La saison sèche de la fin du monde
Tout va très bien, madame la banquise !
Publié le 04 juin 2011 à 11:36 dans Société

Charlton Heston dans "Soleil Vert".
On sera encore accusé de millénarisme, de catastrophisme, de réchauffisme et, qui sait, de complotisme. Il y a des semaines comme ça, où la conjonction, sur un temps court, de plusieurs événements planétaires, donne l’impression que nous assistons à la fin d’un monde qui évoque furieusement les films sombres apocalyptiques où jouait Charlton Heston dans les années 70.
Fukushima ouvre le bal
Nous ne parlons plus de la centrale de Fukushima qui continue à fuir quand bien même les médias s’y intéressent beaucoup, mais alors beaucoup moins. Les chaînes d’informations continues nous ont fait sombrer en quelques années dans ce que le philosophe irlandais du début du XVIII, Berkeley, appelait l’irréalisme, c’est à dire une espèce d’aberration mentale très humaine qui consiste à penser que n’existe que ce que nous percevons : esse est percipi aut percipere (être c’est percevoir ou être perçu). Si nous ne voyons plus Fukushima, c’est que Fukushima n’existe plus, quand bien même cet accident serait plus grave que celui de Tchernobyl d’après tous les experts et quand bien même les fuites continuent, essaimant des particules mortelles sur tout le royaume du Soleil Levant. Il est vrai que, caméras ou non, la radioactivité c’est vraiment le contre-exemple que n’aurait pu imaginer l’évêque Berkeley : on ne la voit pas, on ne la sent pas, on ne la touche pas et pourtant elle est. On s’en aperçoit juste un peu plus tard, aux premières leucémies, aux premiers cancers de la thyroïde, aux premiers bébés malformés. « Il me semble parfois que mon sang coule à flots/ Je l’entends bien qui coule avec un long murmure/ mais je me tâte en vain pour trouver la blessure », prophétisait Baudelaire.
Si Fukushima a ouvert la saison avec ce bal pré-apocalyptique, d’autres danseurs se précipitent pour faire leur tour de piste, les uns après les autres.
La sècheresse, par exemple. On sait avec certitude depuis les sorties de Claude Allègre (spécialiste mondialement reconnu sauf par ses pairs) que les scientifiques du GIEC sont des menteurs, des alarmistes, des idéologues. Que les hivers très rigoureux observés depuis quelques années n’ont rien à voir avec la fonte des pôles mais au contraire apportent de l’eau (glacée) à son moulin climatique du Tout va très bien madame la marquise !
En même temps, depuis début avril, les agriculteurs en sont à se demander comment ils vont abattre leur bétail s’ils ne trouvent pas du fourrage avant l’été. Les libéraux qui nous gouvernent songent même à faire intervenir la puissance publique, avec des cellules de crises pour organiser le transport des tonnes de paille pendant l’été si la sècheresse continue. La situation est vraiment grave, donc : un Etat qui estime que des choses aussi anodines que les communications, l’eau ou l’énergie ne sont plus ou ne devraient plus être de son ressort trouve soudain urgent d’éviter que l’Aubrac ou le Pays de Caux aient à la fin août des allures de Sahel avec des carcasses d’animaux au ventre gonflé un peu partout.
C’est que Bruno Lemaire, ministre de l’Agriculture, et Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie, savent lire les chiffres et ne peuvent plus faire comme si. Le printemps 2011 en France (mais aussi au Royaume Uni, en Allemagne et en Russie), a été le plus chaud depuis 1900, le plus sec depuis cinquante ans (battu, l’été 76 !) et les températures d’avril sont de quatre degrés plus chaudes que la moyenne établie entre 1971 et 2000.
Amnésie galopante
L’agriculture nous ramène à la crise du concombre. Voilà une bactérie rare, connue depuis longtemps, qui sans qu’on sache trop pourquoi, a plus ou moins muté et se répand de manière épidémique en Allemagne, laquelle a, comme à son habitude, trouvé le moyen d’accuser un pays PIG, en l’occurrence l’Espagne, avant de se rétracter. En attendant que la bactérie, économie européenne intégrée oblige, traverse les frontières comme n’importe quel nuage radioactif.
