La fatigue du critique
Il est fort probable que je suspende la pratique de ce sport
Publié le 05 janvier 2009 à 13:00 dans Culture
Mots-clés : Livres
J’ai publié en 2002 La Littérature sans estomac pour réagir aux choix d’une certaine critique établie, qui accordait une importance démesurée à des livres à mon sens sans intérêt, alors que la littérature compte beaucoup d’auteurs passionnants que l’on ne mentionne pas assez. Il s’agissait aussi, tout simplement, de regarder de près les textes au lieu de parler d’autre chose, et de prendre plaisir à la pratique d’un genre littéraire assez peu fréquenté : la satire.
Je m’attendais, bien sûr, à de vives réactions. Je me préparais à ce que la critique soit, en toute justice, critiquée. Dans ma naïveté, je ne prévoyais pas qu’il s’agissait, pour certains, de tout autre chose : non pas de lui répondre sur le plan des textes et des idées, mais bien de lui dénier toute légitimité, et de jeter sur elle la suspicion, sur le plan idéologique ou moral. Si les soutiens ont été nombreux, de nombreuses répliques ont visé au-dessous de la ceinture. Surtout, elles ne se sont pas manifestées ouvertement. Pour l’essentiel, elles ont consisté en menaces épistolaires envers mes soutiens, lettres d’insultes (notamment de la part de Monique Atlan, animatrice de télévision), manœuvres pour faire supprimer des articles de moi, ou à mon sujet. Tout cela avec un certain succès. Ces faits ont été détaillés dans Petit Déjeuner chez tyrannie, écrit avec Eric Naulleau, pour bien faire sentir à quel point le petit monde du journalisme littéraire fonctionnait trop souvent sur l’intolérance et le sectarisme. Peine perdue. Depuis, rien n’a changé. Bien au contraire, c’est un déni tranquille qui s’est installé. Ainsi, dans son autobiographie, Josyane Savigneau, l’ancienne responsable du Monde des livres, s’estime victime de la “calomnie”. Ce terme de “calomnie” est repris par presque tous les chroniqueurs (notamment par Nathalie Crom dans Télérama, la critique avisée qui prenait les textes authentiques recueillis dans le Jourde et Naulleau pour des pastiches) comme s’il relevait de l’évidence. Josyane Savigneau n’a pas été évincée de la direction du Monde des livres parce qu’elle piétinait joyeusement toute déontologie, mais parce qu’elle vient de la province et qu’elle est une femme (ce dont on ne s’était pas aperçu, sans doute, avant de lui attribuer son poste). C’est bien évident. Les injures, les menaces, les interdictions diverses, de la part de Josyane Savigneau, dont ont été victimes ceux qui m’ont soutenu, sans même parler de moi, n’ont donc pas existé, rien de tout cela n’est vrai, quand bien même cela serait avéré. On pourrait le hurler continûment, exhiber les lettres, les textes, cela ne servirait à rien.
La liste de ces interdits serait longue, ils ont été très nombreux depuis six ans. Je me contenterai d’en évoquer deux récents : une page portrait devait paraître dans le journal Le Monde, et a été supprimée sur intervention d’une journaliste du supplément littéraire. A la rentrée 2008, Claire Devarrieux, responsable du supplément littéraire de Libération, a déclaré à l’attachée de presse des éditions Balland qu’elle ne publierait jamais d’article sur un auteur qui a critiqué des écrivains défendus par Libération. Bien plus, l’interdiction s’étend aux auteurs publiés dans la même maison que le coupable, Balland et l’Esprit des péninsules. Ils paient pour lui.
Inutile de chercher à dénoncer ce sectarisme. On vous répondra que vous n’êtes quand même pas si malheureux, que si on vous entend, c’est bien la preuve qu’il n’y a pas de censure, que tout cela n’est pas grave, on n’est pas en URSS, et il y a mieux à faire que de se plaindre. Comment répondre à cela ? Bien sûr, on est entendu, bien sûr on est publié, on existe, une forme de reconnaissance finit par advenir. Mais les pressions constantes, les interdits en sous-main, les petites censures répétées, les injures, tout cela doit être considéré comme normal, il ne faut pas les dénoncer. L’existence même d’un tel sectarisme, chez des journalistes qui ont toujours le mot de liberté sous la plume, est considérée la plupart du temps avec indifférence.
