La psychiatrie, maladie française | Causeur

La psychiatrie, maladie française

Mieux vaut prévenir que ne pas guérir

Auteur

Christophe Nagyos

Christophe Nagyos
est journaliste indépendant.

Publié le 21 décembre 2009 / Société

Cocorico ? Les Français, grands consommateurs de psychotropes et de psychiatres.

Cocorico ? Les Français, grands consommateurs de psychotropes et de psychiatres.

Des dizaines de milliers de personnes internées contre leur gré chaque année, séparées de leur famille et de leurs enfants, forcées de se soigner à domicile ou dans un établissement fermé, avec la complicité passive et souvent active de la loi, de la police et du système judiciaire, dans la quasi indifférence d’une société entretenue dans la peur de l’autre et de l’étrange, où chacun peut être suspect et, à son tour, interné contre sa volonté. On pense à 1984 de George Orwell, bien sûr, mais aussi aux sinistres méthodes de l’ex-Union soviétique et de ses satellites et parfois, dit-on, de la Russie de Poutine. Eh bien non, c’est en France et en 2010 que cela se passe.

Les chiffres sont difficiles à réunir, tant l’opacité règne sur la planète psychiatrique : il y aurait 1,5 millions de personnes (en 2000) prises en charge par la médecine psychiatrique chaque année en France, dont 70 000 internées, à comparer aux 65 000 personnes incarcérées pour des faits de justice. Par ailleurs, la chose est connue : les Français sont parmi les plus grands consommateurs de médicaments psychotropes dans le monde et parmi les mieux encadrés par la profession de psychiatre, quatre fois plus nombreuse en France qu’en Italie par exemple. Ceci explique peut-être cela, mais le tableau n’en est pas plus acceptable au pays des droits de l’homme et de la liberté.

Comment en est-on arrivé là ? Quelques lignes ne suffiront sans doute pas pour faire le tour de la question. Pourtant, la cause essentielle de cette sinistre exception française est probablement à rechercher dans l’aura dont bénéficie injustement la discipline psychiatrique dans notre pays. C’est en France depuis le XVIIIe siècle, et aussi en Allemagne, qu’est né et a prospéré le concept moderne de santé mentale et de son recours, la médecine psychiatrique. Avec Pinel, Esquirol, Charcot, Laborit et Delay, pour ne citer que les plus connus, a été inventée une nouvelle pathologie, la maladie mentale. Depuis, les Américains ont largement pris le relais, avec notamment leur immense industrie pharmaceutique – mais les Européens ne sont pas à la traine dans ce domaine – et leur fameux DSM (Diagnostic and Statistical Manual), qui classe et stigmatise avec minutie troubles du comportement et pathologies mentales, véritable bible de tout ce qui porte « psy » dans le monde occidental.

Le syllogisme de l’argumentation psychiatrique est finalement assez facile à démonter : les comportements étranges sont des maladies mentales. Or, les maladies relèvent de la médecine. De ce fait, c’est aux médecins spécialisés en psychiatrie que revient le droit de qualifier et de traiter les maladies mentales, tout comme un médecin au sens traditionnel le fait lors d’un diagnostic pathologique somatique. C’est malheureusement grâce à cette imposture pseudo-scientifique que la France enferme physiquement et chimiquement des milliers de citoyens dont le seul tort est de ne pas correspondre aux canons comportementaux de la majorité de la population. Les concepts de névroses, de psychoses et des troubles du comportement sont éloquents.

Précisément – et les théoriciens de la psychiatrie ne s’y sont pas trompés – c’est chacun d’entre nous, citoyen, qui peut « tomber » dans la maladie mentale, c’est votre conjoint, votre enfant ou vos proches pour lesquels il est légitime que vous les signaliez afin de les faire soigner, contre leur volonté si nécessaire. C’est le sens qu’il faut comprendre aux récentes campagnes de communication, par exemple sur le thème de la dépression nerveuse, où on apprend qu’au moins 15 % de la population en sont potentiellement victimes. Il en est aussi de cette subtile et efficace entreprise de désinformation ou de formation des esprits, comme on voudra, en matière de vraie-fausse alarme sur la surconsommation de médicaments psychotropes. Mais pour quoi faire finalement ? Pour en prendre moins ou plus ? Pour aller consulter un psychiatre plutôt que les généralistes, grands prescripteurs de psychotropes ? On ne sait pas vraiment… A ce point de gravité de la prise en charge du mal-être français, on peut aussi s’interroger sur l’inquiétant rapprochement de la justice et de la psychiatrie pour traiter de la délinquance et des déviances en général. Si en réalité les deux ont partie liée depuis plusieurs siècles – on se souvient notamment de la loi de 1838 sur l’internement d’office, revisitée en 1990 et en 2002 –, tout semble prêt pour légitimer plus encore la psychiatrie dans sa toute-puissance, malgré les artifices de l’inopérante loi sur la dignité et l’accès à l’information des « patients », notamment.

