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L’Empire du Bien contre Polanski

Depuis Socrate, la même histoire

Publié le 12 octobre 2009 à 14:26 dans Société

polanski

Si besoin était, l’affaire Roman Polanski nous prouve que l’Empire du bien, tel que l’a défini Philippe Muray, a gagné, partout, totalement et semble-t-il, définitivement. Par exemple, il va vous obliger, comme si ça n’allait pas de soi, à préciser en guise d’introduction que vous trouvez évidemment répréhensible qu’une jeune fille de 13 ans ait été abusée par un cinéaste. Qu’il s’agit là d’un crime, quand bien même il remonterait à 1977.

À peine oserez-vous dire que sur une échelle de gravité, comme il y a une échelle de Richter, vous trouvez cela finalement moins grave que de tuer par procuration les salariés des entreprises privatisées, de bombarder des populations civiles en temps de paix, de laisser se produire des désastres écologiques au nom de la logique marchande, de manipuler l’opinion et de tester à grande échelle ses capacités de soumission en exagérant soigneusement les capacités morbides d’un virus, d’oublier que le président légitime du Honduras est toujours coincé dans l’ambassade du Brésil de son propre pays par des putschistes, j’en passe et des pires.

Tout ça, finalement, ce devait être la faute à Polanski. Puisque l’on a rien trouvé de plus urgent que de l’arrêter.

Polanski est un cinéaste qui a fait parmi les films les plus étonnamment déstabilisants de l’histoire du cinéma. Et le spectateur n’aime pas ça, au fond, être déstabilisé. Il n’aime pas qu’on lui fasse vivre la folie de l’intérieur comme dans Répulsion, l’éternelle histoire du bouc-émissaire comme dans Le Locataire, la possibilité du Mal comme dans Rosemary’s baby. C’est bien connu, les artistes sont des salauds. Ils apportent de mauvaises nouvelles, ils démoralisent, ils vous renvoient en pleine figure vos névroses, vos lâchetés, vos vices cachés derrière vos vertus publiques.

Et puis, c’est tellement plus facile à faire taire, les artistes, les penseurs, les poètes. Ca se défend mal, ça a toujours quelque chose à se reprocher, et quand on les élimine ça n’empêche pas l’appareil productif de continuer de tourner. Alors, en embastiller deux ou trois, en flinguer quatre ou cinq, ça vous refait une virginité pour pas cher. L’histoire est vieille comme le besoin de lyncher ou d’amener la victime expiatoire sous le couteau sacrificiel.

Imaginez une société qui ait beaucoup à se reprocher sur sa manière de traiter les pauvres, les étrangers, les femmes, les juifs, les noirs. Je sais, c’est difficile, mais il paraît que ça existe, parfois. Ce qu’il y a de plus rapide pour elle, finalement, c’est de s’en prendre à celui qui fait le travail du négatif qu’il soit poète ou philosophe. Et elle vous dit alors, cette société : “Vous verrez, faites nous confiance, une fois le sang répandu, les tripes exposées, le cadavre jeté aux chiens, le beau temps va revenir, les roses vont éclore, on va raser gratis et retrouver le plein emploi.”

Une liste, comme ça, au jugé ? Socrate, ce pervertisseur de la jeunesse, est forcé à s’empoisonner par le gouvernement d’Athènes ; Ovide, ce libertin obsédé sexuel est exilé sans raison et sans retour par Auguste ; François Villon, ce voleur de cours des Miracles est mis en prison et échappe de peu à la pendaison, Baudelaire et Flaubert, ces vieux garçons pervers dont un amateur de négresses et l’autre de bains turc avec jeune gens (tiens, tiens…) sont traînés la même année par le même procureur devant les tribunaux pour immoralité ou encore, cerise sur le gâteau de l’infamie, Céline, cet antisémite incurable, est condamné à mort et va pourrir plusieurs années dans une prison danoise.

Tiens, puisqu’on parle de l’Epuration : il suffit de lire n’importe quelle histoire de la période, Paxton ou Ory par exemple, pour s’apercevoir que proportionnellement les milieux intellectuels, artistiques et journalistiques collaborationnistes paient un prix beaucoup, mais alors beaucoup plus élevé que les industriels ou la haute fonction publique qui ont continué à faire fonctionner le pays sous occupation nazie.

