Suivre Causeur :     

La dernière cartouche du Colonel Jambon

Publié le 30 décembre 2011 à 13:30 dans Brèves

Mots-clés : , , ,

Un titre aussi fleuri pourrait annoncer une brève burlesque, voire comique. Le Colonel Jambon ! Une titraille qui claque pour un joyeux article de Noël, en nous résonnent les noms du Sapeur Camembert ou du Concombre masqué. Mais cette histoire n’est pas drôle et n’a rien d’un conte de Noël.

Le cadavre de Robert Jambon, 86 ans, a été retrouvé il y a quelques semaines par la gendarmerie nationale au pied du Monument aux morts de Dinan, dans les Côtes d’Armor. Militaire de carrière, Jambon avait été mobilisé dans nombre de conflits, dont celui d’Indochine qui l’avait conduit à combattre au côté des Hmong.

Ancien officier de Marine, le Colonel Jambon avait tenté, toute sa vie durant, de sensibiliser le grand public au sort dramatique de ce peuple minoritaire d’Asie, majoritairement chrétien et pro-occidental, victime d’un véritable génocide depuis l’avènement des régimes communistes au Vietnam et au Laos en 1975. Quand je dis que l’on a retrouvé le cadavre de Robert Jambon, je ne donne pas toute la mesure du drame. On est d’abord tombé sur son touchant mot d’adieu, tâché de sang, intitulé : « Ma dernière cartouche – Ultime combat pour une cause orpheline ». Texte dans lequel le vieux soldat revient longuement sur le sort de ses amis, persécutés dans l’indifférence.

Robert Jambon a précisé que son geste n’était pas un suicide, mais un acte de guerre “visant à secourir nos frères en danger de mort”. Le suicide – nous apprenait récemment je ne sais plus quelle étude – c’est pour les adolescents neurasthéniques, les poètes maudits et les vieillards atrabilaires chroniques; Jambon, lui, voulait faire éclater cette réalité scandaleuse : l’Occident ne sait pas porter une égale attention aux tragédies de tous les peuples. Rares ont été les occidentaux à s’inquiéter, en 2009, du sort de plus de 4000 Hmong rapatriés contre leur gré de la Thaïlande vers le Laos, et dont le sort est toujours incertain.

Les Hmong ont une croyance locale pittoresque selon laquelle l’homme reçoit trois âmes à la naissance : la première leur reste après la mort, la deuxième part vers le royaume de l’au-delà et la troisième est réincarnée. Pourquoi pas… Tout est possible… Bon voyage aux trois âmes de Robert Jambon ! Et joyeux Noël, Colonel !

envoyer par email autre réseau social

A lire aussi

La rédaction de commentaires est reservée aux abonnés

30

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous

mot de passe oublié | Vous n'arrivez pas à vous connecter ?
 

Nos offres

  • 2 January 2012 à 11h56

    xray dit

    Bel hommage à ce vieux colonel, d’autres diraient à ce vieux con qui n’a rien compris au vent de l’Histoire. Je fais partie de cette petite minorité qui depuis des années assiste écœurée au lent mais méthodique génocide des Hmongs, coupables de deux abominations aux yeux des grandes voix de la conscience universelle: avoir soutenu les Français pendant la guerre du Vietnam, puis, n’ayant décidément rien compris au film, avoir remis ça avec les Américains…Diabolicum perseverare…
    Mon père, ancien officier parachutiste qui avait combattu à leurs côtés, en avait recueilli un bon nombre chez lui, avant qu’ils repartent vers la Guyane. Et moi, par d’autres armes, j’essaie de faire un peu bouger les choses au Laos.
    Et hommage également d’un Patagon à un magnifique compatriote …

  • 31 December 2011 à 11h27

    clappique dit

    Le choix du colonel Jambon n’était pas innocent: c’est devant le monument aux morts des guerres d’Indochine, en forme de pagode,  qu’il s’est tué. http://www.memorial-indochine.org/5_monuments.php

  • 31 December 2011 à 1h35

    Sophie dit

    Causeur est peuplé de jean Valjean!

