L’annus horribilis des élites | Causeur

L’annus horribilis des élites

2016, la fin de leur monde

Auteur

Françoise Bonardel
Philosophe et essayiste.

Publié le 16 décembre 2016 / Politique

Mots-clés : , ,

En 2016, les "élites" de Londres, New-York ou Paris ont toutes été ridiculisées par leurs peuples. Autant d'incompétence, d'arrogance et de surdité, ça a fini par se voir...

Jennifer Lopez et Marc Anthony aux côtés d'Hillary Clinton lors d'un concert de soutien à sa candidature, Miami, octobre 2016.

Qu’importent les mots pour le dire – débâcle, débandade, fiasco – quand l’échec patent des « élites », qui fait la une des journaux, ne conduit qu’à stigmatiser les peuples qui s’en donnent à cœur joie de bousculer les pronostics. Le plus extraordinaire dans cette histoire est ce qu’elle révèle quant à la conception de la démocratie desdites élites, toujours prêtes à encenser l’Autre tant qu’il n’est qu’un clone inoffensif du Même, mais beaucoup plus réticentes dès lors qu’elles prennent l’altérité en pleine gueule, comme ces derniers temps. Mais une « élite » qui n’a rien vu venir, n’a pas su prévenir, et qui de plus s’insurge contre le verdict des urnes, n’apporte-t-elle pas la preuve qu’elle a usurpé ce titre ?

Il faut pourtant être bien aveugle pour ne pas voir que la montée du « populisme » n’est jamais que l’envers trivial de l’admiration éperdue, de l’estime inoxydable que se portent à eux-mêmes et que s’accordent entre eux les membres de la caste qu’on nomme on ne sait plus trop pourquoi « élite », aujourd’hui prise en flagrant délit d’insignifiance et d’incompétence. Le temps n’est plus, et c’est tant mieux, où une « élection » divine ou native consacrait sa légitimité. Il faudrait d’urgence trouver un autre mot pour désigner la nébuleuse informe qu’est ce nouvel élitisme, scintillant comme un gâteau de fête, mais sans davantage de qualités spécifiques que ces individus inconsistants et arrogants dont Robert Musil décrivit au début du xxe siècle l’irrésistible ascension sociale : « Et brusquement, toutes les positions importantes et privilégiées de l’esprit se trouvèrent tenues par ces gens-là, toutes les décisions prises dans leur sens. » (L’homme sans qualités, 1931.)

Musil n’avait encore rien vu de l’« élitisme » fabriqué par les médias par la rencontre improbable, sur les plateaux de télévision, d’une bimbo siliconée au QI très limité, d’un intello qui ne pourra que mâcher ses mots et de l’incontournable chanteur (ou chanteuse) au look hyper branché. Ajoutez le sportif aux performances irréprochables et le savant, tous deux garants du degré de réalité dans laquelle ce beau monde est censé évoluer. Cette « élite » n’a aucun message commun à délivrer, mais cache mal son plaisir d’être là, entre soi, alors même que sa surexposition médiatique la prive de toute crédibilité quant aux valeurs altruistes et universelles qu’elle prétend défendre et incarner. Du face-à-face jusqu’alors inédit entre les peuples et cette pseudo-élite l’issue est donc incertaine, selon que ces « ploucs » s’identifieront ou non au « grand public » recherché par les télés du monde entier.

Le terrain avait, il est vrai, été préparé par l’attitude pour le moins ambiguë des démocraties occidentales à l’endroit de l’élitisme. Fallait-il lui tordre définitivement le cou en faveur d’un égalitarisme consensuel, ou en préserver l’exigence dans un cadre démocratique ? L’école française ne serait pas dans un tel état si

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    publié dans le Magazine Causeur n° 41 - Décembre 2016

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    • 18 Décembre 2016 à 16h50

      AMA dit

      Le drame, c’est qu’il n’y a plus d’élite pour se substituer à cette élite cadavéreuse et complètement corrompue. Les peuples ont un besoin crucial d’une élite. Les peuples sont orphelins et à la merci de n’importe quels charlatans qui se déclarerons “la nouvelle élite” .

