L’homme qui aimait les gens
Hollande cause comme un président, c’est déjà ça…
Publié le 23 janvier 2012 à 12:00 dans Politique
Mots-clés : François Hollande, Le Bourget, Lionel Jospin, PS

Photo : Parti socialiste
Quand on n’est pas président, et qu’on aspire à l’être, il faut montrer sa capacité à le devenir. Et, comme dirait ma technicienne de surface, « c’est plus dur à faire qu’à dire ! ». Cette épreuve était particulièrement difficile pour François Hollande, car son parcours politique n’est pas passé par la case gouvernementale, et sa « présidentialité » n’a pas été construite loin en amont, comme celle de son malheureux rival potentiel au PS, DSK…
L’épreuve du « grand mitinge », non pas du métropolitain, mais du Bourget était donc pour lui décisive : sa transfiguration mentale allait-elle être à l’image de la mutation physique qu’il s’est imposée pour sortir de la cohorte des rondouillards ?
Si l’on en reste à la forme, c’est-à-dire à ce qui « s’imprime » dans le cerveau reptilien de l’électeur potentiel, l’épreuve est incontestablement réussie. La mise en scène du mitinge, signée Manuel Valls et ses amis d’une grande agence de com’ était de grande classe. On chauffe la salle avec Yannick Noah1, éternel N° 1 des concours de popularité. Pierre Moscovici, directeur de campagne, a rasé sa barbe de trois jours de bobo germanopratin tout juste revenu de Toscane (message : « finies les vacances, maintenant ça va cogner sérieux ! »). Martine Aubry se fait petite souris (dure épreuve !) et Ségolène Royal joue les groupies en état de pâmoison (non moins dure épreuve). Un seul homme résiste à cette injonction offenbachienne d’enthousiasme, de gaîté et de bonne humeur et tire un tête d’enterrement cruellement révélée par les plans de coupe sur l’assistance pendant le discours de Hollande : Lionel Jospin. Est-ce l’allusion faite par ce dernier au 21 avril 2002 comme « une blessure dont (il) gardera la trace » qui a mis l’ancien premier ministre en pétard ? Jospin n’étant pas un grand bavard enclin à étaler ses états d’âmes sur la place publique, on n’en saura donc sans doute pas plus. Comme dans chaque fête de famille, il y en a toujours un qui fait la tronche, ce qui n’empêche nullement les autres de s’amuser.
Le discours était de bonne facture et l’orateur suscitait l’admiration par sa capacité à tenir presque jusqu’à la fin sur un registre sonore élevé et astreignant pour les cordes vocales. Fini, « monsieur petite blague » qui ne peut s’empêcher de lâcher une astuce pour agrémenter un aride développement économique. L’Histoire est tragique, ou elle n’est pas.
Ce discours était classique dans tous les sens du terme : cicéronien dans la longue période sur l’égalité âme de la France et comme discours de premier tour, où l’on se doit de rassembler son camp pour affronter le second en bonne position. Dans le camp Hollande, on ne « triangule pas », comme dans le sarkozysme version Guaino. On ne va pas marauder chez l’adversaire des références historiques (Jaurès, Guy Môquet) pour se les approprier. La nécessaire rigueur budgétaire, on va la chercher chez Pierre Mendès France et non chez Antoine Pinay. Le patriotisme de Hollande s’enracine dans sa Corrèze d’adoption et les martyrs de la Résistance de Tulle, sans s’encombrer de Maurice Barrès. Le message est dans la nuance : Camus, plutôt que Sartre, Clemenceau plutôt que Jaurès « ça parle » à qui sait entendre…
Quoi de plus classique, aussi, que les charges au canon contre l’argent, les riches, « le monde de la finance » anonyme et sournois ? Des « deux cents familles » de la rhétorique du Front populaire au « grand capitâââl » de feu Georges Marchais, le vocabulaire change, mais l’esprit reste. Le message est sans équivoque : « Toi qui es tenté par le vote Méluche, au risque de provoquer un nouveau 21 avril, sache qu’un bulletin Hollande ne t’embarquera pas dans une dérive droitière… »
Mais, en même temps, il fait un clin d’œil aux classes moyennes et moyennes supérieures en fixant la limite de la richesse insolente à 150 000€ de revenus annuels par foyer fiscal, une notable évolution par rapport à de précédentes déclarations où, selon lui, on était riche à partir de 4000 € de revenus mensuels.
D’un point de vue formel et tactique, ce discours est donc une réussite. Hollande s’est donné une stature de chef et l’image d’un homme capable de galvaniser les foules. Ce n’est pas rien, mais ce n’est pas tout. Sera-t-il capable de mettre un terme, au moins pour trois mois, aux « petites phrases », aux tweets ravageurs des éléphanteaux socialistes travaillés par leur ego et en mal de présence médiatique ? Il aime les gens, dit-il. C’est bien le moins. La victoire, cependant, ne dépendra pas de la réciproque : les Françaises et Français ne cherchent pas un copain pour le mettre à l’Elysée, mais un président qui préside. C’est, paraît-il, un métier.
