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Le club des fonctionnaires disparus

La RGPP, cent ans après

Publié le 11 février 2010 à 16:00 dans Politique

L'avocat, par Honoré Daumier.

L'avocat, par Honoré Daumier.

- Messieurs, je ne vous cacherai pas que votre cas est des plus difficiles à défendre. J’ai beau être le meilleur avocat de Paris, l’atmosphère morale n’est pas à la défense du fonctionnaire. L’Etat, enfin ce qu’on appelait comme ça dans le monde d’avant, exige de vous un minimum de conscience professionnelle. Bon, je sais, vous êtes les trois derniers, mais tout de même… Le fait que vous m’invitiez pour discuter de votre affaire dans le seul restaurant de Paris où l’on puisse encore trouver de vrais plateaux de fruits mer, et non leur succédané fabriqué avec de l’ADN d’huître congelé dans les laboratoires piscicoles des côtes d’Armor, pourrait servir à la partie adverse pour étayer les accusations de corruption, reconnaissez-le… Comment en effet des fonctionnaires de ce qu’on appelait autrefois la catégorie A peuvent-ils, si je m’en réfère à l’échelle indiciaire de l’époque, mener votre train de vie : maison sécurisée dans les beaux quartiers, gardes du corps recrutés dans les meilleurs agences, mutuelles de santé parmi les plus performantes : je vois par exemple que monsieur X, rédacteur au Département Bouygues de la Justice, a subi plusieurs opérations de chirurgie génétique et a changé de cœur, de poumons et de reins, sans compter que vous avez gagné 20 cm de taille. Vous savez, monsieur X, cela va être dur à soutenir, le coup du fonctionnaire intègre. Quand on connaît le prix de telles prestations, à part quelques grands patrons et le président de la République, euh pardon, le PDG de l’entreprise France SA, personne n’en a plus les moyens. Même moi, c’est dire. Alors, monsieur X…
- Attendez, je termine ma coupe de champagne… Voilà… Désolé mais c’est tellement bon, encore plus depuis la prohibition de l’année dernière. Eh bien Maître, vous allez tout de suite comprendre. Il y a vingt ans, quand on a pris la décision de privatiser la justice et d’achever celle du système pénitentiaire (qui avait commencé dans les années 2000), il a bien fallu une équipe au ministère pour octroyer les marchés. Alors, au fur et à mesure que l’on donnait les prisons à Bolloré ou à la Lloyds, les cours d’appels à Bouygues, nous on disparaissait, forcément. Les hauts fonctionnaires d’abord qui partaient comme cadre dirigeants, puis les juges eux-mêmes, mieux payés dans les tribunaux privatisés que dans les dernières cours publiques. A la fin, je me suis retrouvé tout seul et, par la force des choses, à une position stratégique. Comme la politique de restriction budgétaire s’est poursuivie, que mon salaire est gelé depuis trente ans et ma retraite à 75 ans, bah j’ai fait comme dans les pays du tiers-monde où les statuts ne sont pas garantis, j’ai décidé de combler le manque à gagner tout seul. À chaque marché proposé, j’ai pris ma commission. Là, cher Maître, je viens de vendre à Equity Limited (vous savez l’entreprise de justice américaine), le dernier tribunal de grande Instance public, celui de Saint-Denis-de-la-Réunion. Avec une commission de 5 % pour ma pomme.
- Vous n’avez pas honte, monsieur X ?
- Pas honte, non, pas du tout. J’apprécie plutôt l’ironie des choses. Je suis mis en accusation par Bouygues Justice et je risque de faire de la préventive dans une prison Carrefour, alors que j’ai appartenu aux équipes qui leur ont permis de prendre des positions majoritaires dans ces secteurs.
- Bon, et vous monsieur Y ?
- Ce n’est pas très différent de monsieur X. Je suis le dernier inspecteur des impôts. J’ai refusé que l’on me transforme en directeur financier. Souvenir et fidélité à mon école de Clermont-Ferrand, où j’ai rencontré ma femme. Alors on s’est souvenu que j’étais de ceux qui ont vendu Bercy à Lagardère, il y a quinze ans, quand on l’a préféré à Dassault. Résultat, on s’est intéressé sur ce qu’on avait touché à l’époque, et moi, même à un niveau inférieur, avec les dessous de table, je peux vous dire que je me suis goinfré. Pas le moindre scrupule. On venait de décider de faire passer la durée de travail hebdomadaire dans nos services à 60 heures. Alors mes rares week-ends, je vais vous dire, c’était comme nos dirigeants, hein, les yachts, la coke et les putes russes. Bon, les yachts étaient un peu plus petits, la coke un peu trop coupée et les putes étaient parfois ouzbèkes, mais bon… Vous comprenez, Maître ?
- Hélas oui. Mais vous, monsieur Z, votre cas est légèrement différent. Vous êtes le dernier… instituteur, c’est ça ? Je ne savais même plus que ça existait. Je croyais que tout l’enseignement public avait disparu après des années d’agonie, à la réélection de DSK.
- C’est juste, Maître, c’est juste. Mais une loi européenne m’a en quelque sorte sauvé. Elle oblige tous les membres de l’UE, y compris les nations-entreprises comme France SA à garder un service public d’éducation, même résiduel. Je suis ce résidu. Le dernier instit. J’ai une classe unique, avec 65 élèves de 6 à 12 ans.
- Mais comment avez-vous été corrompu, mon pauvre ami ?
- Eh bien voilà, Maître, étant donné mon salaire qui n’a pas été réévalué depuis la cinquième guerre du Golfe, je peux à peine me nourrir et me chauffer. Alors mes élèves laissent à manger sur mon bureau chaque soir. Une couscoussière par-ci, un reste de pot au feu par là. Il y a aussi ceux qui laissent du bois ou du charbon, des vêtements usagés. D’anciens élèves qui ont réussi me rapportent des livres. Mais je ne crois pas que ce soit cela que me reproche le département Meirieu international de l’enseignement ?
- Ah bon, qu’est-ce qu’il vous reprocherait alors ?
- De faire de l’Histoire avec mes élèves, je crois. Et d’étudier de la poésie…
- De l’Histoire. Merde, mon vieux, vous êtes vraiment mal barré. De l’Histoire…

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  • 15 February 2010 à 21h50

    Impat dit

    Ah non, à deux ça va, à trois bonjour les dégâts.

