L’ordre moral, c’est le « pass contraception »
Réponse à Sophie Flamand et Cyril Bennasar
Publié le 21 mai 2011 à 8:00 dans Société
Mots-clés : Education nationale, Pass contraception

Gene Wilder avec Daisy (Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander)
Sophie Flamand et Cyril Bennasar ont tous deux réagi à mon article sur le « Pass contraception » distribué dans les lycées. La première développe un point de vue différent du mien, mais qui, m’a-t-il semblé, lui fait assez justement objection. Le second, lui, m’assimile courtoisement à un « catho coincé du cul » ; comme il me croit en outre académicien1, cela prouve qu’il est assez mal renseigné sur moi. Peu importe. Toutefois, j’ai eu l’impression dans les deux cas qu’on répondait non pas à ce que je disais, mais à ce qu’on s’imaginait que j’avais dit. Or ce sont des sujets graves, et, selon un mot célèbre, « entre l’inconvénient de se répéter et celui de n’être pas entendu, il n’y a pas à balancer ».
Puisqu’il faut donc mettre les points sur les « i », je commencerai par dire que je ne suis nullement partisan de proscrire l’usage de la contraception, primo parce que venant de moi ce serait de la tartufferie, secundo parce je suis moi aussi extrêmement attaché aux libertés laïques invoquées par Bennasar. J’ajoute que je ne suis nullement opposé à l’usage de la pilule par de jeunes filles mineures, pour la bonne et simple raison que cela ne me regarde pas. Et de même, tout catholique que je sois (coincé ou pas), je suis favorable au fait que l’IVG soit légale, pour les mêmes raisons que mon contradicteur. Simplement, je me demande si 200.000 avortements annuels dans notre pays, à côté d’environ huit cent mille naissances, ça ne pose pas quand même un petit problème… C’est un autre débat.
Mais j’en reviens à ce que j’ai voulu dire, et je vais tenter d’être plus clair. Cyril Bennasar invoque le spectre d’un « ordre moral », que des phalanges ensoutanées voudraient nous imposer à grands coups de goupillon. Fantasme assez commode, en effet, pour qui ne veut pas ouvrir les yeux sur le nouvel ordre sexuel que la société moderne est en train de mettre en place (qu’on ne voie pas là une thèse complotiste : comme toujours, il n’y a besoin de complot), et que je n’appellerai pas ordre moral, car il est d’une autre nature, qu’il nous faut précisément chercher à nommer.
Ce qui me déplaît dans cette histoire de « pass » (ouvrira-t-on bientôt des hôtels de pass ? Nos adolescents, souvent, ne savent pas où aller…), ce n’est pas que les jeunes filles puissent prendre la pilule, c’est que j’y vois un nouveau symptôme d’un mal à la fois rampant et galopant : l’immixtion de la collectivité dans la vie individuelle, avec toujours un bon prétexte, certes, de prévention en sensibilisation, de législation en réglementation, d’incitation en interdiction. (Au fait, qu’est devenue dans cette affaire l’autorité parentale ? Je croyais que selon la loi elle s’appliquait jusque à 18 ans ?) Or, cette immixtion n’est pas neutre. Elle véhicule une conception des choses, une philosophie ou plutôt une idéologie. En matière de sexualité, à côté d’évolutions tout-à-fait bienvenues (concernant l’homosexualité, par exemple), la vision qui s’impose dans notre société de façon diffuse et multiple (et pas seulement avec le « pass ») ne me semble pas être libératrice au sens où l’entend Cyril Bennasar, mais sinistrement pragmatique, platement utilitaire : le sexe est considéré comme une fonctionnalité parmi d’autres, quand ce n’est pas comme un élément de confort domestique. Nous ne sommes plus censés avoir des désirs, mais des besoins. On n’a plus à rechercher un enthousiasme, juste à obtenir sa ration. La « jolie pomme défendue » se mue en cinq fruits et légumes par jour. Nous relevons de la gestion. Le sanitarisme s’en mêle : un rapport médical nous apprenait récemment qu’à partir de 21 éjaculations mensuelles, le risque de cancer de la prostate diminue et qu’« un bon rapport sexuel » (sic) équivaut sur le plan cardiovasculaire à deux heures de jogging. Voilà du discours triste ; voilà ce qui arrive quand le Conseil régional se mêle des amours, ou quand les autorités de santé s’inquiètent des baisers. Moi je dis : faites l’amour, pas l’espérance de vie ! Aimerdésirer plutôt que mangerbouger !
Jean Paulhan s’arrêta jadis, on le sait, devant cette inscription à la grille d’un square public de Tarbes : « Défense d’entrer dans le jardin avec des fleurs. » Alors, j’ai beau être catho (à ma façon), je veux entrer dans le jardin avec des fleurs, toutes les fleurs, de la pâquerette à la tubéreuse, de la jonquille à l’orchidée. À cet égard, Sophie Flamand a raison de me faire observer que la contraception permet justement d’y entrer sans crainte. Mais je ne crois pas avoir dit le contraire.