  • 30 December 2011 à 20h17

    Saul dit

    @ PhilippeEmmanuel

    “Quoi ? les officiers en Indochine n’en avaient pas rien à faire des locaux !!!???
    Jenni m’aurait il menti ?”

    Jenni ne parle pas de ça dans son roman… s’il laisse sous entendre une indifférence du héros principal, Salagnon, il laisse aussi sous entendre une absence d’indifférence,
    ainsi Moreau
    “Alors le soir il partait dans la foret avec ses Thaïs. Il pouvait parler de ses hommes, le possessif est ici délicieux, cela aurait ravi Trambassac qui semait sur toute la Haute-Région une multitude de petits Du Guesclin”.

    ou Mariani qui qualifie de “frères d’armes” ses Viets, Arabes et “un Malgache égaré là”

    ou encore, plus subtilement, lors du départ d’Alger, quand ils préfèrent se dire que les Harkis se font égorger, pour ne pas imaginer pire sort…

    • 30 December 2011 à 20h19

      Saul dit

      en même temps, je ne l’ai pas encore tout à fait fini (mais presque ! )
      Nous sommes encore des cavaliers Scythes….

    • 30 December 2011 à 23h50

      Saul dit

      bon, ça y est, fini.
      à lire vraiment, y’a chef d’oeuvre

  • 30 December 2011 à 18h49

    L'Ours dit

    Rackam,

    lien très intéressant. Merci. 

  • 30 December 2011 à 18h17

    rackam dit

    L’Ours,
     ne vous fiez pas au titre du lien, mais voici quelques informations complémentaires. J’étais en Guyane il y a 22 ans…
    http://objectif-cap-sizun-polynesie.over-blog.com/article-cacao-un-village-h-mong-en-guyane-41567697.html  

    • 30 December 2011 à 18h24

      Pivert dit

      Merci Rackam pour le lien. Visiblement des bosseurs ces Hmongs.
      C’est sur qu’ils doivent faire tâche en Guyane. 

  • 30 December 2011 à 18h11

    L'Ours dit

    Sophie,
    les Hmong se sont installés, ou plutôt ont été installé en Guyanne et ont tout de suite été détesté par les locaux alors qu’ils n’avaient rien. Evidemment, ils ont bossé et ont produit des légumes à foison. La réussite due au travail, ça rend jaloux tous les assistés, même quand ils leur produisent de la nourriture..
    J’étais en Guyane il y a 25 ans, je ne sais pas ce qu’il en est aujourd’hui. 

  • 30 December 2011 à 17h31

    Sophie dit

    J’ignore tout des Hmong mais je leur sais infiniment gré de ne pas se faire sauter dans des métros aux heures de pointe pour attirer l’attention sur les exactions qu’ils subissent.

  • 30 December 2011 à 17h16

    Gil Mihaely dit

    je vous rappelle l’hommage subtil rendu aux Hmong par Clint Eastwood dans son film Grand Torino

    • 30 December 2011 à 17h45

      isa dit

      Ah vous êtes là Monsieur Milaelhi!

      N’ayant jamais reçu de réponse de votre part, je vous croyais au zoo.

      A part cela, même quand on a beaucoup apprécié Grand Torino comme moi, il me semble bien qu’il est très difficile de se souvenir que les voisins de Clint étaient des Hmongs .

    • 30 December 2011 à 17h48

      pirate dit

      Toujours le même livre en conseil de retour, Sympathy for The Devil, où le guide montagnard (hmong donc) et son kata d’invincibilité (rien à voir avec le truc japonais dans le karaté, là on parle d’un “grigris”) tient un rôle central. Les Hmongs ne se sont jamais entendu avec les vietnamiens, ni plus avec les laotiens ou les chinois (ils doivent représenter 1% de la population chinoise et sont copieusement méprisé). je suis très fier de posséder chez moi un poignard Hmong taillé dans une lame de frein qui en dépit de son manque d’entretien et une exposition à l’humidité involontaire est toujours aussi coupant. Dans la liste des pro occidentaux, et généralement chrétiens, ils sont à rapprocher dans leur historique des karènes, dont tout le monde se fout ou à peu près, à l’exception de quelques soldats sans cause, souvent français ou britanniques. Curiosité culturelle, les vêtements traditionnels Hmong ressemble beaucoup à ceux que porte les indiens quechuas du Yucatan.

