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La France de petite vertu

Le peuple rejette le terrorisme moraliste. C’est grave ?

Publié le 16 août 2010 à 6:30 dans Politique

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Le sondage IFOP – Le Figaro indiquant que les Français, dans une imposante majorité, soutenaient les mesures sécuritaires annoncées par Nicolas Sarkozy dans son discours de Grenoble a jeté le trouble dans les élites politiques et médiatiques, y compris dans les plus hautes sphères de Causeur.

Une fois que les tentatives de mise en doute la validité méthodologique de ce sondage eurent fait pschitt, le vague à l’âme s’est emparé des profs de morale autoproclamés qui sévissent à la rédaction de France Culture et dans d’autres lieux de diffusion de la pensée vertueuse.

La démocratie, régime bancal

Ainsi, le peuple français ne serait pas installé pour l’éternité sur les sommets de la rectitude morale et il se ficherait de l’héritage de ses grands ancêtres révolutionnaires comme de cet an quarante du siècle dernier dont on vient de commémorer l’ombre et la lumière ! Il se complairait plutôt à se vautrer dans la fange des idées sécuritaires, racistes et xénophobes qui font horreur à toutes les belles âmes parlantes et écrivantes. O tempora ! O mores !

La fameuse formule de Brecht épinglant les potentats communistes de la RDA de 1953 : “J’apprends que le gouvernement estime que le peuple à ‘trahi la confiance du régime’ et ‘devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités’. À ce stade, ne serait-il plus simple de dissoudre le peuple et d’en élire un autre?“, pourrait parfaitement s’appliquer au comportement des éditorialistes et auteurs de tribunes fustigeant Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux.

Peut-on reprocher aux détenteurs du pouvoir dans un régime démocratique, disposant aujourd’hui de méthodes fiables pour sonder les cœurs et les reins de leurs électeurs, de tenir des discours qui plaisent au plus grand nombre ? En démocratie, les hommes politiques, contrairement aux clercs, n’ont pas comme mission de rendre les hommes meilleurs, mais de les gouverner en conciliant au mieux l’intérêt général et l’exercice des libertés individuelles. C’est pourquoi, comme l’a brillamment démontré le sociologue Jean Baechler1 , la démocratie est, par essence, un régime qui marche mal. Heureusement, ce fonctionnement bancal, où se heurtent sans cesse la force des égoïsmes individuels et l’intérêt du plus grand nombre est compensé par une capacité à se réformer pour éviter le chaos.

Ceux qui exigent de la République française qu’elle soit une démocratie modèle d’où seraient bannis abus de pouvoir, corruption et autres vilenies dont se rendent coupables les élus, devraient se souvenir qu’en France on ne connut qu’une seule dictature réellement totalitaire, la Terreur, et qu’elle fut exercée par Robespierre et ses amis au nom de la Vertu.

Les préposés à l’édification du genre humain, les clercs, les vrais, religieux ou laïcs ayant considérablement failli et perdu, au moins pour quelque temps, toute crédibilité, la voie est libre pour que les moralistes amateurs, aventuriers de la pensée et charlatans de l’éthique essaient de nous fourguer des remèdes-miracles contre la propension humaine à préférer le mal au bien.

Le droit du sol n’est pas une loi

Voilà qui lève les derniers scrupules qui me retenaient jusque-là de mêler ma voix fluette à ce concert. Je ne trancherai pas la question de savoir qui du peuple ou de BHL a raison sur la question de savoir s’il est convenable ou non de retirer la nationalité française aux naturalisés polygames ou tueurs de flics. Ce sujet a déjà été traité de manière contradictoire dans ce salon, permettant à chacun de se faire une opinion. Cependant, les pourfendeurs du Sarkozy de Grenoble prétendent, pour lui faire honte, que le “droit du sol” qui régit depuis le milieu du XIXème siècle notre code de la nationalité est un héritage de la grande générosité des révolutionnaires de 1789 acceptant d’accueillir en France les victimes de la tyrannie et les amants de la liberté. Ce serait donc une composante éthique la version française de la démocratie. Le remettre en cause serait donc, selon eux, porter un coup mortel à un héritage sacré. Foutaises ! L’octroi de la citoyenneté de la République au baron prussien Jean-Baptiste, dit Anacharsis Cloots, “orateur du genre humain”, en 1792 est un fait aussi remarquable qu’isolé. La France de la Révolution, puis de l’Empire était suffisamment peuplée pour que l’Etat puisse se fournir sur place en chair à canon, et si cela ne suffisait pas, on préférait embaucher des mercenaires que de créer des citoyens.

