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Le communisme dans le sang

Jusqu’à quand le spectre hantera-t-il l’Europe ?

Publié le 12 février 2009 à 12:12 dans Culture

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L’horreur, c’est qu’il n’y a pas d’après. Peut-être n’y en a-t-il jamais et nulle part. Mais s’il n’y a pas d’après-communisme c’est parce que tout conspire à faire croire que le communisme n’a jamais existé. À Sofia, le souvenir même du mausolée où reposait Dimitrov, le Staline bulgare, a disparu, sans doute recouvert de boutiques H&M et de parasols publicitaires. Rouja Lazarova a touché juste en faisant de ce non-lieu la tour de contrôle, le centre de commandement du mensonge. Et le mensonge continue à hanter les esprits, à ronger les âmes, même les esprits et les âmes de ceux qui n’ont pas connu son règne.

Rouja, beaucoup de journalistes l’ont croisée dans les Balkans, un petit bout de fille pimpante et grave qui faisait l’interprète pour les Français, aujourd’hui parisienne d’adoption, française par la langue. Le communisme coule dans ses veines comme il a coulé dans celles de ses personnages Gaby, Rada et Milena, trois femmes, trois générations broyées par la répétition, cette figure de la mort. L’homme de Gaby a disparu quand elle portait son enfant, happé par un régime qui a fait de l’arbitraire et de la peur ses principes de survie. Comme l’écrivain qui signe son quatrième roman en français, Milena, la petite-fille de Gaby, verra le Mur tomber, les anciens tortionnaires se reconvertir dans le business et les paillettes, les rêves d’émancipation se rabougrir en avidité de possession. À Paris, elle découvre avec rage et stupéfaction que ces mots qui ont été les murs de sa prison, certains de ses amis les brandissent comme des étendards de liberté. Elle dont les parents ont payé d’une existence grise leur refus de rallier le Parti qui distribuait prébendes et privilèges apprend qu’on peut avoir été communiste volontairement et même avec enthousiasme. Et puis, elle comprend. “Nous étions des enfants de la révolution mais nous avions perdu les idées révolutionnaires.”

La vérité de la nuit communiste, Rouja Lazarova la cherche autour du mausolée. Ainsi, aux commandes de la Terreur, il y avait un cadavre. Une momie vide, sans cerveau ni cœur, devant laquelle des écoliers aux pieds et aux cœurs glacés devaient singer le recueillement. Les années passent, on meurt de moins en moins dans les geôles du régime, l’ennui et la nausée succèdent à l’effroi. La momie est moins imposante, de plus en plus ridicule aux yeux des écoliers que l’on autorise, avec le temps, à garder leurs manteaux pour visiter le monument réfrigéré. En juillet 1990, alors que le granit se couvre de graffitis, la famille organise l’évacuation du corps. “La crémation s’était éternisée, écrit Lazarova. Imbibé de formol, Gueorgui Dimitrov ne voulait pas brûler.” Même les flammes de l’enfer ne peuvent détruire le passé. Mais peut-être les mots le peuvent-ils. C’est l’espoir de Rouja Lazarova. Mausolée est en quelque sorte l’inverse d’un requiem, des pelletées de phrases, de colère et d’énergie jetées sur le cadavre du communisme pour qu’il se taise à jamais et cesse de hanter les vivants.


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Ma copine Rouja Lazarova dédicacera son livre ce jeudi 12 février à 19 heures à la Librairie L’Arbre à Lettres, 33-35 boulevard du Temple, Paris 3e.

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  • 12 February 2009 à 19h10

    Borgo dit

    Elisabeth, si seulement vous pouviez être entendue ! ! !

  • 12 February 2009 à 18h58

    la borie dit

    @ robespierre

    J LEROY est bien assez grand pour prendre la parole s’il a quelque chose à dire!
    Chacun choisit le potes qu’il peut!

  • 12 February 2009 à 18h51

    Bibi dit

    Il n’y a que ceux intéressés par une place gratifiante qui font l’éloge et l’apologie d’un système totalitaire.
    Trop souvent, ils oublient qu’il s’agit de systèmes qui, au nom du socialisme (y compris sa variante nationale), broient l’individu. Perdre la tête avant de perdre sa tête…

  • 12 February 2009 à 18h28

    Pirée dit

    Plus personne, Monsieur Gogol? Et moi ,alors?
    Aux chiottes, la femme sans tête! Vive Louis XX!

  • 12 February 2009 à 18h24

    Gogol dit

    Au fait, plus personne ne fait la promo des Royalistes!! (des vrais, rien à voir avec Ségolène) On pourrait encore y essayer… Nostalgie, nostalgie quand tu nous parles!!

