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L’AFP plombée par les syndicats

La Rolls de l’info bientôt transformée en citrouille

Publié le 30 mars 2009 à 19:28 dans Médias

Dans la joyeuse foire des “sauvons…” (la recherche, la fac, le vin rosé, l’hosto ou la poste), on trouvera un appel angoissé des syndicats de l’Agence France-Presse, accompagné d’une pétition invitant le bon peuple à se mobiliser contre les projets pervers du pouvoir relatifs à l’évolution de cette institution. Cette pétition a reçu le soutien des leaders politiques de la gauche et de l’extrême gauche, d’universitaires de renom, et de “grandes plumes” du Tout-Paris médiatique.

Le SOS-AFP lancé depuis la place de la Bourse, siège de l’agence, par les soutiers de ce supposé Titanic du monde de l’information, tente d’accréditer l’idée que l’Elysée, relayé dans la maison par son PDG Pierre Louette, cherche à miner l’indépendance rédactionnelle de l’agence en la transformant en société commerciale, avec une ouverture du capital à des investisseurs privés.

La défense du statut de l’agence, qui date de 1957 lors de sa création par le gouvernement de Guy Mollet, serait donc, pour nos valeureux syndicalistes l’alpha et l’oméga d’un combat décisif pour la liberté de la presse dans notre pays. On brandit donc comme une bannière l’article 2 §1 de ce statut qui stipule : “L’Agence France-Presse ne peut en aucune circonstance tenir compte d’influences ou de considérations de nature à compromettre l’exactitude ou l’objectivité de l’information ; elle ne doit, en aucune circonstance, passer sous le contrôle de droit ou de fait d’un groupement idéologique, politique ou économique.” Qui ne souscrirait à ce programme qui inscrit dans le marbre l’indépendance, donc la qualité rédactionnelle d’une institution sur laquelle s’appuie la quasi totalité de nos médias ?

Et hop, on signe la pétition et on se sent meilleur, de gauche et bien dans ses baskets ! Puisque les syndicats vous le disent, pas besoin d’aller y voir de plus près, cela risquerait de nous embrouiller la tête. Ce qui suit est donc réservé au seul usage des enquiquineurs, néo-réacs, et autres suppôts de la droite liberticide.

Au bout d’un demi-siècle d’activité, il faut bien constater que la France, à travers l’AFP, a réussi à se hisser dans le trio de tête mondial des agences d’information, à côté de la britannique Reuters et de l’américaine Associated Press. D’autres pays, comme l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne se contentent d’avoir des agences moins ambitieuses, qui alimentent uniquement leur marché national en nouvelles. L’AFP continue à jouer dans la cour des grands, diffusant des “fils” en anglais, allemand, espagnol et arabe, partant à la conquête de nouveaux marchés dans les pays émergents d’Asie et d’Amérique latine, et se projetant dans un avenir où le multimédia l’emportera sur l’imprimé.

Alors que pour Reuters, l’information générale n’est qu’une vitrine peu rémunératrice d’une entreprise essentiellement rentable par son service d’informations financières, et qu’AP est adossée aux médias des Etats-Unis, l’AFP ne dispose ni d’un marché intérieur suffisant, ni des revenus d’une activité dans le secteur financier pour assurer son fonctionnement et son développement à l’échelle mondiale.

Alors qui paye ? Comme d’habitude, vous et moi, par l’intermédiaire des fonds alloués par l’Etat à l’AFP, sous la forme d’abonnements souscrits par les administrations à des tarifs qui, en principe, devraient garantir l’équilibre des comptes de l’agence. Ces revenus, qui, bon an, mal an, constituent 40 % des ressources de l’AFP l’exposent à la critique, serinée par la concurrence, d’être une “agence d’Etat” du style Tass ou Chine nouvelle, dont la crédibilité serait entachée par sa dépendance financière de l’Etat français. C’est de bonne guerre, même si dans les faits on peut constater qu’à de rares exceptions près, le traitement de l’actualité mondiale par l’AFP est tout à fait comparable à celui de ses concurrentes privées.

Par ailleurs, le conseil d’administration de l’AFP, qui comprend seize membres donne la prééminence aux représentants de la presse (8) sur ceux de l’Etat (3). Le plus gros contingent des administrateurs vient de la Presse quotidienne régionale (PQR), qui n’ont qu’un souci : maintenir les tarifs d’abonnement les plus bas possibles, en se fichant du rayonnement mondial de l’AFP comme de l’an quarante. Il suffit de feuilleter l’un de ces quotidiens, et d’y voir la place consacrée à l’actualité nationale et internationale pour comprendre qu’ils n’ont pas besoin d’une Rolls de l’info pour alimenter leurs pages…

L’Etat est donc prié de mettre la main au portefeuille chaque fois qu’il s’agit de modernisation technologique, de création de nouveaux services liés à l’émergence de nouveaux médias, bref des investissements nécessaires pour assurer le développement de l’Agence.

