Le colbertisme est un sport de combat
La France en deuxième division ? Pas sûr…
Publié le 20 juillet 2011 à 10:00 dans Économie
Mots-clés : Délocalisation, désindustrialisation, World Economic Forum

R4L Export, 1964. photo : Renault
On me pardonnera de recourir à une métaphore sportive pour traiter un sujet grave et complexe, obsédant et à juste titre pour les quelques économistes qui s’attachent à discerner le futur sans se laisser aveugler par une idéologie prémâchée. Acteur majeur des économies occidentales pendant les Trente Glorieuses et encore après, la France sera-t-elle reléguée dans l’obscurité d’une deuxième division économique ou reviendra-t-elle dans le peloton de tête de la compétition mondiale ?
La question est plus compliquée qu’il n’y paraît, et ceci pour deux raisons.
Tout d’abord, le classement annuel du World Economic Forum, qui désigne les bons et les mauvais élèves, est établi à partir de critères définis par les économistes néolibéraux américains et anglais. La capacité à créer des emplois productifs, la productivité du travail, le taux d’innovation, le taux d’investissement, l’évolution des parts de marché à l’exportation sont à l’évidence des paramètres parlants et pertinents. Mais ils devraient être pondérés par d’autres, comme le taux de fréquentation de l’enseignement secondaire, supérieur et professionnel ou la répartition des investissements des entreprises à l’intérieur et à l’extérieur du pays : que deviendra l’industrie américaine si sa main-d’œuvre qualifiée n’est pas renouvelée et que les innovations qu’elle élabore sont réalisées hors du territoire des États-Unis, comme c’est en partie le cas depuis une grosse décennie ?
On le comprend aisément, la méthodologie traduit un cadre de pensée. En l’occurrence, le WEF fait un choix implicite mais clair en faveur des institutions et mécanismes typiques du capitalisme néolibéral : retraites financées par capitalisation plutôt que par répartition, marchés financiers aussi faiblement réglementés que possible. Cette préférence qui ne se dit pas va de pair avec un aveuglement aux dangers collatéraux. En septembre 2008, le WEF plaçait le Royaume-Uni et les États-Unis en tête pour la souplesse de leurs réglementations financières et la qualité de leurs banques !
[...]
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Article inédit
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Causeur n° 37Juillet-août 2011

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24BLANCHE dit
Jean-Luc Gréau,
J’ai bien essaye de vous lire et de comprendre…
Avez-vous pense une seconde que votre texte allait OU etre lu serieusement (comme je l’ai fait) OU servir a quelque chose ?
Non, hein ?
Juste une pignole…
Hmm…
“Ne faut-il pas faire sauter le tabou du libre-échange avec l’Asie émergente ?”
Bonne formule pour conclure un devoir de science-eco.
Merci.
say yes dit
Deux chefs d’entreprises néo-libéraux à virer: y a-t-il quelques bonnes âmes prises de pitié pour expliquer comment Fillon et son boss se trompent de colbertisme? Théoriquement, les multinationales et l’Etat devraient entretenir des rapports conflictuels au vu des atteintes à la souveraineté subites par ce dernier. Pourquoi lécher le cul des puissants et des grandes puissances ? Quand ce n’est pas News Corp, c’est la CIA, quand ce n’est pas la CIA, c’est la réintégration dans le commandement intégré de l’Otan (la reponse du berger à la bergère allemande? Bisque rage?), et quand ce n’est pas l’Otan, c’est la mairie de NY et sa NYPD !
No comprendo!
kacyj dit
“No comprendo! ”
Effectivement pour tout ce qui précède…
skardanelli dit
Y dijére, no entiendo nada de nada de esa papilla !
skardanelli dit
Kacyj, c’est bien pour ça que j’ai parlé de PME.
Marie dit
@kacyj
Une remise en cause , comme vous y allez , si tout va mal c’est d’abord de la faute de ces méchants patrons spoliateurs puis du gouvernement !
Marie dit
@pirate
” Dassault est un vieux réac qui voudrait nous voir bosser comme des chinois” Tioens vos propos sont la parfaite illustration de ce que je soulignais, les français détestent tout ceux qui ont du fric, beurk c’est sale , par contre réclament à grands cris plus de sous plus d’emplois plus d’Etat comme le disait de Colsets Toujours plus! C’est pathologique à la fin!
kacyj dit
En ce moment, c’est l’Huma qui se plaint de la baisse des aides d’Etat à la presse, ce qui provoque des résultats négatifs.
