n’est-ce pas? Rien de plus borné qu’un communautariste.
Minos dit
“(il étati marié donc il avait tout fait pour la cacher comme vous aimez bien)”
De plus en plus navrant…
contre-courant dit
@ têtuniçois
“”Marie on a bien compris que vous ne supportez pas la différence , vous n’aimez que ce qui vous ressemble .”"
Pas vous ?