La hausse de l’or et le déclin de l’Occident
Le péril jaune, le vrai
Publié le 02 juillet 2010 à 13:00 dans Économie
Mots-clés : Économie

L’or flirte avec le niveau hautement psychologique des 1250 dollars l’once dans un contexte où la Chine diversifie une part de plus en plus substantielle de ses réserves en métaux précieux au détriment des monnaies. Pourtant, une étude de Merrill Lynch a démontré que les cours actuels de l’or étaient très loin d’être surévalués. En effet, selon cet établissement qui se réfère aux fluctuations des cours de l’or par rapport aux marchés boursiers lors de la dernière bulle spéculative des métaux précieux il y a trente ans, le marché de l’or ne serait en formation de “bulle ” susceptible d’imploser que si les prix s’appréciaient de 625% pour atteindre 6000 dollars l’once dans le cadre d’un marché boursier statique !
Le billet vert et l’euro sont à l’évidence les grands perdants de cette réallocation d’actifs chinois même si ces opérations de diversification – peu connues du grand public – sont toutes effectuées dans une atmosphère discrète par des autorités soucieuses – dans leur propre intérêt – de ne pas déstabiliser les marchés. Voilà pourtant plusieurs mois que la Chine met en place méticuleusement et mathématiquement tous les pions de ce jeu d’échec à échelle planétaire dont une partie cruciale – qui se joue sous nos yeux – se traduit par une flambée des prix de l’or. Son objectif étant de protéger ses intérêts vitaux, cette partie se terminera de manière fort prévisible par un constat d’échec cuisant pour la monnaie fiduciaire, en tout cas dans son acception actuelle.
Depuis mars 1968, date à laquelle les dollars en circulation cessent d’être garantis par des réserves de métal jaune, depuis la fin de la convertibilité du dollar en or qui date d’août 1971, les Etats-Unis – et par extension les pays occidentaux qui leur ont emboîté le pas – ne cessent de vivre au-dessus de leurs moyens en abusant d’un système qui leur a permis de vivre à crédit impunément…jusqu’à maintenant. Cette rigueur que conférait naturellement l’obligation de maintenir des stocks d’or en quantités précises et ce, en échange de toute monnaie en circulation, n’étant plus de mise dès le début des années 1970, certains pays ont pu se vautrer dans un confort artificiel, vivant aux crochets d’autres nations plus industrieuses, ne parvenant à pérenniser ce système quasi mafieux que par un impérialisme et parfois par un chantage – financier et géopolitique.
Les épisodes de croissance faste ponctués par une dérégulation à outrance et par la suppression de toute surveillance et de toute discipline un tant soit peu restrictive n’auront ainsi pas empêché le drame qui se jouait en coulisse et qui a tout d’abord vu le dollar américain perdre graduellement de sa valeur sur une période longue de trente ans. Cette lente mais inéluctable érosion du billet vert a par la suite déteint sur un euro d’autant plus affecté par les endettements excessifs de la plupart des membres de l’Union que cette combinaison perdante consistant à laisser les générations futures gérer le poids de ces ardoises n’a en rien été amendée à la faveur de la dernière crise.
Des monnaies gagées sur un endettement colossal
Pour des motifs démagogiques, populistes, électoraux ou par simple lâcheté, nos Etats occidentaux ont fait preuve d’une réelle obsession à éviter absolument la récession, fût-ce au prix de déficits atteignant des niveaux cosmiques ! Les conséquences de plus de trente années de “deficit spending” consistant à dépenser sans compter de l’argent qui ne nous appartenait pas et à enfler nos déficits à l’image de la grenouille de La Fontaine sont perceptibles aujourd’hui avec la volte-face chinoise qui se traduit par une perte de confiance dans les monnaies fiduciaires ( il y a théoriquement la notion de confiance dans le terme “fiduciaire”), monnaies dont la valorisation est aujourd’hui soutenue non plus par des stocks d’or mais par un endettement colossal.
Un signal fort et sans équivoque est donc émis par la Chine : le monde a impérativement besoin de monnaies saines reposant sur des fondations solides en l’absence desquelles tous les papiers-valeurs, assurances-vie et autres investissements immatériels verront leur valeur se rétrécir comme une peau de chagrin. L’océan de monnaie créé industriellement par nos responsables politiques et économiques dans l’espoir de relancer la machine finira par noyer nos pays dits développés tout en contribuant fatalement à appauvrir l’Occident. Comment ne pas comprendre dans un tel contexte la prédilection des Chinois et d’autres pour des actifs “tangibles” comme l’or alors que les manipulations et artifices financiers de nos pays en arrivent au point de rupture ?
La démonétisation de l’or au début des années 1970 ayant fourni un prétexte à une anarchie comptable sans précédent, le retour en force du métal jaune sera inversement proportionnel à la puissance de l’Occident.
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L'auteur
Michel Santi , ex-cambiste et trader, décortique, scrute et analyse le monde de la Finance.
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Midas dit
La logique qui consiste a asseoir la normalite d’un certain type de phenomene par ses occurrences passees est douteuse et dangereuse. Exemple: Il y a toujours eu des meurtres crapuleux donc le meurtre crapuleux est normal et il est absurde de se revolter contre ca.
Tranquilement, c’est la morale, cette etrange idee que l’homme peut s’elever en tirant sur ses lacets, qu’on assassine!
