Laurent Fabius, Florentin sans emploi
Publié le 02 septembre 2010 à 6:01 dans Brèves
Mots-clés : Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius
Les temps que nous vivons sont cruels. Ils favorisent les seconds rôles replets ou les énervés revanchards. Vous avez aimé Nicolas ? Vous adorerez DSK. Ce dernier, plus éloigné qu’absent, représenté à Paris par les plus roués des apparatchiks socialistes, laisse à des sondages flatteurs le soin de lui fabriquer un personnage. Quand il s’installera à l’Élysée, rien ne changera, à l’exception des silhouettes du président et de la première dame, beaucoup moins fluettes que celles de leurs prédécesseurs.
Les deux meilleurs de la classe politique, ceux qui dominent tous les autres par leur intelligence et leur culture, ces deux-là, quand ils disparaîtront prématurément de la scène, auront sans doute en commun une profonde mélancolie. Alain Juppé cèdera-t-il enfin à la tentation de Venise ? Et Laurent Fabius, abandonnant celle de Florence, donnera-t-il des conférences sur l’art et le mobilier français des XVIIIe et XIX siècles?
Quoi qu’il en soit, ce dernier, en signant un livre1 dans lequel il manifeste une brillante admiration pour douze peintres français, accomplit un coup d’éclat. Cet homme compliqué plus encore que complexe, trop longtemps serviteur de son maître, calculateur et malhabile, gouverné par des émotions au moins égales à sa raison, ami fidèle, haï par les siens, détesté par les autres, moqué quelques fois, ridicule aussi, cruel toujours, merveilleusement servi par le sort et la nature, desservi par lui-même, n’aura démontré, qu’une ruse vaine alors qu’il possédait le don de convaincre et de partager. Quand il parle d’art, il parle d’or : son discours est d’un fin connaisseur, d’un admirateur sincère et compétent. Nous y reviendrons.
Pour l’heure, nous trouvons piquant cet autoportrait biaisé, dans l’entretien qu’il a accordé au Point : «[Gustave Caillebotte] avait tout contre lui. Pensez-donc : bourgeois, mécène envers ses amis impressionnistes, sportif, rendant service à chacun. Et, en plus, un talent extraordinaire ! Comment voulez-vous plaire dans ces conditions ?»
- Laurent Fabius, Le cabinet des douze, regards sur des tableaux qui font la France, Gallimard ↩
-
L'auteur
Patrick Mandon est éditeur et traducteur.
-
Plus









La rédaction de commentaires est reservée aux abonnés
21Nos offres
1 an : 59 € ............................................ >
1 an : 34,90 € ....................................... >
Lady dit
Sarkosy, DSK, amis de la vulgarité bonjour!
ramonmercader dit
pour le reste ; pas grand chose pour séparer sarko et dsk
tous les deux faux libéraux
populistes j’m'en foutistes
aimant la touffe et la thune
des exemples pour le pays en somme
ramonmercader dit
on n’a pas attendu lara fabia ( courtesy from ….) pour apprécier caillebotte et ses “ponceurs de parquet”
nadia comaneci dit
Mon cher Patrick, vous confirmez donc ce que je pense depuis longtemps… Parmi nos hommes politiques d’inégale qualité et valeur, Laurent Fabius se situe décidément humainement et moralement en bas, tout en bas. L’homme des carottes rapées, du referendum trafiqué et de “vous vous adressez au premier ministre de la France” (j’avais oublié cet ultime fait de gloire) n’en est pas à une compromission près.
Qant à Eric Woerth, je ne connais pas ce dossier, il est bien mal engagé, mais je suis d’accord avec vous. Il flotte dans l’air comme un air de curée qui ne me plait pas. Les chiens sont sur lui et ne le lâcheront plus tant qu’il restera une parcelle de chair sur l’os. Une révélation par semaine. Le comptable, l’associé, l’homme d’affaire, le chargé de mission, la femme de chambre, le confesseur, ils y passeront tous. Avide ou lasse, je ne sais pas trop si la foule en redemande vraiment.
Patrick Mandon dit
Laurent Fabius, ennemi de lui-même, mêle inutilement sa voix au chœur des vertueux qui réclame la tête de Woeth. Or, je le trouve mal placé pour cet exercice. Il ne se souvient pas de la terrifiante réalité que représente, pour un individu, le déclenchement d’une campagne médiatique, de la violence morale qu’elle représente. Disant cela, je ne défends pas Éric Woeth, et je ne reproche pas à l’information de circuler, je prétends seulement que Fabius, qui fut naguère la proie de la rumeur, accusé et jugé par elle avant d’être reconnu innocent, ne devait pas s’exprimer sur cette affaire, dans les conditions que nous connaissons actuellement. La France est un pays de lyncheurs, où certains juges d’instruction s’appuient sur la populace pour faire avancer leurs enquêtes, que leurs seules qualités personnelles ne permettent pas de débrouiller.
M. Laurent Fabius, qui rappela avec morgue et maladresse à Jaques Chirac, alors dans l’opposition, qu’il s’adressait au «premier ministre de la France», a la mémoire courte…
rocardo dit
Vous faites bien de parler des chevilles de Juppé,Coriolan.