Or, dans l’immédiat, il est vital pour l’AFP de se doter du système 4XML qui permet de livrer aux clients des dépêches incluant des sons et des vidéos, ce qui nécessite un investissement de 21 millions d’euros. C’est tout l’enjeu de la négociation sur le COM (contrat d’objectifs et de moyens) actuellement menée avec l’Etat par la direction de l’Agence.

Il n’est donc pas tout à fait insensé pour les pouvoirs publics de commencer à réfléchir aux moyens de permettre à une entreprise de communication dont la réussite est indéniable, d’affronter la nouvelle donne de l’information mondialisée avec des structures rajeunies, permettant notamment l’entrée dans le Conseil d’administration de l’AFP d’investisseurs ayant intérêt à son développement et à sa rentabilité. D’autre part, un Etat démocratique n’a pas pour vocation d’être un acteur direct dans le secteur de l’information, même s’il doit veiller à ce que le pluralisme et la liberté d’expression soient respectés.

Pour les syndicats, il n’est pas question de laisser le loup capitaliste entrer dans la bergerie AFP, ce douillet cocon où ils assuraient jusque là une gestion clientéliste du personnel ( la CGT locale a fait pendant longtemps le pluie et le beau temps dans les promotions et les mutations de journalistes). Il veulent le beurre et l’argent du beurre : que l’Etat paye sans avoir son mot à dire sur la stratégie de l’entreprise, et qu’il ne s’avise surtout pas d’exercer la moindre pression sur les contenus rédactionnels au nom du sacro-saint statut. Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour constater que cette situation n’est pas tenable, et cela d’autant moins que la crise structurelle de la presse renforce encore le poids de l’Etat dans l’agence. Quelques incidents récents, comme l’exigence de l’UMP de voir tous ses communiqués systématiquement répercutés par l’AFP, où des phénomènes d’autocensure à la rédaction en chef1 montrent que cette dépendance trop exclusive est dommageable au fonctionnement et à la réputation de l’agence dans un monde où la concurrence est féroce. Dans ce contexte, la diversification des investisseurs, où la puissance publique ne serait plus la seule à mettre de l’argent au pot, constitue un plus en terme d’indépendance rédactionnelle, car la crédibilité d’une entreprise de presse est un élement de son capital immatériel. Le rêve d’une Agence d’Etat sans Etat par des syndicats qui carburent à l’idéologie du statut de 1957 est du même ordre que le célèbre couteau sans lame auquel il manque le manche, invention de l’immortel Georg Friedrich Lichtenberg.

  1. Ainsi, la rédaction en chef retint plusieurs heures le scoop du bureau de l’AFP de Prague rapportant la fuite, dans un hebdomadaire tchèque, du compte rendu d’une réunion de Nicolas Sarkozy avec le premier ministre Topolanek, de peur d’indisposer le président de la République. Résultat: la concurrence sortit l’histoire avant l’AFP.
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  • 31 March 2009 à 10h34

    xly dit

    Il suffit d’écouter les bulletins info des radios – au cours d’un long voyage en voiture – pour s’apercevoir que ce sont les mêmes dépêches AFP qui sont reprises au mot près par toutes (idem pour les gratuits et la presse quotidienne en général), sans aucun recul, ni analyse. Rien de surprenant, puisque ces “media” n’en sont pas, ce sont d’abord et avant tout des supports publicitaires et des supports de “divertissement”. L’AFP a donc de beaux jours devant elle pour continuer à diffuser, avec beaucoup de précautions, sa propagande idéologique, un art dans lequel les anciens suppôts de l’Union soviétique sont toujours des maîtres indépassables.

    On a tous constaté avec quelle prudence -ou quelle hypocrisie – l’intégration de Mayotte avait été traité par ces “media”, qui nous dit-on ” va faire reculer la polygamie et retarder l’âge du mariage à 18 ans ” Ouf on souffle, quelle grande victoire en effet !!

  • 31 March 2009 à 10h12

    Aristote dit

    J’ai eu l’occasion, professionnellement, de m’intéresser à l’AFP. Elle a un autre problème. Beaucoup de ses abonnés “journaux” se contentent de reproduire les dépêches sans beaucoup de valeur ajoutée d’analyse ou de mise en perspective, voyez l’actualité récente.

    Hors il n’est plus besoin de lire un journal pour avoir accès aux dépêches. L’AFP a un site, et beaucoup de portails Internet relaient l’essentiel du fil.

