Le Corbusier, un salaud radieux? | Causeur

Le Corbusier, un salaud radieux?

On peut être à la fois un grand homme et un sale type

Auteur

Patrick Mandon

Patrick Mandon
éditeur et traducteur.

Publié le 10 mai 2015 / Culture Histoire Politique

Mots-clés : , , , ,

corbusier beaubourg vichy

À l’occasion du 50e anniversaire de sa mort, Beaubourg rend un hommage monumental à Le Corbusier (1887-1965). Et trois livres instruisent à nouveau son procès pour sympathies avérées pour les régimes totalitaires. Comme si thuriféraires et détracteurs avaient du mal à admettre que l’on puisse être à la fois un grand homme et un sale type.

Cela s’appelle « Mesures de l’homme » – un titre à la mesure de la statue que Beaubourg élève à la gloire du prophète de notre modernité architecturale, qu’il imagina très tôt, vers les années 1915-1920. À l’occasion du cinquantième anniversaire de sa mort, le Centre Georges Pompidou célèbre avec faste la mémoire de Charles-Édouard Jeanneret-Gris, passé à la postérité sous le nom de Le Corbusier.
Que l’institution, pour la deuxième fois en vingt-huit ans, offre la consécration d’une rétrospective posthume de son œuvre à un remarquable bâtisseur, contesté et plus encore adulé par la profession, aurait pu inspirer un débat de haut vol, l’une de ces disputes françaises qui enflamment la Rue d’Ulm et France-Culture. Nous a-t-il conduits à une impasse ou ouvert un horizon ? Que conserver et que rejeter de ce penseur magistral qui incarne autant l’aberration que la perfection d’une certaine architecture ? On aurait vu s’affronter, avec force arguments esthétiques et savants, les admirateurs du visionnaire et les contempteurs du bétonneur fou.

[...]

  • causeur 24

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    publié dans le Magazine Causeur n° 24 - Mai 2015

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    causeur 24
  • La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 18 Mai 2015 à 17h07

      didier75 dit

      Un détail qui n’ôte rien à l’excellence de cet article: les billets de 10 francs à l’effigie de Le Corbusier ont toujours parfaitement cours en suisse. Non seulement ils ne sont pas réservés aux collectionneurs mais il n’en est aucun autre en circulation et de surcroît le site de la BNS, qui évoque les différentes personnalités illustrant ses billets, publie un texte laudatif, et sans réserves quant au reste, sur Le Corbusier:
      http://www.snb.ch/fr/iabout/cash/current/design/id/cash_current_design_10
      Ceci pour apporter une petite information, et non pour condamner nos amis helvètes, ni même leur donner tort.
      Cordialement.

    • 13 Mai 2015 à 20h03

      Patrick Mandon dit

      Ce soir, à 23h30, ARTE propose Le siècle de Le Corbusier, à voir, excellent ! Il s’agit essentiellement de l’œuvre et de la pensée de l’architecte.

    • 13 Mai 2015 à 6h19

      thd o dit

      ” 12 Mai 2015 à 19h27

      toto dit

      Rien ne neuf sous le soleil. Il n’est pas le premier personnage “radieux” a avoir affiché ouvertement son racisme pour tel ou tel peuple.

      Je vous livre ci-dessous un texte signé d’u certain Pierre Loti, grand turcophile et contemporain du Génocide des Arméniens. Vous noterez qu’on pourrait facilement remplacer arménien par juif, et l’on se retrouverait alors propulsé en 1939 !

      No other comment ! Lisez par vous-même !

      « En ce qui me concerne, je suis mal tombé peut-être, mais je puis attester qu’à de rares exceptions près, je n’ai rencontré chez eux [les Arméniens] que lâcheté morale, lâchage, vilains procédés et fourberie. Et comme je comprends que leur duplicité et leur astuce répugne aux Turcs, qui sont en affaires la droiture même ! Leurs pires ennemis sont les premiers à le reconnaître. J’oserais presque dire que les Arméniens sont en Turquie comme des vers rongeurs dans un fruit, drainant à eux tout l’or, par n’importe quel moyen, par l’usure surtout, comme naguère les Juifs en Russie ».

      De Pierre Loti – Extrait de “La mort de notre chère France en Orient”, Paris, Calmann-Lévy, 1920.”