Napoléon 1er le fit passer à la trappe avec le calendrier républicain et le culte de l’Etre suprême. C’est dans une visée purement utilitariste que le Second Empire en 1859 et la IIIème République en 1889 réintroduisent et amplifient le jus soli dans notre Code civil : il s’agissait de compenser le déclin démographique français par l’inclusion dans la communauté nationale d’une nouvelle force de travail, puis de potentiels soldats, en vue de la revanche contre la Prusse.

Le peuple, dont la xénophobie plus ou moins virulente est une constante jamais démentie, accueillit chaque vague d’immigration avec une malveillance aujourd’hui bien documentée. Cette hostilité s’estompait à mesure que ces nouveaux Français se fondaient dans la masse par un phénomène aujourd’hui cloué au pilori : l’assimilation.

Panique morale

Son extension, aujourd’hui, à des populations dont une partie, au moins, se montre rétive à l’acceptation des coutumes majoritaires du pays d’accueil pose aujourd’hui problème et crée dans notre pays ce que le sociologue américain Stanley Cohen désigne sous le nom de panique morale. Celle-ci surgit quand “une condition, un événement, une personne ou un groupe de personnes est désigné comme une menace pour les valeurs et les intérêts d’une société ». Cohen propose également qu’on reconnaisse dans toute panique morale deux acteurs majeurs: les “patrons moraux” (“moral entrepreneurs“), initiateurs de la dénonciation collective; et les “démons populaires” (“folk devils “), personnes ou groupes désignés à la vindicte.

Cette théorie ne préjuge en rien de la réalité de la menace, mais analyse simplement les effets de son mode de présentation au public. La panique publique dont nous sommes saisis actuellement fonctionne dans une dénonciation à double-sens : celle des groupes humains en tant que tels (immigrés, Roms) et, inversement, celle de ceux qui se refusent au déni de réalité, qui sont les folk devils des nouveaux clercs (Alain Finkielkraut et Renaud Camus, par exemple sont la cible des néo-moralistes). Les “patrons moraux” de l’antiracisme postulent l’innocence ontologique de leurs protégés et démonisent ceux qui mettent en doute cet axiome.

Une panique, en général, ne produit pas beaucoup d’idées rationnelles permettant d’apporter des réponses concrètes à des situations concrètes. On pourrait, par exemple, envisager la suspension, voire la suppression du droit du sol. Cela mettrait fin à une production automatique de nouveaux Français et serait moralement supportable si elle était doublée d’un accueil fraternel et efficace pour ceux qui manifesteraient explicitement le désir de partager notre citoyenneté, ses droits et ses devoirs. Mais je crains que dans les conditions actuelles, une telle proposition n’accroisse cette panique morale plutôt qu’elle ne l’apaise.

De l’Etat et de ses dirigeants, les Français n’exigent plus seulement protection et sécurité. Ils le tiennent pour responsable du confort moral collectif d’une nation dont les performances éthiques individuelles de la majorité de ses citoyens sont loin d’être exceptionnelles. Certes le racisme et la xénophobie made in France se sont révélés moins barbares que dans d’autres nations européennes : en matière de pogroms et de génocides la France a joué plutôt grande gueule et petit bras. Cela n’autorise cependant pas ses dirigeants à se poser, comme cette andouille de Villepin, en donneurs de leçons universelles.

Contre la corruption, le balai nordique ?

On parle beaucoup ces dernier temps de l’éventuelle candidature d’Eva Joly à l’élection présidentielle de 2012. J’avais déjà exprimé ici, à la grande fureur de quelques commentateurs, le peu de considération que m’inspirait cette ex-juge hissée par Dany Cohn-Bendit vers les sommets de la politique française. Elle sera probablement la candidate “anti-corruption” proposée aux suffrages d’électeurs éprouvant un ras-le-bol bien compréhensible devant des “affaires” que les médias lui offrent en pâture. Contre la corruption, rien ne vaut le balai nordique pour nous élever jusqu’à l’ascèse vertueuse de la vie politique scandinave. Tel est le message qui sera délivré à un peuple qui n’a de cesse de pratiquer les combines, chacun à son échelle, pour ruser avec le fisc, travailler au noir ou promouvoir ses proches. Le niveau de corruption acceptable dans une démocratie n’est pas une constante universelle, ni même nationale : on n’a pas les mêmes critères pour le définir à Oslo et à Palerme, à Strasbourg et à Toulon.

Les lois, bien sûr, sont là, mais il y a la jurisprudence et les considérations “d’opportunité” qui les adaptent aux mœurs locales. La seule chose sensée que l’on peut affirmer en matière de corruption dans la vie publique est : qu’il y en ait le moins possible, en tenant compte du contexte anthropologique local. Les Monsieur ou Madame Propre, de gauche, de droite ou d’extrême droite, sont des démagogues comme les autres.

