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Le Front cantonal

Marine Le Pen rabaisse ses prétentions

Publié le 23 mars 2011 à 6:00 dans Politique

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Marine Le Pen : elle n'est pas candidate dans chaque canton.

C’est la cacophonie. Depuis deux jours, l’actualité française est dominée par un fait politique majeur : l’UMP doit-elle donner des consignes précises de vote à ses électeurs, dans le cas où son candidat ne serait pas présent au second tour d’une élection cantonale et que le scrutin se jouerait en un hypothétique duel opposant le FN à un représentant d’un parti de gauche ? Bref, le parti présidentiel doit-il jouer le jeu du Front républicain, cette règle qui prévaut depuis des lustres dans le pays et qui a fonctionné si bien que le FN n’a cessé d’accroître son électorat tandis que la droite républicaine perdait pied à chaque élection locale ?

Bref, l’UMP doit-elle se contenter de se faire battre au premier tour ou doit-elle aussi jouer les violons dans l’orchestre du bal au second ? Un bal, oui, bien sûr : on ne va pas déployer les registres des grandes orgues pour si peu. Des élections cantonales restent des élections cantonales. Que siège – éventuellement – dans l’une ou l’autre assemblée départementale un élu FN n’est pas une infamie en soi. Ou alors il faut organiser des sit-in permanents d’indignation devant le siège des Conseils régionaux français, dont chacun compte l’un ou l’autre élu frontiste. Ne pas oublier non plus de déployer banderoles et calicots devant les Hôtels de Ville, quand s’y tient un conseil municipal et qu’un élu du Front national vient y rejoindre sa place.

Tout cela porte un nom. Cela s’appelle la démocratie : ce système est si méprisable qu’il se trouve élues des personnes dont on ne partage ni les idées ni les valeurs. Il est si méprisable qu’il se trouve même élus des candidats qui n’ont à l’évidence aucune compétence pour exercer correctement le mandat qui leur est confié.

Dès lors que l’on admet ça, on peut s’attendre à tout, puisque la démocratie est, par nature, un système imprévisible. S’attendre à tout pour les élections cantonales actuelles, c’est s’attendre, en réalité, à ce qu’aucun élu frontiste ne soit en mesure d’être élu dimanche. S’il y en a un – ou dix –, la belle affaire : il siègera dans des assemblées départementales où il n’aura pas son mot à dire. Enfin, si, il l’aura. Il pourra s’exprimer, parce que la minorité a toute latitude à s’exprimer dans les conseils généraux. Mais une fois qu’il aura répété dix fois qu’il est favorable à l’instauration de la préférence départementale contre la mondialisation, qu’il aura répété, contre Brassens, qu’on est moins imbécile d’être né ici plutôt que quelque part, on ne l’entendra même plus. L’écouter sera oublié depuis longtemps. Et l’on passera au point suivant.

Le point suivant, il concernera quoi d’ailleurs ? Pas grand-chose à vrai dire. Les transferts qu’a accomplis l’Etat – depuis Michel Rocard et la création du RMI devenu RSA – sur les départements ont fait augmenter à un tel point ce qu’on appelle dans un budget le “contingent d’aide sociale” que toute marge de manœuvre politique a disparu, en réalité, de l’échelon départemental. Ajoutez à cela les dépenses quasi-obligatoires que sont les routes départementales et le transfert, sous Jean-Pierre Raffarin, des anciennes directions départementales de l’Equipement (DDE), vous pourrez, à peu de choses près, considérer le champ des possibles qui reste à un exécutif départemental. Un président de Conseil général n’a aujourd’hui comme latitude politique qu’à choisir la couleur du papier du carton que ses services expédieront pour inaugurer un projet qu’il n’a pas voulu mais que la simple technique impose. Si jamais il veut innover, la meilleure chose qu’il pourra faire c’est mettre l’ingénierie départementale au service des communes et des intercommunalités… J’exagère, je sais. Mais à peine. Les différents rapports de la Cour des Comptes sur la décentralisation nous montrent, depuis des années, que les collectivités territoriales encaissent le contre-coup de l’absence de réforme de nos administrations centrales. On accuse les collectivités territoriales de plaies dont l’Etat n’a pas voulu se soigner lui-même.

