L’Ecole est finie
L’éducation, on n’en parlera pas aux élections
Publié le 17 juin 2011 à 13:00 dans Société
Mots-clés : Education nationale, Luc Chatel

image : Pink Floyd, The Wall
Je sais, je sais, je sais, comme chantait Jean Gabin dans les années 1970. Je sais qu’il y a les massacres en Syrie, la guerre en Lybie, un scandale sexuel planétaire qui implique un Français. Je sais la sècheresse, l’arrestation de Mladic, les impudeurs tranquilles de Luc Ferry qui marquent à leur manière une « nouvelle inconscience de classe. »
Mais tout de même, l’Ecole ? Vous vous souvenez ? Eh bien, vous avez du mérite ! C’est pourtant un sujet important, l’Ecole. Surtout en France, patrie historique des grandes querelles entre le hussard noir et le curé. L’air de rien, dans un silence médiatique et syndical presque total, l’école prend gifle sur gifle. Même si ce front-là n’intéresse plus personne, y compris la gauche qui, de Hollande à Mélenchon, a changé de cheval de bataille en quelques années, préférant se préoccuper d’écologie que d’éducation.
Et pourtant, il faudrait s’en soucier. Je sais, ce langage guerrier peut surprendre mais l’éducation est un front qui, comme tous les autres secteurs de la fonction publique, a été soumis à l’impératif comptable du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux.
La chose est néanmoins de plus en plus difficile à assumer politiquement. De droite comme de gauche, les parents sentent bien qu’avec 1500 classes de primaire en moins à la rentrée 2011 et des cours de langue vivante dans des classes de 35 élèves ou plus, on peut de moins en moins parler de service public.
Alors, pour noyer le poisson, Luc Chatel tente une manœuvre désespérée digne du communicant qu’il fut dans une autre vie.
Une campagne de pub à 1,3 millions d’euros
Frisant l’indécence, il lance une grande campagne de pub qui coûte 1, 3 millions d’euros à l’Etat en s’offrant, excusez du peu, des pleines pages dans Le Monde, Le Figaro, Libération, Le Parisien, Télérama, Le Nouvel Observateur et Paris Match. Le but de ce ramdam médiatique ? Nous apprendre que l’Education Nationale recrute 17 000 personnes. Oui, vous avez bien lu : on se croirait en plein New Deal ! Chatel-Roosevelt même combat !
Faut-il que le monde enseignant soit assommé par les 61 000 suppressions de postes en quatre ans pour ne pas répondre à une telle provocation. Certes, les atteintes statutaires, la disparition de la formation initiale des profs, l’autonomie accrue des chefs d’établissement qui peuvent parfois recruter directement leurs personnels comme des patrons de PME1, ont sérieusement éprouvé la communauté de l’éducation.
Pour autant, le personnel –administratif, médical et enseignant- de l’Education Nationale ne s’y trompe pas. À la rentrée 2011, il ne comptera pas 17000 agents de plus mais bien 16000 de moins, et si rien n’a changé d’ici là, on observera la même réduction d’effectifs en 2012.
Cela dit, que l’éventuel futur ministre de l’Education de gauche se rassure : il lui suffira d’arrêter la purge et de revenir au statu quo ante pour apparaître comme un révolutionnaire et un sauveur !
- A Paris, cette logique a récemment poussé des milliers de précaires à se précipiter au Pôle emploi dans l’espoir d’être engagés comme bouche-trous au sein d’équipes pédagogiques chaque année plus décimées ↩
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L'auteur
Jérôme Leroy est écrivain et journaliste. Dernière parution, Le Bloc (Gallimard)
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isa dit
Je conseille aux Causeurs de lire le texte de Marianne2 (comme quoi!) sur le retour du bonheur de lire, d’appréhender les textes autrement que par les dogmes de la méthode Meirieu qui a dégôuté au moins une génération de la lecture.
hathorique dit
N’ayant plus d’enfants scolarisés depuis longtemps, je connais moins bien le nouveau monde enseignant, qui est d’ailleurs un univers qui s’est beaucoup féminisé et qui est très dévalorisé du moins dans le primaire et secondaire, en fac c’est différent.
”Même si ce front-là n’intéresse plus personne, y compris la gauche qui, de Hollande à Mélenchon, a changé de cheval de bataille en quelques années, préférant se préoccuper d’écologie que d’éducation”
Je crois que Mr Leroy soulève là un vrai un problème quel avenir pour l’Education Nationale que l’on devrait rebaptiser l’Enseignement Public avec des changements des règles dictés par des ministres successifs dont certains ont cogérés ce mastodonte mamouthien avec des syndicats hostiles à toute réformes et qui sont apparus comme fossilisés.
ayant été en d’autres temps élue comme représentante de parents d’élèves j’ai constaté que la plupart de ceux ci étaient issus du monde enseignant et n’étaient pas toujours très ouverts au changement
Je ne suis pas sure que ce soit le nombre des enseignants qui pourrait pallier à cet abandon, à cette lutte des classes surchargées.
