L’Eglise intègre, l’Ecole excommunie
Raison ultramontaine, tyrannie républicaine
Publié le 19 septembre 2011 à 13:08 dans Société
Mots-clés : Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, Jean-Baptiste Santamaria, Lunel, Vatican

La grande bagarre de Don Camillo
Deux faits qui ne passionnent pas les foules, deux faits contradictoires, éclairent en ce mois de septembre de l’an de grâce 2011 le nouvel état de la raison.
À Rome, le 14 septembre, la Congrégation pour la doctrine de la foi, après entrevue avec Mgr Fellay, supérieur de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, publie un communiqué de presse d’où il ressort que les dénommés « intégristes » ont désormais la capacité de retrouver la communion avec l’Eglise universelle s’ils acceptent un Préambule doctrinal que leur soumet l’autorité romaine, laissant ouverts à la discussion théologique certains énoncés du Concile Vatican II.
En France, le 13, à Lunel, petit bourg de l’Hérault, Jean-Baptiste Santamaria, un professeur de philosophie dénoncé par les vigilants locaux, en l’occurrence le SNES et la FCPE, qui ont bénéficié du truchement complaisant du Midi Libre et de France 3, est mis à pied au motif de son passé d’extrême-droite. Quelles idées sinistres le pestiféré avait-il prévu de développer dans ses cours ? On ne le saura jamais puisque sitôt nommé, « après dix ans de placard » écrit-il au Défenseur des droits qu’il a saisi, il a été épuré. Il est plaisant de remarquer en passant que la dame patronnesse de la FCPE qui n’a fait que son devoir de délation citoyenne a elle-même figuré sur une liste électorale du Parti Socialiste.
L’affaire demeure obscure puisque nous ne disposons pour le moment que de l’appel des vigilants d’un côté et de la lettre que le professeur incriminé a envoyée à l’ancienne Haute Autorité de l’autre.
Si cependant il était établi que le nettoyage idéologique se soit déroulé ainsi, nous nous trouverions devant une situation propre à dérouter l’observateur commun du XXIème siècle : à Rome, la Rome inquisitoriale, dogmatique et intolérante des manuels d’histoire, on discute, on parle, on raisonne, on argumente avec douceur, componction et respect des opinions d’autrui, pour intégrer ; en France, sous la République des Lumières, la tolérante, l’éclairée, la relativiste des manuels d’instruction civique, on exclut, on condamne, on cloue au pilori, on disperse et on ventile. Sans aucune forme de procès. Pour écraser.
À Rome, on organise des conciles, on réunit des synodes, on crée des commissions théologiques internationales, enfin on reprend le vieux principe de la disputatio médiévale, on fait avec Saint Thomas comparaître la théologie au tribunal de la philosophie et de la raison pour établir son statut.
Ô République, où sont tes conciles, tes Etats-Généraux, tes loya jirga, ton Assemblée ? Certes, parfois le Parlement légifère sur des questions annexes, certes parfois on réunit le Congrès pour décider l’adoption d’un Traité que le peuple a réfuté la veille. Parfois des groupes de pression manipulent des directives ministérielles pour imposer une théorie aux manuels de Sciences de la Vie et de la Terre. Mais où sont l’argumentation, la contradiction et l’objection ?
L’antique République repose sur une Déclaration et une Constitution, ô combien de fois retouchée. Elle gouverne sous le vent, à la dérive. « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté » : l’inquiétant dicton de Saint-Just domine encore son esprit. Quant à savoir qui définit les modalités et l’essence de la liberté, c’est une autre paire de manches. Comme un vieux régime totalitaire tout pourri du XXème siècle, elle exclut, elle épure, elle fait de la moitié de son peuple un dissident. Elle a oublié la raison et la mesure. « Les dieux rendent fous ceux qu’ils veulent perdre ».
Cette République n’a rien pour durer.
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L'auteur
Jacques de Guillebon est journaliste et essayiste catholique.
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BLANCHE dit
Jacques, mon Jacques…
rackam dit
L’Ours,
le site madrilène en question me semble valoir le coup d’oeil.
Bonne journée.
L'Ours dit
rackam 20 September 2011 à 19h48,
excellente lecture.
Merci.
eclair dit
C’est le premier des don camillo?
rackam dit
skardanelli,, merci pour cette réponse encourageante.