Donc, ce qui arrive à Polanski doit à peine le surprendre. Ça ressemble tellement à l’un de ses films paranoïaques où le pire est toujours certain. En même temps, être arrêté dans un paradis fiscal qui a blanchi l’argent de toutes les saloperies planétaires sur l’ordre de la justice d’un pays qui par ailleurs ne signe quant à lui aucune convention sur les tribunaux internationaux tant il a une histoire chargée, et tout ça pour des faits vieux de trente ans, le petit juif polonais aurait peut-être reculé devant l’invraisemblance du scénario.

Il a simplement dû se dire quand la police est arrivée que décidément, les années en 9 ne lui portaient pas chance. En septembre 1939, il échappe de justesse aux SS dans le ghetto de Cracovie. En août 69, c’est Sharon Tate, son épouse enceinte qui est massacrée avec des amis par Charles Manson et sa bande de satanistes.
Le souffle de la Bête, toujours, qui ne lâche pas.
Et là, à l’automne 2009, la machine de l’Empire du Bien commence à le broyer. Il paraît, et c’est ce qu’on entend dans le chœur des vierges effarouchées dans un unaninisme suspect qui va de l’extrême droite à l’extrême gauche, que cette ordure infâme est un justiciable comme les autres.
On aimerait bien, pour le coup, que ce soit le cas.
Parce que là, on a plutôt l’impression qu’être riche, juif, cosmopolite, génial et avoir une femme splendide, ça lui servirait plutôt de circonstances aggravantes.

J’espère simplement qu’une fois son extradition accomplie, on aura le bon goût de ne pas le mettre dans la même cellule que Manson.
Et puis une dernière chose : nous sommes tous des juifs polonais cinéastes.
Même vous.


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  • 15 October 2009 à 11h06

    Pierre dit

    @ Jérôme Leroy, je tiens à vous dire merci pour cet article en défense d’une conception de la justice humaine qui ne passe pas par un jugement sommaire et se solde rapidement par la corde au cou face à une masse en délire.

  • 15 October 2009 à 10h53

    Pierre dit

    @ Makhno, êtes vous sûr que ce soient seulement les bras qui vous tombent ?
    N’aimeriez vous plutôt voir une tête à la place qui s’enroule dans un sac ?
    Car il me semble que se ça au fond que vous regrettez fort et malheureusement pour les autres.
    Qui ? Tous ceux qui devant la menace brandie et criée devant tout le monde de se voir foutre au trou pour 50 ans alors qu’ils attendaient un procès équitable, ont eu un dernier sursaut de survie.
    Mais « la justice américaine qui ne lâche jamais le morceau », dites vous, ce qui en dit long des généralisations que vous aimez essaimer chez vous, alors qu’il s’agit d’un ou deux juges en manque de notoriété sur les terres du cinéma.
    En revanche je n’est aucun doute sur la qualité des « vrais juges » dont vous faites référence, ils sont aujourd’hui en plaine action du coté de Téhéran par exemple.

  • 15 October 2009 à 9h38

    Pirate dit

    Vous avez raison Budelberger vous n’êtes pas aux ordres vous êtes simplement un petit bonhomme bien conventionnel, mollement antisémite, amateur de raccourcis tout fabriqué par ce fond de pensée qui ne dépasse pas les limites que vous dictes vos admirations lepeniste et dont la réflexion est rythmée par le bruit de botte d’une société rêvé par l’engeance de votre espèce et dont l’essentiel consiste à autodafé tout ce qui ne lui convient pas. Vous êtes le reflet de votre peur pathologique de tout, si bien pathologique qu’il ne vous reste plus comme seul espoir de vous voir comme un esprit terriblement libre parce que survivant barbare au milieu de la civilisation. Vous êtes celui qui croupis au fond de sa caverne platonicienne et ricane de joie quand ceux qui sont sorti se font dégommer par l’existence. Réjouissez vous, ils sont de plus en plus nombreux d’apeurés dans votre genre à retourner dans l’obscurité effrayé par tout ce qui les dépasse. La preuve ici même.

  • 15 October 2009 à 8h53

    JulesXR52 dit

    Dans cet article lamentable de conformisme et de mauvaise foi, où la Suisse, comme d’habitude, est vouée aux gémonies (le film de Polanski illustrant la théorie du bouc émissaire a-t-il été bien vu par l’auteur ?), j’ai bien peur que le pauvre Philippe Muray soit assaisonné à une mauvaise sauce. Mais c’est sans doute le propre des génies que de voir leur nom invoqué pour tout et son contraire.

  • 15 October 2009 à 7h06

    Spoon dit

    “nous sommes tous des juifs polonais cinéastes.”