Ce qui galope ces temps-ci, c’est l’amnésie et un événement chasse l’autre sans que nous ayons le temps de les analyser ou de tenter de les hiérarchiser mais on a tout de même l’impression que les vingt dernières années ont été marquées par des crises alimentaires sans précédent. Grippes porcines, aviaires, ovines, vaches rendues folles par l’encéphalite spongieuse, campagnes emplies de bûchers de moutons potentiellement contaminés. Et des virus, des prions, des bactéries qui semblent ne plus avoir aucune difficulté à franchir le barrage des espèces.
On se dit qu’on pourra toujours se consoler en papotant au téléphone. Il faudra juste éviter les portables. Cette fois, c’est certain, ils sont classés par le CIRC (Centre international de recherche sur le Cancer), organisme dépendant directement de l’OMS et encore assez protégé du lobbyisme des grands opérateurs, dans le groupe 2B, celui des agents cancérogènes possibles pour les humains. Au dessus, il n’ya plus que le groupe 2A (agents cancérogènes probables avec par exemple le trichloréthylène) et le groupe 1 (agents cancérogènes certains, comme l’amiante). Et les études continuent. Vous me direz, il n’a que la médaille de bronze, le téléphone portable, dans cette affaire. Oui, mais tout de même, il y a quelque chose comme cinq milliards d’abonnés dans le monde. Il serait donc rassurant que les études du CIRC qui se poursuivent sur le sujet (Wifi comprise) ne fassent pas grimper une marche au podium à la nouvelle prothèse fétiche de l’humain mondialisé.
Bon, tout cela n’annonce pas forcément la fin du monde. Même si on y ajoute les massacres en Syrie, l’Acropole et les plages grecques en voie de privatisation, un maire de banlieue qui demande sans rire l’intervention des Casques bleus pour protéger une école primaire où les enfants ne peuvent plus sortir en récréation à causes des fusillades entre dealers.
Cela nous interroge sur la fin d’UN monde, d’une façon de produire, de vivre dans la Cité. Cela nous interroge sur notre rapport à la technique et encore une fois, il faut lire L’obsolescence de l’homme de Gunther Anders qui, non seulement, fut le seul penseur de l’apocalypse nucléaire après Hiroshima mais aussi celui de la honte prométhéenne éprouvée par l’homme vis à vis de ce qu’il a créé et qu’il ne maitrise plus.
Les civilisations sont mortelles, disait Valéry après la Première Guerre mondiale. Dire que nous ne sommes pour rien dans la catastrophe au ralenti qui se déroule sous nos yeux, que c’est la faute à pas de chance, qu’il faut laisser faire, que tout va spontanément s’arranger car le marché allié à la technologie trouve toujours une solution, c’est accepter de croiser le regard d’un nouveau-né en ne voyant plus en lui qu’un sursitaire. Un sursitaire à court terme.
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L'auteur
Jérôme Leroy est écrivain et journaliste. Dernière parution, Le Bloc (Gallimard)
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Thalcave dit
On peut dire bien des choses de Claude Allègre mais on ne peut pas dire qu’il n’ait pas la reconnaissance de ses pairs en géochimie.
Il a reçu en 1986 le prix Crafoord créé pour les disciplines scientifiques qui n’ont pas de prix Nobel (mathématiques, biologie, géologie, astronomie, etc..) pour ses travaux sur le croûte, le manteau, les principaux composants de notre planète Terre et leurs interactions complexes en analysant leurs éléments isotopiques. Les travaux d’Allègre ont ainsi permis de modéliser de nombreux processus géologiques tels que le volcanisme, l’évolution de l’atmosphère terrestre et la formation de notre planète. Allègre et son co-lauréat Wesselburg du CalTech ont révolutionné les méthodes isotopiques permettant d’explorer l’intérieur de la Terre.
Claude Allègre est le seul géophysicien français à avoir été autorisé à embarquer une expérience à bord de satellites d’expérimentation scientifique.