Ensuite, cela vide la notion de crise (decision en grec) de sa substance. La crise est la periode ou un choix doit etre fait, en reponse a une menace precise, et ou l’absence de decision consititue une forme de decision.
Les crises ont toujours profondement transforme les environements qui les subissaient, modifiant considerablement les rapport des forces. Le capitalisme, en daignant accorder un peu d’idiosyncrasie a ce terme nebuleux, et comme tout ce qui est soumis au temps, en a toujours ete profondement modifie.
La redistribution des cartes se joue en ce moment et les esprits inquisiteurs sont parfaitement fondes d’essayer de comprendre la martingale qui regit cette roulette. Le cours de l’or est un precieux indice dans cet exercise…
Sophie dit
Mon cher Gaëtan, cessez de vous énerver. Je raconte des bétises parce que je n’y connais rien et que j’aime faire rire. Vous avez certainement raison.
En fait votre commentaire, certainement plein de bon sens, m’a rappelé une conversation avec ma mère, assez fortunée, à une époque où j’étais fauchée au point d’avoir faim.
-Ah, ma petite chérie, me dit-elle dans son vison, tu ne connais pas ta chance. Tu n’imagines pas ce que j’ai comme souci de placements! Ca me fait vieillir.
Oui, Maman, t’as sûrement raison. Je t’aime Maman. Je peux te piquer une clope? Ca fait 4 jours que je n’ai plus fumé.
Les cigales dans mon genre ont bien de la chance qu’il existe des gestionnaires sérieux comme vous ou fatback.
Et peut-être que vous aussi, vous avez de la chance d’entendre chanter les cigales….
Gaétan Brunoy dit
@Pierre premier
Intéressant ce texte sur l’or de la CGB qui le présente comme une assurance en temps de guerre, mais il appelle la critique suivante : ne prend-on pas plus de risque de perdre (notamment en cas de succession) ou de se faire voler 200 napoléons cachés à domicile qu’une guerre n’éclate ?
Ceci dit, je regrette amèrement d’avoir vendu les napoléons de ma grand-mère au plus bas des cours, il y a une dizaine d’années.
Gaétan Brunoy dit
@Sophie
Je disais juste que ce n’est pas parce que l’économie est une activité humaine qu’elle n’est pas soumise à des aléas, une alternance entre phases d’euphorie et phases de consolidation.
Depuis deux ans que dure cette crise du subprime, les prophètes de malheurs nous expliquent que c’est la fin du capitalisme (ils le criaient surtout au début, moins maintenant). Ils présupposent que la crise n’est pas normale, qu’elle est sinon un complot, du moins un scandale, une preuve que le système “ne marche pas”, comme s’il y en avait d’autres !
Or la crise a toujours existé, bien avant même le krach des tulipes de 1636. Les krachs sont des phénomènes parfaitement normaux et le capitalisme leur a toujours survécu. Il est parfaitement absurde de se révolter contre ça.
C’est comme la maladie : un symptôme récurrent de la vie. Le seul moyen de l’éviter, ce serait de mourir à titre préventif : un peu comme le communisme qui invariablement euthanasie son économie.
ubundane dit
J’ai cru comprendre qu’une…comment dit-on déjà? “crise” nous tombe dessus, on en connait les causes, enfin on croit en connaitre certaines, il y en a de toutes les couleurs, aspect énergétique(pétrole et tout ça), aspect financier (spéculations sauvages, bulle financière, subprimes etc..)as :pect politique (dépenses d’état exagérées, morale politique déficiente…)aspect social (chute de la consommation, dépenses sociales croissantes, chomage en hausse) en fait on ne sait plus ce qui est cause ou effet. Dans un système bouclé les deux sont liés souvent de façon irrémédiablement vicieuse…Le résultat est une dette publique qui non seulement est énorme mais de surcroit elle enfle en permanence. Alors la question à 1 euro est la suivante : Nos picaillons sont partis, notre dette augmente, qui sont les malins qui détiennent nos créances? C’est qui qu’a l’pognon??
Pierre 1er dit
Je recommande à ceux qui se demandent si l’or peut-être un bon placement en période instable comme celle où nous sommes juste en train d’entrer, de lire ce texte assez bref :
Faut-il détenir de l’or ?
http://www.cgb.fr/or/or_detenir.html
Sophie dit
Tout à fait, Georges.
Les bijoux en argent illuminent d’ailleurs bien plus le visage que ceux en or.
Le mieux, si votre teint est un peu flagada, argent et perles! LU-MI-NEUX!
George dit
Bonjour,
Pas un mot sur l’argent (le métal), c’est pourtant l’or du pauvre….
Yul dit
“Et les banques centrales independantes ont pour objectif principal de lutter contre l’inflation parfois aux depens de l’investissement et donc de la croissance.”
d’une part je ne suis pas convaincu que lutter contre l’inflation nuise à l’investissement, qui a besoin il me semble d’une certaine stabilité, et d’autre part je crois bien que la BCE vient de salement se compromettre.
Sophie dit
Notez, mon cher Denis, que si nous allions les yeux grand ouverts, ça ne changerait pas grand chose au résultat….
Denis Monod-Broca dit
Je crois malheureusement que vous avez aison. Nous allons les yeux grands fermés à la catastrophe.