La psychiatrie est un pouvoir. Elle peut dire le bien et le mal ; elle qualifie le sain et le malsain d’esprit ; elle nie tout discernement personnel à travers le fameux « déni de la pathologie » face auquel le désormais « malade » ne peut peut-être que sans voix, sans voie et impuissant ; elle met un terme à la liberté des individus, avec la complicité trop facilement crédule des autorités administratives et judiciaires, sans jugement, à discrétion et arbitrairement malgré les apparences du contradictoire en matière d’internement sans consentement de l’intéressé ; elle peut enfin obliger à se soigner, en clair prendre des médicaments abêtissants, véritable camisole et addiction chimique, à travers l’injonction thérapeutique et sous la menace de l’enfermement, au besoin dans une chambre d’isolement ou avec d’inacceptables électrochocs, aussi durablement que le psychiatre le décidera, pouvoir exorbitant qu’aucun magistrat ou personnel pénitentiaire ne détient à lui seul.

De nombreux Français éprouvent des difficultés à vivre, à travailler et à trouver le bonheur seul, en couple ou en famille. Notre société occidentale – des psychiatres français ou européens ont cependant réussi à trouver quelques pathologies en Afrique, grâce à l’ethnopsychiatrie… – génère bien des maux séculaires ou contemporains. Loin l’idée selon laquelle tout va bien dans le meilleur des mondes, sans déprime, sans accès de violence contre soi-même ou contre autrui, tout cela sans cause ou incidence psychique dans la vie de nos concitoyens. Pour autant, on ne saurait accepter qu’une pseudoscience exerce un tel magistère sur l’existence de nombreux d’entre nous et dans l’organisation de la Nation, d’autant qu’elle n’a jamais rien démontré ni expliqué du malaise humain sur un plan formel, qu’il en aille de la biologie, de la génétique ou de l’imagerie médicale notamment.

Plus grave encore, la psychiatrie n’a jamais guéri qui que ce soit. Si guérir signifie « se défendre » contre une agression bactérienne par exemple, pour se rétablir, les psychiatres en vérité ne font que soigner au sens de « s’occuper de », sans jamais libérer des soi-disant symptômes dont ils affublent leurs malades. D’ailleurs, comment pourraient-ils guérir à coups de médicaments l’histoire tragique de chacun, itinéraire si personnel et si intime qu’ils ignorent la plupart du temps ? Il est vrai qu’il y faut du temps, de la patience et de l’humilité, dans le respect de la liberté du sujet, toutes choses souvent étrangères à l’arrogance et aux certitudes de leur discipline.

Nous avons le droit de refuser et de réfuter ce pouvoir, qui a su s’imposer dans les mécanismes de la politique nationale de santé publique. Souvenons-nous qu’au XIXe siècle, une autre discipline toute aussi médicalement incontestable alors voyait le jour avec l’hygiénisme. Fort heureusement, les forces politiques mais aussi littéraires et artistiques – on pense bien sûr à Zola – et bien d’autres acteurs de la société civile et universitaire ont démontré magistralement que de pathologies hygiénistes il y avait surtout des conditions matérielles et sociales épouvantables. Depuis, exit l’hygiénisme. Les mécanismes du système mis à jour, puissions-nous espérer qu’il en soit ainsi de la psychiatrie.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 27 Décembre 2009 à 0h09

      Scheiro dit

      Christophe Nagyos, le type qui se fait passer pour un journaliste chez Causeur et qui a signé ce papier, est mûr pour la cabanon. A la lecture de son article on reste persuadé que la psychiatrie a encore de beaux jours devant elle. Jamais je n’aurais cru que Causeur puisse offrir une tribune à un malade pareil.

    • 25 Décembre 2009 à 23h11

      pirate dit

      réponse puéril, relisez le fil.

    • 25 Décembre 2009 à 22h54

      susheela dit

      @ pirate

      “ce n’est pas un concours de chien savant comme vous semblez le croire.”

      Ah bon? J’en apprends des trucs, avec vous, alors !

