L’antisionisme expliqué à mes potes
Questions sur le cas Alain Soral
Publié le 06 mai 2009 à 15:40 dans Société
On a beaucoup diffamé l’antisionisme. Dernière tête connue de l’hydre antisémite pour les uns, clef indispensable à la compréhension du monde pour les autres et, pour la plupart des gens, un OVNI dont ils se demandent ce qu’il peut bien venir foutre dans le ciel français. Dieudonné, Soral et leurs alliés du Parti antisioniste de France (PAS) attaquent à découvert le lobby du Golem et de Superman aux élections européennes.
Les voilà donc au combat sur deux fronts : l’État d’Israël et l’emprise du sionisme sur la France.
Pour l’État juif (le problème, justement, est qu’il le soit), le projet antisioniste, le respectable, est d’en faire un État binational qui, par la démographie et la démocratie combinées, deviendrait vite un État arabe de plus dans la région. Pour les juifs, retour en dhimitude. Vu l’ambiance dans le voisinage, territoire judenrein un jour ? La Rue arabe du Quai chère à Luc Rosenzweig débordée par des extrémistes ? L’antisionisme : le droit des peuples à disposer de leurs juifs ?

Mais l’ennemi principal des dieudonnistes et associés, c’est le lobby qui, en France, tente de bâillonner les libres penseurs. Le logo du PAS est explicite : l’Hexagone est enveloppé dans un drapeau israélien, barré d’une croix pour que puisse se relever l’étendard aux trois couleurs. On imagine une pieuvre dont une tentacule interdit Dieudonné de spectacles à Bourges comme à Saint-Benoît (Poitou-Charentes), pendant qu’une autre prive Alain Soral de médias – la pieuvre qui s’étend sur le monde, on se demande où ils vont chercher tout ça. Mais tout n’est pas réchauffé dans leur cuisine. Ils peuvent, par exemple, vous expliquer que les premières victimes du sionisme, ce sont les juifs. À les entendre, les juifs les moins communautaires, pris en otage par des “organisations mafieuses”, gagneraient à les rejoindre. Au moins, c’est vaguement nouveau, ils font des efforts. Parce que nous le valons bien ?
La surprise du chef, c’est la caution. Cette fois-ci, le juif de service est un rabbin antisioniste. Les chantres de l’égalité, de la réconciliation et de la laïcité républicaine ont trouvé un barbu enchapeauté, qui attend le messie et l’Israël de la Bible en vomissant l’Israël de l’Histoire. Le spectacle de Dieudonné et Soral assis entre deux autorités à calotte, le rabbin et l’impayable Yahia Gouasmi, représentant chiite venu éclairer les Français des lumières du Hezbollah, nous promet de grands moments d’Internet, à défaut de moments de télévision (le lobby, rappelez-vous).
Pourtant, sur RFI mardi 5 mai, notre maîtresse de maison acceptait, c’est dans son caractère, ce que tant d’autres avaient refusé : un débat avec Alain Soral sur la question sioniste. L’échange fut réjouissant, mais, si les ressorts de cette idéologie sommaire ont pu apparaître à certains, le mystère Soral reste entier. Le décalage entre le talent d’hier et le discours d’aujourd’hui laisse perplexe. On se demande quel grain de sable juif est venu un jour enrayer une machine aussi brillante pour que ses analyses se réduisent à un leitmotiv : l’Elysée – et tout ce qui décide dans ce pays – sont aux mains crochues du CRIF.
Il suffit de se rendre sur le site du parti de Gouasmi (le colistier) pour y consulter le programme – pas le pogrom, ne vous trompez pas en cliquant (non là je déconne, il faut encore lire entre les lignes). Celui du président Gouasmi tient en quatorze points qui valent bien un peu d’exégèse quasi-talmudique. Allons-y.
• Faire disparaître l’ingérence sioniste dans les affaires publiques de la Nation.
Eh oui, on ne va pas se voiler la face. Continuons :
• Dénoncer tous les hommes politiques qui font l’apologie du Sionisme ;
• Eradiquer toutes les formes de Sionisme dans la Nation ;
• Libérer notre État, notre gouvernement et nos institutions de la main mise et de la pression des organisations sionistes.