En fait, non seulement dénoncer ce genre de pratiques ne sert à rien, mais bien plus, on finit par être soi-même regardé comme douteux. Soit on vous reproche de vous poser en victime, soit, c’est encore plus fréquent, on relève avec dégoût les faits que vous rapportez, en déclarant que cette agitation de marigot ne grandit pas la littérature, et ne concerne qu’un petit milieu assez répugnant. Autrement dit, on peut toujours s’évertuer, le seul résultat en sera que l’on sera mis dans le même sac que ceux à qui l’on s’attaque, et sali par cela même qu’on leur reproche. Soit ce que l’on dit est faux, sans discussion, sans appel, sans même examen du dossier, soit, vrai ou faux, l’on en est de toutes façons déconsidéré : le mieux serait de se taire.
Depuis six ans, grâce, en partie, au soutien moral apporté par de nombreuses manifestations de solidarité, j’ai pu poursuivre, sous diverses formes, ce travail satirique sur la littérature. Mais les effets pervers ont fini par devenir difficiles à endurer. Le plaisir critique, l’audience et la sympathie de quelques esprits ne suffisent plus, en tous cas, à les compenser.
Il est fatigant, d’abord, de se voir systématiquement identifié à la seule polémique. On devient le méchant, le cogneur de service. On vous réclame des éreintements. On vous demande tous les ans de participer à l’éternelle dénonciation de l’éternelle corruption des prix littéraires. On commente tous vos livres, même des romans exempts de polémique, en fonction de ce seul aspect. Bref, on est folklorisé. On peut avoir publié, aux environs de la cinquantaine, trois livres consacrés à la satire sur un total de trente, consacrer les neuf dixièmes de son temps à des romans ou à des essais littéraires, rien n’y fait. Le violon d’Ingres critique masque tout le reste.
On peut avoir écrit maints articles d’éloge, avoir consacré beaucoup d’énergie à une petite revue qui publiait de jeunes auteurs, des poètes d’avant-garde ou des artistes, pour certains, on sera, jusqu’à la consommation des siècles, celui qui n’aime pas la littérature de son époque. On peut donner toutes les preuves du contraire, rien n’y fera. Il y a surtout une profonde lassitude à se voir opposé à l’infini les mêmes arguments, quand bien même on s’est échiné à y répondre. Ces arguments sont reproduits inlassablement, par des universitaires, des journalistes, des écrivains, des “bloggeurs” ou des lecteurs. Tentons d’en donner rapidement la teneur.
La plus fine psychologie s’y allie à une sociologie de haut niveau : le critique est aigri, envieux, plein de ressentiment (Philippe Lançon dans Libération), il se venge de sa médiocrité. C’est l’argument le plus fréquent, le cliché obligatoire, il est ressassé à l’envi, c’en devenu un automatisme. Variantes : il veut se faire connaître, sur le dos des autres. Il ne fait jamais que chercher des places, il agit par “dépit de ne pas avoir un strapontin” parmi les Beigbeder et Rolin (Sébastien Lapaque dans Le Figaro). Eternelles beautés de la psychologie… Dernièrement, Pierre Bergé, dans l’émission de François Busnel, a agressé Eric Naulleau, à propos du Jourde et Naulleau, sur l’air : vous attaquez les autres pour vous faire connaître. Pierre Bergé censeur (il a fait interdire dans son magazine Têtu la publication d’un entretien gênant pour Mme Savigneau, à la demande de celle-ci), Pierre Bergé mafieux (il décerne un prix Décembre alors que Sollers, éditeur du lauréat, figure dans le jury) considère que la critique est répugnante : c’est dans l’ordre des choses. Dans l’ordre des choses aussi, aussitôt après cette sortie, l’éloge de Pierre Bergé dans Le Monde sous la plume de la prévisible Savigneau. Pour ces gens-là, ce ne sont pas les textes qui comptent, ce sont les relations sociales et le pouvoir. L’amour universel de la littérature est un alibi commode.