On m’objectera : la RGPP ! Sous ce sigle, se cache la “Révision générale des politiques publiques”. Elle a été adoptée il y a trois ans. Mais entièrement conçue par des représentants de l’administration centrale, elle ne concerne quasiment, sur la réduction de la fonction publique, que les cadres de catégorie B et C. La catégorie A, désolé, mais pas touche : ce sont des copains, on a fait les grandes écoles ensemble, même qu’on a bu des coups. Il faut être des barbares pour vouloir porter un coup à une aussi belle amitié.

Oui, et le Front républicain dans tout ça ? Bah, on veut viser le front, mais, maladroit, on se met le doigt dans l’œil. Pour une bonne et simple raison : si les partis politiques et les élus avaient encore quelque influence sur leur électorat, ne croyez-vous pas que, malgré leurs appels répétés, leurs électeurs se seraient déplacés en nombre afin de voter pour eux au premier tour ? Ne croyez-vous qu’un candidat UMP, qui s’est fait éjecter à l’issue du premier tour, ne se fait pas beaucoup d’illusion sur ses capacités à donner quelque consigne de vote que ce soit à “ses” électeurs pour le second ?

Il ne faut pas avoir usé longtemps ses fonds de culotte sur les bancs de Sciences-Po, pour comprendre une chose : les électeurs font ce qu’ils veulent. C’est le mot qu’on prête à François Ier : “Souvent femme varie, bien fol qui s’y fie.” Il vaut pour le corps électoral français actuel, où les consignes de vote, les admonestations, les mains pressées sur le cœur ne signifient rien quand, seule, compte la libre expression du suffrage.

En 2007, Ségolène Royal – qui, je le rappelle en passant, était la candidate socialiste à l’élection présidentielle – faisait si confiance au peuple qu’elle en appelait à la “démocratie participative” et qu’elle poussait l’idée jusqu’à vouloir instaurer des “jurys populaires” aptes à déterminer le bien-fondé des décisions des élus. Que fait-on quand un jury populaire estime qu’un élu FN est fidèle à ses engagements ? On le convoque place Tien-An-Men, le jury populaire ? Et on lui fait rouler des chars dessus ? Je prends l’exemple chinois à dessein, parce que la justice de ce pays est, quand même, plus expéditive que la nôtre…

“F comme fasciste, N comme nazi” n’a jamais constitué une politique. Mais une simple insulte crachée aux victimes. Ce qui est déjà trop.

Dans ces conditions, le Front républicain n’est pas une solution. C’est une supercherie. Le Front national n’est pas républicain ? Soit ! Alors, interdisons-le comme en 1936 le Front populaire a dissous les Ligues ! Exilons Marine Le Pen sur l’île d’Elbe. Non, j’ai mieux : Sainte-Hélène. Demandons aux Anglais de la surveiller si nous ne pouvons le faire nous-mêmes. L’autre option possible, c’est de le battre, le Front national, dès le premier tour, et de le faire rendre à des pourcentages dignes d’un Tixier-Vignancourt. Mais qu’on ne convoque pas, de grâce, les plus belles idées, qu’on ne décroche pas La République en danger pour queue de chique. Oui, de grâce. Pas pour un canton.

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  • 27 March 2011 à 12h40

    Nandi dit

    Borloo et le front républicain…

    Lu dans le Figaro Magazine ce samedi.

    “Jean Louis Borloo a rappelé cette semaine qu “il ne peut pas y avoir pour nous, les radicaux et l’ensemble de la famille centriste, une voix, un vote et un élu du FN”. Mais comme le rappelaient Eric Branca et Arnaud Folch (parenthèse : journalistes à Valeurs actuelles) dans “Histoire secrète de la droite” (Plon), en 1993, dans un entretien accordé à l’hebdomadaire Minute, Borloo expliquait : “Personnellement, j’ai des rapports corrects avec les gens du FN dans ma région et je ne serai pas contre. Mais s’il devait y avoir des alliances, il faudrait que toute la droite suive. Celui qui prendrait cette initiative tout seul se ferait descendre politiquement”.