- Pour « l’Académicien », je plaide coupable : je ne sais pourquoi quand Cyril Bennasar m’a demandé si François Taillandier était membre de l’Académie française, j’ai répondu par l’affirmative, sans la moindre malice. Sans doute parce que, à mon avis, François mériterait de l’être bien plus que beaucoup d’autres qui le sont. J’ose espérer que François me pardonnera non seulement cette inexactitude mais aussi l’espoir qu’elle sera bientôt rectifiée par son entrée à l’Académie (en supposant qu’il le souhaite). EL ↩
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L'auteur
François Taillandier est écrivain.
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leroidec dit
Bravo, F. T. ! Votre mise au point est parfaite.
pirate dit
Mais en y réfléchissant je pense que l’ami François aurait à l’aise s’il n’y avait que bite en bois à avoir répondu, l’article aurait été moins plein de “oui mais en fait non, on s’est mal compris” si une femme ne l’avait pas envoyé rebondir… ah la lâcheté masculine…
pirate dit
Cela étant prendre une icono zoophile (c’est le sujet de la photo) pour parler de libération des moeurs chez les ados, ça place bien où notre soudain modéré situe l’affaire…
Sophie dit
@ Grafe, on n’en a pas en réserve, on fournit au jour le jour. Toujours frais! ;-)
@ Lisa, à propos de brasserie je serai à Paris le 23…
Marikiri dit
@ Sophie (en réponse à Lisa)
On peut effectivement se demander quel autre but viser.
Et je surenchéris sur le pari de Lisa: dans 5 ans, ça aura augmenté. Prétendument au nom du pragmatisme … en réalité au nom de la néo-pudibonderie contemporaine qui tourne de l’oeil à l’idée que la sexualité ne soit pas aussi innocente, joyeuse et libérée qu’elle veut désespérément le croire.
Un peu, au fond, comme le taux de contamination au SIDA en Afrique après 25 ans de campagnes en faveur du préservatif (je sais, là je provoque … mais j’ai des cartouches :)
lisa dit
@SOphie,
C’était l’objectif affiché il me semble.
Je pense que ça ne baissera pas, RV dans 5 ans ?
A une terrasse de brasserie avec les stats…
girafe dit
Un tour de pass pass. Décidément pour certains (heureusement pas tous/toutes) catholiques c’est je ne suis pas contre le droit à l’avortement, mais….Je ne suis pas contre le
pass, ni le sexe avant 18 ans, mais…. Oui et non à la fois. Ah les jésuites les pieds en dedans dans le plat de Causeur. Au suivant,vous en avez beaucoup en réserve des comme ça ?
Marikiri dit
@ Sophie
Oui et non. Oui: il a pris la plume. Non: il ne débat pas. Disons qu’il ébauche une réponse pour traiter des questions de fond (est-ce réaliste? est-ce le rôle de l’état etc …) mais ça n’est visiblement pas son souci. La couleur est annoncée dès le sous-titre: c’est tellement plus simple de ressortir la rhétorique tout terrain et multi-usages du pauvre laïc victime des méchants croyants obscurantistes (le Claicméro). Vous pouvez appeler ça: contribuer au débat. Moi j’appelle ça l’appauvrir, le polluer même
Avec en arrière plan, cette volonté d’imposer à force de répétition, cette idée simple: la laïcité, ça veut dire que le point de vue de citoyens qui sont par ailleurs croyants a moins de légitimité dans le débat démocratique (à moins bien entendu qu’ils n’acceptent de donner d’office raison aux laïcs éclairés. Au fait, François Taillandier avait-il ne fut-ce que fait la moindre référence à des principes religieux? Pas grave: il suffit pour Cyril Bennasar qu’on sache qu’il est catho (curieuse et contradictoire manière, au passage, d’appliquer le sacro-saint principe laïc: dans l’espace public, je n’ai pas à connaître tes opinions religieuses ou philosophiques. François T joue le jeu, Cyril B non, c’est juste un constat)
A quoi je réponds (une réponse dont je suis d’ailleurs surpris qu’elle soit si rarement faite): mais mon cher Cyril B, sur cette petite planète, nous sommes tous croyants, nous n’avons pas le choix. Si ce n’est d’une religion, alors d’un système philosophique, dont la validité n’est pas plus “démontrable”. Certes, tous n’ont pas nécessairement une compréhension claire du système auquel ils adhèrent et qui sous-tend leurs jugements, mais il ne manquerait plus que ça que ce soit un argument en leur faveur, une présomption de leur plus grande rationnalité …
En résumé: la laïcité, c’est quelque chose de trop sérieux pour être laissé aux bons soins des claïcméros.