Donc, le critique “crache dans la soupe” (ce qui connote une certaine ingratitude, quand bien même on ignore de quelle soupe au juste il s’agit). Il éprouve de la haine pour tel ou tel auteur, il poursuit d’obscures vengeances. Les universitaires le désapprouvent : polémiquer ne sert pas la littérature. Même l’excellent ouvrage La Littérature française au présent vous expédie le pamphlétaire en deux lignes : son livre n’a été écrit que pour “régler des comptes”. Quels comptes ? Quel arriéré ? On ne sait pas. Même si la personne du critique est jugée sympathique, il semble louche qu’il se livre à une telle activité, cela dénote un côté Jekyll et Hyde dont il faudrait se méfier, du moins si l’on en croit Didier Jacob.
Géographiquement, c’est un provincial qui dénonce la corruption parisienne, ou c’est un puritain qui se prétend incorruptible et joue les chevaliers blancs, ou bien au contraire un arriviste prêt à tout pour qu’on le voie à la télé. Il est tout aussi pourri que les autres. C’est, comme le dit bien Etienne de Montety, du Figaro, un “faux rebelle”. D’ailleurs, précisent d’autres, il fait ça pour de l’argent, la motivation de ses livres est commerciale (oui, cela aussi a été écrit). Si on le voit à la télévision, si on l’entend, si on le lit, cela montre bien qu’il est corrompu, “vendu au système”, et que son seul but était de faire parler de lui. Si on ne le voit pas, eh bien il n’existe pas, et c’est au fond ce qu’il a de mieux à faire. D’un côté, certains journaux s’emploient à lui refuser la parole, autant que possible, de l’autre, de braves lecteurs sourcilleux sur l’éthique s’offusquent qu’il paraisse ici ou là, ce qui leur semble une marque de compromission.
Politiquement, il est bien entendu réactionnaire. Variantes : lepéniste, poujadiste, populiste, abondamment attestées, voire pétainiste, dans Le Monde, à propos de Pays perdu, car “la terre ne ment pas” ; ou encore, si l’on en croit Edwy Plenel, “ennemi de la liberté”. Car il est réactionnaire, semble-t-il, de préférer Novarina, Chevillard ou Cadiot à Darrieussecq et Delerm. Cette idée du caractère réactionnaire de la critique est, elle aussi, universellement répandue. (Jean-Philippe Domecq, en son temps, a déjà été assimilé aux nazis) Elle vient d’être récemment reprise par Michel Abescat, dans Télérama, à propos du Jourde et Naulleau. Ce poujadisme littéraire qu’on lui impute n’empêche nullement, d’autre part, de considérer qu’en manifestant son peu de goût pour des auteurs largement reconnus, le critique prouve son mépris du public.
Tantôt il choisit la facilité en attaquant des auteurs inconnus (ou en défendant des auteurs célèbres), tantôt il fait preuve d’élitisme en attaquant des gens connus (ou en défendant des inconnus). Les deux idées ont été souvent exprimées, parfois simultanément. S’il s’en prend à des célébrités, des auteurs de best-sellers, c’est là aussi trop facile, car alors il “enfonce des portes ouvertes”, et de toutes façons cela ne sert à rien, les lecteurs de ces écrivains ne le liront pas. Pour certains, il faudrait ne s’attaquer qu’aux grands auteurs. Pour d’autres, aux petits. S’il attaque des femmes, il est sexiste. De toutes façons, il ne critique jamais le bon écrivain (c’est toujours celui qu’il ne commente pas qui aurait été le bon), ni le bon livre, ni le bon passage, puisque, bien entendu, il ne commente que des “citations détachées de leur contexte”, quand bien même la citation en question ferait deux pages. D’ailleurs, il est trop simple de se pencher sur le détail du texte, à ce compte-là, on ferait passer les plus grands génies pour des imbéciles.
