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Le cauchemar d’Obama

« Mamas grizzly », réacs et sexys

Publié le 08 octobre 2010 à 10:00 dans Monde

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La campagne électorale des « midterm » américaines du 2 novembre prochain prend des allures de rodéo où le peuple en délire voit les notables installés, démocrates comme républicains, mordre la poussière et quitter l’arène politique sous les quolibets des spectateurs.
La phase des primaires, qui vient de s’achever, s’est traduite par la montée en puissance des candidats, et singulièrement des candidates, soutenus par le mouvement « Tea Party », un rassemblement de toutes les droites populaires animé avec une fougue et un sens politique hors du commun par Sarah Palin, ex-candidate républicaine à la vice-présidence en 2008.

Les noms de Christine O’Donnell, Sharron Angle, Nikki Halley ou Michelle Bachmann étaient jusqu’à ces dernières semaines inconnus du grand public américain. Aujourd’hui, elles sont à la « une » de Newsweek et elles font la tournée des talk-shows télévisés, et pas seulement ceux de Fox News, la chaîne bestialement conservatrice qui domine le marché des chaînes d’infos aux Etats-Unis. Elles se sont imposées à la surprise générale pour briguer des postes de député, de sénateur, ou de gouverneur d’Etat.

Dans un de ses coups de génie communicateur, Sarah Palin vient de rassembler ces dames sous la catégorie des « mamas grizzly ». Est ainsi désignée une nouvelle race de femmes politiques dont le comportement s’apparente à celui de l’ourse commune d’Alaska, qui ne fait qu’une bouchée de tout être vivant ayant l’imprudence de s’interposer entre elle et ses oursons. Même le grizzly mâle, pourtant plus gros et plus puissant que sa compagne, fait un large détour lorsqu’il aperçoit la petite famille en train de se goinfrer de saumons le long d’un torrent.

L’impopularité de « ceux de Washington »

Toutes les dames citées plus haut ont comme caractéristique commune d’être parvenues à se frayer un chemin dans la jungle politique des Etats-Unis sans l’onction ni le soutien financier de la machine politique républicaine. Pour vaincre leurs rivaux, souvent des politiciens blanchis sous le harnois, elles se sont appuyées sur le rejet de plus en plus violent par une frange de plus en plus large d’électeurs de « ceux de Washington ». Cette impopularité vise aussi bien le locataire de la Maison Blanche, Barack Obama et son entourage, que les membres du Congrès, démocrates comme républicains. On leur reproche de vivre dans une bulle et d’avoir perdu tout contact avec la vie et les préoccupations de la classe moyenne, celle qui est frappée le plus durement par la crise économique et la montée du chômage.

Ces femmes, dont beaucoup se sont longtemps consacrées à leur fonction de mère de famille, ne sont pas des desesperate housewives de série télé. Elles sont du genre à tout surveiller autour d’elles, à harceler les professeurs quand l’enseignement dispensé à leurs chers bambins leur semble insuffisant ou trop marqué par les idées gauchistes en vogue dans les universités les plus réputées. Elles se définissent politiquement comme des common sense conservatives, des réacs de base dotées d’un credo simple et compréhensible par tous : moins d’Etat, moins d’impôts, plus de religion et d’appel à la responsabilité individuelle. Elles sont contre l’avortement, le mariage gay, la sécurité sociale pour tous et les programmes scolaires imposés par le Département de l’éducation de Washington. En politique étrangère, domaine qui n’est pas leur souci premier, elles ne s’embarrassent pas des subtilités idéologiques du « wilsonisme botté » défendu à l’époque de George W. Bush par les intellectuels néo-conservateurs. L’Amérique doit défendre ses valeurs et son honneur partout où ils sont attaqués, sans se poser trop de questions éthiques et sans viser à faire ami-ami avec ceux qui vous crachent à la figure en attendant de vous égorger. C’est dire à quel point elles sont insensibles à une « obamania » en net reflux aux USA, mais toujours vivace dans les élites politiques et médiatiques européennes.

Leur empowerment, un terme en vogue dans les milieux féministes des sections de « gender studies » dans les universités, signifiant la prise en main de leur destin par les dominés, en l’occurrence les dominées, fera sans doute l’objet d’une multitude de mémoires et de thèses dans les années à venir. On pourra y retrouver en creux une version de droite de cette idéologie du « care » dont s’est entichée notre Martine Aubry nationale. S’occuper des gens, des enfants, des malades et des personnes âgées n’est pas, selon elles, du ressort de l’Etat accapareur et redistributeur, mais celui des organisations de proximité où chacun peut exercer le don de soi et la charité prônés chaque dimanche en chaire par le pasteur du coin.

N’imaginez surtout pas ces « mamas grizzly » comme des laiderons à l’allure revêche, comme on caricature les militantes des ligues de vertu. A l’image de leur patronne, Sarah Palin, elles cultivent un look sexy et arborent en permanence un sourire dents blanches à faire damner un moine. Selon les derniers sondages, certaines d’entre elles risquent de faire tomber de leur siège des poids lourds du Congrès, comme Harry Reid, le chef de la majorité démocrate au Sénat, sérieusement menacé par la mama grizzly Sharron Angle dans le Nevada. Cette espèce trouvera-t-elle un jour en Europe un territoire favorable à son acclimatation ? Si cela devait être le cas, les Verts devront revoir leur copie relative à la protection des ours dans nos montagnes.

