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Le catholique, voilà l’ennemi !

Il ne veut pas de viande halal le vendredi

Auteur

François Miclo

François Miclo
Twitter : @fmiclo

Publié le 12 avril 2011 / Politique

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Roland Ries

Le maire de Strasbourg, Roland Ries, rend furieux les cathos.

“Nous servons de la viande halal par respect pour la diversité, mais pas de poisson le vendredi par respect pour la laïcité.” La phrase est prêtée à Roland Ries, sénateur-maire (PS) de Strasbourg, qui aurait répondu ainsi à des parents d’élèves lui demandant pourquoi les restaurants scolaires de sa ville servent de la viande halal, mais ne font pas maigre le vendredi. En moins d’une journée, la saillie du maire de Strasbourg a fait le tour de la cathosphère, suscitant des réactions allant de 1 à 7 sur l’échelle de Hessel.

J’avoue, pour ma part, avoir beaucoup de mal à prêter quelque crédit à la réalité des propos du maire de Strasbourg. Seul un alpiniste aguerri pourrait atteindre un tel Himalaya de la sottise. Or, Roland Ries n’a pas de piolet, mais une agrégation de Lettres. Il connaît le sens des mots.

Au cas où il aurait réellement fait cette réponse déconcertante, on lui conseillera de réviser son catéchisme. La consommation de viande halal n’est pas un trait de la “diversité” culturelle, mais une prescription formelle du Coran tout entière contenue dans la célèbre Sourate La Table. Quant à l’abstinence carnée du vendredi, elle est édictée au canon 1251 du Code de droit canonique : “L’abstinence  de  viande ou d’une autre nourriture, selon les dispositions de la conférence des Évêques, sera observée chaque vendredi de l’année, à moins qu’il ne tombe l’un des jours marqués comme solennité; mais l’abstinence et le jeûne seront observés le Mercredi des Cendres et le Vendredi de la Passion et de la Mort de Notre Seigneur Jésus-Christ.”

Donc, dans l’un et l’autre cas, nous avons affaire à deux prescriptions religieuses. Se pose alors une question : en quoi l’une menacerait la laïcité, tandis que l’autre serait un hymne irénique à la diversité ? L’islam serait-il plus divers que religieux ? Attention ! Le zemmourisme guette : on vous dit aujourd’hui que les prescriptions alimentaires sont une question de diversité quand elles sont musulmanes, demain on vous chantera que la plupart des musulmans sont arabes ou noirs… Et que faire des coptes, des maronites, des syriaques, des arméniens et des guèzes établis à Strasbourg et qui font maigre le vendredi : ne sont-ils pas aussi “divers” dans leurs provenances et leur pratiques culturelles que le premier musulman venu ?

Pourquoi ce qui est concédé à certains au nom de la “diversité” ne le serait pas à d’autres en vertu du même principe ? C’est que la “diversité” dont il est question n’est pas un principe, mais un strict synonyme d’islam. Toutes les religions menacent la laïcité, à l’exception de la musulmane. Et ça, ça ne fait pas débat, comme on dit à l’UMP.

N’empêche, affirmer que l’abstinence carnée est une menace contre la laïcité : on n’avait pas vu ça depuis le petit père Combes, quand les laïcards se distinguaient chaque vendredi en faisant ostensiblement bombance de gras. Nous en sommes donc revenus à ces temps-là : le catho qui ne mange pas de viande halal le vendredi, voilà l’ennemi !

Toutes ces questions liées à l’islam rendent fou. Parfois par électoralisme, parfois par simple bêtise, elles font perdre à chacun l’usage du sens commun.

Et le sens commun, en matière de laïcité, c’est que la question religieuse n’entre pas dans l’École de la République. Elle n’a pas à y mettre les pieds, ni à y pointer son nez. Rien à cirer que l’on y serve de la viande le vendredi et qu’elle ne soit pas halal ou casher le reste de la semaine : la seule question qui se pose, dans l’École de la République, c’est de savoir si le petit Pierre, le petit Mohammed ou la petite Sarah savent lire, écrire, compter.

Tout le reste n’a aucune importance. Tu manges ce qu’on te sert ! Et si tu n’en veux pas, c’est la même chose. Il y a une bonne raison à cela : la vocation première de l’École, c’est de nourrir ses élèves, mais pas de nourritures terrestres. À la rigueur, on peut leur servir un verre de lait par jour, aux gosses. Mais uniquement parce qu’on est bon et qu’on a gardé par-devers soi un vieux fond mendésiste.

Lorsqu’on a la cervelle tourneboulée par le multiculturalisme, on en vient à servir du halal dans les cantines, du casher et du je-ne-sais-quoi encore. Un jour, c’est les parents d’un petit hindou qui s’indignent que l’on serve du veau aux repas. Le lendemain, c’est un rastafari végétarien qui pleure à côté de son copain taoïste parce qu’il y a de la viande tout court à la cantoche. Et vous finissez avec le rejeton d’une famille pratiquant le cannibalisme rituel ; et là vous ne savez rien dire d’autre que : “Non, ne bouffe pas le cuistot ! Et retire mes doigts de ta bouche.”

