C’est bien à une nouvelle nuit du 4 août à laquelle on a assisté le 26 mars. Ce n’est pas le jeune duc de Noailles qui a déposé devant la nation titres et privilèges mais les dirigeants de GDF-Suez qui ont abandonné leurs stock-options.

Depuis une semaine, se succédaient les nouvelles de dirigeants de sociétés en quasi faillite ou sauvées par l’Etat obligés d’abandonner leurs immenses privilèges auto-attribués. La réprobation unanime de ces débordements a atteint un tel degré dans l’opinion que même une société largement bénéficiaire comme GDF-Suez a été contrainte une journée après l’annonce de cette attribution de stock-options de faire volte-face et à y renoncer.

Pourquoi ? Parce que ses dirigeants qui n’ont pourtant pas à craindre d’être accusés de mauvaise gestion ou de prévarication ont compris les premiers (il aurait pourtant mieux valu qu’ils le comprennent une journée plus tôt !…) que le capitalisme serait désormais moral ou ne serait plus. Enfin !…

Car cela fait plus de trente ans que c’est engagé le grand mouvement de conversion de l’Occident, et à sa suite de tous les pays émergents, au capitalisme dérégulé et mondialisé. La dérégulation ne pouvait s’accompagner que de l’abandon de toute règle y compris morale. On a alors vu les docteurs de la foi (en saint Milton Friedman) se répandre dans tous les colloques, dans tous les think tanks, dans toutes les revues, en prêches et incantations : il ne fallait plus fixer de règles mais laisser jouer le marché, aussi inhumain fût-il, au nom de l’efficacité. On a vu ce qu’il en était de l’efficacité après la ruine du système d’épargne américain en 1987 et on sait ce qu’il en est aujourd’hui. Cela n’empêcha pas le philosophe André Comte-Sponville de parcourir toutes les tribunes avec sa conférence bien rodée pour nous dire que le capitalisme n’avait pas à être moral et qu’il échappait à la morale.

Eh bien non ! Le capitalisme peut et doit être moral. Le 26 septembre est bien un nouveau 4 août : plus rien ne sera désormais comme avant. Car des dirigeants d’une grande entreprise – les aristocrates des temps modernes – ont découvert le poids de la morale et leur décision d’abandonner leurs privilèges en entrainera d’autres. Alors bien sûr il y aura encore des scandales, car là où il y a morale il y a scandales potentiels, mais le 26 septembre ouvre une nouvelle ère pour le capitalisme. Une ère de rédemption dans la vertu.

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