    Les intérêts de l’AFP et ceux de ses actionnaires sont de plus en plus divergents. L’État, i.e. le pouvoir politique, par définition ne peut être neutre et la presse écrite veut empêcher l’AFP de contribuer au déclin de l’écrit.

    Les contibuables n’ont pas fini de payer !

  • 31 March 2009 à 8h47

    expat dit

    selon le site du Premier Ministre :
    “L’Etat s’engage à augmenter de 1,8% par an le montant versé chaque année à l’AFP au titre de la Convention définissant les abonnements de l’Etat aux services de l’Agence, avec un réexamen du volume des abonnements en cas de forte inflation.

    - D’autre part, l’Etat contribuera à financer les investissements de l’AFP, dans le cadre de son projet 4XML, en lui apportant un financement d’un montant de 20 M€ sur la période 2009-2013. Les versements s’effectueront à raison de 4 M€ par an.”

    20 M€ !! Vive la concurrence…

  • 31 March 2009 à 5h57

    Blanc Cassis dit

    A quand une Société gratuite ?
    Plus personne ne veut payer les téléchargements d’oeuvres musicales ou cinématographiques.
    L’information le devient aussi.
    Je suggère que l’AFP nous permette d’accéder gratuitement à leurs dépêches : soit l’AFP mettra de la pub, ou alors son personnel pourrait être bénévole.

  • 31 March 2009 à 0h03

    Bibi dit

    Cela ne va conforter personne mais la BBC aussi a de graves ennuis.
    (www.guardian.co.uk/commentisfree/2009/mar/29/bbc-bloggers-journalism)

  • 30 March 2009 à 23h46

    Bibi dit

    Euh, Causeur est encore à l’heure d’hiver?

  • 30 March 2009 à 23h45

    Bibi dit

    Et n’oublions pas le contrat de coopération entre l’AFP et l’IRNA (oui, oui, celle des Pasdarans et Mollahs). Ça n’a pas troublé les syndicats. L’argent n’a pas d’odeur, même de sainteté? Quelqu’un sait si l’AFP a un contrat avec l’agence du Vatican?

  • 30 March 2009 à 22h28

    nadia comaneci dit

    Ce douillet cocon me fait furieusement penser à d’autres institutions préhistoriques (la liste est longue), verrouillées par des syndicats allergiques au plus haut point à l’évaluation et donc à la rentabilité au nom de la sacro-sainte indépendance… Ah le bon fromage qu’on déguste entre amoureux du genre humain ! Dès qu’un imprudent gouvernement tente de voir comment améliorer le coûteux fonctionnement et éventuellement limiter la gabegie (voir la magouille) généralisée qui règne au sein de ces pétaudières, les grandes âmes se lèvent (aidées de nombreux gogos qui se voient déjà sur les barricades) et brandissent l’étendard de la Liberté sacrifiéeet de l’ouverture au grand capital… En un mot, le mal suprême. Ledit gouvernement en général se fait tout petit… Qui voudrait passer à la postérité dans les habits d’un affreux liberticide doublé d’un libéral incontrôlé ?? Pas grand monde. Sarko s’y collera peut être, il a l’habitude et le cuir apparemment solide… Mais il n’en est pas moins homme et semble avoir lui aussi ses limites.

  • 30 March 2009 à 22h25

    Rotil dit

    @ Dom,

    Il n’y a là nulle cuistrerie de votre part… Juste un constat.

  • 30 March 2009 à 22h22

    FAREWELL dit

    Monsieur Rosenzweig vous êtes magnanime. Rolls de l’info ? Plutôt une citrouille nécrosée et pourrie de l’intérieur et symbole de ce mal Français de cette ” France aux ordres d’un cadavre ” . Et quand on libérera les téléscripteurs de ce monopole qui fait ressembler notre pays à un cauchemar bradburien posthume. On entonnera le fameux « chant des partisans » du même immortel .

  • 30 March 2009 à 21h37

    xly dit

    Si l’AFP revendiquait son indépendance pour rester libre, ce serait honorable et défendable, mais si c’est pour rester enchaînée à l’idéologie bien-pensante, qui transpire dans la plupart de ses dépêches – et que la main-mise de la CGT confirme – qu’elle crève !

  • 30 March 2009 à 21h33

    Impat dit

    OK, qu’il explose. Et avec les morceaux on pourra peut-être reconstruire quelque chose.
    (d’accord, mon image est un peu trop facile…)

  • 30 March 2009 à 21h31

    vingtras dit

    Hep… le coup du couteau sans lame auquel il manque le manche, ya quelqu’un qui l’a déjà fait ya pas longtemps sur Causeur… Faudrait vous relire mes petits amis. A moins que je soye abonné à une quincaillerie qui fourgue ses vieux clichés… Appelez-moi la patronne !!!

