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Le corps de Jessica Forde

Ou comment oublier janvier

Publié le 12 février 2012 à 9:23 dans Culture

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Il est assez évident que le monde se résume, pour un écrivain, à une vaste conjuration pour l’empêcher d’écrire. Penser à prendre une bonne semaine pour arriver au bout de la liste de tous ceux, volontairement ou non, qui ont participé, participent ou participeront de cette conjuration. Le plus souvent, volontairement. On pourrait en faire la matière d’un livre, tiens.

Je regarde une photo de Richard Brautigan qui traverse la rue, à San Francisco. C’est le matin, sans doute. J’imagine qu’il accompagne la petite fille à côté de lui à l’école. Il a l’air heureux. Il sait qu’il va écrire un bon poème dans la journée. La rumeur de la ville, la perspective dégagée sont comme un écrin à sa liberté souveraine, sa liberté secrète, sa liberté dans le Temps. Liberté qui devient scandaleuse, comme pour tous les autres écrivains, dès que le monde en prend connaissance. On lui fera payer, à lui et à tous les autres aussi. Mais plus rien ne pourra lui retirer ce matin-là, le poème qui vient, la main de la petite fille et l’Océan au bout de la rue.

Nous vous aurons bien eus, finalement.

F m’envoie des cartes postales représentant Anna Karina et Belmondo dans des films de Godard. Un monde communiste sera un monde où une somme de petites attentions de ce genre permettra enfin que le développement de chacun soit la condition du libre développement de tous.

Janvier est gris. L’hystérie règne sans partage. Vous allez voir John Edgar de Clint Eastwood. Vous aimez beaucoup Clint Eastwood mais là, il s’agit d’un film qui héroïse deux vieilles tantes fascisantes qui détestaient les communistes, les nègres, les femmes, les écrivains et évidemment les homosexuels. Vous trouvez, pour le coup, que la virtuosité de Clint en deviendrait presque une circonstance aggravante.

Alors vous rentrez chez vous, vous regardez Quatre aventures de Reinette et Mirabelle de Rohmer. Vous oubliez janvier, vous oubliez Hoover, vous oubliez l’hystérie. Dans Quatre aventures de Reinette et Mirabelle, les jeunes filles parlent beaucoup mais pleurent si elles ratent l’heure bleue, à l’aube, quand le silence de la campagne se fait complet quelques minutes avant que le jour ne se lève.

Eric Rohmer : antidote français. Votre calme revient, tout se dénoue, et vous ressentez une sorte de joie légère, de gaieté sans emploi. Vous vous souvenez que ce qui a pu rendre les abjectes années 80 supportables, ce fut par exemple, Jessica Forde dans Quatre aventures de Reinette et Mirabelle. Le corps de Jessica Forde, son évidence sexy, sa distance amusée. Le corps de Jessica Forde parle beaucoup. Il a sa propre voix. On l’entend encore un quart de siècle plus tard.

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  • 12 February 2012 à 22h29

    LEPIEUX dit

    Bel article plein de mélancolie, Rohmer antidote à la vulgarité d’aujourd’hui comme à l’agressivité des années quatre vingt. Rohmer le moderne devenu un grand classique, voilà toute la beauté et le grandeur d’une oeuvre sans pareille, il suffit de revoir “Ma nuit chez Maud” tourné en 1969, aa moment de la terrible raideur maoiste qui frappait les intellecctuels français….
    Le film de Eastwood est en revanche assez beau, même si inférieur à Gran Torino, la critique politique de Eastwood redevient un peu trop au goût du jour (voit le mauvais livre de Stéphane Bouquet aux éditions Capricci). Merci pour l’ode au corps de Jessica Forde.

  • 12 February 2012 à 15h08

    laborie dit

    La bande annonce de Quatre aventures de Reinette et Mirabelle

    http://www.myskreen.com/film/1260623-quatre-aventures-de-reinette-et-mirabelle

  • 12 February 2012 à 14h52

    laborie dit

    Il y avait la Gaité Lyrique
    Maintenant Pôle Emploi, la gaieté sans emploi…ah..ah.ah…..

  • 12 February 2012 à 14h49

    laborie dit

    Lavrenti Pavlovitch Beria (NKVD) à la même époque aimait les blouses blanches, les juifs, les prisonniers de guerre polonais, les tchétchènes, les ingouches, les trotskystes, les paysans géorgiens, etc..

    La liste est longue….