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L’élégance du paillasson

Le monde entier s’aplatit devant Kadhafi

Publié le 10 septembre 2009 à 9:09 dans Monde

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kadhafi

Il est de bon ton, ces derniers jours, de faire des gorges chaudes à propos des mésaventures libyennes de la diplomatie helvétique, dont il fut question récemment sur ce site grâce à notre correspondant au pays de Heidi et des montres bling-bling. Il faut dire que nos amis suisses on fait très fort en se laissant proprement rouler dans la farine par le leader de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste. Ils envoient leur président s’excuser platement pour les misères infligées au fils Kadhafi par la police genevoise au motif futile qu’il prenait un couple de domestiques pour son punching-ball. Ils promettent de punir les flics de la cité de Calvin si une cour arbitrale l’ordonne et ils pensaient, les naïfs, que Tripoli allait sur le champ libérer les deux citoyens suisses retenus depuis plus d’un an, en représailles, dans les geôles libyennes (en fait dans des appartements). L’encre de l’accord était à peine sèche que les hommes de Kadhafi signifiaient aux Helvètes ébahis que les choses n’étaient pas si simples, et que seul leur bon plaisir déciderait de la date et de l’heure de la libération des otages. Pour se faire bien comprendre, ils adressaient une requête à l’ONU demandant le partage de la Suisse entre ses voisins, seul moyen, selon eux, de faire cesser les pratiques de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme dont les héritiers de Guillaume Tell se seraient rendus coupables.

À la décharge des Suisses, il faut bien remarquer qu’ils sont loin d’être les seuls à faire bon marché de l’honneur national pour apaiser la colère du plus ancien chef d’Etat africain en fonction. Le ministre britannique de la Justice, Jack Straw, vient d’avouer que la libération pour motifs « humanitaires » de Ali Mohamed Al-Megrahi, seul condamné pour l’attentat meurtrier de Lockerbie, était liée à l’obtention d’un important contrat pétrolier avec la Libye. Son accueil triomphal à Tripoli était un petit plaisir supplémentaire, non prévu dans les arrangements avec Londres et Edimbourg, dont Kadhafi aurait bien eu tort de se priver, tant il était certain qu’il n’aurait aucune conséquence fâcheuse.

Silvio Berlusconi et Nicolas Sarkozy ne sont pas plus farauds dans leur comportement avec le raïs libyen : l’Italien fait un acte solennel de repentance pour la colonisation assorti d’un chèque de réparations conséquent, et le Français déroule le tapis rouge en septembre 2007 pour une visite baroque en France d’un Kadhafi plantant sa tente de bédouin avenue Marigny en échange d’un geste de « clémence » pour des infirmières bulgares et un médecin palestinien faussement accusés d’avoir propagé le SIDA à l’hôpital de Benghazi.

Nos dirigeants démocratiquement élus se seraient-ils convertis au masochisme appliqué à la gestion des relations internationales ?

À première vue, on ne voit pas trop quelle nécessité contraindrait ces éminents chefs d’Etats et de gouvernements de pays riches et puissants de procéder au geste humiliant de baisse publique de culotte devant un potentat oriental régnant sur un pays quasi désertique moins peuplé que la Suisse.

Ne serait-il pas plus honorable de procéder comme le fit, en 1986, Ronald Reagan en bombardant Tripoli en représailles des attentats meurtriers perpétrés par les services secrets libyens contre les soldats américains en Allemagne ?

Ce serait faire bon marché des considérables atouts dont dispose Kadhafi dans une situation géopolitique totalement modifiée par la chute du mur de Berlin et le 11 septembre 2001. Ayant solennellement renoncé au terrorisme international et à l’acquisition de l’arme nucléaire, le chef d’Etat libyen a été réintégré avec les honneurs dans la communauté internationale. Il a même été ostensiblement choyé par les Etats-Unis de George W. Bush, pour qui Kadhafi est une sorte de reborn good guy, ayant abjuré ses pratiques diaboliques de chef d’Etat voyou. À Paris, Rome, Londres et Berlin, on se frotte les mains. L’agréable, avec ces dictatures orientales bien verrouillées, c’est de pouvoir signer de juteux contrats, bien plus rémunérateurs que ceux conclus dans des pays pourvus d’une administration intègre et d’une cour des comptes sourcilleuses. On peut se goinfrer de pétrole et de gaz à prix cassé, construire des autoroutes à un prix du kilomètre donnant à penser que la chaussée est en marbre de Carrare, fourguer des avions de chasse sans se voir exiger des transferts de technologie. Il suffit pour cela que les dirigeants politiques se prosternent devant le chef bédouin, et de quelques valises de billets judicieusement réparties parmi des décideurs administratifs corrompus jusqu’à la moelle.