On dénonce, et après on éradique. Si après ça, il reste encore un peu de sionisme, je veux bien qu’on me la coupe (enfin, juste le bout). Après la répression, l’ouverture. Lisez plutôt :
• Promouvoir l’expression libre de la politique, de la culture, de la philosophie et de la religion et les libérer du Sionisme.
Ça, ça va libérer de l’espace vital. Voilà, ça continue comme ça avec treize points qui, les signataires le jurent, n’ont rien à voir avec un quelconque antijudaïsme, et un quatorzième qui va rassurer tout le monde :
• Militer pour l’instauration d’une société de justice, de progrès et de tolérance.
Ouf, on respire. Tout ça pour ça.
Pour lever des foules dans les banlieues, le programme a l’air au point et semble obéir à une règle d’or qui a fait ses preuves dans toutes les sociétés du Moyen Orient (toutes sauf une), où l’antisionisme a apporté “justice, progrès et tolérance” : la répétition du mot “sionisme” dans un texte multiplie les bulletins antisionistes dans les urnes. Que le produit apparaisse au maximum dans le message : on ne vend pas la lessive autrement. C’est le but d’une élection, la stratégie y a toute sa place et puis Soral rappelle qu’il n’est pas membre du PAS. On a les alliés qu’on peut mais son intelligence, là-dedans, elle est passée où ?
Comme dirait l’ami Marc Cohen, Alain, reste avec nous, on fait des frites.
-
L'auteur
Cyril Bennasar est menuisier.
-
Plus








La rédaction de commentaires est reservée aux abonnés
314Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous :
Pas encore abonné ? Pour commenter cet article :
1 an : 55 €
1 an : 34,90 €
20 articles verrouillés : 9,90 €
Marianne dit
@a2lbd
Je ne discuterai pas votre opinion sur les juifs et l’antisémitisme ; ma demande est purement factuelle: pourriez-vous préciser à quelle oeuvre d’Albert Londres vous faites allusion dans l’extrait qui suit de votre post de ce jour à 16h04…?
“…Enfin il y a les luttes intestines entre les différentes chapèles hébraïques. Dans ses reportages en Russie au début du XXeme siècle, Albert Londres relate combien les juif Khazars poussaient le peuple Russe aux pogromes pour se débarasser des autres juifs…”
J’ajoute que dans un des chefs d’oeuvre de ce grand reporter, “Le juif errant est arrivé”, je trouve des propos parfois sans complaisance sur les “juifs” d’Europe centrale avant le génocide, mais aussi empreints d’une émotion et d’une profondeur humaine qui semblent faire défaut aux votres…
maxiton dit
” Irène Némirovsky dont les portraits aux vitriols de certains juifs parvenus ( 1 ) sont d’une violence inouïe. ”
( 1 )
C’est quoi un juif parvenu monsieur a2idb ?
c’est limite non ?
Le destin tragique d’Irène Némirovski – que ses amis ont tenté en vain de faire libérer allant jusqu’à insister sur antisémitisme -
prouve qu’un juif reste un juif et illustre le verset 13 ou 14 chapitre IV du livre d’Esther
” ne t’imagines pas que que seule d’entre tous les juifs tu seras sauvée sous le prétexte d’appartenir à la Maison du Roi “
Saul dit
c’ est pas que je veux pinailler, mais en relisant les derniers posts, j’ ai relevé quelques inéxactitudes qui m’ avaient échappées hier :
les Omeyyades ne sont pas des turcs mais bien une dynastie arabe ( je crois qu’ elle descend meme d’ un cousin de Mahomet ).
sur les juifs chassés des pays musulmans, attention à ne pas déduire et généraliser d’ après seulement les chiffres, l’ exception notable étant le Maroc : les juifs n’ étaient pas persécutés là bas ( le roi l’ avait interdit ! ), leur départ s’ explique par une émigration volontaire vers Israël et non une fuite ( la plupart des juifs marocains éprouvent encore un très grand respect envers ce pays, son roi et les marocains, il rendirent meme hommage à Hassan II en Israël, lors de sa mort )
mais concernant les autres pays musulmans éffectivement, il en était autrement.
a2lbd dit
@Averell
Merci passionnant cette référence, j’irai voir le livre d’Harendt en question.