Le Tour de France, cette année, a été d’une propreté exemplaire, selon une rumeur publique relayée avec gourmandise par un Nicolas Sarkozy conscient de l’immense popularité de l’épreuve en dépit de des scandales de dopages à répétition. Le peuple ne veut pas de cyclistes vertueux, mais des champions qui mettent le turbo dans les cols. Et pour ça, faut ce qu’il faut. Nos lois sur le financement des partis politiques sont, paraît-il, le nec plus ultra de ce qui se fait dans le genre. Mais comme pour le dopage sportif, les tricheurs ont toujours un coup d’avance, comme l’a révélé la technique des “micros-partis” producteurs d’oseille. On ne se refait pas…

L’immense écrivain finlandais Arto Paasilinna a écrit un jour : “ Les Finlandais ne sont pas pires que les autres, mais suffisamment mauvais pour que j’aie de quoi écrire jusqu’à la fin de mes jours.
On souhaiterait qu’en France, la contemplation de nos vices produise plus de bonne littérature, et moins de sermons hypocrites.

  1. Jean Baechler, Démocraties, éditions Calmann-Lévy
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  • 18 August 2010 à 16h35

    Aymenon dit

    Aventin,
    Autrement dit, j’ai foi en la démocratie et je considère toute contestation du ou dans le système, toute dissension ou dissidence comme recevables quand elles sont “syntaxiquement” correcte et à condition qu’elle respectent les règles démocratiques. Et j’ai comme l’impression que votre bouquin contient quantités d’erreurs de syntaxe, ce qui ne m’encourage pas à le lire. Mais vous pourriez me convaincre… Qui sait?

  • 18 August 2010 à 16h04

    Aymenon dit

    2, 3, nous irons au bois…

  • 18 August 2010 à 16h01

    alain jugnon dit

    Politzer philosophe communiste 1940 contre le sarkozysme fascime et racisme 2012
    “Tous les écrits de M. Rosenberg sont dominés par cette préoccupation : trouver le moyen de recréer, malgré l’existence du marxisme, les ténèbres dans les consciences, au moins dans celles des couches les plus arriérées de la société. Et c’est ainsi que naît le racisme, dont tous les « mythes » correspondent à un double but : combiner la force et la ruse, pour mettre dans la conscience des hommes des illusions qui les rendent soumis au capital et prêts à la guerre impérialiste. Ils se sont orientés vers l’idée de race. Par là, doit se perdre la connaissance la plus importante, celle du rôle de l’économie. Par là, doit se perdre la notion fondamentale de classe. Par là, doit se perdre la connaissance que le marxisme a apportée aux travailleurs des lois de l’évolution de la société, la connaissance du moyen de sortir de la société capitaliste.”
    (Georges POLITZER, philosophe communiste, texte écrit en 1941, in « Politzer contre le nazisme », éditions sociales)

  • 18 August 2010 à 16h01

    Aymenon dit

    1, 2, 3, nous irons au bois…

  • 18 August 2010 à 15h48

    hathorique dit

    alain jugnon dit :
    18 août 2010 à 14:57

    “mais là sur causeur comme on ne sait lire on ne sait qui est Nancy”.

    Nancy c’est bien la ville de Stalinas Leczinski ami de Voltaire et des philosophes , ce fin gourmet qui inventa le baba au rhum , baba qui lui était comestible et surtout savoureux.

    Bon chrétien, Il baptisa même la Madeleine à Commercy ; Madeleine à qui Proust rendit un culte mérité

    ensuite le baba a dégénéré trop de rhum tue le baba et çà c’est pas “cool”

  • 18 August 2010 à 15h46

    Aventin dit

    @Raymond,

    Je crois papy qu’il va falloir ranger dans le grand coffre noir ton brillant attirail de concepts politiques des années 70… dire que Drucker est toujours sur le ponton, vous nous pompez l’air les gars, allez, à la retraite, à Ré, avec tonton Lionel… à causer de votre guerre, de l’île de Wight, des Stones et de tout le reste de vos joujoux pour vieux ados…

  • 18 August 2010 à 15h42

    Aventin dit

    @ R-aymon-d

    Faisons mieux, expliquez moi donc en quoi l’ouvrage fait l’apologie de la pensée 68, que j’apprenne des trucs au moins…

  • 18 August 2010 à 15h32

    Aymenon dit

    Avorton,
    Ouvrez le bouquin, vous comprendrez peut-être mais avant lavez-vous le cœur!