      Pierre Loti était surtout contemporain de la tentative de dépeçage de la Turquie (Anatolie), qui s’est mal finie pour les Grecs, Anglais, Italiens et Français qui s’y sont essayés. Il défendait les Turcs par ce livre, à l’époque de la conférence de Sèvre, et on aurait mieux fait de l’écouter.

      Vous pouvez trouver le texte complet ici :

      https://archive.org/details/lamortdenotrech00lotiuoft

      autour des pages 40-50.

      Notamment :

      “Mais tous ces griefs — et tant d’autres encore — sont-ils des raisons pour les exterminer? A
      Dieu ne plaise qu’une telle idée m’ait effleuré
      un instant! Au contraire, si mon humble voix
      avait quelque chance d’être entendue, je supplierais
      l’Europe, qui a déjà trop tardé, je la
      supplierais d’intervenir, de protéger les Arméniens
      et de les isoler; puisqu’il existe entre eux
      et les Turcs, depuis des siècles, une haine récifroque
      absolument irréductible, qu’on leur
      désigne quelque part en Asie une terre arménienne
      où ils seront leurs propres maîtres, où
      iJs pourront corriger leurs tares acquises dans
      la servitude, et développer dans la paix les
      qualités qu’ils ont encore, — car ils en ont, des
      qualités; j’accorde qu’ils sont laborieux, persévérants,
      que certain côté patriarcal de leur vie
      de famille commande le respect. Et, enfin, bien
      que ce soit peut-être secondaire, ils ont la
      beauté physique, qui en Occident s’efface de
      plus en plus par l’excès de l’inslruclion, le surmenage
      intellectuel, l’usine meurtrière et l’alcool;
      je ne puis penser sans une spéciale mélancolie
      à ces femmes massacrées qui, pour la
      plupart sans cloute, avaient d’admirables yeux
      de velours…
      Plus d’une fois, à Paris, quand il m’est arrivé
      dans la conversation d’attribuer aux Arméniens
      la part de responsabilité qui leur incombe dans
      leurs souffrances, des petits messieurs suffisants,
      qui parlaient des questions orientales comme
      un aveugle parlerait des couleurs, m’ont répondu,
      croyant être spirituels : « Alors, c’est le lapin
      qui a commencé?» — Eh bien! mais… tout au
      moins pour les massacres de 1896 qui furent les
      plus retentissants, c’était carrément le lapin!…”

    • 12 Mai 2015 à 22h40

      Incube dit

      EDF centrales nucléaires / “officiel” ;-)
      Cliquer sur le lien ci-dessous, puis choisir “le refroidissement” dans les grands principes de fonctionnement, la vidéo est juste en dessous.
      http://energie.edf.com/nucleaire/comment-ca-marche-y/les-grands-principes-de-fonctionnement-48400.html  

      • 13 Mai 2015 à 21h31

        i-diogene dit

        Dans la rubrique ” refroidissement”, le schéma EDF montre clairement que dans une centrale nucléaire, c’ est bien de la vapeur qui est injectée dans les tours, et par le bas..!^^

    • 12 Mai 2015 à 22h02

      saintex dit

      12 Mai 2015 à 21h15 i-diogene dit… des conneries. T’es en super forme dis-donc.
      Ces tours ne refroidissent rien du tout, ce sont des condenseurs (principe du frigo).. Parce que les frigos ne refroidissent pas ? A mon avis c’est à cause de la grève des marmottes.
      La détente brutale d’ un gaz ( et la vapeur en est un), engendre du froid..DONC DE LA CONDENSATION… A mon avis, c’est toi qui a besoin de détente. Non pas que la détente d’un gaz ne provoque pas du froid, mais les tours ne sont pas emplies de détendeurs. Ce sont des structures alvéolaires qui sont destinés à augmenter les surfaces d’échanges.
      Le condenseur n’ est là que pour optimiser le principe (on ne saura lequel) et le con danseur nous fait la danse de la pluie sur Causeur.

      • 12 Mai 2015 à 22h32

        i-diogene dit

        Nan Nan, Saintex, tu n’ y piges que pouik..!

        Si les tours étaient des refroidisseurs, elles seraient équipées d’ échangeurs thermiques (soit des ailettes, soit tubulaires, ou autres)… 

        En gros, la vapeur est injectée dans les turbines à 750° et 450 bars… EN fin de travail, cette vapeur est envoyée dans les condenseurs où elle se détend à la pression atmosphérique..
         