Il a encore son pantalon dessus depuis novembre 95.
J.M.Théaux dit
@Monsieur Patrick Mandon
Votre article est un régal ! Je l’ai aussitôt transmis autour de moi et me permets de vous le dire, avec toute mon admiration. Quelle maîtrise du français que la vôtre, quelle leçon ! Encore merci.
Coriolan dit
Si il y a un truc que je ne risque pas de reprocher à Fabius, c’est bien son action anti-européenne e dernière heure.
Pour le reste, Juppé, Fabius… Des rendez-vous manqués qui auraient pu déboucher sur l’amour.
Tiens, dans le système UMp actuel, qui donc peut prétendre arriver à la cheville du premier ?
kersablen dit
Sarkozy et DSK partagent les mêmes idéaux, l’ argent, le pouvoir, la manipulation en faveur des mêmes .
nadia comaneci dit
C’est toute l’histoire de sa vie que vous nous narrez là, Schaf…
schaffausen dit
Au congrès du parti soicialiste tenu à Metz il y a quelques années déjà, Fabius a eu cette phrase :” Entre le le marché et le plan, il y a le socialisme”. Fabius, éminemment intelligent, ne croyait pas à ce qu’il disait mais il s’agissait avant tout de contrer Rocard.
PMB dit
Ça, les carottes râpées, je ne suis pas près de les oublier ! Voici ce que j’avais écrit à l’époque :
Ah, la com’ de Fabius… Ça commence mal : le « contact » avec « le peuple ». Ben oui, « chébran » c’était déjà pris par Mimi-mon-maître. Et « mes copains » : attends, on est aux Guignols ou dans Libé, Lolo ? « Si j’évoque mes enfants [...] je n’ai pas souhaité le faire, par pudeur ou par respect. » Hé, polop, on parle souvent de ce qu’on n’a pas ! Moi aussi j’écris des livres, j’ai même placé une ou deux scènes avec mes enfants, mais en aucun cas je n’écrirais « à propos de mes fils » que « l’amour j’en suis tout plein [...] mais je n’arrive pas à déborder ». De l’impudeur pour essayer de nous faire croire que tu as de la pudeur, arrêêêtte, je meurs !
Et ton amour pour la Star Ac’ : pourquoi tes conseillers t’ont-ils caché que Bernie nous a déjà fait le coup ?
Et le truc qui tue : sa custom ! Primo, il faut lui apprendre que c’est en train de se démoder. Lolo, un conseil : si tu veux frimer, passe au quad. Deuxio, (et là, c’est le motard qui parle) la 125 custom est l’engin le plus prétentieux qui soit : faux chromes, faux échappements, gros poids et petit moteur, selle basse mettant bien en valeur le bedon du pilote – souvent un monsieur pas jeune – arrivé mais dans quel état. Fausses Harley low rider, engins poussifs atteints du syndrome de geai à la plume de paon dans le cul. (Et le truc qui tue définitif : il l’avait louée ! Jamais un vrai motard ne ferait ça !)
Ce type ne réussira jamais à camoufler son « caviar de gauche », même sous des tonnes de rillettes. Ce type a commencé à gauche parce qu’à droite toutes les places étaient prises et que Mimi était le bon cheval-trainer pour faire carrière.
Ce type ne réussira jamais à me faire oublier qu’il a poussé Desgraupes à la retraite pour le faire remplacer par Jean-Claude Héberlé (qui se souvient de ce monsieur). Départ dont le service public ne s’est jamais remis.
(Lui non plus ne s’est jamais vraiment remise de ce coup d’écriture où la sottise le disputait au mépris : il n’y eut pas que les carottes de râpées)
http://tinyurl.com/67j7vy
Patrick Mandon dit
tueursnet, je vous ai rendu une visite trop brève, mais j’en ai rapporté une impression heureuse. D’abord, vous prononcez fort bien ; cela tient sans doute à votre désir d’être entendue, à une parfaite diction, très bien soutenue par une évidente gourmandise des mots, et par une parfaite coordination dans le mouvement de vos lèvres émouvantes… En revanche, je vous le dis tout net, la vieillesse de Bardot ne constitue nullement à mes yeux une indécence. Ce qui me paraît indécent, c’est le refus de vieillir en s’appliquant des masques chirurgicaux.
DSK en cavalier ? Dans le jeu des échecs, le cavalier n’a certes pas un déplacement rectiligne, il est même le seul qui trace une forme de L en sautant l’obstacle puis en se posant sur une case perpendiculaire. Mais c’est une pièce légère, d’un maniement délicat dans l’offensive, surtout utile dans les positions dites fermées. Je ne vois pas DSK dans ce rôle, il et trop lourd et trop prudent, trop prévisible aussi. Nadia a sans doute raison, lorsqu’elle doute de sa volonté de livrer bataille.
nadia comaneci dit
Sans doute, Patrick, sans doute. Mais l’ancien “libéral” du PS, le deloriste qui voulait moderniser le vieux fossible dont le compteur s’est arrêté à Jaures et encore, n’était pas taillé pour le rôle de gauchiste où il se complait maintenant. Les camarades n’ont pas la mémoire si courte.