  • 18 August 2010 à 15h13

    Aventin dit

    @ Juju

    Une dernière chose, le livre de Ferry et Renaut est sous-titré “essai sur l’anti humanisme contemporain” tout un programme mon grand…

    ;-)

  • 18 August 2010 à 15h03

    Aymenon dit

    wazobleh, à quoi elle sert cette armée privée de cent mille évangélistes américains? Avec Blackwater ça commence à faire beaucoup, vous ne trouvez pas? Parce qu’en plus ils ont intérêt à ce que la guerre dure indéfiniment, contrairement à la raison de leur État. Il faudra que m’expliquiez ça un jour.

  • 18 August 2010 à 15h00

    alain jugnon dit

    petit cochon à triple bites
    le PCF n’est pas communiste
    ne pas laisser la pensée en cours de route ça permet de comprendre entre autre en quoi le PCF n’est pas communiste
    mais là il faut que je vous laisse réflechir
    je reviens dans une heure et je ramasse la copie

  • 18 August 2010 à 14h57

    alain jugnon dit

    aventin con ignare
    le livre de l’inepte ferry est la charge contre 68 qui inspire encore la petite frappe facho sarkozy quend elle s’en prend comme une vierge apeurée à 68
    la pensée 68 elle reste et demeure la pensée pour 2012 dans “Vérité de la démocratie” de Jean-Luc Nancy par exemple
    mais là sur causeur comme on ne sait lire on ne sait qui est Nancy
    alors mort aux cons et basta

  • 18 August 2010 à 14h36

    Aymenon dit

    Oh le pauvre chouchou qui se dit censuré quand on le dit déséquilibré…

  • 18 August 2010 à 14h36

    Three piglets dit

    68 une pensée?
    Et ensuite, vous vous dîtes communiste?

    Rappelez moi la position du PCF vis à vis de la fausse révolution des étudiants bourgeois de 69 au fait?

    Ah oui, c’est bien ce que je me disais.

  • 18 August 2010 à 14h34

    Aventin dit

    @ Junon

    oui oui, on en a fait un livre d’ailleurs, je vous le conseille :

    La pensée 68 (Ferry/Renaut)

  • 18 August 2010 à 14h31

    alain jugnon dit

    68 n’est pas une génération mais une pensée
    68 c’est la pensée anti-sarkochienne pour 2012
    avis à la réaction qui caucausent !

  • 18 August 2010 à 14h28

    Three piglets dit

    Ayme, c’est la blague carambars qui se prend pour une encyclopédie, et qui y croit en plus, pathétique d’en arriver là tout même.
    DH n’a strictement rien à dire outre nous étaler ces états d’âme dont tout le monde se fout.
    Normal, ici, pas de censure pour supprimer l’opposant, pas d’arbitre partial, pas de trucage télévisé avec des enregistrements d’applaudissements pré-enregistrés, un débat libre qui ne laisse que les meilleurs debout, les autres annonent des conneries mesquines pour masquer la pénible déroute.
    Ah qu’il était bon le temps ou vous aviez le monopole de la parole, ou vous pouviez vous trouver beau dans un costume trop grand de résistant (faudra penser à le rendre, le vol est mal), la génération “Jean Daniel” avec sa morgue de bien-pensance, ses impératifs moraux, ses indignations sur mesure, ses “engagements” toujours plus ridicules,toujours à distribuer les bons et les mauvais points, vite, un coup de balaie pour cette infâme génération que personne ne regrettera, ni vos enfants les racailles, ni les honnêtes français.
    Vous êtes de trop, tout le monde vous vomit.
    Le balaie s’appelle crise, et la poubelle , faillite.

  • 18 August 2010 à 14h26

    Aventin dit

    @ D.H. dit :
    18 août 2010 à 11:28

    DH,

    J’ai beau relire votre prose cela n’a ni queue ni tête… vous êtes instit dans la banlieue de Montauban et vous avez moins de trente ans non ?

    ps : y cherche un livreur de pizza en bas d’chez moi, vous avez le profil à mon avis : pas de casque, la poignée dans l’coin et à fond à fond à fond…

  • 18 August 2010 à 14h17

    Aymenon dit

    3piglets, vous vous relisez? Vous êtes sérieux? Oui? Vous êtes un débilos. Mes commentaires, je les aime bien, ils sont sérieux, au moins ce ne sont des pets de chien haineux (dédicace à Jugnon), et je constate que vous êtes en train de vous faire démolir en live par ce cher DH, quand ce n’est pas par notre cher philosophe qui ici fait œuvre de salubrité publique en vous défonçant la roulette avec un gode large comme bras. VOUS n’êtes pas à la hauteur. Et je suis bien content qu’ils soient à gauche. Le clivage est plus que jamais opérant: les débilos d’un côté; les autres de l’autre. Bande de nazes (oups! Godwin)!