La haine des plages

Chronique d’une petite mort lente …

Publié le 08 août 2010 à 10:01 dans Culture

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Durant tout cet été, Arnaud Le Guern nous fait découvrir sa bibliothèque de plage idéale. Cette semaine, il rend un hommage, forcément balnéaire, à José Pierre.

Connaissez-vous José Pierre ?

Ami des surréalistes, poète, essayiste, il est l’auteur d’un dictionnaire de poche du pop art et de nombreux romans – notamment Qu’est-ce que Thérèse ? C’est les marronniers en fleurs, salué par Mandiargues et Truffaut – où les sens sont à la fête ; Frédéric Schiffter parle de lui dans ses Délectations moroses.

Le “philosophe sans qualité” nous apprend que les jolies lycéennes, auxquelles il enseigne la pensée de Clément Rosset et les mélodies mélancoliques de Françoise Sagan, aiment beaucoup La haine des plages, roman publié par José Pierre en 1980, roman qu’elles lisent et relisent sous la couette les nuits d’hiver ou, les jours d’été, parées d’un maillot de bain blanc et chaussées d’espadrilles, en terrasse d’un bistrot avec vue sur mer.

Les jolies lycéennes de Schiffter ont un goût exquis – ne doutons pas qu’elles apprécient également Le Professeur de Valerio Zurlini avec Alain Delon et la féerique Sonia Petrova. Les jolies lycéennes sont une incitation à se perdre entre les pages de José Pierre qui, en exergue, cite Francis Jammes : “Veux-tu faire se pencher vers moi comme des roses toutes les bouches de toutes les jeunes filles ?

Un amour d’été

Nous sommes à Biarritz, un mois de juillet de la fin des années 70. Un critique d’art cinquantenaire, séducteur d’avant l’ère des boîtes à partouze, est l’amant d’une artiste photographe et tombe amoureux de sa fille de 13 ans. Avec une élégance qui fait penser au Dominique Noguez d’Amour noir, José Pierre raconte cette histoire de passion et de petite mort lente. “A mes propres yeux, ce n’est pas le moindre mystère de mon comportement amoureux que cette propension que j’ai à me trouver au même moment sensible à plusieurs femmes, même si de l’une d’elles en particulier je suis profondément épris. Un moraliste dirait que chez moi le roucouleur n’est jamais très loin du libertin ; un historien des moeurs et de la littérature que le Romantique coexiste fort bien dans mon coeur avec l’homme du XVIIIe siècle – et Werther avec Valmont !

Peut-on encore aimer les jeunes filles ?

Dans La haine des plages, Pierre laisse la parole à la douceur et aux drames d’une saison sous les caresses. Il y a des jeux érotiques qui excitent, puis qui lassent. Il y a un film vu un soir de pluie, avec Michel Piccoli comme acteur principal. Il y a une mère qui flirte avec la jalousie. Il y a certains plaisirs du corps comme ultime résistance, déjà, à un monde de légèreté qui se meurt. Il y a surtout Cathy à la plage, sur la Côte des Basques ou sur le Rocher de la Vierge : son visage “presque en amande”, ses cheveux “d’un chatain très léger, qui lui faisait comme un nuage alentour de la tête”, ses “yeux d’un bleu tirant aux confins du gris”, ses lèvres tarmac des baisers insensés, ses épaules délicatement arrondies, ses seins de nymphette sous le bikini ou en liberté, ses jambes longues et bronzées et son art de fumer, avec l’innocence sensuelle d’une héroïne de Tom Wesselman, des cigarettes blondes.
Peut-on aimer une jeune fille ? Notre époque de procureurs ennemis de la peau et des mots répond par des procès et des listes noires. Nabokov, avec Lolita, a répondu “oui”; Gabriel Matzneff, (pensez à relire Ivre du vin perdu !), également; José Pierre et les jolies lycéennes de Schiffter aussi.
La haine des plages ancre dans le coeur de chacun, de chacune, le sourire de Cathy avant, pendant, après l’amour et la nostalgie des étés de notre éducation sentimentale.

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  • 11 August 2010 à 9h55

    Joëlle dit

    Yanka,
    On vous laisse le dernier mot, vous avez tous les droits en littérature.
    On peut avoir une opinion, sans souhaiter la censure.
    J’espère que c’est assez vous accorder, mais vous avez l’air si fâché que j’ai un doute.