        Le principe de la détente du gaz refroidit et la vapeur se condense en eau.

        Quand à l’ article sur Wiki, il fait un amalgame très approximatif entre centrale nucléaire et centrale thermique.. 

        Dans le cas des centrales nucléaires, ce n’ est pas de l’ eau qui est refroidie, mais de la vapeur qui est condensée..!^^ 

        • 13 Mai 2015 à 12h53

          i-diogene dit

          Bin, on est d’ accord sur le travail n’ est plus sous pression, est totalement faux..La détente finale est réalisées dans les tours..Et même en haut des tours la vapeur est à une pression supérieure à la pression atmosphérique… Sinon, elle resterait dedans, non..?

          Quoiqu’ il en soit, le terme “cheminées” utilisé par je-ne-sais-plus-qui, est totalement impropre, car une cheminée, par définition, est un conduit vertical qui sert à évacuer des GAZ DE COMBUSTION… Ce qui n’ est pas le cas des tours.. 

        • 13 Mai 2015 à 13h16

          saintex dit

          Tu sais i-Diogène, je peux bien sur me tromper, mais je te vois comme un autodidacte, bricoleur inspiré, pragmatique et talentueux dans le domaine. Du genre qui ressent quasi instinctivement ce qui cloche à tel point, même sans connaître l’ensemble d’un processus. Le fils de Figaro et de Mac Gyver.
          Cependant, en l’absence de connaissance des principes physiques, de celle de la définition des phénomènes, tu ne peux pas “vulgariser” une technologie, en dresser le schéma de principe.
          Donc, la réponse la mieux adapté en la circonstance me semble être, “laisse béton” )))
          La cheminée traditionnelle de nos maison inclut autant l’âtre que le conduit. Dans la mine, elle sert dans les deux sens. Mais s’il te plaît de souligner que ces ouvrages sont appelés des tours, pourquoi pas, tant que ça ne débouche pas sur la famille Tuyau de Poêle qui doit traîner sur quelque autre fil.

        • 13 Mai 2015 à 14h35

          i-diogene dit

          Tiens, une phrase a sauté, dans mon com précédant..! Il fallait lire :

          - ” …on est d’ accord sur le principe, sauf sur le fait que la vapeur en fin de travail n’ est plus sous pression..”..

          Maintenant, pour le terme ” cheminée”, il est clairement défini : conduit vertical destiné à évacuer des gaz de combustion..Ou “âtre”..

          Quand à ” Autodidacte”, ne connaissant pas les principes physiques… Bah, je suis quand-même technicien, et en physique, la détente des gaz, c’ est du niveau seconde technique..

          Une centrale nucléaire, mis à part la partie production de chaleur, ce n’ est ni plus ni moins qu’ une grosse chaudière à vapeur, fonctionnant sur les mêmes principes que n ‘ importe quelle locomotive du même nom..

          Or, sur une locomotive:

          - confondre la cheminée d’ évacuation des gaz brûlés, avec le conduit d’ évacuation de la vapeur en fin de travail, c’ est ballot..
          - Prétendre que la vapeur à la sortie du conduit d’ évacuation n’ est plus sous pression, c’ est juste nier la réalité..!^^
          - Il est certain que la majeure partie de la pression a été convertie en travail, mais il n’ empêche que les rejets sont encore en pression à plusieurs atmosphères.
          Mais, bon, sur un point, t’ as raison : on ne va pas aller plus loin, ça ne mène à rien..

        • 13 Mai 2015 à 15h43

          saintex dit

          O fortunatos nimium sua si bona norint agricolas comme dirait l’autre

        • 13 Mai 2015 à 21h48

          i-diogene dit

          Allons, bon… La fuite en latin, maintenant..!
          …Comme les médecins de Molière..! Ptdr.. 

          Par contre, sur le plan technique, tu peux te rhabiller..!^^ 

        • 18 Mai 2015 à 3h34

          saintex dit

          )))))))))))))))))))))))))))))) Là, je crois que tu as décroché le pompon.