Ne remettons pas en cause le contenu de la publication qui ne rencontre peut-être plus suffisamment de lecteurs.
saintex dit
Ska.
Ma remarque était quasi sémantique. Du reste, il ne faut plus parler de libéralisme, mais de néo-libéralisme, voire de thatcherisme ou de reaganisme, cela évitera d’inutiles désaccords.
Je suis totalement d’accord avec vous sur le fond. J’ai même du déjà écrire la même chose il y à quelques.
Retour au bon sens, même règle pour tout le monde et ça me va.
Et ce n’est certainement pas le marchand de tapis que je suis qui va vous contredire lorsque vous affirmez que tout se négocie.
J’ai tout de même l’impression que “Bruxelles” n’a guère la culture de la négociation.
Comme disait l’autre,
Cruel duel, celui qui oppose
Paris névrose et Bruxelles
L’abruti qui se dit que bientôt ce sera fini
L’ennui de l’ennui
skardanelli dit
Et bien Saintex, on ne lit pas ces petits camarades ? On est désinvolte ? Dire que nous sommes entrés dans cette sphère libérale depuis bientôt deux siècles, que ses principaux penseurs sont anglo-saxons ne veut pas dire qu’il faut rester à la traine. La démocratie et le libéralisme sont indissociables, ils sont les deux facettes d’une même idéologie née chez nos ennemis anglais, que Dieu les garde, nous serions Sparte, ils seraient Athènes. Même Maurice Allais donc se réclament tous nos Cassandre était un libéral convaincu, comme le rappelait Thalcave. Promouvoir le libre-échange en refusant de se faire plumer, là est le défi. Nous avons bénéficié du libre-échange plus que la plupart, nous sommes dans une phase de transition difficile, allons-nous pour cela dénoncer tous nos accords, trépigner, et nous retirer dans un splendide isolement ? C’est absurde, tout se négocie, tout se marchande, le repli est la mort assurée. Enfin cette façon de présenter le libéralisme comme une idéologie monolithique n’a pas des sens : Keynes lui-même, si ce n’est son mercantilisme se considérait comme un libéral. La question qui oppose Kaplan et d’autres libéraux est justement celle du mercantilisme : le commerce est-il une guerre ? Certains en sont persuadés lui pas, moi qui suis moins versé qu’eux dans ces débats, j’ai tendance à m’accrocher à mon bon sens, je me sens assez d’accord avec Thalcave et l’auteur de cet article (mais je les ai peut-être mal lus) : il faut absolument que les Chinois cessent de se goinfrer, il faut reconstituer notre tissu de PME tant que nous en avons encore les moyens, il ne faut sortir de l’Euro qu’en dernière extrémité. Le commerce est parfois une guerre, que Kaplan me pardonne…
kacyj dit
“Reconstituer le tissu de PME”
Il me semble, mais ma mémoire me joue peut-être des tours” que j’entends cela depuis les années 70. Mais a-t-il existé un jour ce tissu?
Pour qu’il puisse exister, il faut que la France (société, politiques, administrations, banques) puisse accepter l’échec, puisse accepter qu’un entrepreneur qui échoue ait une seconde, une troisième chance comme c’est le cas dans d’autres pays. Autrement, pas de tissu de PME.
Une chose encore, l’auteur ne nous parle que de production industrielle faisant totalement l’impasse sur les services, un peu comme si à la fin du 19ème siècle, on parlerait que de production agricole en ignorant l’industrie.
kacyj dit
Un petit détail sur le “travailler plus allemand”. Ils ont plutôt gagné moins qu’autant apparemment :
http://lexpansion.lexpress.fr/economie/les-bas-salaires-allemands-en-chute-libre-depuis-dix-ans_259011.html#xtor=AL-241
kacyj dit
J’apprécie votre conclusion, démontrant aux râleurs professionnels que ce gouvernement agit, que l’on soit satisfait ou non des dirigeants.
Je partage les réticences de skardanelli sur votre couplet anti-libéral et anti-anglo-saxon. Votre première partie me fait penser à la météo. En mai, il fait très chaud. On en déduit (cf les nombreux articles sur le sujet) que la sécheresse arrive et que la canicule sera pire qu’en 2003. Mais l’anticyclone des Açores n’en faisant qu’à sa tête, on a eu un mois de juillet pluvieux à souhait. Votre analyse du système financier anglosaxon relève à mon avis du même principe.