    • 13 April 2011 à 20h07

      isa dit

      C’est bien d’un centriste une telle réflexion de lâche.

    • 13 April 2011 à 20h36

      say yes dit

      Je confirme: page 369!

      A la page 367, Philippe Vasseur: “Borloo n’est pas un idéologue. Je ne sais d’ailleurs pas du tout quelles sont ses références théoriques, littéraires, intellectuelles… Madelin, Sarkozy, je peux vous le dire. Borloo, non. C’est un pragmatique, qui sait sentir le vent.”

      J’espère aussi qu’il sait le sentir le vent.

  • 24 March 2011 à 9h01

    Jesse Darvas dit

    Je ne sais pas où vous avez pêché vos informations sur la RGPP mais pour y avoir participé, je peux seulement vous dire que votre vision des cadres A de la fonction publique trinquant ensemble dans une vaste confrérie est assez loin de la réalité…

  • 23 March 2011 à 19h06

    Naif dit

    Tout ça pour en arriver là ?
    on prend le dernier paragraphe on supprime le reste et basta !
     

  • 23 March 2011 à 12h31

    CONSTANT dit

    Zut, y’a eu un loupé, mais je poursuis :
    Quand on supprime les cadres C et B vers qui va toute votre compassion, à votre avis, qui se récupère le boulot pas fait, hmmm?
    Pour le même traitement, bien sûr : c’est le travailler plus pour gagner la même poignée de figues.
    Mais pour le savoir, faut sortir un peu des administrations centrales.
    D’ailleurs il est factuellement faux de dire que les fonctionnaires A ne sont pas touchés : appelez quelques rectorats ou quelques inspections d’académie et on vous fera un plaisir de vous renseigner.

  • 23 March 2011 à 12h24

    CONSTANT dit

    Dites, M. Miclo,

    D’où tenez vous qu’un minable attaché comme moi boive “des coups” avec les membres de la haute fonction publique ? Les coup, je les prends dans la gueule, c

  • 23 March 2011 à 11h50

    Alpheratz51 dit

    Bien d’accord avec vous, Monsieur Miclo.
    La démocratie, c’est permettre à quiconque de vous mettre des bâtons dans les roues. De deux choses l’une, ou bien on se débarrasse du bâton ou bien on continue à (de) faire du vélo.
    Je préfère la seconde solution.

  • 23 March 2011 à 11h11

    maurau dit

    le Front républicain de 2002 était une immense supercherie que les abstentionnistes du premier tour ont mis à contribution pour se dédouaner (pitoyables scènes des gens votants avec gants et autres pinces à linge); le vote blanc est la seule alternative raisonnable et il n’est as nécessaire que les politiques glosent là-dessus pendant des lustres

  • 23 March 2011 à 10h37

    nadia comaneci dit

    Par principe, l’électeur a toujours raison, il fait avec ce qu’on lui donne. Les perdants ne doivent s’en prendre qu’à eux-même. L’UMP est en chute libre ? L’UMP est mauvais. MLP monte ? Elle est en phase avec une partie de l’opinion. Aa 15% du corps électoral, il serait malsain, voire scandaleux que son parti n’obtienne que quelques miettes cantonales. A l’UMP et au PS de démontrer que ses arguments frisent toujours les non-dits ignobles, la démagogie et le simplisme. En balayant devant leur porte… et ce n’est pas le plus simple. Excellent article qui n’est justement ni démago, ni simpliste ni ignoble.