Il se trouve, de surcroît, que la Libye se situe géographiquement dans une zone sensible : la région du Sahel, qui borde sa frontière sud est hautement instable : les guerres civiles sont endémiques, au Tchad, au Soudan et dans la corne de l’Afrique, Al Qaïda s’est signalé dans le secteur, en Algérie et dans l’espace saharien. L’instabilité de pays pauvres, comme le Niger ou le Mali, affectés par des révoltes de Touaregs est un souci pour les pays qui exploitent des matières premières stratégiques dans ces pays, l’uranium par exemple. Kadhafi, qui ambitionne de jouer le rôle du parrain de tous les potentats africains exerçant au sud du Sahara, apparaît alors comme un pôle de stabilité régionale, capable de s’opposer à la montée en puissance de l’islamisme radical dans la région où s’exerce son influence.

Enfin, il peut ouvrir ou fermer à son gré le robinet de l’immigration clandestine de milliers de miséreux de toutes origines qui attendent sur le rivage des Syrtes l’embarcation qui les conduira vers Malte ou Lampedusa. L’Italie et l’Union européenne sont, pour l’instant, très contentes d’avoir trouvé une oreille compréhensive à Tripoli sur ce problème, et financent largement sur le sol libyen des camps de rétentions où sont renvoyés les clandestins interceptés en mer ou sur leur lieu d’accostage.

Que pèsent alors quelques blessures d’amour-propre lorsque de tels enjeux sont sur la table ? Nous ne sommes plus au temps où un soufflet administré par le dey d’Alger à un diplomate français avait pour conséquence l’entrée dans l’Histoire du général Bugeaud et de l’émir Abdelkader…

Il faut nous faire une raison : les catégories de l’honneur, de la fierté nationale doivent être remisées au rayon des vieilleries inutiles dès le moment où l’émotion populaire pousse les dirigeants à payer des rançons matérielles et morales à toutes sortes de kidnappeurs. Faut-il s’en désoler ? On gagne, certes, en tranquillité et en prospérité ce que l’on perd en estime de soi. Mais il faut bien avouer qu’on se sentirait mieux dans sa peau de Français, ou d’Européen, si de temps en temps on remplaçait la courbette par le poing dans la gueule.

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  • 12 September 2009 à 15h10

    Alpin dit

    “La fête française du dictateur”, Joli papier de G Konopnicki,avec ce titre relatant l’organisation pour un coût de 130 millions d’€ de la fête du 40° anniversaire de Mr K et de son régime par une société française. Un beau marché d’export! Comme Lénine le disait :”ils nous vendrons la corde pour les pendre”.

  • 12 September 2009 à 14h30

    Alpin dit

    @Gwendan,

    Désolé,mais sans tomber dans le marécage des bonnes âmes anticolonialistes en retard de 3 colonisations,l’expédition d’Alger ne peut être attribuée à la lutte anti-piraterie. Repartie durant les guerres napoléoniennes et combattue par la marine de la jeune république américaine (les “marines” firent leur premier débarquement de combat à Tripoli (Lybie) pour récupérer des compatriotes réduits en esclavage) la dernière opération de ce type ayant lieu en 1819. Mais les années 1820 virent un effondrement de la course barbaresque,vous pouvez trouver les chiffres du dossier dans : “Le maghreb avant la prise d’Alger” de Lucette Valensi(1969).L’opération française de 1830 fût une opération de diversion des affaires intérieures par le régime de Charles X aux abois. 5 Juillet 1830 : prise d’Alger. Ordonnances de Juillet (dissolution des chambres,censure de la presse ect..) 27/28/29 Juillet : “3 glorieuses” cad : révolution de Juillet !

  • 12 September 2009 à 13h50

    Gwendan dit

    Déja je regrette qu’on nous resserve le mythe du “soufflet du Dey d’Alger” qi serait à l’origine de la conquête de ce qui est devenu l’algérie, le but de cette intervention était de mettre fin à une piraterie qui ensanglantait les rives de la méditérranée depuis des siècles.Et le Dey d’Alger touchait sa part sur les butins de pirates.
    Effectivement à l’époque un Khadafi aurait fini depuis longtemps au fonds d’une oubliette et ça aurait été trés bien comme ça..

  • 12 September 2009 à 1h37

    Zyx dit

    C’est vrai que de temps en temps un peu de bourre-pif ça peut pas faire de mal. Khadafi est un rusé, on ne reste pas pendant quarante ans à la tête d’un pays même aussi pourri que la Libye, sans avoir un minimum de talent. En même temps qu’elles loin sont ses illusions de grandeur, ses rêves de nation arabe unie, ses ambitions de rattraper l’occident ! Celui qui se voyait en grand leader panarabe, en décolonisateur radical n’aura pas été capable de dépasser sa condition de petit potentat oriental. C’est plutôt cela que retiendra l’histoire.

  • 12 September 2009 à 0h12

    Bibi dit

    A l’attention de Patrick Mandon

    .נשיאים ורוח וגשם אין איש מתהלל במתת שקר
    משלי כה יד
    Proverbes 25:14

  • 11 September 2009 à 22h20

    Rotil dit

    Il est pas encore mort, celui-là ?

    Il a sans doute des bons docteurs.

    Et c’est lequel de ses fistons qui va lui succéder ?