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 14 Avril 2011 à 15h04

      canard dit

      Et moi je propose que le Roland Ries continue d’infiltrer le PS pour encore mieux doper le score du FN, si tenté que ça soit nécessaire…..

      • 15 Avril 2011 à 11h16

        isa dit

        Réflexion et faute d’orthographe, c’est pour de rire?

    • 13 Avril 2011 à 12h17

      hathorique dit

         @ – sausage
      oui cher Sausage il y a du vrai dans ce que vous dites.
      Je ne voudrais surtout pas qu’au nom d’une quelconque religion et d ‘un Dieu créateur, on mutile, tue, saccage, lapide surtout venant de la dernière j’entends par là l’Islam que j’ai du mal à croire modéré. Je me refuse à ce que de telles horreurs se reproduisent, à voir le sort des chrétiens d’Orient.

      Les livres parmi les plus vendus au Moyen Orient sont “Mein Kampf” qui est un best-seller  en Turquie pays où l’on assassine les écrivains et “le Protocole des sages de Sion” ce qui me parait inquiétant et me pose question,  car je pense que la littérature et donc les écrivains sont aussi constitutifs des identités nationales.
       
      Pour ma part  la lecture, constitue une “orgie perpétuelle” (entre autres moins avouables )  :=)))

      “La littérature est art et langage : c’est un système esthétique — le texte — impliquant un registre rhétorique de genres, de styles ou de figures et un régime socio-historique — l’archi-texte — impliquant un récit constitutionnel (ou un parcours), qui inclut lui-même un discours institutionnel.
       Qui dit art dit technique; qui dit langage dit grammaire; qui dit technique et grammaire dit tekhnê : poiêsis et physis.
      Le système esthétique fait de la littérature un art; le régime socio-historique en fait un métier : la littérature devient un art quand les artisans deviennent des artistes; mais c’est l’origine de l’(oeuvre d’)art qui est l’origine des artistes.
      Martin Heidegger : «L’origine de l’oeuvre d’art» dans Chemins qui ne mènent nulle part. Gallimard nrf (Classiques de la philosophie).  

      bien à vous  

    • 13 Avril 2011 à 1h04

      funkarello1 dit

      J’aime cet article, ça dit les choses, ce n’est pas trop cul béni, et ça ne franchit pas la ligne anti-machin ! Beau travail !

    • 12 Avril 2011 à 21h45

      Rodrigue dit

      En tout cas, merci pour l’échelle de Hessel.

    • 12 Avril 2011 à 20h30

      sausage dit

      Bonsoir Skardanelli,  Je suis dans le train et sur mon téléphone donc vous excuserez ma concision.  Je vous avoue – un peu honteux – que je n’ai pas lu Renan. Il me sera donc difficile de rebondir sur les passages cités, mais dès que j’aurai comblé mes lacunes nous en discuterons volontiers.  Je peux en revanche répondre sur vos interprétations et vos propos. Je ne reviens pas sur le cas de l’Allemagne qui selon moi n’est pas une nation, tout du moins pas au sens du modèle français (le seul qui vaille).  Pour l’instant, je tiens seulement à éclairer mes propos de tout à l’heure.  On analyse donc ici les différentes formes politiques. Nous observons donc les formes politiques anciennes que sont la cité et l’empire (les meilleurs exemples sont les cités grecques et l’empire romain). Seulement, lorsque l’on étudie l’histoire de l’Europe, nous sommes forcés de constater qu’elle s’est construite sur autre chose que ces deux formes politiques.  C’est donc qu’une nouvelle forme politique a émergée et a permis cette Europe d’états nations que connaissons.  A savoir la nation donc.  Il sera intéressant d’expliquer comment cette forme politique a existé.  Vous comprenez mieux maintenant pourquoi je tiens tant que ça a souligner l’importance de la chrétienté dans ce processus.  Chère Hathorique,  Je vous sais assez intelligente pour ne pas vous complaire dans toutes les atrocités commises au nom de Dieu, chrétien ou non.  C’est pourquoi je ne retiendrai de vos propos que votre gentille attention qui est de ne pas me voir supplicié, quand bien même avec raffinement. Tout le monde ne me montre pas autant d’égards, à part ma pauvre mère bien sûr.  Bien à vous.  