D’une manière générale, la satire est indigne d’un véritable écrivain, qui reste au-dessus de ces vils combats pour ne se consacrer qu’à son œuvre. Elle est, idée martelée, une “perte de temps”. Non seulement parce qu’elle ne sert à rien et ne change rien, mais parce qu’il y a tant de bons auteurs et si peu de temps qu’il est vain de dénoncer les mauvais : ne parlons que de ce qui est bon (entendu mille fois).
Si l’on consent à admettre la légitimité d’un ouvrage critique, celle-ci est refusée pour le deuxième. Là, le critique se répète. Il fait toujours la même chose, il “exploite le filon”. Encore une fois, il ferait mieux de changer d’activité.
Ce n’est pas la violence, la malhonnêteté ou la bassesse de certaines attaques qui ébranlent vraiment, mais la puissance d’inertie qui semble prédominer, jusque chez des gens de bonne foi, convaincus que, dans le champ littéraire, toute polémique est soit inutile, soit un peu sale. On peut avoir développé une argumentation nourrie pour répondre, montré qu’on n’a rien de “réactionnaire” et qu’on est un grand amateur de littérature contemporaine, peine perdue, tout cela reviendra en boucle. Le martèlement l’emportera sur le raisonnement. Alors, même si on ne se sent pas spécialement victime, la fatigue finit par l’emporter. On n’a plus envie d’argumenter, et l’on se dit qu’en effet, ils ont raison, tout cela est inutile, autant s’arrêter. Il y a quelques pages polémiques dans mon dernier ouvrage, Littérature monstre, et je les regrette presque. Je me prépare à entendre l’antienne : exploiter le filon, cracher dans la soupe, réactionnaire, régler des comptes, aigreur, parler des bons livres, enfoncer des portes ouvertes, etc. Je ne parviens plus à trouver la force de répondre. C’est un piège : on n’en finit pas, toute l’énergie passe à se justifier sans fin d’exercer une activité au fond normale. Mais je l’ai toujours considérée comme annexe. Alors, à quoi bon ? J’avoue que j’y regarderai, désormais, avant de me lancer dans la satire ou la critique négative. En fait, il est fort probable que je suspende sine die la pratique ces sports. D’aucuns, bien entendu, ne manqueront pas d’interpréter cela comme une tactique de qui cherche des places ou s’intègre au système. On finit par éprouver le sentiment de ne rien pouvoir faire contre de tels automatismes mentaux, contre ce bétonnage de la pensée, cette manière d’aller toujours au plus bas, comme s’il y avait une évidente universalité de ces sortes de sentiments.
Certains continuent, ici et là, à pratiquer un genre devenu marginal dans le monde de la promotion et de la prudence. D’autres auront peut-être l’audace de s’y lancer. Je leur souhaite bon courage.
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L'auteur
Pierre Jourde est romancier, essayiste, critique littéraire et universitaire.
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Pierre Glaçon dit
J’ai lu avec intérêt et plaisir “La littérature sans estomac”. Je ne me prononcerai pas sur le fond (c’est-à-dire sur la qualité des livres critiqués) puisque cela m’a permis d’éviter de les lire avec de bonnes raisons.
J’y ai apprécié un exercice original et personnel de la liberté d’expression (utilisée bien souvent pour multiplier à l’infini la moindre petite idée de la pensée unique).
Votre article me consterne mais ne me surprend pas vraiment. Dans tous les domaines, la vraie liberté d’esprit se paie au prix fort parce qu’elle dérange. Mais elle donne un peu plus de satisfaction que l’esprit moutonnier, non!
Votre fatigue et votre écoeurement (vous n’écrivez pas le mot mais le sentiment apparaît bien dans votre texte) sont apparemment le prix que vous êtes en train de payer. C’est certainement dur, mais, j’espère, encore supportable!
En tout cas, j’aimerais bien que cela ne vous décourage pas de persévérer, ne serait-ce que pour ne pas donner cette satisfaction à ceux qui ne vous aiment pas et ce déplaisir à ceux qui vous apprécient.