- Quand on cogne sur les riches en général, on peut aimer un riche en particulier… ↩
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L'auteur
Luc Rosenzweig est journaliste.
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Florence dit
Avez-vous vu le clip de campagne de Hollande ?
Je jure que ce n’est pas une blague.
http://www.lepoint.fr/politique/election-presidentielle-2012/regardez-le-geste-de-campagne-de-francois-hollande-24-01-2012-1423063_324.php
Bibi dit
Au moins, on sait de qui il s’inspire:
http://www.lefigaro.fr/politique/2012/01/19/01002-20120119ARTFIG00627-pourquoi-hollande-s-affiche-avec-hessel.php
Florence dit
GPS
détrompez-vous, vous n’êtes pas le seul à penser qu’il est insupportable de voir ce Monsieur vouloir bidouiller la constitution.
GPS dit
Merci. Nous sommes déjà deux. Soyons plus.
GPS dit
Mais en vérité ce qui me consterne le plus, c’est que personne à ma connaissance n’ait relevé la monstruosité politique (la Constitution comme dépliant publicitaire) et juridique (« je ») de cette proposition de François Hollande.
On aime décidément pas le droit, en France.
GPS dit
Ou bien le « je » de François Hollande quand il dit « j’inscrirai » est simplement celui de la certitude de faire voter n’importe quoi du moment qu’il l’aura décidé, par le peuple (voie référendaire) ou par le parlement réuni en congrès.
Dans ce cas, son modèle n’est plus Philippe Pétain, son « je » n’est plus celui du Maréchal, mais celui, disons, d’Hugo Chavez.
Ah ! Je comprends. Il s’agissait de gagner la voix de Jérôme Leroy. Bien joué, François !
GPS dit
Le deuxième défaut de la proposition de François Hollande (« J’inscrirai la loi de 1905 dans la Constitution ») est un défaut de forme, une impossibilité juridique et grammaticale.
Il n’est en effet pas possible de conjuguer la réforme de la Constitution à la première personne du singulier. En le faisant, François Hollande s’octroie un pouvoir qu’il n’a pas, et ne peut pas avoir, celui de modifier, de corriger, en somme de rédiger la Constitution.
Ce pouvoir, le seul en France à l’avoir eu, à ma connaissance, était Philippe Pétain, auquel le parlement avait en effet conféré les pleins pouvoirs constituants.
Je crains que ce ne soit pas un exemple à suivre.
Florence dit
Bien vu GPS !
GPS dit
Un passage parmi d’autres du discours de François Hollande mérite quelques commentaires. Le voici : « J’inscrirai, a-t-il déclaré, la loi de 1905 dans la Constitution ».
Or, la laïcité, comme valeur fondatrice de la République, figure déjà dans la Constitution, et même, pour être précis, dans la première phrase de son article premier.
Donc : bavardage inutile, pure opération de communication.
Et nouvelle proposition de triturer la Constitution, qui devrait pourtant, par principe, se présenter avant tout comme un document sinon intangible, du moins d’une très grande stabilité, sur lequel on ne devrait porter la main que de façon prudente, solennelle, exceptionnelle.
Il est tout de même désolant qu’un candidat qu’on présente déjà comme le prochain président de la République n’ait rien de plus pressé que de continuer la manie de ses prédécesseurs de considérer la Constitution comme un dépliant publicitaire.
Florence dit
+100
livia dit
n’est pas…
d’une meilleure répartition jusqu’à..
livia dit
LR superbe article comme d’habitude.
Mendès était très apprécié dans ma famille.
Sa décision de servir du lait chocolaté au moment de la récréation comme c’est loin…je me demande ce qu’il penserait maintenant de tout ce qui est fait aujourd’hui ? mais la France et l’école de cette époque c’est un autre monde.
Le problème des journalistes:militants , ou presque, dont vous parlez Kacyj, n’ai pas du ressort d’un séminaire , ils sont intouchables, on peut juste prier pour moins de c……e dans la presse écrite rad/ télé., là ou ils sévissent.
Reste le boycott ? (rire) ou l’exigence de meilleur répartition des tendances du genre ” discrimination positive” jusqu’à un semblant d’égalité d’opinion plus représentatif de la population ;-)
ylx dit
@LR qui dit “plutôt Clemenceau que Jaurès”.
C’est tout un programme si j’en juge le résumé de la conception politique du Tigre, vue par l’un de ses biographes :
“Pour Clemenceau – qui s’oppose à Jaurès – les idéologies sont impuissantes à sauver le peuple. Clemenceau repousse, au nom de la liberté, le socialisme et le communisme, et tout régime où l’Etat serait trop puissant.Clemenceau reconnaît le bien-fondé de l’utopie socialiste mais rejette le principe de la collectivisation réduisant la liberté d’entreprise et le liberté individuelle. L’Etat doit réglementer mais ne doit pas tout gérer.