Claude Allègre est membre de l’académie française des Sciences et de l’académie US des Sciences.
Expliquez Mr Jerôme Leroy ce que vous entendez par “spécialiste mondialement reconnu sauf par ses pairs” pour que je comprenne quel type de journalisme vous pratiquez.
livia dit
@ Isa
et J.L par la meme occassion qui me soupçonne de jalousie et d’aigreurs pour cause d’appartement et bien pas su tout camarades, vous serez heureux d’apprendre que je jouis depuis 30 ans d’un appart. du 1% patronal , pour un loyer environ d’un quart du prix du marché (mais je paye q..m. 760 E par an d’impots locaux, tout en étant à la retraite; et tout cela grace à un mari qui pensait qu’ il valait mieux etre locataire à Paris que proprio,( surtrout quand on n’en à pas la moyens)Je sais cela ce discute .
J’ajouterai que devant chez moi, pas un bruit, que le chant des oiseaux sur un large espace non habité, je pense etre de ce point de vue une privilégiée.
Mes voisins … pa bcp de travailleurs des classes moyennes qui auraient tout un tas de raison d’habiter Paris, sauf que not’Maire a choisit et on se demande pourquoi ? de remplir Paris (Est) des très pauvres très bien logés par la collectivité + les bobos qui n’ont besoins de personne pour s’octroyer les logements des ex-populo dans tout l’Est parisien.
Les “classes moyennes qui bossent (je ne parle pas de l’E.N.et autres employés à vie ) elles sont passées où .?
C’est juste pour causer. (ceux des causeurs que j’aime bien peuvent venir vérifier mes dires sur mon appart.devant un verre -;)
isa dit
@Livia:
Je ne vous soupçonne de rien du tout.
Je vous posais cette question pour rigoler, parce que vous aviez l’air de nous trouver mieux dans l’ouest parisien.
C’est très difficile de trouver des apparts en ce moment, même dans le 92, je ne doute en aucun cas des qualités de votre appartement.
Au Plessis, par ex., vous n’avez que des classes moyennes qui bossent, c’est quasi désert dans la journée.
eclair dit
http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/infos-generales/medecine-sante/afp_00349911-ll-epidemie-de-cancer-dans-les-pays-pauvres-necessite-une-mobilisation-mondiale-172911.php
Le cancer tue chaque année environ 7,6 millions de personnes dans le monde, soit davantage que le sida, le paludisme et la tuberculose réunis, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).
Et selon un rapport de l’ONU, la fréquence du cancer va continuer à augmenter au cours des 20 prochaines années pour passer de 12,7 millions de cas annuels en 2008 à plus de 20 millions d’ici 2030, dont la plus grande partie dans les pays pauvres et à revenu intermédiaire.
Même si le nombre de cancers reste encore supérieur dans les pays riches, la mortalité est moindre grâce aux soins et au dépistage, soulignent ces cancérologues.
On constate désormais un rattrapage dans les pays en développement en raison de l’urbanisation, des changements d’habitudes alimentaires, du tabagisme et de la pollution. De ce fait, le nombre de personnes atteintes de cancer dans ces pays dépassera les niveaux des pays développés vers 2015.
Alors que les cancers dans les pays pauvres étaient jusqu’à maintenant surtout d’origine infectieuse, ils touchent de plus en plus le poumon et l’estomac.
Et après on nous vante les bienfaits de la mondialisation.
Tony Truand dit
La mondialisation a beaucoup d’inconvénients, mais là, vous faites le procès, non de la mondialisation, mais de l’augmentation du niveau de vie. Entre un pays pauvre où l’on crève de faim, de paludisme ou de n’importe quoi vers 30 ans, et un pays riche où l’on risque de choper un cancer à 60, mon choix est vite fait.
didier H dit
@Pirate
je peux vous assurer qu’après certains barbecues je ressemble à un zbol de couleur gru.