      • 12 Avril 2011 à 21h19

        skardanelli dit

        Je ne veux et ne peux nier le génie du christianisme. Pour nous mettre d’accord, je vous propose ce passage des mémoires d’Outre-Tombe. Il s’agit de la description de la misérable armée des Princes par l’auteur du Génie du Christianisme.
        « Une armée est ordinairement composée de soldats à peu près du même âge, de la même taille, de la même force. Bien différente était la nôtre, assemblage confus d’hommes faits, de vieillards, d’enfants descendus de leurs colombiers, jargonnant normand, breton, picard, auvergnat, gascon, provençal, languedocien. Un père servait avec ses fils, un beau-père avec son gendre, un oncle avec ses neveux, un frère avec un frère, un cousin avec un cousin. Cet arrière-ban, tout ridicule qu’il paraissait, avait quelque chose d’honorable et de touchant, parce qu’il était animé de convictions sincères; il offrait le spectacle de la vieille monarchie et donnait une dernière représentation d’un monde qui passait. J’ai vu de vieux gentilshommes, à mine sévère, à poil gris, habit déchiré, sac sur le dos, fusil en bandoulière, se traînant avec un bâton et soutenus sous le bras par un de leurs fils, j’ai vu M. de Boishue, le père de mon camarade massacré aux États de Rennes auprès de moi, marcher seul et triste, pieds nus dans la boue, portant ses souliers à la pointe de sa baïonnette, de peur de les user; j’ai vu de jeunes blessés couchés sous un arbre, et un aumônier en redingote et en étole, à genoux à leur chevet, les envoyant à saint Louis dont ils s’étaient efforcés de défendre les héritiers. Toute cette troupe pauvre, ne recevant pas un sou des princes, faisait la guerre à ses dépens, tandis que les décrets achevaient de la dépouiller et jetaient nos femmes et nos mères dans les cachots.
        Les vieillards d’autrefois étaient moins malheureux et moins isolés que ceux d’aujourd’hui: si, en demeurant sur la terre, ils avaient perdu leurs amis, peu de chose du reste avait changé autour d’eux; étrangers à la jeunesse, ils ne l’étaient pas à la société. Maintenant, un traînard dans ce monde a non seulement vu mourir les hommes, mais il a vu mourir les idées: principes, moeurs, goûts, plaisirs, peines, sentiments, rien ne ressemble à ce qu’il a connu. Il est d’une race différente de l’espèce humaine au milieu de laquelle il achève ses jours.
        Et pourtant, France du XIXe siècle, apprenez à estimer {p.062} cette vieille France qui vous valait. Vous deviendrez vieille à votre tour et l’on vous accusera, comme on nous accusait, de tenir à des idées surannées. Ce sont vos pères que vous avez vaincus; ne les reniez pas, vous êtes sortie de leur sang. S’ils n’eussent été généreusement fidèles aux antiques moeurs, vous n’auriez pas puisé dans cette fidélité native l’énergie qui a fait votre gloire dans les mœurs nouvelles; ce n’est, entre les deux Frances, qu’une transformation de vertu. »

    • 12 Avril 2011 à 18h47

      hathorique dit

      @ – sausage   :
      “Je ne me risquerais pas à poser la question à Caroline Fourest. Je suis assez sensible à la chaleur donc le bûcher… assez peu pour moi. En plus je suis timide alors une exécution en public, vous pensez!”
        Que Dieu et tous les rois thaumaturges vous protègent et vous  épargnent les  effroyables souffrances du jeune Chevallier de la Barre 19 ans condamné, pour ne pas avoir ôté son chapeau devant une procession à un supplice épouvantable.  
      Le 28 février 1766, le Chevalier de La Barre est condamné à :

      - souffrir le supplice de l’amputation de la langue jusqu’à la racine (si la personne ne présente pas sa langue on lui extirpe avec des tenailles de fer et on la lui arrache
      - subir la question ordinaire et extraordinaire, pour dénoncer ses complices
      - être décapité et livré aux flammes.
      Cette sentence fut exécutée le 1er juillet 1766, après avoir subi à nouveau la question (torturé), le chevalier est décapité et son corps jeté aux flammes avec l’exemplaire saisi du Dictionnaire Philosophique.

       Dès 1774, Voltaire tente d’obtenir la réhabilitation du jeune homme. mais n’y parvient pas. Il le fut par la convention le 25 Brumaire AN II (15 novembre 1794).

      @ –  Skardanelli
      merci pour votre  rappel de cette ignominie, et je ne vais donc pas y rajouter celle de Giordano Bruno brulé vif à Rome.

      Sur  votre commentaire de vidéo  je pluplussoie : votre texte c’est du velours (côtelé)   

      • 13 Avril 2011 à 7h24

        lisa dit

        Connaissez-vous le bouquin ; “le mythe de la violence religieuse” ? de Cavanaugh.
        Il dit entre autres que c’est un prétexte la religion, ce n’est pas elle qui conduit à la violence.
        Bon, pour l’une d’entre elles j’ai de sérieux doutes.

    • 12 Avril 2011 à 18h25

      L'Ours dit

      skardanelli,

      votre compte rendu est hilarant! J’ai passé un bon moment!