Marie dit
@l’auteur
” les entreprises industrielles françaises manquent de capitalistes de référence, fidèles et coopératifs, qui sont bien présents dans le capitalisme familial allemand, néerlandais, suédois et même italien. ”
En France voyez comment on traite ces capitalistes , Dassault Loréal etc…
pirate dit
Dassault ? Dassault est un vieux réac qui voudrait nous voir bosser comme des chinois, pleurniche à propos des minimas sociaux mais touche les aides de l’état, quand il ne le compromet pas à faire des courbettes à Khadafi.
Alpheratz51 dit
D’où l’expression : prendre l’état d’assault !
rackam dit
le sniper anisé a encore frappé!
Stonewall Jackson dit
Un obstacle à la tentative de réindustrialisation non évoqué dans cet article: le frein écologiste.
A priori (sauf si les écologistes ici adoptent la posture étonnante de leurs homologues allemands pour lesquels par exemple le charbon est plus écologique que le nucléaire…), l’extraordinaire lourdeur des lois environnementales devrait empêcher en grande partie cette réindustrialisation.
saintex dit
C’est bien pour cela que nous avons inventé des experts gouvernementaux, tous d’accord du jour au lendemain, dûment assermentés, autorisés à jeter l’anathème.
L’Europe écologique peut être soit notre avenir, soit notre tombe.
Et puisque la pénalisation du négationnisme climatique ne franchit ni l’Oural, ni l’Atlantique, puisque Américains, Brésiliens et Chinois nous renvoient plumer impunément, cela se présente plus comme un tombeau.
Seuls les Indiens, vaste fédération hétérogène, coincée entre Bhopal et l’avenir de l’informatique, accepte de payer pour voir. Sacré poker… menteur.
skardanelli dit
Je ne vois pas trop en quoi nous serions obligés de sortit de l’Euro pour mettre en place un tel programme. Le Buy American Act est bien d’origine anglo-saxonne ou alors je deviens vraiment nul en géographie. Ce que je lis dans cet article, c’est que la priorité première est de reconstruire notre tissu de PME, si vraiment Bruxelle veut aller à la rupture sur ce point, il n’y aura bien évidemment pas d’autres solutions, mais est-ce bien l’intérêt de nos autres partenaires ? Quant au couplet anti-libéral, anti-anglosaxons je le trouve vraiment de trop, vraiment idéologique justement. Nous sommes, depuis deux siècles, entrés dans la sphère idéologique anglosaxonne, nous y avons prospéré, les solutions du repli sont les pires.
saintex dit
Ska, il n’y a surement pas deux siècles que nous démantelons les entreprises liées à la communications (transports inclus) et l’énergie, désengageons l’état de tout.
Que cela vienne des USA ou pas n’a pas d’importance, si ce n’est que ce pays ne respecte pas ou plus, la règle du jeu que ses ressortissants nous impose.
Mais il est vrai que ni M. Bolkestein, ni M.Kaplan ne sont des sujets de sa très Grâcieuse Majesté.
Bertrand Dutheil de la Rochère dit
Le colbertisme, c’est l’Etat stratège qui entraîne et qui impulse l’économie. il ne peut se contenter d’être un gendarme qui régule. Il doit disposer des moyens nécessaires à son rôle par la nationalisation des monopoles de fait (préambule de la constitution) et de centres d’accumulation du capital (banques, assurances …). C’est le modèle des Trente Glorieuses.
Le colbertisme ne se limite donc pas à un protectionnisme, même si celui-ci est un moyen éventuel à utiliser selon les circonstances. Historiquement, le colbertisme s’inscrit dans le sillage des Navigation Acts anglais et des guerres que ce pays mena, avec succès, pour marginaliser les Provinces-Unies.
Aujourd’hui, le colbertisme suppose que le peuple français retrouve sa pleine souveraineté, y compris monétaire, pour se débarasser des contraintes juridiques et idéologiques que lui impose la culture anglo-saxonne par Bruxelles interposé. Alors, parce que effectivement les cultures nationales surdéterminent chaque économie, la France pourra affronter une mondialisation qui résulte des progrès des transports et des transmissions, mais qui ne se réduira plus à un marché dont l’équilibre spontané dépendrait d’une main aussi invisible qu’immanente.
Vaste programme pour 2012 !!!
skardanelli dit
Super ! Oui, soyons pragmatique.
skardanelli dit
Zut ! Je vais me faire gauler par la patrouille de l’orthographe moi ! Soyons pragmatiques donc !