Le bras d’honneur islandais
Reykjavik ne veut plus raquer
Publié le 11 janvier 2010 à 6:00 dans Économie
Mots-clés : Économie, Islande, Pays-Bas, Royaume-Uni

Olafur Grimsson, président de la République d'Islande
Olafur Grimsson, le président de la République d’Islande a pris un coup de sang : il a refusé de promulguer la loi dite “Icesave” votée – de justesse par l’Althing, le parlement de l’île. Cette loi était la conséquence de l’accord passé avec le Royaume-Uni et les Pays-Bas concernant le remboursement des pertes occasionnées pour les investisseurs de ces deux pays à la suite de la faillite, en octobre 2006, des principales banques islandaises.
Londres et La Haye ont déjà indemnisé à hauteur de 3,5 milliards d’euros les victimes de ce krach nordique, et se tournent maintenant vers l’Etat islandais, devenu propriétaire du système bancaire du pays, pour récupérer ces avances.
C’est un exemple parfait de la pratique consistant à privatiser les profits et à socialiser les pertes. La fuite en avant éperdue des banquiers islandais pendant les périodes de vaches grasses boursières, suivie avec bienveillance par un gouvernement dirigé par la droite libérale, avait abouti au gonflement effarant de la dette extérieure de ces banques. À la veille de la crise, cette dette représentait plus de huit fois le PIB de cette île qui ne compte qu’un peu plus de 300.000 habitants.
La loi retoquée par le président prévoyait que les Islandais allaient se serrer la ceinture jusqu’en 2024 pour honorer une dette représentant 40% de son PIB. La Constitution du pays prévoyant que le président de la République peut soumettre à référendum une loi votée par le parlement, mais contestée par au moins 20% de la population, ce dernier ne pouvait que donner satisfaction aux quelques 60.000 pétitionnaires opposés à ce racket.
Car il s’agit bien d’un racket opéré par deux pays réputés pour leur avidité financière sur une petite nation ne disposant ni d’armée performante, ni de pétrole pour résister aux pressions des puissants.
En effet, si l’on regarde dans le détail la nature de la créance contractée par les investisseurs britanniques et bataves auprès des établissements financiers islandais, on s’aperçoit qu’elle est principalement fondée sur des opérations dites de “carry trade“. Oyez ! Oyez ! Titulaires de livret A à 1,25% à la Caisse d’épargne vous n’êtes que des ploucs à peine sortis de l’économie des billets planqués sous le matelas. Le “carry trade” consiste à emprunter dans une devise pratiquant des taux de crédit bas, comme le yen japonais hier ou l’euro aujourd’hui, pour le placer dans une devise rémunérant mieux les sommes placées. Ainsi, on fait son beurre sur le différentiel de taux d’intérêt qui, dans le cas islandais, pouvait monter jusqu’à 7% !
On admettra qu’il s’agit là d’une manière plutôt économe d’efforts de gagner son bifteck, et même plus.
Le hic, c’est que ce système, pour fonctionner, exige que la devise de placement, en l’occurrence la couronne islandaise, reste relativement stable. Si elle se dévalue par trop sur le marché des devises, le profit des investisseurs fond beaucoup plus vite que les glaces qui recouvrent une grande partie de l’île.
Avec la complicité des principales agences de notations financières la dette islandaise était fort bien cotée, et les investisseurs se contentaient de ces évaluations bidon pour s’en mettre plein les poches avec l’esprit tranquille.
Or, il s’est avéré que les actifs des banques de Reykjavik étaient largement pourris par leur implication dans les subprimes aux Etats-Unis, et les prêts accordés sans garanties suffisantes aux ménages et entreprises islandaises, qui se sont toujours comportés comme des cigales, à la différence des autres pays scandinaves qui gèrent leur avoirs avec une prudence et une austérité luthérienne.
Il aurait suffi aux investisseurs aux yeux brillants devant la perspective de profits juteux d’étudier, ne serait-ce que superficiellement, l’histoire financière islandaise et de sa propension à faire marcher la planche à billets pour revenir à une vision moins optimiste de l’avenir de ses économies.