      Bon eh bien nous allons tous fermer nos gueules et vous laisser nous expliquer ce qu’est la psychiatrie, puisque votre séjour dans les hôpitaux en tant que malade a fait de vous un spécialiste.

      Nous vous écoutons religieusement. Allez-y pirate, vous avez la parole.

    • 25 Décembre 2009 à 22h31

      pirate dit

      “Je connais au moins deux personnes qui ont été victime d’internement abusif.
      De nombreux ouvrages ont été écrits sur ce sujet.”
      C’est bien ce que je dis du tourisme. Non je n’ai aucun mal à vous contredire, c’est même plutôt facile. Ce qui est en revanche impossible c’est que vous admettiez avoir tord. Ca c’est une certitude ici. Je me passes de vos félicitations, ce n’est pas un concours de chien savant comme vous semblez le croire.

    • 25 Décembre 2009 à 22h18

      susheela dit

      @ pirate

      “Vous avez prit l’avion en touriste, moi c’est pas du tourisme que j’ai fait. ”

      Vous êtes allé consulter en psychiatrie en professionnel de la profession? ;-)
      Même avec mon petit cerveau, vous avez bien du mal à me contredire, que devrais-je dire du votre?

      Allez, j’arrête de vous agacer.

      Je connais au moins deux personnes qui ont été victime d’internement abusif.
      De nombreux ouvrages ont été écrits sur ce sujet.
      Mais je suis bien contente pour vous si vous avez été soigné. Félicitations.

    • 25 Décembre 2009 à 22h01

      pirate dit

      Vous avez prit l’avion en touriste, moi c’est pas du tourisme que j’ai fait. Comme vous ne comprenez pas l’expression “nuancé” vous partez du principe que je sais et fermez le banc. Encore votre prétention à juger les autres. Non je ne sais pas, contrairement à vous qui affirmez que cet article a raison à 100%. Je ne sais que ce que mon expérience m’a enseigné, et je ne suis nullement angéliste à propos de la psychiatrie et des psychiatres. Je le répète histoire que votre petit cerveau s’en imprègne. Cet article affirme que les psychiatres ne soignent pas, c’est faux. Que la chimiothérapie est inutile, c’est faux. Qu’ils ont tout pouvoir, c’est faux notablement en H.O et également en HDT. Qu’ils décident qui est malade ou non, c’est faux et même ridicule. Qu’ils peuvent obliger un malade à prendre ses médicaments, hors HP c’est faux et surtout c’est totalement illusoire.

    • 25 Décembre 2009 à 21h55

      souris donc dit

      Bravo Sushi, là vous parlez d’or, sur les images-choc sur les paquets de cigarette, vous êtes sectaire et, pârdonnez-moi, idiot utile de l’hygiénisme, vous rendez-vous compte à quel point c’est insupportable de se voir prescrire ses conduites, au prétexte qu’elles sont à risque. On ne peut plus ouvrir un media sans que l’on nous accable de préceptes nouveaux, on a l’impression que les gens ne savent plus quoi faire de leur peau, donc ils vont militer. Les décroissants, la souffrance animale, le téléphone portable… Tous les prétextes sont bons pour militer et c’est devenu essentiellement pouvoir emmerder les autres avec bonne conscience. Grave.

    • 25 Décembre 2009 à 21h14

      susheela dit

      @ Saul

      Moi, je prétends que c’est de cela qu’elle est victime, comme Bérégovoy. Rama Yade aussi, en est victime, elle a été mise sur la touche alors qu’elle a un discours très clair. Fadela Amara également, puisqu’elle n’est pas prise au sérieux et n’a toujours pas reçu les crédits nécessaires à la moindre action dans les quartiers.

      Rachida Dati a terminé une réforme nécessaire pour laquelle tous ses prédécesseurs avaient jeté l’éponge. Et cela gène, évidemment. Elle est loin d’être incompétente en politique, son action même le prouve: il s’est passé lors de son ministère plus que lors des 20 années précédentes…

      Le procès en pipolisation est un mauvais procès, son attitude lors de sa grossesse et son accouchement en est la preuve.

    • 25 Décembre 2009 à 21h02

      Saul dit

      Susheela,
      “Donnez-nous la proportion de femmes, d’ouvriers et de membres issus de minorités culturelles dans ce parlement; élargissez aux équipes dirigeantes dans le privé.
      Certains ici me fustigent quand je rappelle cette évidence. Elle est pourtant factuelle, et vous n’avez rien à me répondre à cela.”

      non, vous en tirez une mauvaise conclusion….ce n’ est pas pour ça qu’ elle est “victime” des média, mais à son incompétence en matière politique.
      sinon pourquoi Rama Yade n’ en est elle pas victime elle aussi ?
      ou Fadela Amara ?

