La crise de la Bastille

Sous les pavés la France

Publié le 09 août 2010 à 6:30 dans Société

Mots-clés :

Bastille

C’est malin. Normalement, pour leurs numéros d’été, les journaux ont à cœur de ne pas prendre la tête de leurs lecteurs. Et comme on n’est pas plus chiens que nos confrères, lorsque, réunis en conclave, nous avons choisi le thème – et le titre – de ce dossier, nous n’avions pas l’intention de pourrir vos vacances ni les nôtres. Enfin pas totalement. Nous savions que réfléchir à l’état de notre pays ne serait pas seulement une partie de plaisir mais nous pensions, en creusant sous les pavés, trouver quelques vestiges de ce “bonheur français” qui était hier un objet d’étude pour chercheurs étrangers.

Puis les articles sont arrivés, hésitant entre mélancolie et colère, flirtant au mieux avec la nostalgie, au pire avec le désespoir.

On pouvait s’attendre à ce que Renaud Camus, prolifique commentateur du désastre et talentueux exécuteur des amis d’icelui, livre une analyse qui s’apparente plus à un acte de décès qu’à un programme pour l’avenir – encore que sa proposition d’une éducation qui ne serait plus une obligation, mais un privilège réservé à ceux qui le désirent, mériterait d’être étudiée. On n’espérait pas de Basile de Koch ou de Jérôme Leroy qu’ils célèbrent la France comme elle va. On n’imaginait pas non plus, du reste, que ce dernier en viendrait à regretter Hélène et les garçons, ce qui dit où nous sommes rendus. Pour ceux-là et tous les autres contributeurs réguliers de Causeur, la messe est dite : nous sommes “réactionnaires”, terme générique qui, sous la plume de ceux qui nous en affublent, signifie que nous préférons le passé au présent et, plus généralement, que nous n’avons pas sur le monde le même point de vue qu’eux. Ainsi, Les Inrockuptibles ont-ils récemment étalé, sur une petite dizaine de pages, cette thèse encore moins nouvelle que lesdits “réacs” livrés à la vindicte de leurs lecteurs. Aveuglés par une idéologie pernicieuse et archaïque, insensibles aux charmes de la postmodernité, nous ne saurions que chanter le refrain d’une “France déchirée par ses fractures sociales, ethniques, communautaires sur fond de déliquescence de l’autorité et de pertes des valeurs”. On se demande bien où nous sommes allés chercher tout ça.

L’ennui, c’est que cette humeur cafardeuse semble avoir contaminé des personnalités fort respectables n’appartenant ni de près ni de loin à notre “mouvance” − que je serais d’ailleurs bien en peine de définir. Dans l’entretien qu’il a accordé à Gil Mihaely, Christophe Prochasson, historien de gauche et de la gauche, ne décèle pas de ce côté de l’échiquier politique un espoir de lendemains qui, à défaut de chanter, cesseraient de broyer du noir.

[...]

  1. C’est pour cette raison que Causeur a été plutôt en retrait dans l’affaire Woerth-Bettencourt. Dans le tourbillon de révélations réelles ou supposées livrées par les confrères, il était presque impossible de se forger une opinion.

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  • 9 August 2010 à 11h18

    clement dit

    En fait, peut etre que nous irions mieux si l’on croyait encore a la venue d’un Homme (ou Femme, of course!) providentiel(le), mais ce systeme brutal de primaires “filtre” les courageux, les visionnaires au profit des mediatiques, des roquets, des monstres politiques qui semblent n’avoir aucune autre fin (faim?) que la leur…

    Je ne vois pas d’ou et de qui le sursaut peut venir, et c’est bien ca le probleme: qu’on me parle pas de DSK, qui a eu le courage de se faire remplacer au FMI par son adjoint le jour ou le Fonds rendait ses conclusions sur la France, qu’on ne me parle plus de Sarkozy, de Villepin, d’Aubry,…

    Peut etre faut il changer la facon dont notre vie politique fonctionne, en profondeur; ainsi on s’y re-interesserait peut etre, et -qui sait – serions nous a nouveau porteurs d’espoir.

    Bonne causerie a tous !

  • 9 August 2010 à 9h18

    GPS dit

    Tout cela est bel et vrai, inquiétant et décourageant, . Mais il y a eu la semaine dernière un événement considérable, qui est la censure par la Conseil constitutionnel des articles du CPP consacrés à la garde à vue de droit commun. Un grand jour pour les libertés. Nous les devons aussi à cet étrange président que son discours de Grenoble vient de priver définitivement de mon suffrage (et auquel je souhaite, dès 2012, un avenir heureux au Conseil constitutionnel).