La faute de l’abbé Onfray
Le freudisme est un humanisme
Publié le 07 mai 2010 à 13:00 dans Société

Même avec Freud, Michel Onfray règle ses comptes avec la religion.
On attendait saint Michel terrassant le dragon. C’est la concierge qui est venue, cancanant dans les communs sur la vie dissolue du locataire du 1er. “Ah ! Ce Viennois à la triste barbiche, quel sagouin, ne me racontez pas : si on l’avait laissé faire, il aurait couché avec sa mère, tué son père tellement il le détestait et gamahuché sa petite dernière. Un monstre, je vous dis.”
En consacrant un gros livre (il est des gros livres comme des gros mots) à l’imposture freudienne, Michel Onfray n’y va pas de main morte : la haine qu’il consacrait alors exclusivement aux monothéismes, il la déverse sur le médecin viennois. Dans la Weltanschauung onfrayienne, Freud et Moïse, chargés tous deux de toutes les tares, se partagent désormais la paternité de tous les maux. La psychanalyse est une religion à la rationalité toute déglinguée, nous dit en substance Onfray, et le récit qu’elle fait de la nature humaine nous aliène bien plus qu’il nous libère. Le pire est que les tenants de Freud se comporteraient comme des gardiens du dogme et que le moindre critique serait voué aux gémonies. Qu’importe, Michel Onfray, lui, ose braver l’interdit et y aller franco.
Malheureusement, la philosophie n’a pas attendu Michel Onfray pour se livrer à une critique sans concession de la psychanalyse et de ses présupposés. Karl Popper et Jacques Bouveresse, pour ne citer qu’eux, ont, depuis longtemps, critiqué la rationalité même de la théorie freudienne, lui déniant notamment sa prétention scientifique et la validité des lois psychiques qu’elle entend édicter.
[...]
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Inédit
Article inédit
publié dans
Causeur n° 23Mai 2010

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L'auteur
François Miclo est rédacteur en chef de Causeur magazine.
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hvb dit
Quand tout le monde parle d’un certain ouvrage,rappelez -vous que quiconque écrit pour les imbéciles ne manquera jamais de lecteurs. Il y a toujours plus d’herbage pour le philosophe dans les vallées de la bétise que sur les hauteurs arides de l’intelligence. Que voila Onfray habillé pour l’été,l’automne et l’hiver ,de façon prémonitoire par Schopenhauer et Wittgenstein .(J’ai trouvé ces citations dans une chronique de Simon Leys,publiée dans le Magazine Littéraire de septembre 2005.)
François Miclo dit
@ redrackam. Il n’y a pas lieu d’accuser les Septantes. L’histoire des idées est aussi faite d’une accumulation d’erreurs de traduction et d’approximations.
@ vingtras. On ne peut pas reprocher à un Nietzschéen d’être viscéralement anti-kantien. Nietzsche avait inventé une série de noms d’oiseaux pour désigner le “grand chinois de Königsberg”. N’empêche que Michel Onfray réfute Kant parce que ce dernier a été invoqué par Eichmann lors de son procès (cf. Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem), et dans le même temps balaie du revers de la main que le philosophe de prédilection des nazis fût Nietzsche… Onfray va donc chercher dans l’histoire ce qui l’arrange et s’improvise flic de la pensée pour ceux qu’il veut dégommer.
vingtras dit
La preuve que Freud est “inutile”… c’est que je ne suis toujours pas “pansé” de ma dyslexie… Lisez donc “LINGUISTE” et non lingusite (quel animal étrange!).
vingtras dit
Merci François Miclo, j’attends avec impatience le numéro de mai du Causeur imprimé titulé ” Mon cul sur la commode” (heu…) pour diffuser la bonne parole autour de moué. Dans l’énumération des ornières normandes du philosophe du camembert, vous avez oublié Kant le prussien, puceau, tyran domestique, coupeur d’arbres et redoutable psycho-rigide qui m’a valu nez en moins une bonne note au bac. Et je vais vous dire, maintenant que je suis vieux, la prose de cet Onfray m’évoque indubitablement celle des nègres de Staline, de loin le premier lingusite, épistémologue et maître incontesté des matérialistes du fin du fin de la dialectique historique, celle des nègres de Staline Joseph, disois-je, qui qualifiaient Freud de “petit bourge” ranci et moisi… Parole!
Amerotke dit
Je n’ai pas lu Freud: trop compliqué pour moi.
Dans les discussions sur Causeur, certains m’ont donné envie de lire Philippe Murray. Mais ce que j’ai lu sur Onfray m’a carrément dégoutté de le lire.
Je trouve de mauvais goût une critique systématique des religions, comme si l’homme s’était fabriqué lui-même. Sur ce site, j’avais dit un jour, que les athées pensaient que l’homme était né d’un frottement de deux cailloux dans l’espace. Mais d’ailleurs, faudrait-il expliquer l’existence de ces cailloux. Les religions apportent une réponse, que chacun peut apprécier à son goût, mais au moins il y a tentative, et de cette tentative s’ensuit une morale (excusez ce gros mot) qui permet de vivre ensemble.
Et puis comment vouloir condamner Freud au nom d’une morale que l’on réprouve. Un “philosophe”, soi-disant ami de la sagesses ferait bien de relire Aristote qui réprouvait le fait d’être en opposition avec soi-même.
redrackam dit
Merci M. Miclo, je comprends un peu mieux Freud, qu’un prof de philo trop nietzschéen m’avait encouragé à fuir à toutes jambes de 17 ans…
Et je goûte votre tutti frutti de christianisme avec la psychanalyse en guise de grain de sel (exhausteur de goût, E102) mieux que du Drewermann.
Je ne sais s’il faut accuser les Septante, mais “Je suis Celui qui suis” a ma préférence.
L’Ours dit
Effectivement, vous parliez juste avant du ” … programme génétique de la civilisation occidentale…”
c’est ce que j’aurais dû retenir.
François Miclo dit
L’Ours, ce n’est pas moi qui reprend la mauvaise traduction des Septantes, mais toute l’histoire de l’Occident chrétien…
L’Ours dit
“Ego sum qui sum.”,
vous reprenez la mauvaise traduction des septantes.
אֶהְיֶה אֲשֶׁר אֶהְיֶה
serait plutôt au futur, ou traduit par Jacques Kohn “l’invariable”.
Mais ce n’est pas le sujet et sur Onfray, j’attends encore.
Avec les articles successifs et les commentaires, j’ai survolé de nouveau quelques pages de Freud en m’arrêtant plus longuement sur quelques unes. Je suis désolé, mais concernant “le ça, le moi et le surmoi”, je trouve ces topiques géniales.