  • 12 February 2009 à 18h14

    la borie dit

    Il faudrait éviter les généralisations hâtives.
    EL ne méprise pas , à ma connaissance, le peuple russe
    Le peuple russe/soviétique n’est pas totalement soluble dans ses dirigeants.
    Les propagandistes du communisme international ont eu et ont encore un pouvoir de conviction que n’auraient pas désavoué nos meilleurs spécialistes en marketing/pub

  • 12 February 2009 à 18h13

    Joëlle dit

    Si on lit mon post précédent : “arase” au lieu d”érase”.

  • 12 February 2009 à 18h03

    robespierre dit

    Foutez la paix à Jérome Leroy, il n’a pas été communiste pour être dans le vrai mais pour ne pas être seul. ça change tout.

  • 12 February 2009 à 17h55

    Joëlle dit

    Voilà une vision du communisme, à partir d’une expérience individuelle, bien totalisante, pour ne pas dire totalitaire. Le genre de réflexion qui clôt le débat, qui lamine et qui érase une multiplicité d’actes, de situations et d’individus.
    Est-ce qu’on a le droit de faire comme si on jugeait une vulgaire utopie du mal, fondée sur des concepts malfaisants, racistes, et foncièrement meurtriers? Est-ce qu’on ne doit pas à ceux qui se sont fourvoyés en croyant faire le bien autre chose que ce mépris radical?
    (Je précise que je ne suis pas et n’ai jamais été communiste, mais des circonstances de ma vie ont fait que j’ai eu à connaître du peuple russe. Cela donne une autre approche de leur histoire. Cela oblige à un certain respect, malgré les vicissitudes et les infamies.)

  • 12 February 2009 à 17h55

    la borie dit

    “On attend l’intervention de Jérôme Leroy….”

    Et celle de Marc COHEN..

    Vite…!

  • 12 February 2009 à 17h44

    la borie dit

    Vue d’un oeil exercé outre-atlantique, la France est un pays dont les hommes/femmes politiques ont adopté le modern-socialisme depuis un siècle voire deux.
    En effet:
    En métropole Il y a l’UMP socialiste, le PS socialiste, le MODEM socialiste, le PC socialiste, la SECU socialiste, la Fonction Publique socialiste etc..
    Dans les DOM on est socialiste bien évidemment.

    Bref tous socialistes et je ne suis pas loin d’être devenu socialiste.

    Restent le FN et le NPA pas encore tout à fait socialistes, mais refusant ou n’ayant pas les moyens de gouverner, ne peuvent que devenir socialistes.
    Le socialisme étant l’avenir du monde, oublions le communisme qui n’a aucun avenir tout en éduquant inlassablement les génération futures des bienfaits du communisme.

    A vos souhaits

  • 12 February 2009 à 17h36

    Kacyj dit

    Badiou et Glucksmann dans le même sac. Ils vont adorer et l’un et l’autre. Et puis la lecture de leurs propos respectifs oblige les différencier.
    Le premier est toujours sur la même ligne, il s’y enfonce même très profondément, ce qui ne l’empêche pas d’être considéré comme quelqu’un de “fréquentable” (merci R.Marchenoir, analyse très pertinente de ce terme) par la presse bien pensante.
    Le second en est sorti et ce n’est déjà pas si mal. Un grand nombre de gens parmi lesquels je me compte -et vous pouvez sans doute y inclure un certain nombre d’auteurs de Causeur bien que quelques uns ne semblent pas encore tout à fait guéris- ont eu, à un degré plus ou moins avancé, quelques faiblesses vis-à-vis de cette idéologie dans leur jeunesse et ils en sont revenus. Il faut dire que les profs, d’histoire géographie et de philo en particulier, ne sont pas totalement étrangers à ce soutien des premières heures.

  • 12 February 2009 à 17h34

    Gogol dit

    On attend l’intervention de Jérôme Leroy….

  • 12 February 2009 à 16h50

    vienne dit

    A l’Est on balaye provisoirement, je l’espère, cette terrible époque sous le tapis pour éviter que les trop nombreux collabos se fassent lyncher, pour éviter une guerre civile. Il faudra longtemps pour que les plaies se cicatrisent suffisamment pour pouvoir entamer sereinement une mise en cause. Comme cela s’est produit en France avec les collabos des Nazis.

