« Le drapeau de la gauche française est en lambeaux »

Entretien avec Christophe Prochasson

Publié le 30 juillet 2010 à 14:00 dans Politique

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Frédéric Sorrieu

Frédéric Sorrieu, La République universelle.

Historien des idées et des évolutions culturelles, vous concentrez depuis quelques années votre réflexion sur la gauche. Existe-t-il un « ADN » de la gauche française ?

Tout au long du XIXe siècle, la gauche française s’est progressivement dotée d’une triple définition : idéologique, sociologique et morale.

La première, adossée à une philosophie de l’Histoire dessinée par les Lumières et l’expérience de la Grande Révolution, la conduit à promouvoir un changement social soudé à l’idée de « révolution », un mode opératoire où se conjuguent le temps court, la violence et le rapt de l’État. On suppose ainsi l’existence d’un au-delà historique, ce que les gens de gauche ont longtemps désigné avec l’expression fameuse des « lendemains qui chantent ».

La deuxième définition est sociologique. Certes, au XIXe siècle, la gauche libérale, attachée à l’héritage d’un 1789 réduit à la promotion des libertés publiques, est bourgeoise. Mais la répression républicaine de juin 1848, qui voit les républicains se retourner contre les ouvriers, accélère la naissance d’une gauche liée à des intérêts de classe, ceux d’un prolétariat hypostasié. Sauf que, en France, il s’agit en majorité de travailleurs de toutes petites unités dont la « conscience de classe » n’a pas grand-chose à voir avec le prolétaire décrit par Marx d’après le cas anglais. Il n’empêche : la gauche fut ouvrière, beaucoup plus rarement paysanne. Elle est devenue interclassiste, voire parfois petite-bourgeoise.

La troisième définition est d’ordre moral. À la suite de la greffe marxiste opérée sur le socialisme français, on occulte souvent tout un courant qui armait la doctrine socialiste de préceptes moraux. Des socialistes comme Proudhon (bien que ce dernier se défendît toujours d’appartenir à cette famille politique) et quelques-uns de ses héritiers plus ou moins directs, Benoît Malon, Eugène Fournière, sans oublier Charles Péguy et quelques autres, concevaient le socialisme comme une révolution morale. Nulle révolution sociale sans régénération éthique ! Une telle ligne imposait un style de conduite exemplaire qui devait permettre aux gens de gauche de cultiver un sentiment d’appartenance. L’homme de gauche devait se distinguer, dans son quotidien, de l’homme de droite par la générosité, le désintéressement, le sens du bien commun.

J’ai bien conscience que ce passage par l’Histoire est presque caricatural. Ainsi, définir la gauche comme « révolutionnaire » n’est-ce pas faire fi des débats qui ont opposé « réformistes » et « révolutionnaires » et exclure les premiers, au même titre que toute une « gauche modérée » (songeons aux radicaux qui, tous, se réclamèrent bel et bien de la gauche jusque dans les années 1950 au moins) ? Mais au fond, je crois qu’ils ne différaient des « révolutionnaires » que sur la méthode.

[...]

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  • 3 August 2010 à 22h03

    ramonmercader dit

    hé j’y suis pour rien moi !
    de toutes façons ………ça m’a bien fait rigoler
    d’autant que la gauche signifiant le rejet de la patrie elle ne saurait se rallier sous un drapeau quelconque

  • 31 July 2010 à 15h15

    Impat1 dit

    Le drapeau de la gauche française est en lambeaux…en effet. Mais pas celui de la gauche dans de nombreux autres Pays. Comment est-ce possible ? Ce constat n’aurait-il pas quelque chose à voir avec cette triple définition qu’elle s’est donnée ?:” idéologique, sociologique et morale.”
    Sociologique, on veut bien, ça peut signifier tout et son contraire. Mais idéologique ? Mais morale, à base le plus souvent de moraline hors du réel ?
    A l’inverse les partis de gauche prospèrent là où le pragmatisme, l’efficacité concrète, prend le pas sur les vaticinations oiseuses qui font plaisir dans les congrès mais ne servent à rien dans la vie sociale.
    La gauche française a grand besoin d’une révolution. Celle des esprits de gauche.