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L’euro est mort, vive l’euro !

Contre la crise, Sapir démondialise

Publié le 12 septembre 2011 à 12:48 dans Économie

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Selon un proche d’Arnaud Montebourg, la démondialisation serait un « mot-obus qui sert à détruire le système ». Depuis que le candidat aux primaires socialistes en a fait son étendard, le concept fait florès chez les pourfendeurs du mondialisme. Il est jusqu’aux socialistes pudibonds pour parler- timidement- « d’écluses » et de « juste échange ».

Car le protectionnisme, appellation originelle de la démondialisation, séduit aujourd’hui 80% des Français- si l’on en croit le sondage IFOP commandé par l’association Manifeste pour un débat sur le libre-échange.
Membre de ce cercle d’intellectuels, Jacques Sapir démontre que la mondialisation résulte d’une série de choix politiques conscients marqués par l’empreinte idéologique du néolibéralisme. Dans un livre dense sorti au printemps, celui que l’on qualifie souvent d‘économiste hétérodoxe s’emploie à décrire la double face, marchande et financière, d’une « mondialisation (qui) ne fut jamais heureuse ». A Frédéric Bastiat et Georges Kaplan déclarant que « si les marchandises ne traversent pas les frontières, les soldats le feront », Jacques Sapir répond par avance que la mondialisation est elle-même une guerre !

Et comme tout conflit, la libéralisation des flux marchands et financiers divise les belligérants en deux catégories : les gagnants et les perdants. Au rang des vainqueurs, on retrouverait « les classes supérieures des pays riches – et de certains pays en développement » ainsi que les pays dits « émergents » que l’on ferait mieux d’appeler émergés tant ils mettent à profit certains mécanismes de la mondialisation, sans vraiment en jouer le jeu. La Chine en est l’exemple le plus flagrant, l’Empire du milieu développant sans la moindre mauvaise conscience une économie de prédation pour « retrouver son rang » d’ancienne première puissance mondiale, comme aime le rappeler Jean-Michel Quatrepoint1. Non moins divers, les grands perdants de la mondialisation seraient les Etats très pauvres, rejoints par les salariés des anciennes puissances industrielles, qui affrontent la concurrence déloyale des pays à bas coûts de production. Comme par hasard, le lot des vaincus inclut aussi les plus fervents disciples de la doxa libérale qui se sont volontairement dépouillé de leur souveraineté économique et paient aujourd’hui les pots cassés.

Judicieusement, Sapir réinscrit également la crise de la dette que traverse l’Europe dans le cadre général de la globalisation. Avec un coupable tout désigné : l’euro. Installée au cœur d’une zone économique hétérogène, la monnaie unique serait le cheval de Troie de la mondialisation financière, dans le droit fil de l’Acte unique et du traité de Masstricht. Eternellement surévalué, l’euro a été mis en place afin de pousser l’Allemagne réunifiée à s’arrimer à l’Europe. C’est en cela que la monnaie unique est exclusivement politique, Amyartya Sen ayant d’ailleurs qualifié de « décision saugrenue » le fait « d’adopter une monnaie unique sans plus d’intégration politique et économique ».

Or, malgré la violence de sa charge contre l’euro, Sapir ne suggère pas d’abandonner la devise européenne. Le lecteur sent alors poindre une certaine contradiction entre la modération politique du clerc et les arguments techniques de l’économiste. A la différence de son confrère Gérard Lafay2, Sapir ne préconise pas un retour, rapide et coordonné, aux devises nationales mais entend plutôt « faire évoluer » la monnaie unique. Sa proposition de retour à une sorte de Serpent Monétaire Européen organisant la « coordination des politiques monétaires autour d’une monnaie commune venant s’ajouter aux monnaies nationales » vise à garantir la pérennité de l’euro comme devise extérieure laissant par ailleurs la liberté d’opérer les ajustements et les fluctuations nécessaires.

Bien que défendue de longue date par des souverainistes de droite comme de gauche, l’idée d’une monnaie commune européenne peine à faire son chemin dans des média trustés par les idolâtres de la « règle d’or ». Comparé aux rustines que les dirigeants européens posent semaine après semaine pour gagner du temps et aux plans de rigueur qui risquent de nous enfoncer dans la spirale de la récession, le projet de Jacques Sapir semble bien raisonnable.

Puisque quelques décennies de désertion étatique ont suffi à nous mener dans l’impasse, méditons la thèse majeure de Sapir : pour changer les choses, il faut d’abord une bonne dose de volonté politique.