La gauche a abandonné les classes populaires comme l’écrit en toutes lettres la tête pensante Olivier Ferrand , l’exégète DSKhanien de ce parti qui les abandonnent aux mauvais vents marins.
Je cite pour ne pas déformer ses propos :
” Le coeur électoral de la gauche a changé, ce n’est plus un coeur de classe, c’est un coeur de valeurs, donc cela nécessite d’adopter une stratégie de valeurs et non plus une stratégie de classe. Sous Mitterrand, les classes populaires étaient unifiées par des valeurs, elles ne le sont plus. Le coeur électoral de la gauche, c’était la classe ouvrière. Ça ne l’est plus. Elle a de moins en moins voté à gauche jusqu’à voter majoritairement pour Nicolas Sarkozy en 2007. Et aujourd’hui, les sondages donnent des intentions de vote à 35 % pour le FN au premier tour.”
Il y a quand même un absentéisme récurent dans cette profession même si pour beaucoup, il y a d’excellentes raisons y compris celles de la maternité programmée
j’ai connu un syndicaliste qui a construit sa résidence secondaire pendant son congé maladie pour dépression nerveuse et trois jeunes institutrices heureuses mamans comblées de deux enfants en trois ans
Un article de Natacha Polony sur ce sujet, alors que j’apprends qu’elle va s’éparpiller chez Ruquier
http://blog.lefigaro.fr/education/2011/01/voeux-a-une-mourante-lecole-republicaine.h
isa dit
Faux au moins sur l’absentéisme.
En tant que prof je peux aussi vous dire que les parents sont souvent très pénibles, ils ont tous un petit génie qu’un prof , avant nous, leuur a gâché!
Je peux vous assurer que ce sont bien trop souvent les parents qui sont responsables et qu’ensuite on ne puisse plus rattraper le manque de motivation intellectuelle dans leur éducation.
Jrockfalyn dit
Pourquoi s’intéresser, à moins d’un an de l’élection présidentielle, à une administration qui est rétive à tout progrès et à toute réforme ?
L’Education Nationale est devenue le mouton noir de tous les politiques et le mouroir des espérances… Ne surtout pas y toucher… On se contente seulement de recenser les ravages de la médiocratie érigée en système de nivellement.
“Comment peut-on être enseignant ?” écrirait sans doute Montesquieu…
isa dit
Eh bien, il y a de moins en moins de candidats, et je les comprends, vu le niveau du Capes, le salaire et les élèves actuels.
Cette année, nous avons dépassé le mur du çon, c’est bon, on est en plein génération Internet en terminale, c’est mort .
saintex dit
Je sui d’accord avec l’analyse de la situation.
Je le suis beaucoup moins avec la conclusion. Même si l’Education Nationale a une fâcheuse tendance à être contre, quel que soit le pour, ce n’est pas une raison pour obérer l’avenir du pays.
D’ailleurs,
lorsque je parle avec des profs (souvent), j’entends que beaucoup regrette ce nivellement par la base.
ce ne sont pas les profs qui ont décidé de déconseiller la lecture de Huxley ou la suppression de l’histoire en S et la révision de l’histoire en général, bref tut ce qui peut faire l’esprit critique
Il n’y a rien de plus important pour une culture et un état que d’assurer l’enseignement et la défense. Ce n’est pa parce que gauche et droite jouent de démagogie qu’il faut dire amen.
Jérôme Leroy dit
Mais non Saintex, le seul branleur d’obédience marxiste(TM) sur ce site, c’est moi. Et moi seul. Ne me retirez pas ça, tout de même…
saintex dit
Oups ! Toutes mes excuses.
J’ai même failli dire, continuez le combat. Ce qui est contraire au propos que je vous tiens par la barbichette de Lénine.
Sur le fond, je suis généralement assez d’accord avec vous.
saintex dit
Et le vieil anar onaniste d’ajouter. Je ne vais tout de même pas me laisser imposer les mains par un gauchisse, milledious !!!!
saintex dit
Ceci étant, je fais à M. Leroy le même reproche que pour un précéden article. Sa cause est importante, et même plus que ça. Personne ne peut douter qu’elle soit juste.
Mais il faut justement la traiter plus justement. Les problèmes de l’Ediucation Nationale ne peuvent se réduire à la remise en cause du gouvernement face au nombre d’enseignants. Il a d’ailleurs eu une réponse chiffrée qui invalide son propos.
Et son propos ressemble plus à une prise de parti systématique antiladroite, qu’à une volonté de rémédiation.
C’est très dommage.
saintex dit
Ben mince, il me manque des doigts ou quoi ?
rackam dit
À la main gauche, saintex, sûrement.
saintex dit
Ce qui laisserait à penser que je n’ai pas tendu la droite et/ou que je suis un branleur d’obédience marxiste.
brindamour dit
Suppression de postes ou non, l’éducation nationale doit toujours embaucher chaque année par voie de concours et comme le métier devient de plus en plus inintéressant et devalorisé cela ne se bouscule pas au portillon.
Conséquence pratiquement plus que des femmes qui veulent du temps pour s’occuper de leurs enfants ou quelques médiocres ou originaux pour lequel c’est un choix par défaut. D’ailleurs, on se demande pourquoi vous avez quitté ce métier, Jerome Leroy, comme beaucoup qui en ont la possibilité.