La lecture strictement économique de la Société que donne le socialisme est un autre point de divergence : un homme n’est pas seulement un travailleur, et son bonheur passe aussi par sa réalisation dans d’autres domaines.Enfin si l’idée socialiste comporte de bonnes choses, les moyens pour l’accomplir sont suspects.Clemenceau est viscéralement allergique au cadre rigide d’un parti. Devenir membre d’un parti est non seulement une restriction de la liberté de l’individu, qui doit suivre une ligne, mais plus encore peut, par des compromissions faites au nom de la cohésion, pervertir le projet politique initial. Le parti est constitué d’hommes différents, donc de tendances qui dévoient les perspectives à l’origine de sa création. Le parti, organisation conjoncturelle, peut , par sesd pratiques et ses divisions miner et figer sa propre idéologie. ”
A méditer …
Thalcave dit
La plume de Luc Rosenzweig vaut celles de La Bruyère et du duc de Saint Simon.
Et sur le fond, il n’a rien à envier à Flaubert et son Education sentimentale.
A croire que rien ne peut remplacer des années d’apprentissage à Libération puis au Monde!
isa dit
Tout à fait d’accord avec vous, Thalcave, c’est décidemment le meilleur ici.
rackam dit
+1, il aurait pu continuer jusqu’au Figaro. Bon, je me ressaisis: il n’aurait pas déparé au Quotidien de Paris qui reste une référence inégalée. Pour moi. Et quelques autres…
Florence dit
+1
kacyj dit
Hum ! Certes mais en lisant les CR des journalistes actuels du Monde, tous plus enthousiastes les uns que les autres, il semble qu’ils aient besoin d’un séminaire de révision sur le métier de journaliste, un séminaire qui pourrait être animé par LR.
isa dit
Formidable article, tout est dit!
Florence dit
“J’aime les gens”.
Honnêtement ça me fait rire.
laborie dit
J’aimerais mieux, et pas mal d’autres avec moi, des actes plutôt que des causeries au coin du Bourget. Question crédibilité avec ce qu’il a fait pendant sa présidence du parti où il n’a rien vu ni rien entendu (himself dixit) tant du côté de DSK que de Martine et du Carlton, on peut douter de ses prédispositions à diriger un pays. Un sourd et aveugle ça le fait pas…
Je lui conseillerais de venir diriger Saint Martin car on cherche un croupier de casino et un pétomane de gauche pour égayer les longues soirées d’été sachant que Méluche et Leroy ont décliné l’invitation.
Marie dit
Relevé sur le compte rendu du sit de la SVT :
Francois Hollande sade också att hans första utrikesresa på, om han blir vald till president, kommer att gå till Tyskland. Han vill träffa förbundskansler Angela Merkel för att diskutera ”en ny riktning för Europa”, reformera finanspakten från den 9 december och skapa en gemensam euroobligation, en åtgärd som Angela Merkel ihärdigt motsätter sig.
Il veut rediscuter avec A Merkel des eurobligations dont A Merkel ne veut absolument pas ….
cantalessous dit
Après Chirac, pourquoi pas Hollande ? deux conseillers à la cour des comptes qui n’auront quasiment jamais mis les mains dans le cambouis (je n’ose pas écrire “travailler”) ! A peine sortis de l’Ena les voilà déjà dans le circuit politique. Mais ont-ils besoin de travailler : ils sont énarques, donc intélligents. Au passage, vous noterez que leur séjour à l’Ena n’a pas été véritablement rentable pour l’Etat : l’un et l’autre ont-ils produits beaucoup de rapports ?
Marie dit
J’avais entendu Guaino ce matin et voici le Monde m^me tonalité
http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/01/23/hollande-et-la-finance-des-mesures-moins-radicales-que-le-slogan_1633159_1471069.html
Lady dit
Le Yannick Noah de Hollande, c’est le Henri Lecomte de Sarko…On ne peut pas dire que l’un et l’autre anoblissent et donnent consistance à leurs candidats chéris!
Hollande aime les gens? Il n’aime pas les riches…Il va bien falloir gouverner pour rassembler tout le monde ? C’est la lutte finale…!
borgoloff dit
Noah n’est pas vraiment dans la misère. Va falloir que tu l’aimes quand même François !
attila dit
en fait qui aime-t-il?? n’aime peut-être pas l’argent ( avoir !!) mais s’en accomode bien !!
Marie dit
Et oui un métier et ce n’est pas en jouant la gauche contre la vilaine droite qu’on rassemble CQFD. Non il n’a pas parlé de Sarkozy mais des images prêtes à huer ont été servis au public, ennemi de la Finance et parler de pourchasser les fraudeurs et faire venir Noah en délicatesse avec le fisc avec des années , quelle hypocrisie… Je ne parle m^me pas de ce que souligne M Sénik ni du malencontreux , je ferais inscrire la laïcité dans la Constitution … Bon tribun est ce suffisant ?