La liberté individuelle s’est muée en licence depuis lurette. Le bien commun est perdu de vue, les entraves à ce que “je” veux sont vécues comme des atteintes à la liberté.
Et puis, vous savez peut-être la Joie parfaite qu’on éprouve à se sentir libre parce que fidèle, parce qu’encordé aux autres, à tous les autres, libre de suivre au lieu de feindre d’aller un chemin nouveau qui n’est qu’une vieille lune.
“Aime et fais ce que tu veux.” comme disait l’autre…
skardanelli dit
Aime et fais ce que tu veux, oui.
lisa dit
Et on sera jugé sur l’Amour…
pirate dit
“libre de suivre au lieu de feindre d’aller un chemin nouveau qui n’est qu’une vieille lune.”
C’est une intime conviction ou un oui dire ?
skardanelli dit
Rackam, la liberté individuelle qui vient de notre fond humaniste est devenue une valeur de nos sociétés, s’y attaquer n’est pas sans risque, d’autant que les fonctionnaires sont astreints à un devoir de réserve. Par ailleurs les militants anti-avortement n’ont pas toujours fait dans la dentelle, et je ne parle pas là du passé. Vous savez très bien ce que sont mes idées en la matière, je ne crois pas qu’être contre le droit à avortement ou contre le droit de faire sa petite affaire comme on l’entend soit vraiment ce qui caractérise un chrétien aujourd’hui mais je ne conteste nullement à mes frères catholiques le droit de penser autrement. Ce que je peux admirer chez vous et vos amis ne se situe pas là de toute façon, ce que j’admire c’est la volonté qu’il faut pour ne pas vaciller dans sa foi, et de continuer de porter le message chrétien qui illumine encore le monde quoi que l’on pense. L’avantage que je vois à ce que la foi ne soit plus associée aux puissances, c’est que les hypocrites se donnent de moins en moins de peine. Il n’y a pas à taire ses expériences militantes, vous n’êtes pas seul tout de même à penser que l’idéologie dominante devient liberticide, mais tout engagement suppose un risque, c’est ainsi, et ceux qui restent du côté du manche sont toujours les plus nombreux.
Mangouste1 dit
Pirate,
”là dessus, c’est pas coutume, mais je rejoint Fiorino.”
Un texte qui parle de l’Eglise et hop! Fiorino et vous vous réconciliez. Et après ça, vous viendrez me dire que l’Esprit saint n’existe pas. S’il vous plaît, je vous en prie…
P.-S. : je m’étais perdu dans le sens traditionnel du mot “laïc”, veuillez m’excuser.
pirate dit
l’esprit saint est le sujet, le verbe et le complément de la question, qui est une épreuve, la votre, pas celui des laïcs, nous on s’en fout, c’est votre dieu
Mangouste1 dit
Je plaisantais, pirate.
l’oiseau bleu dit
Pour compléter le post de Hathorique
A la fin de la seconde guerre mondiale, au moment où le Monde découvrait la monstruosité de la Shoah
Daniel-Rops , membre de l’Académie française écrivain revendiquant son catholicisme publiait son ouvrage « Jésus en son Temps «
On pouvait y lire
« Il n’appartenait pas à Israël,sans doute,de ne pas tuer son Dieu après l’avoir méconnu,et,comme le sang appelle mystérieusement le sang,il n’appartient pas davantage à la charité chrétienne,de faire que l’horreur du pogrom ne compense,dans l’équilibre secret des volontés divines,l’insoutenable horreur de la crucufixion”
Ce texte rapporté par Jules Isaac dans son
« Jésus et Israël « a profondément bouleversé le Nonce Roncalli devenu Jean XXIII.
Peu de temps après sn élection il reçut Jules Isaac et lui assura qu’il lui promettait d’avoir ” plus que de l’espoir”
Quelques temps àprès cet entretienJean XXIII convoquait Vatican II
A lire de Jules Isaac :
Jésus et Israël,
et l’Enseignement du mépris
Mangouste1 dit
Merci pour votre réponse, Hatorique, avec laquelle je suis en parfait accord sauf sur un point, sur lequel nous allons jouer à fronts renversés : la Shoah a bien des racines chrétiennes dans le sens où l’antisémitisme chrétien a préparé certains esprits à l’inacceptable, mais cet antisémitisme millénaire fut un facteur noyé dans tellement d’autres et, seul, il n’aurait jamais mené à ce que nous avons connu lors de la Deuxième Guerre Mondiale.