  • 15 February 2010 à 21h48

    rackam dit

    J’apporte le citron, toi la crépinette…
    Toi aussi tu me manques. A quand la prochaine Love Parade sur la Baie des Anges?

  • 15 February 2010 à 21h46

    Impat dit

    “Mais ne dis rien à …”
    OK, muet comme une huître. Oui, facile, mais il est tard et tu me manques tant.

  • 15 February 2010 à 21h42

    rackam dit

    Impat,
    monte pas, je descends demain (près de Marennes)…
    Si tu veux passer…
    Mais ne dis rien à …

  • 15 February 2010 à 21h39

    Impat dit

    ça fait surtout rire, quand même.

  • 15 February 2010 à 21h38

    Impat dit

    Et voilà, un grand M pour Marennes et un petit a pour l’arcachonnaise. Moi aussi, je boude, et je me réfugie là-haut en bord de Loire.

  • 15 February 2010 à 21h35

    rackam dit

    Sophie,
    les paumés du petit matin…
    c’est loin d’être ma préférée, mais le Jacques dit presque ça.
    J’ai envoyé du monde sur “ta gueule”, boudez moins siouplaît.
    Ca fait peur.

  • 15 February 2010 à 21h31

    Sophie dit

    On chante ça chez moi????

    Connais pas.

    Mais je ne demande qu’à m’instruire…..

  • 15 February 2010 à 21h26

    rackam dit

    Sophie,
    comme on chante chez vous:
    “et ça danse les yeux dans l’naissain”

  • 15 February 2010 à 21h20

    Sophie dit

    OOOOOHHHHHHHHHH! Le mariage inespéré de la Marenne et de l’arcachonnaise.

    Ils auront plein de petits belons!

  • 15 February 2010 à 21h20

    rackam dit

    Bon, bon, on y va, tu viens mon impala d’amour, on va rire sur “ta gueule”?

  • 15 February 2010 à 21h18

    Impat dit

    Elle me semble assez fine pour ça, une fois.

  • 15 February 2010 à 21h18

    Sophie dit

    Rackam

    Tiens! Je ne vous imaginais pas comme ça.

    De toute façon, je boude tant que les Causeurs ne réagissent pas à mon lien sur le fil “Ta gueule”!

  • 15 February 2010 à 21h14

    rackam dit

    impy chéri, tu crois qu’elle a deviné qu’on est en pacs?

  • 15 February 2010 à 21h05

    Impat dit

    Rackam, vous en avez trop dit sur nous. Jamais plus maintenant je n’oserai me présenter à moins de 100 mètres de Sophie.

  • 15 February 2010 à 21h01

    rackam dit

    Impat,
    on n’est pas invités, c’est tout.
    On doit sentir le soumaintrain de banlieue.
    Manger salement, boire avec bruit, s’essuyer le mufle avec la nappe.
    On déteindrait dans le paysage, on ferait province, comme des parents éloignés, des cousins pauvres.
    On risquerait de saucer le miel fondu avec du pain tradition pétri à la main.
    L’un de nous pourrait roter, l’autre dire “des fois”, “le midi”, ” face la gare”, des trucs qu’on n’entend plus à Bruxelles depuis des lustres.
    Elle craint qu’on commande un oeuf mayo chez Lasserre, qu’on mette du Perrier dans le Quincy, un sucre dans le colonel, le bronx dans leur babillage.
    Restons tapis dans nos huttes en terre battue, chauffés par deux bouses de la veille.
    Nos gilets de corps ajourés cascadant sur les cottes bleues délavées sous lesquelles baillent nos pantoufles craquelées, le litre étoilé à portée de main, les mots-fléchés de Télé-Z entamés, ronflant la bouche ouverte sur des chicots couleur de pissotière. Seuls, dignes, éternels.

  • 15 February 2010 à 20h57

    Sophie dit

    Impat, Rackam, mais je serais ravie de faire votre connaissance. Mais j’avais cru comprendre que vous n’étiez pas fans de Paris. Bien sûr, tout le monde est le bien venu et Mon Chéri ne sera pas là, il a un déjeuner professionnel.

  • 15 February 2010 à 20h54

    Sophie dit

    @ Saul

    “d’ autre part l’ emploi à vie assure la neutralité de l’ agent”

    Vraiment? Vous pensez que si l’on enrôle Jérôme Leroy dans la fonction publique, il deviendra objectif?

    Mmmmouaiiiiiiiiiis! Bof!

  • 15 February 2010 à 19h03

    Impat dit

    Rackam, je sens une grande amertume dans vos propos, et je comprends !
    Mais Sophie est excusable, MC doit exiger l’exclusivité mêm à table.

  • 15 February 2010 à 19h00

    Impat dit

    Saul merci pour les détails. Franchement, ça donne le tournis !
    Mais je reconnais être un peu déformé dans l’autre sens. Il me semble néanmoins que les promotions dites “à la tête du client” sont en moyenne préférables malgré leurs inconvénients réels.