    Mais rien n’empêche ceux qui n’ont pas trop à se reprocher dans d’autres pays de mener le combat pour la vérité et empêcher l’oubli. Mais il est illusoire de penser que la France puisse être de ceux là. Trop complaisante à l’égard de l’URSS, trop complice de ces propres révolutionnaires du passé et du présent pour ne pas vouloir admettre les terribles dérives des révolutionnaires marxistes. Trop endoctrinés par des générations d’intellos aveugles, les français sont incapables d’entamer une lutte pour un “Nuremberg” communiste.

    J’ai grandi à quelques km du Rideau de Fer, heureusement pour moi, du bon côté! Une partie de ma famille n’a pas eu cette chance. Pendant que la France fêtait les “30 glorieuses” en se vautrant dans le confort tout en écoutant religieusement Sartre et bien d’autres idéalistes, moi, je voyais tous les jours des gens se faire tuer en essayant de franchir la frontière pour rejoindre la liberté.
    Nos frères de l’Est ont vécu ” 70 ans misérables” suite à l’application des idéaux marxistes révolutionnaires pendant que la France se gargarisait de Marx, de Sartre et de Marchais!
    Quand rendra-t-on enfin justice à cette foule immense de pauvres gens écrasés par la botte marxiste?

  • 12 February 2009 à 16h34

    Yrosh dit

    Les Jésuites du Paraguay ont fait fonctionné, et plutôt bien, une société communiste qui ne disait pas son nom, jusqu’à ce que les esclavagistes obtiennent sa suppression.

    Les fascistes du général Peron, qui n’étaient ni racistes ni antisémites, et s’appuyaient sur la CGT et une grande partie des immigrés, ont plus fait, en dix ans de dictature, pour l’amélioration des conditions de vie de leur pays, que les 70 ans d’alternance démocratique qui avaient précédé.

    Quand au libéralisme démocratique, on sait tout ce qu’il a apporté en fait d’émancipation de l’individu, de liberté de la presse, des opinions religieuses, de dynamisme économique ou intellectuel.

    Faudra-t-il toujours réfléchir dans des tunnels idéologiques, qui mènent éternellement aux mêmes culs-de-sac ?

    Faut-il réduire le fascisme à Hitler, le communisme à Staline, le libéralisme à… la crise ?

  • 12 February 2009 à 16h20

    schneider dit

    @Robespierre

    Et moi, dans le même ordre d’idée je repense à “Les dieux ont soif”, d’Anatole France.

    Allez, je vous taquine!

  • 12 February 2009 à 16h10

    robespierre dit

    Je repense à la “Vie des autres” vu à la télé il y a quelques jours. Film magnifique, tragédie humaine de ces règimes.

  • 12 February 2009 à 16h07

    robespierre dit

    Ah si seulement l’Empire Rouge, nous avait concocté une sorte de “solution finale” théorisée, industrielle et quasi-scientifique, nous aurions là un argument – que dis-je une preuve irréfutable du vice criminel intrinsèque du Communisme. Cette preuve seuls les salauds à la Williamson et Faurisson ne pourraient alors l’admettre.

    Même du coté de Mao, grand massacreur parmi les grands, rien à faire. Un type comme Glucksmann dit seulement qu’il s’est trompé. Pas plus. Imaginez quelques dignitaires nazis suffisamment bien élevés pour ne pas avoir mis les mains dans le sang, dire: “ah oui, je me suis trompé”. Finalement prioriser la Shoah comme crime ultime, rend service à beaucoup de monde et permet de servir un argument massue : “oui le communisme, c’était pas bien mais il y avait pire”.

    Reste les militants de base : ceux-là sont des militants de base à peine plus disciplinés que les troupeaux beuglant de l’UMP. Ils sont de base, les idiots se sont pas juridiquement responsables. Mais les cerveaux, Badiou, Glucksmann et tant d’autres, ont vraiment une responsabilité morale. On ne peut même pas leur reprocher de mentir pour être élus, ce sont des fonctionnaires !!!
    Des crimes de bureaux de philosophes….

  • 12 February 2009 à 14h05

    Alaindeparis dit

    Mais qu’arrive-t-il si tu vitupères ?

  • 12 February 2009 à 13h40

    Pirée dit

    Si mon ennemi tue une vipère, cette dernière ne me tuera pas. Si la vipère tue mon ennemi, ce dernier ne me tuera pas. L’idéal : que l’ennemi tue la vipère qui vient de le piquer, et crève.
    La vipère est hors de combat depuis le 8 mai 1945. L’ennemi universel a connu des jours meilleurs, mais conserve de beaux restes. Les idolâtres de la révolution française reconnaîtront sans doute à jamais la divinité de l’ennemi universel.