Pour revenir à la Grande Rencontrre, elle nous pend au nez. Nous découvrons chaque jour de nouvelles exoplanètes dont certaines se rapprochent des paramètres terrestres. Mais je suis bien d’accord qu’il nous faut bazarder toutes nos conceptions du vivant et oser penser l’Autre comme l’étrangeté absolue, et même ainsi, son irruption sera une surprise, un effroi de dimension cosmique. Prenez le héros lovecraftien: la rencontre avec l’entité signifie à chaque fois l’abolition de toutes les références sur lesquelles son monde repose. La Chose est familière de géométries non-euclidiennes et se nourrit des rêves humains. Si vous avez l’occasion de lire la longue nouvelle de Lovecraft “Dans l’Abime du Temps”, je suis certain qu’elle vous
plaira.
pirate dit
Qu’est-ce que vous en savez ? Le zbol est une espèce mythique, vous êtes mythiqe vous après le barbecue… ? Oui bon… j’en ai peur… En effet, ce que je trouve fascinant dans cette perspective c’est qu’une des raisons pour laquelle les hommes ont inventé dieu, c’est la solitude métaphysique de leur condition. Nous sommes sur cette planète les seuls à pouvoir écrire des rromans ou produire une émission de réal T.V. Et partit de ça nous finissons par nous sentir seul. Mëme certain mouvement, certaines idées politique n’aurait jamais vu le jour sans cette solitude cosmique. Et hop voilà une sauterelle de 4 kilos qui mange ses morts, répond au nom de George et qui nous démontre avec une équation scolaire qu’Einstein était un complet demeuré. Le choc risque d’être violent. Lovecraft pouvait largement en parlé, son chef d’oeuvre cthuluien est l’observation de sa propre pathologie après tout, son racisme, la peur de l’autre, une espèce d’agoraphobie aigue qui l’a cloué à Providence.
Cela étant je lirais bien votre recommandation. Je n’ai qu’une longue nouvelle il y a longtemps.
http://www.google.fr/imgres?imgurl=http://3.bp.blogspot.com/_xMVLS5Z3C3I/TJPvFj9XvkI/AAAAAAAAAgQ/9DF11AoZawE/s320/cthulhu-comic.jpg&imgrefurl=http://scififantasyhorror.blogspot.com/2010/09/fun-with-cthulhu-many-humourous-things.html&h=312&w=288&sz=28&tbnid=r61WsF6-B-uhSM:&tbnh=234&tbnw=216&prev=/search%3Fq%3Dcthulhu%2Bfun%26tbm%3Disch%26tbo%3Du&zoom=1&q=cthulhu+fun&hl=fr&usg=__Yl733_pC2mi5oRXV3ybjr6YUrZM=&sa=X&ei=xgbuTae8D4iIhQe-mPyQCQ&ved=0CCAQ9QEwAA
skardanelli dit
Didier, oui, c’est incroyable, il faut dire qu’il a fait sa carrière là bas, mais enfin ce n’est pas vraiment une excuse. Il me semble être assez apprécié par les lecteurs de Causeur par contre.
didier H dit
@skardanelli
mimésis …mais vous aviez sûrement déjà corrigé…
skardanelli dit
Didier, j’ai vu que Sophie est dans les parages, alors fini les boutons ! Oui, je suis d’accord avec vous, Girard parlait de compétition victimaire avant Finkie je crois. Peut-être confond-on aussi le pardon et la culpabilité, le désir mimétique de pardon…
didier H dit
Soit dit en passant, Girard est une immense pointure aux Etats-Unis alors qu’en France, on s’attarde avec suspicion sur le fait qu’il apprécie le rite latin. J’en parle d’autant plus à l’aise que je suis non croyant… Autre concept révolutionnaire: la mimerais d’appropriation. Mais je ne dois pas vous convaincre.
Ah! A propos de Finkie, son dialogue avec Sloterdijk, paru en 2004 (?) vaut le détour. Mais il faut que je retrouve les références vu que ma mère pique mes bouquins.
skardanelli dit
Isa, inutile d’en créer un, vous pouvez m’envoyer un mot à cette adresse et je vous renverrai mes coordonnées…
isa dit
@Skarda:
J’ai pas de compte Gmail, je vais demander à un élève de m’en créer un .