    Cadeau fit honan !

    851 caractères, mois les derniers !

  • 11 September 2009 à 22h03

    L. Bronstein dit

    Rosenzweig,

    Vous placez le paillasson trop haut!

  • 11 September 2009 à 18h08

    amouyal dit

    cher Luc , je ne partage pas votre vision : l’europe a eu le courage de cogner contre la serbie car les serbes (antinazis historiques ) n’ont jamais posé de bombes dans les avions et ne coupent pas les mains , et surtout ……ils n’ont pas de petrole !!!!!!supreme signe d’inelegance devant la morale européenne .

    Gageons que si Tsahal etait moins puissant , nos courageux europeéns n’hesiteraient pas non plus a bombarder TEL AVIV mais vu la raclée qu’ils recevraient je pense qu’ils vont calmer leurs ardeurs .

    et oui vous l’avez compris : la liberté et la democratie en europe ca sent le petrole et l’odeur fetide de la lacheté erigée en morale

  • 11 September 2009 à 14h49

    Patrick Mandon dit

    Bibi dit : «Ni la civilisation héllenique ni la civilisation romaine n’a survécu (idem pour la babylonienne, assyrienne, perse, égyptienne, maya…).»
    Quelle perspicacité ! Quel vertigineux emploi de «l’intelligence des civilisations» ! La persistance et la pénétration, un peu d’héritage, un peu de mémoire… On dirait un opéra-bouffe, qui, hélas, n’aurait pas été écrit par mon cher Jacques Offenbach !

  • 11 September 2009 à 11h21

    robespierre dit

    Khadafi ? Ah cet arabe, quel prototype ! Et puis avec du pétrole !
    Brice Hortefeux.

    Que voulez-vous cher Luc, quand on a plus grand chose à vendre, on vend son âme…

  • 11 September 2009 à 10h52

    a2lbd dit

    le lien ne fonctionne pas donc :
    A. Emploi imperfectif. Fait pour un peuple de quitter une condition primitive (un état de nature) pour progresser dans le domaine des mœurs, des connaissances, des idées. Le développement, les étapes, les progrès, le cycle, le cours, l’avenir de la civilisation. Les Allemands, comme tous les peuples de civilisation encore un peu primitive, pratiquent facilement les vertus naturelles et, en particulier, celle de l’hospitalité (J. DE PRADEL DE LA MASE, Nouvelles Notes intimes d’un émigré, Paris, Émile-Paul, 1914-20 [1817], p. 45) :

  • 11 September 2009 à 10h50

    a2lbd dit

    @bibi

    je considère la définition suivante (A)

  • 11 September 2009 à 10h36

    Bibi dit

    a2lbd

    Pour vous, civilisation est synonyme de fragments de culture?

  • 11 September 2009 à 9h29

    a2lbd dit

    @Bibi

    OK vous rephrasez exactement mon propos en prenant une autre définition du mot civilisation. La belle rhétorique que voilà !

    J’aime bien rire merci !

  • 11 September 2009 à 4h41

    Midas dit

    Ah le bon temps celui ou un mot de travers entrainait un duel a mort, a l’echelle individuelle et a l’echelle des royaumes.

    A l’epoque, on pouvait rosser la valetaille et divertir la gueuse sans se faire emmerder. Et les grosses a la maison etaient, disons-le tout net, mille fois moins chiantes que leurs descendantes contemporaines. Moins interessantes aussi mais on s’en carre: la culture et l’intelligence sont des plaisirs solitaires et egoistes!

    Depuis qu’on doit faire attention a l’empreinte que laissent nos godillots, le monde est devenu d’un ennui, paradis d’avocaillon ,peuple d’hommes-femelles, derniere categories qui reunient deux types d’hommes distincts: ceux qui deviennent des femmes par temperament et ceux qui les servent par concupiscence!

    Je vais me convertir a l’Islam (pour faire simple), non par ideologie mais par nostalgie du moyen-age! Au XVIII la seve est deja empoisonnee…

    Retablissons la Sainte Inquisition, les buchers et les privileges! Redevenons con!

  • 11 September 2009 à 0h14

    Bibi dit

    Je rejoins Alpin.

    God Bless America!

  • 11 September 2009 à 0h10

    Lady dit

    Si le monde entier s’aplatit devant Kadhafi, c’est bien que le monde est, au mieux, à l’image de sa tronche lamentable. C’est à dire au bout! Au bout de tous les systèmes qui maintenant le dépassent. Jamais vu de telles valoches!

  • 11 September 2009 à 0h08

    Alpin dit

    09/11/2001,

    “In Memoriam”

    – R.I.P -

  • 10 September 2009 à 21h56

    Bibi dit

    a2lbd

    Ni la civilisation héllenique ni la civilisation romaine n’a survécu (idem pour la babylonienne, assyrienne, perse, égyptienne, maya…). Certains éléments de ces cultures ont échappé à l’anéantissement et une partie de ceux-là a été intégrée à ce qui est advenu la civilisation européenne et américaine.