  • 23 March 2011 à 10h30

    xray dit

    Bien d’accord sur le fait que ces élections cantonales partielles n’ont pas une grande importance. Je pense même que l’on pourrait judicieusement régler le problème à la base en supprimant l’échelon du département, strate archaïque, défini par Napoléon dans des limites géographiques telles qu’un cavalier puisse de la préfecture joindre tout point du département dans la journée. Au XXIème siècle la persistance de ces dinosaures qui ne servent qu’à faire vivre – assez bien d’ailleurs – des satrapies clientélistes et népotistes, laisse rêveur…

    • 23 March 2011 à 10h43

      kacyj dit

      On en prend le chemin. En 2014, il ne devrait plus y avoir de conseillers généraux, ce qui ajoute au piment incontestable de cette élection…

    • 23 March 2011 à 10h49

      SPQR dit

      Peut-être sont-ce les régions dont nous pourrions nous passer? Certes, ça ne collerait pas trop avec le schéma euro-allemand en vogue!
      Mais je suis d’accord que le doublon région-département, ajouté au doublon commune-communauté de commune (intercommunalité, etc…), n’est pas du meilleur aloi!
      La RGPP promettrait monts et merveilles et puis, l’influence des caciques locaux de tous niveaux à réduit la réforme à sa portion congrue et à des gesticulations, encore!

      • 23 March 2011 à 13h08

        nadia comaneci dit

        D’accord avec vous, la commune et le département sont dans notre ADN politique. Le reste en revanche, dont nos pseudo lander du pauvre, pourrait être utilement supprimé.

      • 23 March 2011 à 15h31

        isa dit

        N’oublions pas les intercommunalités!

    • 23 March 2011 à 16h28

      kacyj dit

      “la commune et le département sont dans notre ADN politique.”
      “N’oublions pas les intercommunalités!”

      Oui, vive le statu quo. Darwin ne sert à rien. Et pourquoi pas la caverne comme unité de gouvernance politique pendant que vous y êtes….  

  • 23 March 2011 à 10h25

    SPQR dit

    J’aime bien vous lire M. Miclo. Dommage que vos interventions se fassent rares ces derniers temps!

    D’accord avec vous sur la portée modeste de l’enjeu de dimanche… mais je ne crois pas que le soufflé Marine va retomber si vite après les cantonales… Telle un gamin triturant une fourmilière avec un bâton, MLP continuera à chatouiller la droite jusqu’à la rupture de l’UMP. “Portons un élu UMP à ébullition…” comme disait Desproges…
    Après moults atermoiements, la république sera sauve à la présidentielle… Une frustration supplémentaire fera que les législatives donneront au FN la cinquantaine de députés qu’une démocratie normale se doit de lui accorder… et là enfin, on verra quelles lois ils votent, quand s’abstiennent-ils, etc… On verra de quel bois sont-ils faits et si c’est utile de faire élire un représentant FN… Qu’ils s’y brûlent les plumes comme les autres!!

    Portons un élu FN à ébullition…

  • 23 March 2011 à 7h21

    L'Ours dit

    “Bref, l’UMP doit-elle se contenter de se faire battre au premier tour ou doit-elle aussi jouer les violons dans l’orchestre du bal au second ?
    Je crois que presque tout est dans cette question. Vous y oubliez un aspect: le ” y s’est rien passé passons à autre choses”! 
    Car à part cet appel vibrant et ridicule à la république (qui m’est si chère) ce qui semble se dessiner, c’est un non constat! Or je pense que c’est une erreur. Pour que le rebond monte plus haut il faut frapper fort le sol. L’UMP devrait profiter d’une élection finalement peu importante pour dire qu’elle a pris une claque mémorable. L’électeur comprendra que sa gifle a porté et peut-être sera-il dans d’autre dispositions d’esprit aux élections suivantes. Si on lui fait sentir que son coup fut une épée dans l’eau, il frappera plus fort la prochaine fois en espérant l’estocade!
    Mais tous les partis réagissent comme des crétins invétérés, à droite, l’ignorance indignée, à gauche le mépris et le rejet de la faute, au FN l’ironie prétentieuse.
     

  • 23 March 2011 à 6h59

    isa dit

    J’apprécie beaucoup la remise à niveau que vous faites au sujet des dernières élections.
    Mais vous savez bien que l’on nous bassinne avec l’histoire du dernier test électoral avant la grrrande élection de 2012!
    J’ai appris comment s’écrit queue de chique, j’en suis ravie.
    Et c’est bon de rire le matin avec votre passage spécial Ségolène.