La mort comme accessoire de mode
Restless de Gus Van Sant, le précieux ridicule.
Publié le 08 octobre 2011 à 9:32 dans Culture
Mots-clés : Gus Van Sant, Henry Hopper, Restless

Restless
Difficile de dire, en voyant Restless, si Gus Van Sant a voulu pousser la préciosité jusqu’au goût du néant, ou si, à l’inverse, il s’est contenté de faire de la mort un petit joujou délicat. Ce qui est sûr en tout cas, c’est que nous avons affaire à un film maniéré qui ne dévoile ses personnages qu’à travers mille subtilités vestimentaires, photographiques et discursives. L’art du froufrou y est élargi à la mise en scène et au jeu des acteurs. Illustration : les deux plans où le personnage joué par Henry Hopper trace au sol sa silhouette comme sur le lieu d’un meurtre et laisse, dans une fausse désinvolture, son bras hors du contour marqué au sol.
Pourquoi s’arrêter à ce vain détail ? Parce qu’il s’agit d’un phénomène exactement égal au coiffé-décoiffé du même personnage, aux effets de cadrage et de photographie naturels, et à tous les autres manifestations de négligé-sophistiqué qui hantent le film.
Gus Van Sant systématise cette préciosité jusque dans la relation entre les personnages. Avec Enoch et Anabel, les dialogues ne sont jamais directs. Il y a toujours un troisième terme ou une tierce personne. Ce sont les paroles prétendument adressées à une pierre tombale, les interventions de Hiroshi, le fantôme kamikaze, ou encore l’érotisme contourné du faisceau d’une lampe de poche.
On a donc l’impression que rien n’est vécu immédiatement mais en référence à autre chose : la maladie d’Anabel ne fait que renvoyer à la mort des parents d’Enoch et l’amour entre les deux remplace l’amitié imaginaire construite avec Hiroshi. C’est d’ailleurs appuyé assez lourdement, dans ces deux scènes où Enoch jette des cailloux au passage d’un train, successivement avec Hiroshi et Anabel.
Evidemment, la tierce personne qui vient constamment ajouter son grain de sel n’est autre que la mort : un fantôme, une pierre tombale, une maladie, etc. Et Gus Van Sant a au moins le mérite de tirer les conséquences de cette omniprésence de la mort en ôtant toute existence véritable à ses personnages – on pense à nouveau à cette caméra surplombante qui nous montre le couple étalé sur le sol, simple tache sur le bitume. Comme si penser à la mort ne faisait que vampiriser Anabel et Enoch, les vidant de leur présence et rendant leurs contours aussi arbitraires qu’un tracé à la craie. De fait, tout dans ce couple est indifférencié : nos adolescents éthérés ne sont ni vraiment homme, ni vraiment femme: pour qui ne le voit pas directement, Hiroshi fait assez de blagues sur le fait qu’Anabel s’habille comme un garçon. De fait, ils ne sont ni vraiment enfants ni vraiment adultes, faisant l’amour entre deux chasses aux bonbons d’Halloween.
En somme, le film de Gus Van Sant procède de deux postulats pour le moins naïfs. Premièrement : penser à la mort signifie être déjà un peu mort. Deuxièmement : avoir un pied dans la tombe, c’est chic et cute. En fait, Restless, c’est l’inverse de Gerry, où l’épaisseur des personnages, leur présence, était tout ce qui semblait importer à Gus Van Sant. Dans une voiture, dans le désert de pierre ou dans la mer de sel, la caméra tournait autour des personnages, les redéfinissait à chaque plan, jusqu’à l’épuisement.
En passant du royaume des vivants à celui des morts, comme dans l’Au-delà de Clint Eastwood, Gus Van Sant a failli comprendre que le flou artistique ne suffisait pas. Dans le film d’Eastwood, l’au-delà de la mort était une obscurité paradoxale qui cachait et dévoilait à la fois, une ombre qui dessinait précisément les contours d’une possible existence. Dans Restless, on retrouve cette subtilité au détour d’une scène d’amour : dans l’obscurité d’une maison abandonnée, l’autre est comme découvert pour la première fois à la lumière d’une lampe torche. Mais c’est bien l’une des seules profondeurs de ce film futile où la mort se porte en bandoulière comme un accessoire de mode.
Restless se termine en comédie mélodramatique banale : maladie, dispute, mais réconciliation finale autour d’un xylophone et d’une bonne plâtrée de bonbons. On a du mal à le dire, on a même du mal à le penser, mais sur ce coup-là l’excellent Gus Van Sant a tout du précieux ridicule.
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L'auteur
Timothée Gérardin est l'auteur du blog cinéphile Fenêtres sur cour.