  • 11 August 2010 à 7h47

    Yanka dit

    Il en traîne donc bien beaucoup par ici, des procureurs et des critiques littéraires de bon aloi, propres sur eux, sûrs d’eux-mêmes et de leurs mœurs avouables, comme autant de répliques tellement fadasses du monotone Assouline ! Est-il question dans le texte charmant de Le Guern de célébrer la pédophilie ou même la littérature pédophilique ? Non. Il nous parle d’un livre forcément trouble dont le héros tombe aussi amoureux d’une gamine de 13 ans, chose fort banale en littérature et dans la vie ces années-là. Si Arnaud Le Guern célèbre ici quelque chose, c’est le trouble, la fraîcheur, la grâce et un rien de mélancolie estivale. Toutes ces choses nous sont devenues bien étrangères. On n’ouvre plus son cœur, mais on serre les fesses. On ne risque guère d’être troublé par rien lorsqu’on passe sa vie à juger et à condamner.

  • 11 August 2010 à 1h27

    ahoui-génial dit

    “Lolita est, au contraire une oeuvre CONTRE la pédophilie; elle est victime jusque dans sa mort de cette ordure d Humbert qui l a detruite corps et ame; il faut etre un esprit malsain pour y voir une ode à la pedophile”

    Oh ! Le fantôme de la Reine Victoria vient faire des tours sur Causeur. Quel honneur pour Elisabeth Levy !

    Lolita n’est ni pour ni contre la pédophilie (bien au contraire, hu hu) ; c’est un roman, mais il est vrai que le siècle moral où nous vivons a un peu oublié ce qu’était la fiction. Elle ne prouve ni ne défend rien ; elle montre. En l’occurence, vous racontez des bêtises : Nabokov lui-même aimait beaucoup les jeunes filles, et il y a forcément de lui dans son Humbert. Par ailleurs, lisons les grands romans de Nabokov, et pas uniquement Lolita qu’on achète pour des raisons non littéraires : Ada ou l’ardeur, Chambre obscure (où se trouve un autre personnage de nymphette séduisant un homme installé d’une quarantaine d’années), Feu pâle, ou bien l’excellentissime, hilarant et trop peu connu Pnine. Quant à Montherlant dont il a été question sur ce fil, il faut le séparer du bruit qui est fait autour de lui (de plus en plus faible, hélas) : il a été démoli après sa mort par des biographies honteuses et des secrets de polichinelle montés en scandales. Tout le monde savait qu’il allait chercher des garçons sur le trottoir et couchait avec de petits Arabes. Relisons Le Chaos et la Nuit, Les voyageurs traqués, son théâtre, la série des Alban de Bricoule…

  • 10 August 2010 à 23h53

    le guern dit

    la haine des plages est un magnifique roman.
    Comme lolita, comme ivre du vin perdu, comme fermina marquez.
    Un roman, une histoire, un style.
    Ca semble difficile à lire pour quelques excisés de la sensibilité aux commentaires faciles.

  • 10 August 2010 à 23h36

    ahoui-génial dit

    Eh bien ! Il me semble que Muray avait écrit un truc sur les grands défenseurs de la pédophilie ; c’est une telle icône ici que je suis très étonné des commentaires qui me précèdent.

    Vous faites du mal non seulement à Nabokov (et pas seulement à Lolita), mais à Fermina Marquez de Larbaud et aux Garçons de Montherlant, qui sont deux chefs d’oeuvre. Dans l’affaire Polanski, remarquez, vous êtes entourés par Marine Le Pen et la pire des gauches : triste compagnie…

  • 9 August 2010 à 19h32

    Gaétan Brunoy dit

    Cet articulet me fait penser aux sites web des boîtes échangistes, qui dans des calligraphies à l’eau de rose nous vendent du “libertin”, du “lieu raffiné” prout-prout, là où il s’agit ni plus ni moins que de copulations vulgaires sentant le caoutchouc durex et la merde.

    Démonstration ici :
    http://www.les-chandelles.com/

    Ca en devient lassant, cette propension d’écrivains ratés passant leur temps à se pignoler sur leurs vices, et tentant de nous faire passer pour des lanternes de poésie subversive les vessies de leurs fantasmes pédophiles.

    En l’occurrence, le subversif en la matière, ce serait d’exiger qu’on nettoie certaines sanies.

  • 9 August 2010 à 12h39

    Trotte-ski dit

    Rosethé, merci d’avoir remise l’église homo-hétérodoxe Matzneff au milieu du village. Écrivain surfait mais idolâtré d’un petite secte énamourée. Narcisse qui passe son temps à dire combien ses jeunes conquêtes l’admirent (ses tapins prépubères et exotiques, eux, nonobstant ce qu’il dit de leurs regards éblouis euzaussi, se contentent de recevoir la thune).

    Écrivain surfait : son style est comme les muscles de culturistes qu’il a longtemps exhibés à Deligny : brillant, mais gonflé et dur. Le seul passage d’émotion que j’aie trouvé dans ses livres est la mise à mort d’un pédo par ses gitons philippins.