Quant à DSK, je ne sais pas. Il a certes l’embonpoint rassurant qui convient au job et le gras-double d’un notaire de province, mais je ne sais toujours pas s’il a vraiment envie d’avoir l’envie d’y aller. Il a beaucoup perdre dans cette course présidentielle. Maintenent si ses amis lui assurent que son ramage est aussi beau que son plumage et que c’est in the pocket, il ne sera pas le premier à écouter les chants des sirênes…
L'Ours dit
Quand il a pris le costume du chantre de l’aile gauche de la gauche, il a perdu toute crédibilité.
tueursnet dit
Balle de DSK
J’ai fait pour vous une petite analyse combinatoire
Pour que la grisaille politique ne vire pas au noir
Quatre catégories pour identifier notre cavalier expatrié :
Le cavalier qui joue…
Le cavalier qui ne joue pas…
Le cavalier qui est sérieux
Le cavalier qui n’est pas sérieux
Je ne vous déclinerai pas son profil psychologique, c’est pas très chic !
Néanmoins, je vais vous révéler ses tics, ses tocs ou ses tells !
Ne me dites surtout pas : What else ?
Ici , ( en mettant son doigt sur son front) n’est pas écrit CAFTEUSE !
One : Le cavalier qui joue : ne dit jamais ce qu’il veut… et ne fait jamais ce qu’il dit.
Two : Le cavalier qui ne joue pas : ne fait jamais ce qu’il veut, mais toujours ce qu’il peut.
Three : Le cavalier sérieux : fait toujours ce qu’il faut, et dit toujours ce qu’il fait.
Four : Le cavalier non sérieux : ne fait jamais ce qu’il faut et ne dit jamais ce qu’il fait.
Sachant que nous n’en savons rien
DSK ne nous dira jamais
Qui est qui ?
http://www.tueursnet.com/index.php?journal=Balle%20de%20DSK
Patrick Mandon dit
Certes, Fabius, cet être si compliqué qu’il a peut-être perdu la clef de lui-même, s’est lancé dans cette navrante affaire contre-européenne. Vous faites bien de le rappeler. Que voulait-il tenter alors ? Rafler la mise à la gauche du PS, et contraindre celui-ci à lui donner les commandes, exister enfin non plus contre mais avec un parti, qu’il pût manœuvrer pour la conquête du pouvoir ? Cet homme est un mystère. Il possédait tout dès l’origine, il était taillé pour le rôle. A-t-il été étouffé par Mitterrand, paralysé par celui-ci, maître florentin, dans l’expression libre de sa nature politique ? Mais, au fond, que cherchait-il, que voulait-il démontrer ? Vous évoquez l’épisode des carottes râpées ; en effet, il s’abaissa jusque là !
Il était fait peut-être fait pour l’État, mais il s’égara dans la politique. Il lui reste l’art, où il paraît exceller.
Lady dit
Nadia
“…ils ont tout fait depuis pour tenter désespérément d’avoir l’air sympa…”
Ils ont montré là une faiblesse impardonnable, signe d’un manque de caractère et de consistance, et surtout de mépris pour leurs électeurs.
Effectivement leur drame est là! C’est terminé, ils n’auront jamais de dimension historique. Grands malades (mais virtuoses) qu’ils sont, comme ce pauvre VGE, du pire en politique: La démagogie.
nadia comaneci dit
Juppé et Fabius partagent assurément l’art de ne pas savoir se faire aimer. Ils y sont même passés maîtres. Ils manquent de cette bonhomie ronde qui plait tant aux Français. Trop évidemment intelligents, comme Mozart faisait trop de notes. VGE a frôlé cette catégorie mais a su s’entourer.
ils ont tout fait depuis pour tenter désespérément d’avoir l’air sympa… Vous me permettrez, mon cher Patrick, de préférer le premier au second malgré ce talent littéraire tout neuf (j’avais lu de lui des confidences navrantes, où il nous racontait comment il mangeait des carottes rapées sous vide tout en votant pour la star ac, avant d’enfourcher sa moto…). Son hold up frisant l’escroquerie sur le référendum TCE m’est resté en travers de la gorge, coincé avec ce fameux plan B qui n’existait pas, destiné à rassurer les Français qui hésitaient. Pas les opposants décidés bien sûr, mais le troupeau des autres qui n’étaient ni pour, ni contre. Votez non braves gens, de toute manière, Bruxelles a un plan B dans sa manche. Voilà comment on fait perdre sciemment quelques précieuses années à la construction européenne pour embarrasser la droite et ses rivaux au PS. Je vous rappelle qu’avec François Mitterrand, Fabius fut un ardent promoteur de la belle idée européenne. Je ne me souviens pas avoir pris ainsi Juppé en flagrant délit d’opportunisme mensonger. Juste de raideur constitutionnelle.
Alpheratz51 dit
Cet ancien gagnant du jeu ” la tête et les jambes” a prouvé politiquement qu’il avait bien les jambes.