      • 12 Mai 2015 à 23h52

        saintex dit

        En fin de travail, la vapeur n’est justement plus sous pression, sinon elle serait encore utilisée à faire tourner les turbines. Il faut la ventiler pour qu’elle aille dans le refroidisseur qui est la grande tour, laquelle est justement garnie de systèmes alvéolaires que tu nommes ailettes.
        C’est d’abord de la vapeur qui est refroidie, qui se condense en eau, laquelle continue se refroidit elle aussi au cours du circuit.
        Si j’ai cité la société Hamon Thermal, ce n’est pas par hasard. Ce sont eux qui ont fait la quasi totalité du parc français. Ils sont spécialistes dans le refroidissement, et sont maîtres d’oeuvre de toute cette partie, conception des alvéolaires d’échange thermique, génie civil des tour…
        Les alvéolaires sont fabriqués en France, à Arrou près de Châteaudun. Ce sont des plaques de PVC thermoformées, assemblées par collage puis découpées selon calepinage établi sur logiciel Tolas.
        Je connais le sujet parce que j’ai travaillé avec leur ingénieurs pour des développements de leurs structures alvéolaires dans le génie civil.

    • 12 Mai 2015 à 21h48

      Incube dit

      @mogul,
      Ce sont des TAR (tours aéroréfrigérantes) mais on peut les appeler “cheminées”… Tout le monde comprend ;-)
      Un lien – avec un schéma – vaut mieux que du blabla.
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Tour_aéroréfrigérante  

    • 12 Mai 2015 à 19h27

      toto dit

      Rien ne neuf sous le soleil. Il n’est pas le premier personnage “radieux” a avoir affiché ouvertement son racisme pour tel ou tel peuple.

      Je vous livre ci-dessous un texte signé d’u certain Pierre Loti, grand turcophile et contemporain du Génocide des Arméniens. Vous noterez qu’on pourrait facilement remplacer arménien par juif, et l’on se retrouverait alors propulsé en 1939 !

      No other comment ! Lisez par vous-même !

      « En ce qui me concerne, je suis mal tombé peut-être, mais je puis attester qu’à de rares exceptions près, je n’ai rencontré chez eux [les Arméniens] que lâcheté morale, lâchage, vilains procédés et fourberie. Et comme je comprends que leur duplicité et leur astuce répugne aux Turcs, qui sont en affaires la droiture même ! Leurs pires ennemis sont les premiers à le reconnaître. J’oserais presque dire que les Arméniens sont en Turquie comme des vers rongeurs dans un fruit, drainant à eux tout l’or, par n’importe quel moyen, par l’usure surtout, comme naguère les Juifs en Russie ».

      De Pierre Loti – Extrait de “La mort de notre chère France en Orient”, Paris, Calmann-Lévy, 1920.

      • 12 Mai 2015 à 20h34

        Lector dit

        ça me fait penser qu’il faudrait tjrs nommer pour ce qu’elles sont les obsessions d’une époque, la nôtre pour une fois (voire pour une autre fois sans féérie) afin de se prémunir des nombreuses projections que l’imbécile contemporain ne manquera pas de produire pour s’acheter une conscience.

        Bon, revenons à cette citation : “Leurs pires ennemis sont les premiers à le reconnaître.” haha, quelle démonstration !
        Que dire ? L’essentialisme biologique déguisé sous celui du culturel n’est-il pas le fait d’une méconnaissance, d’une absence de fréquentation de qui où quoi l’on juge ? Je le crois ; d’autant qu’aller chercher des soutiens parmi ces “pires ennemies” peut en être le signe. C’est celui en tout cas d’un refus du libre-arbitre, de l’émancipation possible de chacun quant aux traits culturels qui l’a forgé ; bref c’est du déterminisme.