J’espère que vous trouverez dans ce mot un petit encouragement. Pour ma part je m’en vais maintenant lire “Littérature monstre”.
Merci d’avance.
pierre jourde dit
A l’adresse de René Fiévet : je ne suis pas certain que vous ayez lu mes livres, ni même très attentivement l’article que vous commentez. Mes ouvrages ne parlent pas de “milieux”, ni des personnes privées, ni de sociologie littéraire, mais des textes, dans le détail. C’est donc bien de la critique purement littéraire, qui utilise l’ironie. Ce que je déplore, comme je le dis expressément, ce ne sont pas les réponses sur le même plan, ironiques ou vaches, mais littéraires (il y en a eu, très peu, parfois excellentes, notamment de la part de Camille Laurens). C’est que la réponse ne portât pas sur ce que j’écrivais, mais sur ce que j’étais supposé être (aigri, fasciste…) ou sur le mode de l’interdiction de publier, ou de menaces de renvoi adressées à des proches. Ce ne sont pas mes armes. C’est bien ce que j’évoque dans mon article. Dois-je en conclure que vous trouvez ces réponses normales ?
A l’adresse d’Averell : j’ai longuement évoqué ce que vous dites dans La Littérature sans estomac et Littérature monstre. Je dirais très vite : vive la critique enthousiaste. Mais aujourd’hui, la promotion règne. La satire littéraire est presque aussi vieille que la littérature, elle est consubstantielle de la vie littéraire, les plus grands auteurs l’ont pratiquée, Flaubert lui-même était d’une insigne vacherie. Aujourd’hui, c’est fini. Tiens, et pourquoi ? L’éloge universel sent le cimetière, et la promotion généralisée écrase d’excellents auteurs sous le poids de mauvais écrivains qui occupent toute la place. Et les critiques malhonnêtes de justifier leurs copinages en entonnant l’air du “pouquoi donc dire du mal” ?
René Fiévet dit
L’auteur publie des livres dans lesquels il s’attaque au milieu de la critique littéraire, en utilisant l’arme de la satire. Soit. Qu’est-ce que la satire ? Un genre littéraire qui raille et tourne en ridicule un groupe social, en insistant sur les travers et biais systématiques propres à ce groupe. En l’occurrence, il s’agit ici du milieu de la critique littéraire.
Comprenons nous bien: si Pierre Jourde se contentait de publier un ouvrage critique sur travail de ses confrères – en restant sur le terrain purement esthétique et littéraire -, on peut comprendre qu’il en attende en retour un échange critique et intellectuel de la part de ceux-ci. Si du moins ils ne le prennent pas trop mal. Mais il s’agit ici d’une satire, c’est à dire d’une critique du milieu, ce qui n’est pas exactement la même chose. Et de surcroit, circonstance aggravante, une satire qui rencontre le succès auprès du public, si j’en crois ce que je lis dans la presse.
Dès lors, à quoi d’autre peut-il s’attendre, si ce n’est aux réactions variées de la part du milieu auquel il s’attaque, et qu’il nous décrit fort bien dans son texte. Ce qui, d’une certaine façon, laisse penser qu’il a visé juste. On est même stupéfait qu’il puisse s’en étonner, et même s’en indigner.
Pierre Jourde est désarmant de naïveté: à le lire, on a l’impression qu’il considère ne pas avoir mérité ce qui lui arrive.
P/Z dit
Monsieur,
Vous êtes l’un des rares à ne pas être tombé dans le panneau que constitue “La Route” de Mc Carthy.
Que vous en soyez remercié.