      • 30 December 2011 à 20h18

        Pivert dit

        Bien d’accord avec vous pirate: Sympathy for The Devil est un des meilleurs livres sur le Vietnam avec les mémoires du Colonel J. Sassi du GCMA pendant la période Indo. 2000 Hmongs ralliés arrivés trop tard pour désenclaver Dien Bien Phu. Mais qui s’en souvient?

    • 30 December 2011 à 18h08

      Saul dit

      on les voit aussi dans “Apocalypse now”, ce sont les partisans du “colonel Kurtz”.

      on les appelle aussi (improprement) “Meo”

      • 31 December 2011 à 10h29

        pirate dit

        Meo c’est le nom que leur donne les chinois, ou miao, peuple.

  • 30 December 2011 à 16h43

    Pivert dit

    Merci Mr Ajavon pour votre article dans mon mensuel préféré.
    Petite rectification le colonel Jambon n’était pas un officier de la Marine mais un officier des Troupes de Marine (anciennement Troupes Coloniales) rattachées à l’armée de terre. C’est une remarque de puriste qui n’enlève ni ne rajoute rien à son geste magnifique. Dommage que vous n’ayez pu retransmettre,sa lettre, très édifiante, en entier.
    Encore merci. 

  • 30 December 2011 à 15h34

    PhilippeEmmanuel dit

    Quoi ? les officiers en Indochine n’en avaient pas rien à faire des locaux !!!???
    Jenni m’aurait il menti ?

  • 30 December 2011 à 15h00

    Saul dit

    enfin, quand même,je me demandais quand il y aurait un billet là dessus….

    mes respects mon colonel…

  • 30 December 2011 à 14h17

    Bibi dit

    Indignator est occupé ailleurs.
     

  • 30 December 2011 à 14h16

    fxajavon dit

    @Lisa : l’info est venue de Ouest-France et relayée par l’AFP. J’ai vu passer un papier dans Le Figaro, mais je pense que ça s’arrête plus ou moins là…

    • 30 December 2011 à 14h59

      Saul dit

      non, ils en ont parlé aussi au JT de France 2 y’a pas longtemps.
      en évitant bien entendu de citer la fin de la lettre…

      • 30 December 2011 à 16h53

        Jrockfalyn dit

        La fin de la lettre est précisément admirable et je ne peux résister à l’envie de la citer :
        ” Après une période de découragement, j’ai décidé de jouer ma dernière carte ou, plus exactement, de tirer ma dernière cartouche. Dans ma tête. EN d’autres termes je vais me « faire sauter le caisson » pour expier ma part de honte et protester contre la lâche indifférence de nos responsables face au terrible malheur qui frappe nos amis Laô. Ce n’est pas un suicide mais un acte de guerre visant à secourir nos frères d’arme en danger de mort. Quant à vous, les gouvernants sans honneur, vous, les grands « média » sans courage et vous, les « collabos » sans vergogne, je vous crache mon sang et mon mépris à la gueule.

        Un peu comme la dernière phrase de Cyrano… « Ce sang était le sien », …
        Le reste du courrier donne aussi le frisson…

    • 30 December 2011 à 22h06

      lisa dit

      Merci de votre réponse, c’est sympa de savoir que l’auteur lit les fils.

  • 30 December 2011 à 13h53

    rackam dit

    Oui, lisa, toujours les mêmes…
    Paix à ses trois âmes.
    J’avais été fortement impressionné par les hmongs réimplantés en Guyane, lors d’un séjour là-bas. Leur aumônier, un vieux père blanc, nous avait reçus et raconté leur épopée. Aujourd’hui, ils réussissent si bien à cultiver la terre ingrate de ce pays qu’ils suscitent des jalousies des autochtones….

    • 30 December 2011 à 21h59

      lisa dit

      Aie, ils vont sans doute encore souffrir…

  • 30 December 2011 à 13h46

    lisa dit

    Certains medias ont-ils parlé de cette mort ?