    • 12 Mai 2015 à 12h27

      Patrick Mandon dit

      J’ignore si quelqu’un repassera par ce fil, par ailleurs brillamment animé par de fins connaisseurs de la chose bâtie, mais j’aimerais clarifier deux ou trois choses :
      1) Il est important de rappeler que toutes les diatribes contre les Juifs rapportées ici sont extraites de sa correspondance privée. Elles traduisent certes un antisémitisme vrai, mais ne sortent pas du cadre intime. À ma connaissance, Le Corbusier n’a pas signé de textes antisémites dans la presse, pendant la guerre. Par surcroît, son antisémitisme est loin de constituer sa pensée. Je le crois plutôt indifférent, avec des résurgences culturelles, une sorte de prurit. Le Corbusier est vraiment ce qu’on appellera plus tard un technocrate. Il pense d’abord, il cherche à résoudre ; il « éprouve » (plus ou moins) après. C’est un esprit froid.
      2) Sur sa proposition immobilière relative à l’installation des Juifs d’Europe : je crois qu’elle part d’une réflexion toute pratique, et c’est en cela qu’elle est effarante. Une population est menacée d’être chassée de ses pays d’appartenance, Le Corbusier n’y trouve que l’occasion d’appliquer ses principes architecturaux. On aurait tort, me semble-t-il, de voir là une marque d’antisémitisme (au contraire). Existe-t-il un problème de logement des Juifs d’Europe ? Il propose une solution : convenons que celle-ci, pour être « finale », ne porte pas en elle l’horreur de celle qui fut décidée à Wannsee.
      3) Le Corbusier est un technocrate. Il examine l’ensemble de la société d’un point de vue rationnel, et n’envisage d’intervention que « globale », massive, et suscitée par la puissance publique. Son objectif est l’amélioration définitive non seulement de l’habitat, mais encore du mode de vie de ses contemporains. Encore une fois, sa réflexion est « totale », elle ne peut se satisfaire d’être partielle. En cela, il est aussi un héritier (avec presque tous les architectes de sa génération, et ceux qui suivront) des penseurs de la fin du XIXe siècle. Ceux-ci, poussés par la nécessité, voyant la misère générale des peuples, furent presque contraints par le « réel » de recourir à la radicalité. Un homme aussi remarquable que l’anglais Robert Owen, comme remède à la misère urbaine, veut des « coopératives », très peu peuplées (pas plus de 2000-2500 personnes), installées à la campagne, vivant dans un vaste « ensemble », souvent réunies par des occupations communes (la cuisine, les repas par exemple). En France, Charles Fourier, envisage des groupements de production et de consommation, qu’il nomme phalanstères, elles aussi implantées dans la nature. Tout phalanstérien exerce plusieurs métiers/activités, par un système régulé d’alternance, développant ainsi ses facultés, ses talents. Engels a joué de l’opposition ville/campagne, souhaitant la dissolution de l’univers urbain, où il voyait la centralisation de tous les moyens de production grâce auxquels le capitalisme s’épanouissait. L’urbanisation du territoire libère l’horizon de l’industrie et, par conséquent, amplifie la domination économique absolue du monde urbain sur celui des campagnes. S’opposent de cette manière les intérêts, la hiérarchie des bourgeois des villes, des ouvriers, des paysans. Engels envisage sérieusement la fin de la ville (grâce à des méthodes d’inspiration fouriéristes) dans le même temps qu’il considère et appelle de ses vœux la fin de la division du travail. Le Corbusier imagine des immeubles « parfaits », abritant une communauté « radieuse », vivant presque en circuit fermé, disposant d’une rue avec des commerces, de salles de sport, d’une piscine.  
      On peut replacer le cas Corbu dans le XXe siècle naissant, confronté à la violence technicienne, à l’afflux vers les villes de populations déracinées, entassées sous des toits insalubres. C’est ainsi, sous les pires auspices, que la modernité a commencé ; avec elle, l’ère des masses, des usines, de l’automation. Les gouvernements ont tenté de relever ces défis. C’est alors que s’est mise en place ce que Galbraith appelait la techno-structure, une classe supérieure d’administrateurs, qui n’aime rien moins que le contrôle de ses décisions. Très compétente, en effet, formée aux meilleurs écoles du droit, des sciences, de la parole, elle trouve les conditions de son épanouissement dans les régimes autoritaires. Les gouvernements successifs de l’État français, sous Pétain, ont réalisé cet idéal. La technostructure y était toute puissante. Elle nous évoque sous quelques aspects, l’ambiance de Métropolis, imaginée par Fritz Lang et Thea von Harbou.

      • 12 Mai 2015 à 14h10

        thd o dit

        “Très compétente, en effet, formée aux meilleurs écoles du droit, des sciences, de la parole, elle trouve les conditions de son épanouissement dans les régimes autoritaires. Les gouvernements successifs de l’État français, sous Pétain, ont réalisé cet idéal.”

        Les préfets ont eu beaucoup de pouvoirs tout au long de Vichy, dans la mesure où les autorités locales étaient affaiblies.

        Mais on lit parfois que le règne des technocrates sous Vichy, c’est lorsque Darlan était au pouvoir, avec par exemple ses conseillers de la banque Worms (qui, d’ailleurs…).