Quadruppani dit
Cher Pierre, vous accordez peut-être trop d’importance à ces petits potentats. Leur pouvoir “prescripteur” (comme ils disent) est en déclin accéléré: voir le flop des best-sellers programmés de la rentrée, pourtant si unanimement salués par les connivents : le BHL-Houellbecq, l’Angot, le Millet… ce fut honteux, vraiment, de voir tous ces gens-là minauder, à propos du premier “on eût pu croire que ce serait de la merde et non pas du tout, finalement, j’y ai gouté, c’est de la littérature avec du fruit dedans” et ce fut un grand bonheur de voir que les maisons d’édition qui avaient mis tant de fric dans ces opérations (et leurs super directeurs littéraires sûrs de leurs coups) en perdre beaucoup. Continuez à dire ce que vous pensez, sur le net et ailleurs et si un certaine presse papier crève, ce n’est pas parce que les “gens” ne voudraient plus d’analyse et d’information de qualité, c’est exactement le contraire. Je pourrais vous faire la liste ici des canards qui ne se portent pas mal du tout (dont l’un au moins dans lequel vous écrivez occasionnellement, comme moi), mais ça entraînerait sûrement des polémiques secndaires avec les commentateurs de Causeur, où le vent idéologique dominant n’est pas franchement le mien. Je remarque juste que dans ces canards-là, les potentats dont vous dénoncez l’emprise n’ont aucune espèce de pouvoir.
Remarque en passant: je suppose que l’excellent Naulleau a besoin d’argent pour perdre son temps dans le cirque boueux des émissions d’applaudissements?
Libéro dit
Les petites brutes de caniveaux et les suffisants des hauteurs semblent avoir en partage la haine du calme, des femmes et de la liberté de penser. La haine de l’air frais des Salons. La haine de soi qui pousse à se donner l’illusion de s’élever en rabaissant les autres. Le plaisir d’être vexant parce que, jadis, maman peut-être ne fut pas gentille. L’esprit critique que vous exercez avec talent, monsieur Jourde, n’est pas l’esprit de critique. La différence leur échappera toujours. Ces imbéciles confondent l’art de déconstruire avec celui de détruire. Même s’il y a peut-être un peu mis du sien, ils ont aussi eu la peau de Rinaldi, qui a fini par céder. Je vous lis avec émotion, monsieur Jourde, ressentant dans vos propos une fragilité désabusée ; l’intelligence meurtrie par trop de lucidité. Autre chose qu’ils ne doivent pas supporter : vous écrivez bien, vous nous parlez admirablement, dans une langue claire et élégante. Vous honorez l’esprit qui ose encore penser en français. Pour beaucoup, c’est devenu trop. Mais vous allez un peu nous affaiblir en déposant les armes. Je ne sais que vous dire. D’essayer la boxe avec Leroy, Scheer et Marc Cohen ? Ou les griffes, chez madame Lévy ? Socrate n’a pas donné ses lettres de noblesse à l’ironie pour laisser les cons nous servir leur poison sans réagir. Vous appartenez à cette belle tradition des clairvoyants qui mettent les mondains culs nus. Votre abandon, cher monsieur Jourde, nous resterait sur l’estomac.
Klaus dit
C’est un plaisir d’avoir de vos nouvelles Pierre Jourde. Ceux qu’un auteur connu appelait des lécheurs d’empeigne n’ont de poids qu’auprès de quelques imbéciles qui ne savent pas lire. Les noms Savigneau et Pierre Bergé sont devenus des insultes. Il n’y a pas de censure proprement dite, aujourd’hui, mais un « matraquage médiatique » qui se fait au détriment des écrivains dignes de ce nom ; matraquer vraiment les écrivaillons qu’on propose à notre admiration, c’est donc devenu un des seuls moyens de lutter contre cet étourdissement du sens critique. C’est une entreprise aussi littéraire qu’un roman, et même plus littéraire que certains romans.
Cosmic Dancer dit
Cher Pierre Jourde
Les pisse-vinaigre n’auront pas le dernier mot. Télérama et Libération ne sont plus lus que par de vieilles barbes en voie d’extinction que saluent avec déférence quelques mauvais profs à la retraite. Je désespérais de la littérature lorsque j’ai découvert celle sans estomac, puis vos romans (je viens de terminer ma lecture de Festins secrets, tout aussi admirable que Pays perdu). J’avais oublié le sens de l’écriture et c’est grâce à vous que je le retrouve timidement, comme un point de croix, à l’envers et à l’endroit. Merci pour tout. Et sachez que si la lassitude l’emporte quelque temps, vos ouvrages ont pris le relais. Les crétins ne brûleront pas nos bibliothèques.