L’Islande va-t-elle refaire le coup de l’emprunt russe que les Soviets se sont refusé à honorer ? Il ne fait pas de doute que le référendum, qui doit se tenir à la fin du mois de février, avalisera le refus du Président de la république de rembourser les épiciers bataves et les petits messieurs de la City. Les Islandais, qui supportent déjà trois mois d’obscurité presque totale par an, ne sont pas masos au point de se laisser gruger et de dire merci.
Londres, qui a un long contentieux avec Reykjavik sur les zones de pêche, menace de bloquer la demande d’adhésion de l’Islande à l’Union européenne si elle ne crache pas au bassinet. On notera que le ton employé à l’égard des Islandais et au moins aussi dur que celui utilisé face à l’Iran, et que l’on ne renvoie pas aux calendes la perspective de sanctions. Et pourtant l’Islande est membre de l’OTAN, et ne menace personne d’effacement de la carte du monde.
“So what ?” répondent les descendants des Vikings, qui parlent tous un anglais convenable. Cette demande d’adhésion a été formulée dans un moment de panique, et le calme étant en partie revenu, elle a largement perdue en attrait dans une population qui craint de voir remise en cause sa zone de pêche exclusive étendue à 200 milles des côtes, et sa tradition de chasse à la baleine…
Si les Islandais devaient se serrer la ceinture à la suite des restrictions punitives de crédits internationaux dont ils seraient frappés s’ils ne remboursaient pas les créances de leurs banques faillies, ce serait alors dans l’honneur et la dignité. C’est assez rare pour être salué bien bas.
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L'auteur
Luc Rosenzweig est journaliste.
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Zyx dit
Si les banques islandaises sont coupables d’avoir joué au casino, la responsabilité dans cette affaire incombe avant tout à l’état islandais.
Comment a-t-il pu laisser ses banques accumuler autant de dettes sans réagir?
En même temps, laisser croire que les citoyens de base sont au-dessus de tous soupçons, c’est un peu facile. Les consommateurs islandais ont profité du système pour s’endetter au-delà du raisonnable. Y ayant fait un tour un peu avant l’éclatement de la bulle, j’ai été un peu surpris d’ y voir autant de gens habilles en « marques », conduire des bagnoles de luxe, bref, par une opulence factice qui rappelait le Moyen orient.
Le désastre est a torts partagés, ce qui n’absous pas les banquiers hollandais et britanniques pour leur attitude méprisable de banquiers.
ramon mercader dit
@ jazzmann
“pearl harbor”………
heu je vois pas
le poireau se présente sous forme d’un ruban
vert le ruban
à la boutonnière
mais pas d’une perle
@ tous
regardez bien le viking sur la photo
il est tout plissé il a les yeux mi-clos
un constipé chronique !
ouille !
l’association des colopathes va m’en vouloir
Odilon dit
@souris donc
En l’occurrence il me semble qu’il s’agit bien de garanties plafonnées: ceux qui étaient au-dessus ont perdu la différence. S’ils ont mis leur argent là-bas, c’est fort de cette garantie. Ce n’est pas de leur faute si les banques islandaises ont engagé leur état pour des sommes bien supérieures à ce qu’il pouvait payer. Ce qui a permis à ces banques des investissements très élevés et fructueux, avant de se révéler pourris. Vous allez me dire que ce n’est pas non plus de la faute du contribuable islandais. Pourtant, c’est bien lui qui a élu et réélu un gouvernement libéral qui a laissé faire ces banques, sans contrôle. Qu’il paye, il apprendra ainsi toute l’hypocrisie du “laisser-faire”.
souris donc dit
@ Odilon
Pas si vite, la garantie de l’état est plafonnée, pas fou, en France à 70 000 € par compte, un peu plus maintenant, et on est parmi les plus généreux. Et ce sont surtout les autres qui ont profité du cours de la monnaie islandaise, qu’ils viennent pleurer maintenant, c’est surtout leur problème. Donc le contribuable islandais n’a pas totalement tort de se rebiffer. Vous accepteriez d’un coeur léger qu’on vous tonde la laine ?