  • 30 March 2009 à 21h26

    expat dit

    Oh Impat – le pb c’est que l’AFP c’est beaucoup plus compliqué, beaucoup plus politique. Je pense que cela va rester un puit (dans lequel on ne pioche pas de l’eau, mais dans lequels on en verse) jusqu’à l’implosion (l’explosion?).

  • 30 March 2009 à 21h20

    Impat dit

    “le TASS existe toujours en France – drôle non?).”

    Hmm, non, pas drôle du tout ! Mais il faut rester optimiste, ne pas insulter l’avenir. J’avais rappelé un jour, ici, que Renault et Air France avaient été “plombées” aussi comme aujourd’hui l’AFP. Et depuis, ces deux entreprises ont brisé leurs chaînes. Donc, petit à petit, on y arrive…

  • 30 March 2009 à 21h08

    expat dit

    oh l’AFP, l’AFP, l’AFP. Je les connais bien ces gens là. Faut les mettre en face d’une vrai concurrence, ils seront très vite mort. C’est ce qu’ils méritent. Halte aux subventions de l’état ! C’est vraiment le URSS ici parfois (comme vous dites M. Rosenzweig – le TASS existe toujours en France – drôle non?).

  • 30 March 2009 à 20h57

    Impat dit

    Les entreprises plombées par les syndicats sont légion*, il leur faut des “managements” capables de faire face pour avancer quand même malgré les semelles de plomb.
    Mais pour une agence de presse c’est encore plus grave. Espérons que l’équipe de direction saura se battre, subtilement, efficacement…
    *Au hasard: SNCF, NMPP, La Poste, SNCM, Port de Marseille…

  • 30 March 2009 à 20h51

    serge a. dit

    En somme d’un coté :
    - l’Etat qui, probablement pour ne pas céder à la tentation que constitue la “situation de dépendance trop exclusive de l’agence”, souhaite se désengager.
    - les bons investisseurs, naturellement soucieux de “la crédibilité de l’agence”.
    De l’autre :
    - les méchants syndicats qui protègent “ce douillet cocon où ils assuraient jusque là une gestion clientéliste du personnel”.
    Je résume bien (le titre de l’article est d’ailleurs tout à fait explicite: la faute aux syndicats)?

  • 30 March 2009 à 20h31

    castellani dit

    l’AFP, est cette exception française (une de plus) qui alimente la presse française abondamment et tous azimuts au point qu”il n’existe plus de vrais débats; mais alimente également des milliers d’organes de presse dans le monde.
    Mi publique mi privée ? ou ni l’un ni l’autre. Son statut est unique au monde , fixé par la loi du 10 juillet 57 , il est tenu à la neutralité, l’objectivité, l’équilibre et l’impartialité !
    Mais c’est impossible, pourquoi ?
    D’abord, l’état y est abonné (majorité du chiffre d’affaires de l’agence) , il choisit ses représentants au CA qui sont nommés respectivement par le premier ministre le ministre des affaires étrangères et le ministre des finances, Sur les 8 membres du Conseil supérieur, on compte un membre du Conseil d’Etat, 1 magistrat de la Cour de Cassation et deux personnalités « ayant représenté la France à l’étranger ». Enfin la nomination du PDG de l’AFP nécessite l’assentiment des plus hautes autorités de l’Etat.

    L’état renfloue ses caisses, ce qui a, quels que soient les gouvernements, amené l’AFP a suivre la ligne du quai d’Orsay, invariable depuis des décennies.

    D’autre part, l’AFP fonctionne comme une entreprise commerciale ce qui l’oblige à brosser ses clients (de France ou d’ailleurs) dans le sens du poil.
    Résultat : objectivité impossible sur certains dossiers sensibles, les exemples ne manquent pas, et parfois dramatiques,.

    Un jour où j’interpelais Alain Frachon du Monde lors d’une conférence sur certains mensonges de l’AFP dans le domaine de l’international, il me répondit devant des centaines de personnes : « J’ai moi-même travaillé à l’AFP, j’en étais très content, mais c’est vrai, l’AFP ment, mais que voulez vous ? qu’on vous livre 90% de pages blanches ? «

  • 30 March 2009 à 19h59

    dom dit

    Padonnez ma cuistrerie, mais il me semble qu’une erreur s’est glissée dans votre article : AFP ne signifie pas Agence France Presse mais Agence France Palestine ; ce changement de statut s’est opéré il y a, il y a, c’était quand déjà ?