skardanelli dit
Moi je trouve que l’on peut tout à fait défendre un point de vue opposé à l’avortement sans pour autant mettre dans le même texte les expressions : totalitarisme, boucherie et bétail humain. Ça donne un ton déplaisant au texte et les imbéciles de mon genre prennent la mouche. C’est vrai, ne pensant pas à la hauteur d’esprit de l’auteur, et comme le terme de génocide fut souvent utilisé par les bonnes âmes défendant la vie pour parler de l’avortement, on serait tenté de croire que l’argument serait utilisé une fois encore. Notez bien que c’est pur esprit d’imbécilité de ma part, ce n’était qu’une maladresse de l’auteur et ma lourdeur d’esprit m’a poussé à voir le mal où il n’y était pas.
pirate dit
Oui c’est curieux comme on glisse de “boucherie” a “ça pose un problème non” de “parlons prince charmant aux filles (mais pas au garçon hein, le pass ça les concerne pas le moins du monde) à “je n’ai rien contre le sexe chez les ados, au contraire”. De “collectivisme” à “non mais en fait j’ai rien contre hein c’est juste que je trouve ça triste”.
Oui mon vieux le sexe industriel est triste, seulement personne ne le vie comme tel, sauf vous.
Sophie dit
“Si ton ami François trouve que l’état se mêle de ce qui ne le regarde pas avec ses histoires de pass et que tu n’es pas d’accord, eh bien tu es assez grand pour te débrouiller tout seul! Trouve des arguments, défends ton point de vue, ”
Notez, c’est un peu ce que fait le petit Cyril B en prenant la plume…
pirate dit
Ah non, ton ami François ferme sa bouche et se débrouille sans l’état, et sans le médical pour niquer comme il veut mais sans le progrès. Assume ton idéal ton ami François…
Marikiri dit
Le débat démocratique et laïc expliqué à mon petit frère.
Saynète :)
Le petit Cyril B
Madame Marianne! Madame Marianne! Hein que c’est vrai que François il a rien à dire quand on parle de sexe pasqu’il est catho. Et que c’est toujours moi qui ai raison pasque je suis laïc!
Madame Marianne
Bon d’abord, Cyril, si tu veux qu’on discute, sors de sous mes jupes. Ensuite, je te l’ai déjà expliqué mille fois, la laïcité, ça vaut pour toi aussi. L’opinion de ton ami François, parce qu’il est catho, n’a pas moins de valeur que la tienne parce que tu es … tiens, c’est vrai, tu es quoi au fait?
Cyril B
Anarcho-mariniste!
Mme Marianne
Anarcho-mariniste? C’est une philosophie, ça? Anarchie et marinisme. Ah oui! je vois … j’imagine que c’est ton copain Basile qui t’a soufflé l’idée. Tu sais, Basile, il dit parfois des choses pour rire … Mais bon, tu m’expliqueras un jour ce que c’est.
De toute façon, ça n’y change rien. Ta religion ou ton opinion philosophie, je m’en fiche. Tu pourrais aussi bien être “bel humaniste paradoxal”, “kantien qui se marre”, “nietzschéen foudroyant”, “utilitariste poète”, “stoïcien transcendantal”, “voltairien illuminé” que ça n’aurait pas plus de valeur pour moi.
Si ton ami François trouve que l’état se mêle de ce qui ne le regarde pas avec ses histoires de pass et que tu n’es pas d’accord, eh bien tu es assez grand pour te débrouiller tout seul! Trouve des arguments, défends ton point de vue, mais ne viens pas tout le temps tirer ma jupe en le pointant du doigt! C’est bien compris?
Cyril B
Mais …
Mme Marianne
Et puis c’est quoi cette ridicule coquille d’oeuf toute fendue que tu t’es mise sur la tête?
Cyril B
C’est l’emblème de mon club! Le club Claicméro! On l’a créé avec des copains pasqu’on trouve que les croyants, y font rien qu’à nous embêter et ça …
Mme Marianne
Bon, en tout cas, tu l’enlèves avant d’entrer en classe. Pas de signes convictionnels ici, tu te souviens?
Cyril B
Ca … c’est vraiment trop injuste! Oui, trop injuste!
Sophie dit
Lisa, je ne sais pas si ça va baisser.
Je ne pense pas non plus que ce soit le seul objectif recherché.
lisa dit
@Marikiri,
On pourrait faire un lien entre cet article et celui sur l’immigration et le patronat.
Le deux mentalités vont ensemble. Consommer comme on vous le dit (de la bouffe au sexe) et laissez-nous décider.
lisa dit
@Sophie, Marie
De toute façon RV dans quelques années, avec la lecture du nombre d’avortement chez les ados, on verra bien si cela a baissé.
Sophie dit
En quoi la pilule dispense-t-elle de la morale?
C’est l’un OU l’autre?