Robert Marchenoir dit
C’est, en effet, l’ubiquité et la permanence de ce martèlement psychologique qui finissent par avoir raison des volontés les plus pures.
Il faut vous résoudre à la solitude. Il faut accepter de parler alors que personne ne vous écoute. C’est votre faiblesse et votre force.
Ne perdez pas votre temps à tenter de convaincre ceux qui ne font pas partie de la même race que vous. Ceux-là vous haïront toujours. On ne discute pas avec des hyènes. On s’en protège.
Une fois admis que vous prêchez dans le désert, vous serez agréablement surpris de découvrir, ici ou là, séparés par des milliers de kilomètres, une poignée d’hommes qui pensent comme vous.
Songez à la Résistance, songez aux cisterciens. Travaillez pour l’éternité.
Dans ces méthodes, utilisées par les journalistes littéraires en place pour éliminer leurs ennemis, on reconnaît les procédés vicieux et malhonnêtes appliqués par les gauchistes culturels, les gramsciens qui ont infiltré tous les rouages des institutions de pouvoir: médias, université, école, associations…
Ah! encore une chose: ce que les gauchistes ont commencé dès 1945 — et qui a conduit aujourd’hui à cette invisible prison totalitaire décrite par Pierre Jourde, les islamistes l’ont déjà commencé pour leur propre compte.
Il est à craindre qu’il ne faudra pas soixante ans pour que d’autres écrivains rerpennent mot pour mot les déplorations de Pierre Jourde, mais en les appliquant cette fois-ci à l’islam. Islam dont le gauchisme est l’allié, comme par hasard.
A condition que nos nouveaux maîtres leur en laissent le loisir.
expat dit
@Pierre Jourde ! ça fait quatre fois ! mais ce n’est pas grave; on a compris.
Pierre Jourde dit
Je remercie les personnes qui ont manifesté leur intérêt pour ce texte et ont contribué à la discussion. Je n’ai pas pour habitude de me répandre en états d’âme. Je voulais dire en gros ceci : sans refuser l’affrontement, bien au contraire, il y a des moments où la bassesse des attaques finit par donner envie de s’éloigner un peu. Mais la teneur des commentaires me ravigore déjà. Merci, très chaleureusement, de votre soutien et de votre compréhension.
Je voudrais également dire à la personne qui signe “obs” à propos du texte sur Israël que j’ai publié sur ce site : le mot “délire” est une manière assez pauvre de qualifier un avis avec lequel on n’est pas d’accord. Vous ne pouvez pas renvoyer ainsi au néant ce qui ne vous plaît pas. En tous cas, ce n’est pas le signe que vous soyez capable d’accepter une certaine complexité de la réalité. Je ne sais pas ce qu’on pourrait qualifier d’information sérieuse, les vôtres sont peut-être meilleures que les miennes, mais vous les gardez pour vous. Il se trouve que je suis un peu informé, par des sources écrites, orales, et par des observations directes, à Jérusalem, Tel Aviv, Alexandrie, Le Caire. Pour Gaza, je ne suis pas grand reporter. Je ne vous parle pas des banlieues, que je connais quelque peu de l’intérieur. Vous pouvez toujours qualifier le développement de l’antisémitisme de délire si cela vous rassure. Certes, rien de tout cela ne donne l’Information absolue. Simplement des éléments de réflexion non négligeables.
Enfin, en ce qui concerne la critique littéraire, je tente de la pratiquer précisément avec le maximum d’informations et de travail sur le texte, sans préjugés sur le nom ou la situation de l’auteur. Mais bIen entendu, en cette matière, rien n’est parfait.