        La technocratie au gouvernement, c’est aussi le cas sous le général de Gaulle. Donc c’est comme pour le cholestérol, il y a la bonne et la mauvaise.

        Si c’est une erreur de laisser tout le pouvoir à la technocratie, c’en est une autre de prétendre s’en passer, ou de ne s’appuyer que sur la technocratie financiéro-bancaire, comme on en a la tentation aujourd’hui.
        En effet, les privatisations et le carcan européiste font que la technocratie financiéro-bancaire et juridique est prépondérante aujourd’hui. Et la méfiance envers les scientifiques fait que les choix leur accordent de moins en moins d’importance, comme l’académie des sciences ou l’académie de médecine en expriment parfois le regret.

        • 12 Mai 2015 à 14h31

          Patrick Mandon dit

          Vous avez parfaitement raison relativement à la nécessité d’une technostructure pour les états, surtout pour les états contemporains, dont l’organisation est très compliquée. 
          Le risque de l’« idéologie technocratique » se situe évidemment dans un état totalitaire ou « assimilé ». de ce point de vue, le régime de Vichy, qui ne fut jamais sanctionné, corrigé par les urnes (et pour cause), a constitué un « nid » de technocrates, qui ont exercé, d’ailleurs souvent avec efficience, leur pouvoir sans contrôle.
          Nous sommes en effet sous une influence strictement financière, mais avons-nous le choix ? Je ne prends qu’un exemple : c’est grâce à la politique agricole commune que nos agriculteurs sont rémunérés. Le soutien financier dont ils bénéficient, leur permet, seul, de « survivre ». 
          Pour l’architecture, je ne vois que deux modèles possibles : le fait du prince (Louis XIV de préférence, Louis II de Bavière…), la « bénédiction » des pouvoirs publics. Le Corbusier, dont on ne dira jamais assez qu’il fut réellement inspiré (avec tous les risques que comportent une pensée solitaire et « globale » – voir, de ce point de vue l’atroce plan dit Voisin –  a cherché la reconnaissance d’un prince-dictateur, il a trouvé la protection de la République.

        • 12 Mai 2015 à 14h50

          thd o dit

          Pour la PAC, il faut se souvenir qu’elle a été imposée par de Gaulle, au terme d’une crise. Et elle est actuellement dans le collimateur des technocrates financiers.

          Donc, oui, on a le choix, et malheureusement on va dans le mauvais sens. Ce qui est inévitable sans retour à un meilleur équilibre, au sein de la France, puis entre les différents pays européens et les “institutions” européennes, pour le coup totalement et dangereusement technocratiques.

        • 12 Mai 2015 à 20h45

          Lector dit

          depuis le début ou un peu plus tard les agriculteurs s’en plaignent, d’être rémunérés par une administration plutôt que par leur travail ; n’en pas récolter les fruits finit par en pousser un nombre important au suicide parait-il ; si la culture paysanne est critiquable on ne saurait lui faire le procès de couver en son sein des profiteurs ; ceci explique sans doute cela.

          On a tjrs le choix et c’est aux politiciens qu’il faut adresser des reproches, puisque ce sont eux qui se dédouanent des mauvais choix qu’ils font en prétendant ne pas en avoir.
          Après plus d’une bonne décennie à remplir de la paperasse, on voit des agriculteurs se préoccuper des courbes boursières pour vendre au meilleur taux la matière première dont ils font l’exploitation… le monde change, voilà pour part exemplaire en quoi.

      • 12 Mai 2015 à 15h36

        Peter33 dit

        Je souscris totalement

      • 12 Mai 2015 à 19h47

        Lector dit

        n’ayant pas accès à votre article je ne peux que vous faire confiance : il aurait donc antisémite bon teint de son époque, privé, de salon plus que de bistrot ; ça n’excuse pas mais vous avez bien raison, Patrick, de contextualisé. Etrange époque que la nôtre qui, assommée par l’un des pires moments de notre histoire, voit tout à cette aune funeste. Qui, dans le contexte actuel ainsi qu’hébergé par le fil sous votre article, ne pourrait regarder les images du document que j’ai posté plus bas, sans faire d’analogie avec d’autres images antérieurs, celle de la propagande nazie pour un homme nouveau ? Pourtant les deux contextes sont bien différents et les conditions des intentions.