Vous avez compris, je pense, que ce que je reprochais à la formule de Hilberg par vous citée était qu’à la lire, on avait l’impression que d’un phénomène (l’antisémitisme chrétien) on en était arrivé tout naturellement à un autre (la Shoah), ce qui est ignorer deux choses : premièrement que l’histoire est contingence et donc que ce qui survient n’était pas nécessaire ; deuxièmement qu’être antisémite n’était pas une condition suffisante pour exterminer sept millions de personnes, femmes, enfants et vieillards compris ; ainsi, un homme comme Bernanos, qui avait été antisémite pendant une bonne partie de sa vie – l’imbécilité d’un grand homme, estima que Hitler avait “déshonoré l’antisémitisme”, ainsi surtout, des milliers de chrétiens sincères voire bigots – dont mon arrière grand-mère, alors qu’ils souffraient sans doute des préjugés de leur époque sur les juifs, risquèrent leur vie pour en sauver et ont aujourd’hui leur nom gravé au Yad Vashem.
Vous me trouverez peut-être un peu vétilleux d’avoir relevé ainsi une formule dont je partage en partie les constats, l’amoncellement de malhonnêteté qui s’abat sans arrêt sur ma foi et mon Eglise explique sans doute ma sensibilité sur la question.
rackam dit
skardanelli,
menacé peut-être pas, mais prié (!) de se cacher, de taire des appartenances, des militances (oh! le vilain mot que voilà!). Et, pour certains postes (haute fonction publique entre autres) blocage dû à des positions qui déplaisent (IVG, homosexualité etc.)
Mais en jonglant avec le mot “menacé”, on peut se sentir menacé par une certaine laïcité ostracisante, par un amalgame de toutes les religions, par une uchronie rétrograde qui condamne les cathos d’aujourd’hui au nom des massacres d’hier, par des spectacles infâmants (comme “golgotha picnic” en ce moment) etc.
rackam dit
Pour quelques amis causeurs en particulier, et pour ceux que le ”choc des religions” intéresse, cet entretien dont la fin est savoureuse, quoique le début aussi, et le milieu ne manque pas de saveur, bref:
http://www.zenit.org/article-28979?l=french
tags (pour les allergiques): JMJ, juifs, Benoît XVI,…
skardanelli dit
Texte très intéressant, je ne me sens par contre pas, en tant que chrétien menacé d’une quelconque manière en Occident.
Mangouste1 dit
Merci Rackam, c’est une vraie perle, ce texte-là.
sausage dit
Merci.
Article à partager.
Pierre Jolibert dit
Comme la bière irlandaise.
Pierre Jolibert dit
Pardonnez-moi, c’était de très mauvais goût.
sausage dit
Au contraire, j’aime beaucoup la Guiness.
hathorique dit
@ Mangouste 1
Pardon de ne pas vous avoir répondu avant car je me perds un peu dans ces fils (fort intéressants ) et je n’avais pas vu votre post d’hier 23 H 03
Je parlais de l’inquisition espagnole et de son parallèle idéologique avec le nazisme fondé sur le concept racial et presque uniquement sur ce critère sélectif entrainant la destruction des juifs et des gitans durant la dernière guerre mondiale.
Je n’ai jamais dit et Raul Hilberg n’a lui même jamais osé cette comparaison : que la shoah avait des racines chrétiennes et médiévales car ce serait une contre vérité comme l’a fort bien expliqué Pierre Jolibert je crois, mais que l’inquisition espagnole et elle seule avait une doctrine commune avec celle des nazis :
doctrine fondée sur le concept racial ce qui n’a pas été le ressort des abominations commises par les révolutionnaires en Vendée par exemple, ou les Kmers rouges et je déplore que l’on parle si peu des procès en cours au Cambodge
Par ailleurs il a fallu quand même attendre Pie X en 1906 pour que le “Saint Office de l’inquisition” soit renommé “Saint Office” puis en 1965 “Contribution pour la Doctrine de la Foi” et en 1997 ouverture des archives du Saint Office au Vatican et plus tardivement en 1992 suppression du qualificatif de “peuple déicide” en parlant des juifs.
Par contre permettez moi d’être de votre avis, lorsque vous dites (je résume) que quoi que fasse l’Eglise elle sera accusée de toutes les turpitudes au nom de son conservatisme dogmatique passé mais peut est ce aussi grâce à cela qu’elle à survécu plusieurs siècles