    Et si on veut vraiment un écrivain pédophile, lire Tony Duvert. Un style, une émotion, une rage absents du temple néo-byzantin de l’archange aux pieds d’argile. Lui aussi “ne geint jamais, (…° ne s’attendrit guère, (…) ne demande rien, aucune reconnaissance”.

  • 8 August 2010 à 16h24

    Joëlle dit

    On dirait que c’est vicieux et cucul la praline en même temps! Je vais sûrement acheter ce livre.

  • 8 August 2010 à 16h16

    WOMBAT dit

    On dit un quinquagénaire, non pas un cinquantenaire, sinon il reviendrait à toutes les moitiés de siècle. Un peu las de ces tournures mal tournées, surtout pour quelqu’un qui se pique de littérature. Pourriez y ajouter le jeune adolescent, pour faire bonne mesure, les vieux impubères étant moins crédibles.

  • 8 August 2010 à 15h14

    oxbridge dit

    Décidément, cet Arnaud Le Guern est bien médiocre…

  • 8 August 2010 à 14h52

    livia dit

    Je n’aime pas voyager, sauf quand un conjoint ou un enfant me le demande.
    Il y a toute la littérature du monde entier pour voyager….dans son lit ! et c’est merveilleux, pour moi cela marche depuis…….. un millier d’années ..

  • 8 August 2010 à 13h09

    daisy dit

    Lolita est, au contraire une oeuvre CONTRE la pédophilie; elle est victime jusque dans sa mort de cette ordure d Humbert qui l a detruite corps et ame; il faut etre un esprit malsain pour y voir une ode à la pedophile

  • 8 August 2010 à 12h39

    rosethé dit

    Mouais…Lolita n’est en effet pas un pur éloge de la pédophilie, c’est plus compliqué que ça, même si le thème revient beaucoup chez Nabokov, frayant parfois avec l’inceste.
    Ce qui est fastidieux chez Matzneff, c’est que ses émois sont assez sentimentaux et geignards, et dans le cas d’ “Ivre du vin perdu” entrecoupés de récits d’enculades de garçonnets en Asie polutôt lourdingues. Ajoutez une propension à s’auto-tisser des lauriers à partir de 3 ou 4 particularités devenues en effet aujourd’hui attirantes parce que non bobos, mais insuffisantes à faire de Gaby un fils de Montherlant.
    A savoir: je lis Tintin, je suis libertin mais orthodoxe pratiquant, j’ai fait du latin grec et je cite Horace. Ok, perso je suis catho et je couche quand même hors mariage, j’ai tout Tintin et je cite Démosthène, so what?
    On regretterait presque de ne pas (plus) adhérer à Gab Matzneff car en effet ses références sont anti-inrocks quelque part…Mais bon, ça ne suffit pas, il reste un genre de Roger Peyrefitte qui aimerait les fillettes.
    Montherlant, ne nous voilons pas la face, tripotait du mineur dans les salles obscures et se farcissait du jeune bédouin en voyage.Sauf que.Il en discutait avec ledit Roger, que d’ Ormesson qualifia de” vieille poule” chez Pivot, ce qui est assez bien vu.Mais dans des lettres perso.
    Les carnets publiés de Montherlant, eux, sont épatants, c’est sec, méchant, ça claque.ça ne geint jamais, ça ne s’attendrit guère, ça ne demande rien, aucune reconnaissance.

  • 8 August 2010 à 12h16

    rocardo dit

    Bien d’accord avec Minos.

  • 8 August 2010 à 11h51

    Minos dit

    “A mes propres yeux, ce n’est pas le moindre mystère de mon comportement amoureux que cette propension que j’ai à me trouver au même moment sensible à plusieurs femmes, ” (…)
    Morceau choisi…

    Il faudrait peut-être lui expliquer qu’une jeune fille de 13 ans n’est pas encore une femme…

  • 8 August 2010 à 11h43

    Minos dit

    Il faut relire l’admirable livre de Nabokov pour comprendre à quel point ce chef d’oeuvre est tout sauf une ode à la pédophilie. Toujours drôle de constater que certains écrivains dégénérés prennent ce grand auteur pour alibi et ose se comparer à lui…
    Comme si l’attirance pour les très jeunes filles était un label de qualité d’écriture , un bagage culturel chic..

  • 8 August 2010 à 11h07

    Porc dit

    La peinture de Wesselman ? un remède contre l’amour. Parlez-moi des culs de Fragonard !

  • 8 August 2010 à 10h47

    Minos dit

    Il y a de l’affaire Polanski dans l’air ou bien?
    Parer le vice de mille charmes et de beaucoup de poésie …Ca en deviendrait presque une vertu…