    • 25 Décembre 2009 à 20h31

      susheela dit

      @ pirate

      ” ça me permet d’avoir un avis un peu plus éclairé sur le sujet que l’auteur de cet article et que vous même.”

      Et après cette affirmation, nous sommes tous sensés nous écraser? Cela s’appelle un argument d’autorité: j’ai raison parce que je vous dis que j’ai raison !

      Moi j’ai pris l’avion plusieurs fois dans ma vie. Suis-je pour autant une experte en aéronautique?

    • 25 Décembre 2009 à 20h29

      susheela dit

      @ Saul

      “mais étant vous meme française, Noel est feté par la majorité des habitants de ce pays non plus comme une fete religieuse mais fete tout court”

      Ben oui, mais pas chez nous…
      C’est grave docteur?

      Pour en revenir aux maghrébins, faut-il que je recommence? J’ai posé une question très claire après avoir montré une photo de l’hémicycle de l’assemblée nationale. Donnez-nous la proportion de femmes, d’ouvriers et de membres issus de minorités culturelles dans ce parlement; élargissez aux équipes dirigeantes dans le privé.
      Certains ici me fustigent quand je rappelle cette évidence. Elle est pourtant factuelle, et vous n’avez rien à me répondre à cela.

      Quand vous aurez compris cela, vous aurez un début de réponse au problème qu’a posé Dati à l’establishment (elle cumule en effet, aux yeux de ses membres, ces trois “tares”).

      Que vaut une “représentation nationale”, si elle ne représente qu’une infime proportion des citoyens?

    • 25 Décembre 2009 à 17h02

      pirate dit

      Oui moi j’ai capté Saul, mais cette personne a ses certitudes, elle sait tout de nous. Oui Sushitruc j’ai été patient, et j’ai connu des gens qui l’ont été, ça ne fait pas de moi un expert, je n’ai pas votre prétention, en revanche ça me permet d’avoir un avis un peu plus éclairé sur le sujet que l’auteur de cet article et que vous même. Par éclairé j’entend qui soit un peu plus nuancé que ce délire de paranoïaque au sujet de la psychiatrie, et pour autant certainement pas angeliste, loin s’en faut.

    • 25 Décembre 2009 à 16h04

      Saul dit

      sorry, votre phrase était “Surtout si sa famille est composée de maghrébins…”

    • 25 Décembre 2009 à 15h52

      Saul dit

      “Je sais, un mythe s’effondre, en même temps qu’une de vos certitudes…”

      vous ne m’ apprenez rien ( faudrait cesser cette petite morgue, ça peut paraitre très charmant et rigolo au début mais elle n’ est pas justifiée pour un rond, vous ne faites qu’ énoncer des préjugés sur des personnes que vous ne connaissez pas du tout, ça vous dessert vraiment et ne montre que votre vacuité… par ex j’ ai encore en mémoire votre adresse à Pirate, en gros ” si vous aviez des maghrébins dans votre famille “…tordant ! )

      mais étant vous meme française, Noel est feté par la majorité des habitants de ce pays non plus comme une fete religieuse mais fete tout court….ce n’ est plus uniquement une fete chrétienne..

      je sais, un mythe s’effondre, en même temps qu’une de vos certitudes…mais ça va passer, vous inquietez pas….

    • 25 Décembre 2009 à 14h14

      susheela dit

      @ pirate

      “Susheela allez donc faire des leçons ailleurs, et surtout pas à moi sur ce sujet particulier”

      Je ne vous fais pas la leçon, je vous fais remarquer que ce que vous dites n’est pas exact, et j’assume mon soutien à cet article. Par ailleurs, si vous avez été patient d’un hôpital psychiatrique, cela ne vous rend pas expert en la matière pour autant, à moins que vous ne preniez votre cas pour une généralité. Mais si vous avez été bien soigné, c’est tant mieux pour vous et nous ne pouvons que nous en réjouir. Encore heureux, cela existe aussi.

    • 25 Décembre 2009 à 12h48

      pirate dit

      Susheela allez donc faire des leçons ailleurs, et surtout pas à moi sur ce sujet particulier, moi je suis me suis pas contenté de faire des visites. Enfin pas seulement.