Odilon dit
D’après ce que j’ai lu, la garantie des dépôts dans les banques comme Icesave revient à l’etat islandais du fait d’une convention qui lie l’UE et les membres de l’AELE, dont l’Islande. Ils ont signé, ils ont profité, ils doivent payer!
L’Ours dit
“les rênes” pardon! (soyez charitable, je ne me relis pas :o) )
Des anecdotes sur les journalistes (les échos, la tribune, le point) qui se sont dégonflés à l’époque où de nombreuses infractions graves étaient à dénoncer, je pourrais vous en sortir à loisir.
souris donc dit
@ L’Ours
Ceux qui tiennent les rennes, ce sont les Pères Noël…ou se prennent pour des….
Je ne mettrais pas toute la médiacratie dans le même panier. Je me souviens d’une conférence d’Erik Izraelewicz faisant froid dans le dos, sur les tranferts (les vols) de technologie avec les Chinois, personne n’en parlait à l’époque. Et je n’y mettrais pas Luc Rosenzweig si patient avec ceux qui accaparent.
L’Ours dit
Pas de problème Souris donc.
C’était surtout pour rappeler d’une part qu’avant de coûter, être une place financière solide rapporte énormément d’argent et, à l’époqie, d’emplois, et d’autre part, que la méconnaissance du sujet par nos élites intellectuelles, politiques et médiatiques a permis et permet encore à ceux qui tiennent les rennes de faire absolument n’importe quoi.
souris donc dit
L’Ours
Je ne voulais surtout blesser personne, vous avez bien sûr raison, déjà Euronext, étrange, mais NYSE Euronext, carrément vertigineux. Ce qui m’agace un peu, c’est que l’on traite le premier fripon venu de “star” voire de “Mozart de la finance”. Et ce qui m’inquiète vraiment, trève de plaisanterie, ce sont des destins de Grèce ou Lettonie qui nous attendent.
L’Ours dit
Souris donc,
“et s’ils filent tous ailleurs, on s’en moque, on en forme plus qu’il n’en faut.”
Il se trouve que j’ai été négociateur au Palais Brongniart jusqu’à la fermeture de la criée. Evidemment le fait que cela ait fait “sauté” la place financière de Paris , que nous soyons par exemple passé de la première place mondiale sur les options furures au néant absolu n’a ému personne, mais ça nous coûte la peau du cul. Evidemment quelques profiteurs venus de l’Ena et ayant tout vendu aus USA et ayant mis le siège social de la Bourse en Hollande pour payer moins d’impôts, sont devenu richissimes, mais comme personne n’y comprend rien, surtout pas les journalistes financiers, alors tout passe à la trappe.
L’électronique rend le marché fou, dangereux, et rien n’a été fait pour le sécuriser depuis la crise!
fatback dit
@ souris donc
Portnawak….
souris donc dit
@ Sarko
Monsieur le Président,
J’ai l’honneur de solliciter de votre haute bienveillance une place de conseillers financiers pour Monsieur Fatback et moi. Nous saurions vous apporter notre expertise afin de vous aider dans votre lourde tâche. Nous avons des idées assez pertinentes pour sauver la France du gouffre qui la menace. Quelques réformes drastiques et certes impopulaires, mais la croissance sera au rendez-vous.
Nous aurions quelques boucs émissaires à vous proposer, dont un certain nombre de profiteurs parmi lesquels des coupes claires seraient à effectuer. Nous ne sommes pas encore totalement d’accord, Monsieur Fatback et moi, mais nous ne devrions pas manquer d’établir une liste qui devrait trouver votre agrément.
Nos prétentions sont des plus raisonnables.
Recevez…haute considération.
fatback dit
@ souris donc
Vous voulez bien arrêter de vous foutre de ma gueule ? :)