    …………….a part les accusés d Outreau!

    Ils sont cons, aussi, ils avaient qu’ a faire des etudes de cinema, ca aurait evité qu’ils se fassent traités de bouseux barbares par l empire du Bien ( le meme Empire du Bien qui defend Polanski, faut dire qu au gettho de varsovie, on n etait pas des bouseux du nord, on etait deja cineaste!!).

    Les affaires de moeurs sont quand meme un sacré revelateur: on a beau se dire anti liberal, c est avec ce genre d affaire qu on debusque le libertaire, c est a dire l autre face de la meme vulgaire piece, monnaie courante de l empire du Bien ou dit autrement l Empire de la Victime……

  • 15 October 2009 à 6h34

    Makhno dit

    Certains s’érigent en juges (forcément impartiaux), d’autres en avocats (souvent marrons), du génial cinéaste…

    Tiens : “les bras m’en tombent”.

    Nous ne sommes ni les uns, ni les autres, habilités à juger Polanski, d’ailleurs personne ne nous le demande (fort heureusement).

    Polanski a voulu échapper à la justice américaine, la justice américaine (qui ne lâche jamais le morceau), l’a rattrapé, point barre.

    J’espère seulement que les “vrais juges” feront preuve d’un peu plus d’objectivité que les “faux” et se montreront cléments.

    Cordialement

  • 15 October 2009 à 6h29

    Serge dit

    On a parlé de “lynchage” et de “meutes” à propos de cette affaire.
    Pour moi, un lynchage, c’est quand, par exemple, des meutes de “visibles” se défoulent sur des petits blancs comme pendant la technoparade du 19 septembre.
    Les victimes des ces lynchages bien réels n’ont eu droit à aucune compassion, mais uniquement à un “black out”, c’est le cas de le dire, intégral.

  • 15 October 2009 à 3h58

    Midas dit

    @ BArry

    Est-ce que les initiales P.M. vous disent quelque chose?

  • 15 October 2009 à 3h56

    Midas dit

    @ Serge

    J’avais releve egalement cette circonstancielle: “etre traine dans la boue par le FN, c’est un honneur!”

    Plus que tout autre chose qu’ai pu dire ou ecrire l’auteur de cette phrase, c’est pour cette derniere qu’il est a honnir, et sans remission. Il est interdit dans ce pays de s’ennorgueillir de ses tares!

    Leroy en l’occurrence essaie de pisser dans le vent mais comme la martingale qui permet de determiner sa direction est hesitante, le tout manque cruellement de conviction. Il aurait mieux fait de se taire.

  • 15 October 2009 à 2h38

    Budelberger dit

    @ so-called Pirate (que je verrais plutôt en « corsaire », tellement il est aux ordres)

    Je ne suis pas pornographe mémoriel, ça c’est sûr. (Et vous, les affaires, ça marche ?… c’est le filon, hein ?)

    La peine de mort, vous êtes sûrement contre, hein ? sauf pour Manson ? et peut-être ceux que vous n’aimez pas ?

    Larbin.

  • 15 October 2009 à 1h44

    Pirate dit

    Budelberger vous êtes rédacteur à National Hebdo ou simplement un imbécile… ?pas les deux quand même, gourmand va !

  • 15 October 2009 à 0h21

    Pierre dit

    Mais putain, Jérôme, là je ne vous suis plus. Vous espérez qu’ils n’auront pas le bon goût de le mettre dans la même cellule que Manson.

    Figurez-vous que moi je l’espère vraiment pour RP et je vous assure que de Manson ne restera qu’une bouillie de viande sanglante à donner aux caïmans.

    La perpette ? A ce point il peut s’en foutre et en faire un dernier court-métrage de vraie frisson

  • 14 October 2009 à 23h02

    Budelberger dit

    @beam (12 octobre 2009 à 14:35)

    « Leroy [n']a [pas que] définitivement rejoint les rangs des précieuses ridicules », Leroy est un menteur (je sais, pour un communiste, c’est d’une originalité folle) – il feint d’oublier que le répugnant Polanski dispose du soutien de la totalité de la médiacrassie, et qu’il faut s’appeler Luc Besson pour s’en éloigner un peu, et encore, si j’ai bien compris, parce qu’il a une fille de treize ans.

    Polanski a le soutien total et aveugle des Juifs, des pédérastes (je vous laisse mettre les noms piochés dans les pétitions à son profit, lesquelles, juste retour des choses, lui ont été quelque peu nuisibles… Bien fait pour sa gueule de stipendié.)