PJ
expat dit
@ obs – si vous êtes du magazine du même nom (un peu près) honte à vous. pfft Heureusement il y a des écrivains comme M. Jourde dans ce monde et son livre “Littérature sans estomac” qui était excellent – pour l’Obs (le magazine) continue à nous donner des leçons de tiers mondes mélangeés avec des critiques de restos 3 étoiles à 300 euros – c’est cool ! et dans l’ère du temps…
obs dit
Effectivement après avoir lu votre délire sur “Nos anti-feujs de banlieue seraient-ils de banals antisémites ?” il est temps d’arrêter ce que vous croyez être de la critique, pondre des textes avec des généralisations qui trahissent un manque de recherche d’informations et se dire critique ! NON!
Merci de songer à arrêter et inviter aussi votre ami Neaullau à vous suivre!
Stoemp dit
Il vous a fallu beaucoup de courage pour affronter ces journalistes, toujours les mêmes, qui ne cèdent la place qu’à l’article de la mort, j’imagine, comme les vieux dirigeants soviétiques. Votre “Littérature sans estomac” a beaucoup compté pour moi, en tant que lecteur, et pour quelques-uns de mes élèves curieux de littérature. Soyez remercié pour ce travail salutaire.
Armagedon dit
Ce qui est curieux, c’est que libération, Télérama, le monde des livres, ou le Figaro littéraire pour ne citer que ceux-là passent leurs journées à éreinter les auteurs qui ne leur plaisent pas, et à encenser les autres. Ils ne savent même faire que cela, contrairement à l’auteur de l’article. Il y a longtemps que la république des livres est devenue une oligarchie. Et “réactionnaire” n’a aucun sens en matière artistique.
Culturalgangbang dit
Une fois de plus, le Culturalgangbang avait tout prévu…
“Je veux voir Angot, une charlotte sur la tête, à la chaîne dans une usine de sardines, c’est sa place. Je veux qu’on interdise à Castaldi fils, Fogiel et toute la bande de sacrifier nos forêts à l’imprimerie de leur plat narcissisme, je fais humble doléance qu’on envoie BHL, Sollers et alii ramasser les poubelles à Paris !”
http://www.culturalgangbang.com/2008/12/il-faut-vomir-sur-les-missions.html
AVERELL dit
Je ne critiquerai pas la critique. J’aimerais seulement qu’elle soit plus aimante, car on critique bien que ce que l’on aime, vous en conviendrez. J’aimerais une critique plus aimante. Pourquoi vouloir démolir ? Pour paraître plus intelligent ? Pour se faire une place sur le perchoir de la célébrité ? Ce perchoir dont on dégringole dans l’heure après avoir été flatté. De même, le pessimisme serait-il l’une des marques de la lucidité comme on le laisse entendre, en France tout au moins ? Je pratique à mes heures la critique, une critique volontiers aimante ; et lorsqu’elle ne l’est pas ces mots de Gustave Flaubert (dans une lettre à Louise Colet, en 1846) me reviennent comme une gifle : “On fait de la critique quand on ne peut pas faire de l’art, de même qu’on se met mouchard quand on ne peut pas être soldat”. Je ne connais pas votre œuvre de critique, cette remarque n’est donc en aucun cas dirigée contre vous-même et votre œuvre.
PMB dit
Une hypothèse : et si Internet, la meilleure et la pire etc., ne signait pas la mort du pouvoir des Savigneau and co ? Et si les blogues, bons ou mauvais, ne permettaient pas ce truc tout bête, comme je vais le faire : informer les gens qu’un livre existe ?
zorg dit
Courage, M . Jourde, nous sommes plusieurs à apprécier “la littérature sans estomac” qui comme , on ne le dit pas assez n’est pas seulement contre certains auteurs ,mais aussi pour une certaine littérature.Je ne suis pas très au courant des chiffres de vente ,mais il me semble que de plus en plus de lecteurs se détournent des critiques officiels pour se faire une opinion personnelle. le bouche à oreille est un facteur important.
Jules dit
Avoir pour partenaire Éric Nauleau est pour moi la pire des infamies.
Cela m’enlève tout désir de vous lire.
Que venez-vous faire dans Causeur ?