Si les prix littéraires supposent un devoir de réserve, Mauriac a eu tort de dénoncer l’usage de la torture en Algérie, Gide n’aurait pas dû critiquer le colonialisme dans Voyage au Congo et Victor Hugo aurait dû s’abstenir de rabaisser Napoléon le petit.

« On ne met pas Voltaire en prison » avait dit dans sa grande sagesse De Gaulle à son ministre de l’Intérieur qui lui suggérait de faire arrêter Jean Paul Sartre.

La sotte injonction adressée par Eric Raoult à Marie NDiaye, lauréate du Goncourt, pose une question : où est notre passion française pour les libertés ?

Cependant, ramenons cette histoire de coquecigrues à sa véritable dimension. Le 30 août, dans un entretien aux Inrockuptibles, à la question « Vous sentez vous bien dans la France de Sarkozy ? », Marie NDiaye, qui vit à Berlin, fait la réponse suivante : « Je trouve cette France monstrueuse… Nous sommes partis après les élections en grande partie à cause de Sarko…Je trouve détestable cette atmosphère de flicage… Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux »

Raoult, député UMP de Seine Saint Denis, qui semble confondre le Goncourt avec un poste de préfet somme l’auteur de Trois femmes puissantes de respecter « un devoir de réserve ». « Le message délivré par la lauréate se doit de respecter la cohérence nationale et l’image de notre pays », affirme-t-il.
Dans le tout-Paris des médias et des lettres littéraire, c’est le branle-bas de combat. Ce devoir de réserve, s’indigne Bernard Pivot, « n’a jamais existé, n’existe pas et n’existera jamais ».
Les politiques joignent leur voix à ce tohu-bohu abracadabrantesteque. Ségo et Aubry se fendent d’un message de « soutien » et de « sympathie » à la « victime ». Sollicité à son tour, Frédéric Mitterrand estime prudemment qu’il n’a pas compétence pour « arbitrer cette polémique ».

Bien entendu, un auteur n’étant ni fonctionnaire, ni élu, ni représentant de l’Etat à quelque titre que ce soit, il n’y a aucun devoir de réserve qui tienne. Tempête dans un verre d’eau, bêtise au front de taureau, aurait dit Baudelaire.

Ceci étant clairement dit, on a cependant le droit de trouver que Marie NDiaye est parfaitement à côté de la plaque. La France serait « monstrueuse », la droite, c’est la « mort et la vulgarité ? ». Vivons-nous, sans le savoir dans la Russie de Staline ou le Chili de Pinochet ? Expliquez-nous donc, chère Marie en quoi l’Allemagne libérale de Mme Angela Merkel est-elle plus attirante que la France de Sarkozy.

Je préfère penser que c’est l’envie du dépaysement, le désir de se sentir étranger dans un ailleurs qui vous a poussé à vivre à Berlin. (Porca misere ! J’aurais choisi Rome ou Florence, mais bon). Et que vous continuerez à y écrire de beaux livres. Dans la langue de Talleyrand (qui disait fort justement que « tout ce qui est excessif est inutile ») et de Sarkozy.

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