En ce qui concerne le sujet j’ajouterai que si certains juifs sont, de par leur volonté farouche d’être membre du peuple élu, certaines étincelles qui allument la flamme antisémite, d’autres qui n’en peuvent plus de l’atmosphère confinée voire carrément raciste que leur imposent leurs coreligionnaires (“il ne faut pas épouser un/e Goy/a”, “il faut manger casher donc vivre dans un quartier juif pour pouvoir suivre la loi de Moïse” etc…) sont les premiers vulgarisateur de l’antisémitisme. Je pense notamment à une autre femme : Irène Némirovsky dont les portraits aux vitriols de certains juifs parvenus sont d’une violence inouïe.
Enfin il y a les luttes intestines entre les différentes chapèles hébraïques. Dans ses reportages en Russie au début du XXeme siècle, Albert Londres relate combien les juif Khazars poussaient le peuple Russe aux pogromes pour se débarasser des autres juifs…
Pour autant il est aussi certain que l’antisémitisme n’est pas du et imputable aux juifs seuls. Il y aura toujours sur terre des salauds pour assoir leur pouvoir en dénonçant des boucs émissaires. Et les minorités sont dans ces conditions des proies faciles.
maxiton dit
Je me référe au lien menant à :
Criminaliser la critique envers Israël”
maxiton dit
ce lien mène à tous les ” chiens de garde ” anti-sionistes ( restons dans la fiction des mots )
Aucun intérêt
Eveillé dit
La fin de la liberté d’expression aux USA ?
Faire une recherche avec les mots [ mondialisation Paul Craig criminaliser ] et lire l’article “Criminaliser la critique envers Israël”
Eveillé dit
Critiquer Israël est un acte acte antisémite ?
Peut-on se battre pour pouvoir émettre des doutes sur la Soah ?
Accuser deux officiels de l’AIPAC d’espionnage est un acte antisémite ?
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticle&code=ROB20090511&articleId=13563
Saul dit
Nadia :
disons que tout est imbriqué, meme par les mots….
( merci, mais c’ est surtout en Histoire et ce qui s’ y rapporte car pour le reste……)
nadia comaneci dit
Les Scythes, je les vois au delà du Pont Euxin, vers le Caucase ou plus à l’Est encore… Et c’est donc l’Est qui nous ratrappe ! Je ne savais rien de cette origine, j’ai simplement toujours trouvé ce mot “ashkénaze” très musical et très doux. Merci cher puits de sciences.
Saul dit
@ Nadia :
il existe 3 branches chez les perses, pour simplifier :
-le rameau oriental : afghans, tadjiks etc…
-le rameau occidental : iraniens et kurdes actuels
-le rameau nordique aujourd’ hui quasi disparu.
ce dernier comportait un peuple qui vivait ( en gros ) du Caucase au Danube.
les hébreux les appelaientt “achkénazes”
les assyriens les appelaient “achkouzaï” ou “ichkans”
les grecs les appelaient “skytos”
….et nous les connaissons ici sous le nom de “scythes”
bien qu’ il n’ y aurait aucun rapport ethnique avec les scythes, le souvenir de leur passage dans ces régions a amené à désigner sous ce nom les juifs de l’ est ( et je crois qu’ entretemps ce terme désignait l’ Allemagne, peut etre un rapport avec cette fuite vers l’ est que vous évoquiez, à vérifier )
mais j’ ai écrit au début “quasi-disparu”, il en reste aujourd’ hui, descendants des alains, une de leur tribu. ce sont les ossètes….
Saul dit
Nadia,
patientez svp je vais coucher mon fils ( avec quelques histoires ) et je reviens..
maxiton dit
après la grossièreté de joaozimboumboum
Madame Lévy en rappelant aux intervenants qu’ils se trouvent dans un salon vous essayez de conserver à ” Causeur ” une certaine tenue.
Joaoboum risque de transformer le salon de vos rêves en sanisette ( Marque déposée )
nadia comaneci dit
Saul
Je sais qu’il est question de tribus perdues et de fuite vers l’Est, toujours plus loin, pour éviter les persécutions de l’Eglise toute puissante. Mais pour le nom, je donne ma langue au chat… Vous allez donc me l’apprendre puisque je suis sûre que vous le savez !