La haine de la littérature est une forme de suicide | Causeur

La haine de la littérature est une forme de suicide

Entretien avec Pierre Nora 2/2

Auteur

La rédaction

Publié le 24 février 2012 / Société

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JL. Il est curieux que l’auteur des Lieux de mémoire soit celui qui dénonce aujourd’hui l’obsession mémorielle. Expliquez-vous !
La réponse est simple : en trente ans, nous avons changé de monde, et la mémoire avec. Quand j’ai commencé à m’intéresser à cette question, il m’est apparu que la France républicaine avait écarté, négligé, raboté des mémoires particulières qui ne demandaient qu’à être reconnues et intégrées au grand registre de l’histoire collective. Là encore, l’exemple juif est typique. Pendant longtemps, être juif, c’était se faire oublier dans la nation. Dans ses débuts, la revendication d’une mémoire juive n’exprimait pas un refus d’être français mais le désir de voir la France reconnaître cette identité comme une de ses composantes. Mais les juifs − et les autres − ont fini par réécrire l’histoire de France à l’aune de leur identité particulière. Les mémoires ne demandent plus des historiens mais des militants. C’est à quoi je me refuse.

GM. Finalement, on ne sait plus très bien si vous êtes coupable d’exaltation nationale ou de désenchantement…
C’est vrai. Les Lieux de mémoire sont en même temps une subversion de l’histoire traditionnelle et une illustration de cette histoire. Les deux à la fois, ou un entre-deux. En matière historique, je récuse tout autant l’apologie de l’identité nationale que sa négation. J’aime beaucoup la phrase de Paul Veyne, que je cite de mémoire : « Il ne faut s’intéresser à l’histoire de France parce qu’on est français, mais parce qu’elle est intéressante. »

[...]

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    publié dans le Magazine Causeur n° 44 - Février 2012

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    causeur 44
  • La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 28 Février 2012 à 14h54

      Dio Gêne dit

      Le plaisir de lire et l’enrichissement qu’il amène ne peut être comparé à internet et ne sera jamais supplanté par cet outil, mais différenciera le mouton du berger.

    • 25 Février 2012 à 12h37

      tessar dit

      N’est ce pas de cette manière que le suicide s’établit: • 23 January 2012 à 11h02
      laborie dit
      Qu’est ce que la Littérature?
      Céline lui-même disait que sa recherche consistait en un travail de démolition et de gauchissement de la langue française

      • 25 Février 2012 à 14h11

        laborie dit

        C’est une piste mais pas la seule. Je connais des imitateurs de Céline comme il y a des imitateurs de Miro. La déconstruction pour la déconstruction sans une vision ne vaut pas grand chose.

        Les novateurs au 20° siècle ont plutôt été du coté des Amériques avec Conrad, Fitzgérald, Miller, Williams, Faulkner, Dos Passos, Mailer, Kérouac, Elis.

    • 25 Février 2012 à 10h50

      Pierre Jolibert dit

      «Bien entendu. Mais là encore, je me sens partagé. Certes, on lit moins qu’on ne surfe sur Internet. Mais à la déploration générale, je préfère substituer des interrogations sur les glissements, les déplacements, les transferts. Par exemple, à l’intérieur de la littérature, on constate l’émergence, au sommet du panthéon littéraire, de livres comme les Essais de Montaigne, Les Confessions de Rousseau, les Mémoires d’outre-tombe, la Recherche du temps perdu. C’est-à-dire la littérature du moi. Le journal de Gide plutôt que Les Faux-monnayeurs, la Correspondance de Flaubert plutôt que Madame Bovary, les Souvenirs d’égotisme plutôt que La Chartreuse de Parme. C’est un transfert qui en dit long.
      JL. Autofiction et égo-histoire : voilà un effet collatéral de l’âge de l‘individualisme démocratique …
      Exactement. Après le marxisme, le structuralisme, le formalisme linguistique, nous assistons au retour en grâce du sujet.»
      Ah la belle architecture. D’un côté, les grands genres, l’oeuvre totale, les forces sociales et les mots d’ordre universels ; de l’autre l’infâme ressassement narcissique des petites monades : quel fou préfèrerait être du dernier camp ?
      Hardi Flaubert, balaye-moi tout ça, quelques mots suffiront : LA BOVARY, C’EST MOI. 