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livia dit
Merci du conseil Pirate
Je n’ai aucune passion particulière pour la Mongolie ;-)
“Le chien jaune” parle d’animaux et je ne vois jamais aucun film dont c’est le sujet, meme juste un peu , pas plus que les films de guerre car après “johnny got his gun” , the big red one” et le dernier vu “Apocalypse now”,je m’abstiens. Sans parler des films qui évoquent la Shoha.
pirate dit
Ah oui mais le chien jaune est un film humain, je suis très porté sur les tites bébette croyez moi, j’ai chialé devant Croc blanc à 15 ans c’est dire, et pas du tout porté sur les guimauverie donc n’ayez pas peur. C’est dommage pour les films de guerre, il y en a quelques uns qui sont vraiment des monuments. mais si cette violence là vous rebute, j’entend bien. Cela dit Johnny c’est pas non plus super léger question lacrymale et Apocalypse, si vous ne pouvez pas dépasser l’aspect seulement violent, on rate le trip. Vu que c’est surtout ça Apocalypse, un trip, dans tous les sens du mot.
pirate dit
Cela dit moi si la Mongolie me fascine, comme à peu près toute l’asie en fait
livia dit
Pirate
Si vous avez moyen de voir le film dont je cause , votre avis m’intéresse, comme celui des autres causeurs…
pirate dit
a l’occasion, il existe en streaming. si vous aimez ce monde là je vous conseille le Chien Jaune.
livia dit
PS :
Eclair
Le ne suis pas très douée pour les analyses-critiques, j’aime au cinéma : une histoire , un scenario qui tienne la route bien filmé, de belles images -photos si possible, une manière de raconter qui me donne des émotions, de préférence avec des suets-sentiments universels, mais pas forcément et pas à chaque fois.J’aime les histoires singulières et originales qui me dépaysent et me font ressentir des trucs ect…les exemples sont si nombreux et j’ai un peu oublié les titres.
Je sais pourquoi meviens à l’esprit un film qui m”avait comblé, en sortant j’étais joyeuse et me disais :çà c’est du cinéma !
“Le mariage de Tuya ” vous l’aurriez vu, par hasard ?
l’histoire est très loin de notre vie ici mais ce qu’il montre m’a vraiment touché, tragique-drole-dépaysant en étant proche bref ce que j’aime et recherche au ciné.
Mais ils y en a un tas d’autres aussi superbes .
livia dit
PS :
Eclair
Le ne suis pas très douée pour les analyses-critiques, j’aime au cinéma : une histoire , un scenario qui tienne la route bien filmé, de belles images -photos si possible, une manière de raconter qui me donne des émotions, de préférence avec des suets-sentiments universels, mais pas forcément et pa
pirate dit
Thimothée vous devriez faire un article sur le dernier Refn “Drive” à mon avis il va vous donner du fil à retordre
livia dit
Eclair
Comment dire, depuis petite j’ai vu, ici à Paris des milliers de films de toutes sortes et de toutes cultures diverse et variées, ce qui fait que je me suis formée un certain GOUT, et des critaires qui me sont propres, j’imagine que pour les mélomanes c’est un peu pareil, une culture en fait.
Ce film m’a déplu parceque je l’ai ressenti comme une insulte à ma sensibilté, ma (petite assez petite intelligence du ciné de ce que j’attends et pense du cinéma.
livia dit
GPS
Vous étiez critique de films ?
Je ne lis jamais une critique avant de voir un film …et après non plus juste sur Causeur.
Vous avez aimé, pourquoi pas .
Personne n’a raison ou tort c’est selon.
GPS dit
Bien sûr, Livia, que j’étais critique. (Si je le dis, ce n’est tout de même pas pour m’en vanter.) Que personne n’ait raison ou tort se discute. Il y a des films (ou des livres, etc.) qu’on peut estimer avoir mal jugés en les revoyant quelques jours, quelques semaines ou quelques années plus tard. Donc : on avait tort. Inversement, le temps peut confirmer combien on avait raison. Sinon, aimer ne dispense pas d’argumenter, de donner des raisons. C’est pourquoi cet article me plaît, avec lequel pourtant je suis en désaccord. (Moi aussi, j’évite en général de lire les critiques avant de voir un film. Après, ça dépend. Cependant, quand on est critique, on écrit parfois pour encourager à aller voir un film. Et il arrive que ça marche.)
pirate dit
Je n’ai jamais vu l’intérêt de décourager à voir un film, c’est ce qui m’emmerde avec certain critique, passé leur avis, rien ne doit être. Je ne lit jamais les critiques, je préfère me rendre sur les sites des cinéphile et me faire une idée. Le seul qui échappe à cette classification c’est Stéphane Moïssakis, du magazine Madmovies, vu qu’on est souvent d’accord sur les films, du coup j’ai tendance à lui faire confiance, mais bon on est pas devenu pote par hasard non plus.
GPS dit
Démolir un film (un livre, etc.) rend parfois intelligent. L’agacement est ici très solidement argumenté. Cependant, à la différence de l’auteur de l’article, j’ai aimé le film. Qu’il soit superficiel est précisément ce qui à mes yeux lui donne sa profondeur. Il est touchant parce que futile, il n’est pas ridicule car il affronte le ridicule. Et ainsi de suite. Tous les arguments énoncés contre “Restless” me paraissent lui donner plus de prix. Si j’étais encore critique de cinéma, je prendrais la peine de développer. Par chance, je ne le suis plus.
pirate dit
Je n’ai pas vu le film, mais c’est ce qui m’avait frappé avec Elephant, sa façon de traiter ce fait divers en adoptant le point de vue, disons, de l’ennui existenciel complet de ces deux jeunes assassins, et l’aspect parfaitement superficiel de leur vie. Mais avec ce réalisateur on peut passer du pire (even the cowgirls got the blues) au meilleurs (prête à tout)
livia dit
Il y avait longtemps que je n’étais pas sortie d’une salle après 30 minutes de projection.
Les films français où on se moque de nous (le public) nous sommes résignés et de plus en plus souvent on passe notre tour.
Mais là, un G V Sant, trop c’est trop ;-)
eclair dit
Pourquoi livia etes vous sorti aussi vite? Qu’est ce qui ne vous plaisait pas dans ce film?