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  1. Mourir pour le yuan, Bourin éditeur, 2011
  2. Non à la constitution d’une « Europe des dettes », Le Monde, 24 août 2011
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  • 13 September 2011 à 20h28

    isa dit

    Saul, je vous avoue que ça m’ennuie beaucoup, pas pour ma petite personne, j’ai bien vécu, mais les jeunes gens, les enfants, tous ceux qui ne vont plus du tout mais plus du tout avoir de boulot, vous en faites quoi?
    C’est “les raisins de la colère” cet avenir, si tout s’effondre.

    J’entendais ce soir que les chinois seraient carrément en train de racheter l’entièreté de la dette italienne.
    Elle s’est drôlement éveillée la Chine!

    • 13 September 2011 à 20h34

      Mangouste1 dit

      Il paraît oui, mais ce n’est pas encore finalisé. Je suppose que l’Italie minaude un peu : on discute tarifs, on n’a pas encore choisi la chambre d’hôtel… ça ne saurait tarder.

  • 13 September 2011 à 17h55

    isa dit

    Mangouste, vous avez raison aussi.
    Je n’ai jamais été pour CETTE Europe, mais elle est là hic et nunc, alors? Le moins pire?
    Soutenir ou abandonner la Grèce et avoir un effet domino? Je n’en sais strictement rien.

    • 13 September 2011 à 18h17

      Saul dit

      de toute façon, on va l’avoir cet effet domino, dès que la Grèce déclarera ne plus pouvoir embourser (ce qui ne devrait pas tarder), vous verrez vite le film “les rats quittent le raffiot”.
      surtout quand ce seront les autres pays qui seront victimes des attaques spéculatives (c’est en cours concernant l’Espagne et l’Italie, et nous même sommes déja dans la ligne de mire, la France est pour l’instant “testée”)

      • 13 September 2011 à 18h34

        isa dit

        C’est possible, ça en prend même le chemin.
        Mais je pense que c’est l’ensemble du monde occidental qui s’écroulerait alors.

      • 13 September 2011 à 18h41

        eclair dit

        @Isa
        Pas forcément.
        Le monde tel qu’on le connaitrait disparaitrait peut être mais c’est encore trop tôt.
        Mais il y a deux options soit il y a mise sous tutelle par les marchés des états. Fin de la démocratie. (choix des partis n’a plus d’importance)

        Soit les états ne sont pas assez fort alors cela sera la loi de la jungle.
        Soit ils sont assez fort et autosuffisant et ils pourront tenir avec un minimum de casse. (Dans ce scénario il vaut mieux avoir le FN qui se s’emploiera à rétabir un état fort)

        Soit le coup sera severe mais pas suffisant pour faire s’écrouler tout le système. Cela sera qu’un pis allé pour mieux sauter d’ici quelques années.

        Maintenant en prenant en compte ces paramètres en lisant le propositions du FN, il ne vous parait pas correspondre. (Appeler parti des bisounours pour lire les propositions)

      • 13 September 2011 à 19h23

        Saul dit

        Isa,
        au moins, et je pense qu’on sera d’accord sur ça, on va pas s’ennuyer, l’avenir proche sera tout sauf morne !
        ;-)

    • 13 September 2011 à 18h31

      eclair dit

      la chute des bourses c’est pas l’effet domino?

  • 13 September 2011 à 17h49

    Mangouste1 dit

    Isa et Marie,

     Je partage votre désarroi et votre agacement face aux discours contraires que l’on entend sur les remèdes à apporter à la situation actuelle. Je ne milite pas pour la suppression de l’Euro, mais deux arguments contre lui m’ont l’air d’être corrects et vérifiés : son instauration a donné un chèque en blanc à certains pays de la zone qui ont pu emprunter à tour de bras à taux avantageux sans avoir les moyens de rembourser un jour, un système très avantageux… jusqu’au jour où on a mis en lumière leur comptes foireux, avec les résultats que l’on sait ; l’autre argument étant qu’une monnaie unique ne permet pas des politiques monétaires adaptées à chaque pays qui ont des économies pourtant très diverses : on soigne donc des malades différents avec le même médicament. Pas bien.