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  • 11 October 2010 à 22h58

    Saul dit

    bon après les femmes cougars, voici les femmes grizzly maintenant…

  • 11 October 2010 à 22h49

    Olivier dit

    @ jjacquesb : il n’y a pas de lien ontologique entre libéralisme (économique) et libertarisme. La preuve dans ce nélologisme même qu’il a fallu forger dans les années 80 pour situer des gens comme Alain Madelin, les fameux “libertariens”. Quand on lit les pages culturelles d’un hebdo comme Valeurs Actuelles, propriété de Dassaut et traditionnel défenseur du libéralisme économique, on n’a pas vraiment l’impression d’un relativisme éthique, au contraire. La “révolution conservatrice” sera essentiellement libérale.

  • 11 October 2010 à 22h11

    pjolibert dit

    Non. Ou plutôt, je ne l’imagine pas. Je ne vois pas comment elle pourrait se dérouler.
    On voit bien le genre de violences qui peuvent éclater ; mettons celles de Vitry-le-François il y a quelques années, au cas où l’ensemble des habitants aurait réagi et se serait défoulé sur les émeutiers classiques.
    Mais à part une réponse terrible ordonnée à l’armée, puis une désobéissance de la part d’une partie de l’armée, etc., que peut-il arriver ?
    En fait, je vois bien une guerre civile à l’échelle d’une commune, de préférence, donc, une ville de cinquante mille habitants, du Nord-est, un peu à l’écart.

  • 11 October 2010 à 12h30

    Béret dit

    Oui je me souviens vous avoir dit que je vis tout à côté de là où séjournait souvent Roland Barthes.

    Disons qu’il y a aussi un brin de provocation à parler de la « sublissime » Sarah Palin à l’égard de ceux qui y voient le diable.

    Certains nous annoncent la guerre civile chez nous. Ils ne parlent pas de fiction. Vous y croyez ?

  • 11 October 2010 à 11h50

    pjolibert dit

    @Béret
    Oh, c’est parce que vous aviez dit “ma ville” en parlant de Roland Barthes, que j’ai cru pouvoir en déduire qu’il s’agissait d’Urt.
    J’y suis passé deux fois avec ma moitié, et la deuxième fois, il pense avoir reconnu la maison où Barthes venait parfois.
    De toute façon vous habitez un bien beau pays.

    Ah… il faut peut-être ne pas s’éloigner du thème principal ?
    Je comprends qu’on puisse trouver Sarah Palin sexy. L’Alaska aussi c’est très beau.
    Vu de loin, tout ça a l’air cependant bien calme.
    Quand j’étais étudiant était sorti un film de Joe Dante (auteur des Gremlins) intitulé Second Civil War, très vraisemblable. La guerre civile n’y partait pas de l’Alaska, mais du Montana, ou un voisin.

  • 11 October 2010 à 10h40

    Béret dit

    @pjolibert
    “Alors, Béret, comment ça va, à Urt ?”

    Bien merci. Pas exactement à Urt mais tout près.

  • 11 October 2010 à 9h55

    jjacquesb dit

    @ Olivier
    “Or ce qu’un courant de plus en plus important d’électeurs de droite attend, c’est des politiques qui assument leur conservatisme sociétal ”

    Le problème n’est pas d’assumer un conservatisme sociétal mais de comprendre
    le lien qui unit libéralisme économique et libéralisme sociétal.
    Certains à droite, tels Morano ou Chatel, se réclament au fond d’un libéralisme conséquent: l’exaltation de la concurrence et du profit s’accommode fort bien du relativisme éthique, du “c’est mon choix” et du “je fais ce que je veux”.
    Non seulement elle s’en accommode, mais elle l’appelle.

    Les libéraux inconséquents ont ceci de commun avec les représentant de la gauche de nier et refouler ce lien étroit.
    du libéralisme économiqtue et du libéralisme social.

  • 10 October 2010 à 19h25

    Souris donc dit

    (Ah, ben, que disais-je sur le fil de Sophie ?…)

    Dans l’article, Luc dit :

    «…elles se sont appuyées sur le rejet de plus en plus violent par une frange de plus en plus large d’électeurs de « ceux de Washington »…. On pourra y retrouver en creux une version de droite de cette idéologie du « care » dont s’est entichée notre Martine Aubry nationale.»

    Exactement, et ces mamas grizzly rappellent étrangement le PS français :
    un front du refus sans vision, sans projet, sans programme.

  • 10 October 2010 à 18h38

    Dandy de Grandchemin dit

    Et l’autre la Lagarde, elle ferait pas une bonne pub pour la sexualité de noss Gérontes ?
    A l’époque où elle avait une canne, je me demandais si elle n’en faisait pas usage le soir, entre ses draps roses.

  • 10 October 2010 à 13h26

    DE PRESLE dit

    Une bonne séance de sorcellerie avec Christine O’Donnell ferait du bien à l’auteur de cet article:) Voir le derneir Jon Stewart, énorme!!!