    • 25 Février 2012 à 10h32

      laborie dit

      La littérature n’intéresse plus personne.Il suffit de voir sur Causeur.Un roman de Balzac est illisible pour un jeune d’aujourd’hui. Il y a une syntaxe, des mots qui échappent. La littérature n’engendre plus de mythe d’écrivains, de mythe littéraires. Finies les hiérarchies entre bonne et mauvaise littérature. Pour s’en convaincre il suffit de voir l’indigence de la critique, surtout à la tévé. L’atelier d’écriture est un fantasme à la Jérôme Leroy. Tout le monde écrit maintenant, même ma concierge portugaise qui connaît trois mots de français.Les femmes des écrivains se sont mises à écrire, les amants des femmes d’écrivains aussi, les maîtresses se sont mises à écrire, les joueurs de foot, les fashionistas, c’est dire…DSK écrit, Sarko. Orwell avait déjà noté que la destruction d’une syntaxe était concomitante à la destruction d’un système politique. L’ère de l’inculte est quasiment achevée.
      La “littérature” d’aujourd’hui oscille entre Harry Potter et les polars de Michael Connelly.
      Tous les profs de fac se plaignent de l’inculture de leurs étudiants. Les étudiants en lettres ne lisent pas.
      Le vrai succès de la littérature, aujourd’hui, c’est le polar. Avec quelques merdes du genre pour femmes, magazines féminins étendus au niveau d’un pseudo-roman.
      La civilisation est bien morte…

      “librement adapté d’une interview de Richard Millet”

      • 25 Février 2012 à 10h43

        isa dit

        On adorerait passer tout notre temps à la plage, à longueur d’année, à bouquiner…

      • 25 Février 2012 à 10h50

        Hersif dit

        La “vraie” littérature n’est pas dans l’air du temps, mais en fait elle ne l’a jamais été. Au 19° siècle, ce qui dominait était du même tonneau que les meilleures ventes d’aujourd’hui. La “grande” littérature qui a traversé les siècles n’était pas populaire.
        Ce qui a changé, c’est l’inculture de “l’élite” phénomène qui a commencé avec VGE dans les années 1970.

    • 25 Février 2012 à 9h42

      Hersif dit

      La haine de la littérature n’est qu’un slogan qui prouve plus un dépit qu’une réflexion. Les jeunes se sont rués sur Harry Potter et on n’a pas parlé alors de haine de la littérature.
      A mon avis, la littérature française s’est effrondrée quand, après guerre, elle s’est politisée, sociologisée, philosophisée, psychanalysée, c’est-à-dire qu’elle s’est subordonnée à autre chose que la littérature. Elle n’a plus été “empereur en son royaume” comme les rois capétiens, mais est devenue subalterne car soumise aux idées des autres, elle est devenue une littérature de série B.
      Quand la littérature sera redevenue de droite ou anarchiste de droite, il y aura à nouveau une grande littérature en France. Mais il faut attendre la fin de la domination culturelle et mentale de la gauche qui a produit un demi-siècle de médiocrité et a ruiné l’influence culturelle de la France dans le monde.
      La déchéance de la France, voilà le résultat de la création en 1958 du ministère des affaires culturelle dominé par la gauche.

      • 25 Février 2012 à 10h41

        isa dit

        Ah le c’était mieux avant!

        Je ne m’étendrai pas tant c’est idiot, je voudrais juste rappeler que la littérature n’est pas que française.

        Rappeler que nos jeunes, même ceux qui détestent lire comme quand j’étais jeune, ont des livres obligatoires pour le bac, et le Que-sais-je googeulisé ne sert à rien. Ils le savent et doivent maîtriser au moins leurs cours sur les livres à présenter (en revanche, j’avous que les thèmes, les relations entre les thèmes, ce qu’on leur demande actuellement me laisse aussi perplexe que l’apprentissage de la grammaire quand mes ebfabts étaient petits).

    • 25 Février 2012 à 8h51

      L'Ours dit

      Peu de commentaires, mais en fait: pas grand chose à ajouter!
      Une lecture pleine!