  • 13 September 2011 à 15h26

    Marie dit

    Comme nombre d’entre nous sur ce fil je ne suis ni économiste ni financier et les méandres des affaires d’argent me sont inconnus. la seule chose dont je puis juger c’est savoir si ce que l’on tente de me vendre correspond à mon idée de la gestion en “bonne ménagère ” de nos sous. J’entends d’un côté plus de sous plus de fonctionnaires plus d’Etat et de l’autre c’est trop injuste on nous prend nos sous et là j’ai envie de dire mais ça ne va pas dans la tête! Chacun y va de son refrain et d’entendre tout et son contraire me saoule.
    J’aurai tendance à penser que ces chantres économistes ne font qu’une seule chose affoler les foules pour vendre leurs bouquins.Je penche dans le sens de cet article
    http://www.atlantico.fr/decryptage/grece-sortie-zone-euro-monnaie-drachme-180834.html

    • 13 September 2011 à 17h16

      Saul dit

      l’emmerdant Marie, c’est qu’on a moins d’état, moins de fonctionnaires, mais on nous prend quand même encore plus de sous.
      y’a pas un truc qui vous gène là ?
      concernant l’article d’Atlantico, aucune pertinence, la Grece va bientot être en cesation de paiement, c.a.d en faillite, banqueroute etc.
      et donc que la dette grecque soit en euro ou en drachme n’a plus auune importance, puisqu’elle ne sera pas remboursée…

      • 13 September 2011 à 18h01

        eclair dit

        d’ailleurs il reste un mois de liquidités à la grece avant d’avoir besoin d’argent frais.

      • 13 September 2011 à 18h19

        Saul dit

        et comme plus personne ne veut leur preter encore de l’argent frais (l’europe a suspendu un versement de 8 milliards, provenant du 2ème plan d’aide, autant dire que ce plan d’aide est mort et que les carottes grecques sont cuites )

  • 13 September 2011 à 13h27

    Dio Gêne dit

    L’Europe est morte vive le rot, Burp!

  • 13 September 2011 à 11h45

    commines dit

    Si l’Euro et la zone Euro se portent mal c’est parce que les statuts de la BCE n’y sont pas adaptés. Indépendante du pouvoir sa mission principale est la lutte contre l’inflation. Elle ne peut ni prêter aux états ni émettre d’euro obligations.La BCE prend en pension, en infraction avec son règlement, des obligations de pays en mauvaise posture. De plus beaucoup de pays se sont protégés derrière l’Euro, qui les mettaient à l’abri de dévaluations compétitive, pour laisser déraper les déficit sans que cela n’émeuve particulièrement la commission européenne .. Tout ceci ne peut qu’engendrer l’inquiétude des “marchés”. La solution est politique. On en est bien loin pour l’instant!

  • 13 September 2011 à 7h52

    Mangouste1 dit

    Isa,

    Votre post commençait très bien, mais il se finit mal. L’économie n’est pas une sciences en effet, tout juste un fatras de formules absconses et de chants incantatoires qui permettent de justifier ou de critiquer les politiques mises en place, selon la chapelle dont on se revendique. L’économie, c’est un cache-sexe de la politique, un réservoir de justifications aux échecs rencontrés et de promesses pour programmes électoraux. Voilà pourquoi votre chute me laisse perplexe : vous justifiez ce qui existe, mais au nom de quoi? Au nom de d’une doctrine économique défendue pas Trichet, bref au nom d’une “vérité” scientifique, au nom de l’éventualité du pire si l’on changeait de politique, aussi. 

    Je préfère juger un arbre à ses fruits et justement, ceux des politiques économiques libérales – n’en déplaise à M. Kaplan – mises en place depuis des décennies me laissent froid, je vous le dis franchement. 

    • 13 September 2011 à 8h06

      isa dit

      Je ne justifie rien, je constate.
      Et je constate que le monde occidental entier (ou presque) se porte mal et que cela n’est pas dû à l’euro, comme le dit si bien Impat.

      S ‘il suffisait de revenir à un serpent monétaire européen, comme le soutient Sapir, ça se serait peut-être déjà fait.
      L’économie, c’est idéologique, malheureusement, il serait intéressant de trouver quéque chose qui ne nous enfonce pas directemnt les deux pieds de dans.
      Et j’ai davantage peur pour le travail, l’emploi, que les banques et la disparition de l’euro.

      Encore une fois, la macro -éco n’est pas mon fort, et je ne détiens aucune vérité. C’est mon sentiment en suivant avec les mêmes yeux ahuris que tous les chutes vertigineuses des bourses.

      • 13 September 2011 à 17h28

        Saul dit

        sauf que Impat a tort, il y a bien un lien aussi de l’endettement de l’euro avec la dette : rien que par le cours de l’euro

      • 13 September 2011 à 17h29

        Saul dit

        portnawac…
        lire “de l’endettement avec l’euro, rien que par le cours de cette monnaie”