Jean-Luc Gréau est économiste, ancien expert du Medef. Il a notamment publié : La Trahison des économistes (Gallimard, 2008).

Commençons par le dernier rebondissement dans le feuilleton de la crise : la baisse de la note de la dette espagnole. La détresse du marché espagnol du crédit foncier rappelle à notre bon souvenir la dette privée, question occultée depuis un moment par celle des dettes souveraines. Est-ce que cela repart comme en septembre 2008 ?

Vous insistez sur un fait central occulté par les économistes médiatisés et les journalistes. La crise des dettes publiques européennes se situe dans le sillage d’une crise historique des dettes privées qui a son épicentre aux États-Unis, pays de 300 millions d’habitants et première économie mondiale. Cette crise des dettes privées, symbolisée par l’effondrement du « subprime rate », trahit le surendettement des ménages dans différents pays occidentaux : États-Unis, Royaume-Uni, Espagne, mais aussi Australie, Irlande, Portugal, Hongrie, Estonie. Elle est la cause directe de ce que nos amis Américains nomment aujourd’hui la « Grande récession » pour marquer la singularité de la crise actuelle dans l’ensemble des récessions de l’après-guerre. Or, la Grande récession a dévasté les comptes des États, y compris de ceux dont la situation apparaissait bonne, voire excellente. Et cela, de trois façons : en réduisant mécaniquement les recettes fiscales ; en transférant vers certains Trésors publics les pertes des banques nationalisées ou secourues par ces Trésors ; en incitant certains gouvernements à des mesures palliatives de soutien de l’activité, prises dans le souci de ne pas voir la récession tourner à la dépression.

Mais l’Espagne représente une illustration parfaite de cette liaison dangereuse entre la dette privée et la dette publique. Les ménages espagnols sont tout aussi endettés que leurs homologues américains. L’effondrement de l’économie locale, qui a supprimé plus de deux millions d’emplois, les rend largement insolvables, cependant que l’effondrement des recettes détruit le crédit de l’État espagnol. Point remarquable : il y a trois ans encore, cet État était encore excédentaire et affichait un niveau de dette largement inférieur à celui de la zone euro. Mieux encore, il a bénéficié un instant de conditions d’emprunt meilleures que l’État allemand. En 2006, le « benchmark » européen, c’était l’Espagne !

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