    Polanski, en taule, goûtera du Quallude, et de quelques autres intromissions, espérons-le.

  • 14 October 2009 à 23h01

    Shonarchan dit

    @ Gloups
    Je vous ai donné (plus bas) une référence très précise au texte de loi américain qui parle de la prescription en cas de “child abuse”. Je ne vais pas passer mon temps à faire toujours la même chose parce que “ma réponse ne vous satisfait pas”.
    Ce texte dit que dans ce cas il n’y a prescription que quand l’enfant victime est mort, ce qui peut prendre 80 ans !

    Ce que raconte le monde contredit ce texte légal (et qui ne dépend pas de l’état).

    Deuxièmement: si Polanski est poursuivi, c’est évidemment parce qu’il n’y a pas prescription pour la faute crime qu’il a commise. A moins que vous nous expliquiez que les juges américains ne connaissent pas leurs propres lois?

    Voulez-vous que je vous le répète une 3ème fois?

    Voulez-vous que je vous donne d’autres exemples d’articles du monde qui racontent n’importe quoi?

  • 14 October 2009 à 22h29

    Gloupsss dit

    Shonarchan
    Rien ne me satisfait dans vos réponses . Je n’y trouve aucune preuve , aucun argument me démontrant que le journaliste du monde se trompe .

    Il y aurait prescription quand un enfant aurait en plus d’avoir subit des sévices , aurait trouvé la mort…..?

    Non mais , donnez moi des liens confirmant vos propos …On viole , on tue, et il y a prescription…!!!!!Ou l’enfant meurt après avoir été violenté et il y aurait prescription !?

    Vous ne m’avez toujours pas prouvez que la prescription judiciaire dans certains états Américains n’existait pas. pour ce qui est du cas de Polansky je vous renvoie à l’article du Monde qui me parait pour l’instant un peu plus sérieux !

  • 14 October 2009 à 20h43

    FélixRenédeSessandre dit

    @ en passant,

    Le “spécialiste d’éthique (auprès des médias et des gens “qui comptent” ) qui a bénéficié, sans avoir à se cacher, d’un conflit d’intérêts?”, auquel vous faite allusion , ce ne serait pas Axel Kahn, par hasard?

  • 14 October 2009 à 20h23

    Serge dit

    Je suis désolé, mais je pense que la référence à Philippe Muray dans cette affaire n’est pas appropriée. L’Empire du Bien, c’est ce à quoi se réfère Mitterand lorsqu’il dit : “être trainé dans la boue par le Front National, c’est un honneur !”.
    Mitterand n’a pas à argumenter, parce qu’il se positionne au coeur de cet empire du bien qui dispense de s’interroger sur ses actes réels, en diabolisant ses contradicteurs.
    J’aime énormément Philippe Muray, et je na sais pas, pas plus que Causeur, ce qu’il aurait dit de cette affaire.

  • 14 October 2009 à 20h12

    Shonarchan dit

    @ L’ours

    Les amalgames, Finkielkraut en a commis tout un paquet sur France Inter… Il a dit tout un tas de choses fausses sur la vie de Polanski, le droit américain, etc… Il s’est couvert de ridicule…

    @ Gloups
    C’est vous qui devriez bien lire ce que j’ai écrit. je vous ai même donné la référence réglementaire du texte qui montre qu’en cas de “child abuse”, aux usa, c’est quand l’enfant victime est mort qu’il y a prescription (ce qui n’est pas le cas dans l’affaire Polanski)… Et d’ailleurs, si la justice américaine continue de le poursuivre, c’est tout simplement parce qu’il n’y a pas prescription, c’est tout simplement logique… Souhaitez vous faire des leçons de droit américains aux juges de ce pays???

  • 14 October 2009 à 19h37

    BArry dit

    Ben non, l’Ours! Odilon abonde dans votre sens. Vous n’avez pas lu la suite du fil, visiblement.

  • 14 October 2009 à 19h35

    Pirate dit

    Merci monsieur Leroy pour votre article, qui devrait faire réfléchir (mais j’en doute) les mêmes qui aujourd’hui s’en prenne au travail de Marquez. Non en effet quand un industriel participe à la constitution des camps (Bayer, IBM, etc) se déclare ouvertement pour l’épuration des juifs français (famille Bettancourt, je demande le père, l’Oréal) ou qu’un homme politique est prit la main dans le caleçon, on ne demande jamais avec autant de probité sa tête. Un artiste, c’est une absolue nécessité.