    • 18 Décembre 2016 à 14h48

      Flo dit

      Mauvaise année pour les trous de balle.  

      • 18 Décembre 2016 à 14h59

        Lector dit

        :) oui mais de joviaux trous de balle (Cf. la photo), ça change tout…

      • 20 Décembre 2016 à 21h13

        Hasso dit

        Vous n’avez pas le droit d’appeler “trou de balle” une chanteuse dont la jupe est peut-être un peu courte !
        Elégamment, on dit que “le persil dépasse du cabas” !

    • 17 Décembre 2016 à 19h45

      IMHO dit

      L’élite, c’est les meilleurs . Vous croyez que les moins bons vont l’emporter sur les meilleurs ?

      • 17 Décembre 2016 à 22h38

        durru dit

        la caste qu’on nomme on ne sait plus trop pourquoi « élite »
        En quoi ceux qui se proclament eux-mêmes “élite” sont-ils “meilleurs”?

        • 18 Décembre 2016 à 10h10

          IMHO dit

          http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/visusel.exe?11;s=1604328930;r=1;nat=;sol=0;

          ÉLITE, subst. fém.
          I. Ce qu’il y a de meilleur dans un ensemble composé d’êtres ou de choses; produit d’une élection qui, d’un ensemble d’êtres ou de choses, ne retient que les meilleurs sujets.
          A. Usuel. [À propos d'êtres hum.]
          1. Au sing. Minorité d’individus auxquels s’attache, dans une société donnée, à un moment donné, un prestige dû à des qualités naturelles (race, sang) ou à des qualités acquises (culture, mérites). Synon. crème, fleur.
          “Il n’y a que l’élite qui compte et l’élite ne se constitue pas avec des diplômes (LÉAUTAUD, Passe-temps, 1929, p. 219) ” .
          ” Ainsi quand on oppose l’élite à la masse, on est sans ressource pour comprendre comment un individu se hausse au-dessus de ses propres représentations collectives “.
          RICŒUR, Philos. de la volonté, 1949, p. 118.

          Par définition, l’élite c’est les meilleurs intellectuellement, caractériellement et moralement, les plus capables et les plus honnêtes.
          Et donc les personnes intelligentes et énergiques mais amorales ne font pas partie de l’élite, non plus que les caniches au grand coeur.
          Un membre de l’élite n’emploie jamais ce mot, car la suffisance et l’arrogance excluent de l’élite:
          le élèves des écoles de commerce l’emploient sans doute.
          Et l’emploi viral de ce mot dans les médias rétroréacs n’a pour but que de désigner leurs proies à des lyncheurs attendus comme le Messie .
          Bien entendu, si ces médias importunaient vraiment l’élite, il y a bien longtemps qu’un coup de talon les auraient écrasés sur le sol du local à poubelles .

    • 17 Décembre 2016 à 19h06

      floréal50 dit

      Ces propos évitent un peu facilement la responsabilité des médias dans l’épuisement d’une pensée qui tient le haut. A titre d’exemple, je demeure stupéfait du contenu journalistique proposé par l’équipe de “C’est dans l’air”, ce samedi.
      “Fillon dans une mauvaise passe”, telle pourrait être le résumé des analystes de la rédaction. Rien à redire si le commentaire du reportage d’introduction ne transposait systématiquement des questions légitimes (sur la sécurité sociale ou la politique vis-à-vis des Russes) en véritable procès d’intention voire en accusations scandaleuses, genre ” Fillon élu par de petits bourgeois renie ses engagements”. Toute la phraséologie de la même eau.
      Certains “experts” sur le plateau ne font guère mieux. Eux si prompts à expliquer au pauvre peuple qu’à la primaire on rassemble son camp et qu’à la présidentielle on élargit son discours à tous les Français, ne voilà-t-il pas qu’ils s’offusquent des amendements et des précisions qu’apporte F.Fillon à son projet comme s’il trahissait une “posture première”. Il faudrait donc que le candidat désigné par la primaire maintienne ou durcisse son propos… pour faciliter la tâche de ses concurrents ?
      On voit à quel point s’étiole l’esprit de responsabilité de certains journalistes, ce qui les condamnera, à court ou moyen terme, à se taire.