Je crois que c’est pour cette raison que le ministre fait de la pub.
Je n’ai pas compris ce qui vous choque dans le fait qu’un chef d’établissement puisse embaucher lui-même son personnel et
que l’equipe enseignante en place et son principal puisse avoir
leur mot à dire sur l’arrivée d’un nouveau professeur avec lequel
ils vont devoir travailler au sein d’une “équipe pédagogique”?
Peut-être préférez-vous le vieux système du barême qui permet à n’importe quel barbon en fin de course d’obtenir le poste de son choix tandis que le jeunot devra allé ramer en ” Réseau Ambition Réussite ” pendant 15 ans.
Allons Jérome, ayons l’esprit révolutionnaire et changeons ces vieilles méthodes!
Patrick dit
Je vous invite à lire ceci :
http://blogdesebastienfath.hautetfort.com/archive/2011/06/17/france-record-d-europe-des-cours-particuliers-echec-de-l-eco.html
Bonne lecture.
eclair dit
rien d’étonnant le programme scolaire année après année est simplifié. Des connaissances sont suprimés.
En sixième il n’y a plus de science physique depuis une quinzaine d’année.
en maths et en sciences on a supprimé des parties du programme à tout les âges.
On le remplace par des trucs qui servent à rien.
Avec une méthodologie qui vire de plus en plus à seulement utiliser la mémoire auditive des éleves et plus la mémoire visuelle.
Résultat ceux qui ont une prédominance pour a mémoire visuelle dans des cours magistraux on plus de difficulté à comprendre.
A cela on rajoute l’utilisation des calculettes ou les enfants n’ot plus besoin d’apprendre et donc de comprendre.
On en arrive à une situation de délitement complet.
eclair dit
tiens marrant après la police on réembauche aussi dans l’EN.
mais il restera quoi au final du mandat de sarkozy, parce que toute ses mesues prises depuis 4 ans ont des contre mesures proposées par la majorité actuelle. Des fis on a l’impression d’entendre ‘lopposition à ce que à été fait depuis 2007. Mais non c’es les mêmes qui ont voté ce programme fait ces mesures qui aujourd’hui reviennent dessus. Par simple calcul électoraliste? Ou par sincerité? A un an des présidentielles et des législatives. Il dy a guère de doute sur les raisons profondes à ces changements.
Marie dit
Les sciences de l’éducation ont fait l’impasse sur la pédagogie, trop basique sûrment!
Impat1 dit
Guenièvre (que je salue)…” on a fait une croix sur l »EN en y laissant sévir « les sciences de l’éducation ».”…
Je le pense aussi, bien que c’était à coup sûr avec les meilleures intentions du monde.
Guenièvre dit
Pour ma part je crois que l’on a fait une croix sur l”EN en y laissant sévir “les sciences de l’éducation”.
Elle pourrait se remettre de tout, sauf de cette imposture là. D’ailleurs les emplois précaires – je ne dis pas que c’est bien- ont toujours existé dans l’EN. Dans les années 70-80 il y avait 60000 maîtres auxiliaires, dans les années 90, ils étaient 40000 . Ils exerçaient dans des conditions aussi très difficiles. Peu à peu ils ont été intégrés. Il me semble que c’est sous le gouvernement Jospin que l’on a décidé que ceux qui restaient seraient systématiquement réemployés mais que l’on a, par contre, embauché des contractuels et des vacataires dans des conditions encore plus ingrates.
Mangouste1 dit
“We don’t need no education.
We don’t need no thought control.
No dark sarcasm in the classroom.
Teacher leave them kids alone !
Hey teacher, leave the kids alone !”
Un voeu bientôt exaucé?
lisa dit
Je ne vois pas où est la contradiction, 17 000 embauches parce que 34 000 départs à la retraite peut-être ?
Impat1 dit
Avant de s’élever par principe contre une réduction d’effectif, il est raisonnable de s’interroger sur la situation présente de cet effectif au regard du besoin. Est-il en nombre suffisant, en surnombre, ou en nombre insuffisant ?
On trouvera ci-dessous un élément d’information, parcellaire et discutable car ce genre de chiffre concernant le “mammouth” est difficile à connaître et à exploiter. De plus je n’ai pas conservé la source, je laisse aux intéressés le soin de vérifier.
Nombre d’élèves par enseignant en 2007 dans le second degré, pour quelques Pays développés:
France: 11,9
Allemagne 15,1
Canada: 15,9
Japon: 13,7
Grèce: 8,3
Italie: 11
Etats-Unis: 15,2
Espagne: 10,5
Pays-Bas: 15,8
Suède: 12,6
Turquie: 15,8
Rappelons qu’il s’agit du nombre d’élèves rapporté au nombre de profs, pas forcément corrélé avec le nombre moyen d’élèves par classe. Car il y a, en France par exemple, de nombreux profs qui n’enseignent pas, ou peu. (Matières en désuétude, absentéisme, permanents syndicaux…)
isa dit
Ferry…