L’amour ne dure jamais trois ans
Beigbeder et l’invisible
Publié le 19 janvier 2012 à 14:25 dans Culture
Mots-clés : Frédéric Beigbeder, Gaspard Proust, Joey Starr, L’amour dure trois ans

L'amour dure trois ans
Ceux qui font éternellement grief à Frédéric Beigbeder de son narcissisme seront très déçus par L’amour dure trois ans. Alors que l’auteur des hilarantes Vacances dans le coma aurait pu assez facilement, par copinage, décrocher et interpréter la totalité des rôles masculins et féminins de son meilleur film – et au passage abuser sexuellement de lui-même – Beigbeder a préféré s’en tenir à l’invisible. Même pour le rôle de Marc Marronnier, son alter ego personnel, il a réussi à se faire damer le pion par le talentueux et solitaire Gaspard Proust, seul comique drôle de sa génération.
L’amour dure trois ans raconte de manière émouvante, fraîche et inventive la passion amoureuse de Marc et Alice – Louise Bourgoin, elle aussi talentueuse et insoluble dans l’image. C’est-à-dire leur expérience concrète de l’éternité en acte et du fait que l’amour, quelle que soit sa durée, ne dure jamais trois ans. Par la grâce de deux jets de vomi, les voici arrachés à leur propre image, à la branchitude dépressioniste et à l’insondable tristesse dessensualisante de la captation dans l’imaginaire pornologique (je me demande si je n’ai pas pris un rail de Mehdi Belhaj Kacem ce matin ?!).
Voici Marc et Alice offerts tout crus à la joie. Leur évasion du registre exténuant de l’imaginaire, leur échappée belle dans le registre du désir. C’est-à-dire de la liberté et de l’angoisse. Les voici lancés dans l’aventure réelle et surréelle de l’incarnation.
L’amour dure trois ans n’est ni cynique ni romantique. C’est en revanche un film aussi heureusement comique que lyrique. Son auteur, rappelons-le, et contrairement à certains clichés qui circulent à son propos, n’est pas seulement un ex-lanceur de crustacés violé dans son enfance par les frères Bogdanov, mais aussi l’une des rares personnes qui n’hésite pas à se moquer avec profondeur de son propre sens de l’autodérision. Les scènes comiques de L’amour dure trois ans sont très inventives et réussies, en particulier celles dans lesquelles interviennent les parents de Marc Marronnier et son éditrice méprisante et castratrice. Elles culminent cependant à la fin du film avec l’histoire d’amour de Jean-Georges, l’ami de Marc incarné par Joey Starr et avec l’hilarant et bouleversant mariage de Jean-Georges. L’amour dure trois ans ? Beau comme la rencontre de Joey Starr et de Michel Legrand sur une plage basque. Beau comme le sens du toucher et celui de l’espérance.
L’amour dure trois ans, en salles depuis le 18 janvier.
-
L'auteur
Bruno Maillé est un paria timide.
-
Plus










La rédaction de commentaires est reservée aux abonnés
23Nos offres
1 an : 55 € ............................................ >
1 an : 34,90 € ....................................... >
ylx dit
@ livia qui dit “Ylx – Parfaitement d’accord avec vos exemples.”
Un autre film terrible est “Intimité ” de Chéreau, qui montre une femme jouée par Isabelle Huppert mariée à un homme très en vue, riche, attentionné, beau, mais celle-ci un jour sans crier gare part vivre avec un journaliste minable dont le journal est financé par son mari.
Il y a aussi les “Basic Instinct” si on s’intéresse non pas à Catherine Trammell mais aux hommes qui perdent toute leur raison face à cette vénéneuse séductrice.
Ce cas en rejoint de nombreux autres où la femme, séductrice j’allais dire malgré elle, vénéneuse, impitoyable rend follement amoureuse tous les hommes qu’elle rencontre pour leur plus grand malheur. Ces femmes-là ne connaissent pas le coup de foudre mais ont l’art de le provoquer. Sur le modèle de C. Trammell-Sharon Stone, c’est la Carmen de Bizet, Juliette-Brigitte Bardot dans Et Dieu créa la femme. Il s’agit généralement de femmes “borderline” qui inconsciemment règlent leurs comptes avec les hommes de cette manière.
Dans les romans récents “La Guerre amoureuse” de JM Rouart met en scène un sexagénaire expérimenté et très en vue (c’est évidemment autobiographique) qui a le coup de foudre pour une jeune étudiante finlandaise.
Dans ce genre, un roman autobiographique remarquable où on voit une femme – qui est professeur de philosophie à l’Université, spécialiste reconnue de Bergson – et par ailleurs épouse d’un homme politique de premier plan – qui tombe raide dingue amoureuse d’un jeune homme grossier, avec lequel elle se comporte en midinette. Le sel de cette histoire publiée sous pseudonyme est que l’auteur est l’épouse à la Ville de Vincent Peillon. Mais chut, je ne vous ai rien dit.
livia dit
Ylx
Parfaitement d’accord avec vos exemples.
Un plus pour Romeo et Juliette et la Pde Clèves puisque la passion était réciproque.
Mais dans les films ?
” Le facteur… uen passion sensuelle, sans toutes les nuances ?
l’Ange Bleu plus preès de la passion destructrice, plus d’affects sont mis en scène ? je n’ai pas d’avis tranché… et sur ce sujet c’est sans doute impossible.
ylx dit
@ livia qui dit “Selon vous quel s) film (s) approche/ traduit le mieux la passion amoureuse -pas le coup de foudre- cette qui vous rend fou ?”
L’exemple emblématique, que tout le monde se doit de connaître désormais en France c’est la Princesse de Clèves”, magnifique exemple de coup de foudre “double”, celui qui touche les deux protagonistes “en même temps”. A l’opéra, le plus beau et le plus tragique exemple est “Tristan et Isolde”, mais aussi Romeo et Juliette, La Traviata, Lucie de Lammermoor etc
Le traitement artistique du “coup de foudre simple”, celui qui ne touche que l’un des 2 protagonistes est plus fréquent parce que plus tragique : l’un des protagoniste fond d’amour pour l’autre qui de son côté s’en moque et se moque. Cela ne peut que mal se terminer ! :L’exemple emblématique est celui de cette pauvre Phèdre “je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue” alors que son Hippolyte la prend pour une folle, à l’opéra “Carmen”, et au cinéma “Loulou”, “L’Ange bleu”. Un film qui montre bien le coup de foudre et ses conséquences tragiques est “Loin de la foule déchaînée”, tiré d’un roman de Thomas Hardy qui a écrit dans le même ton “Tess”. Plus près de nous, un film déjà cité, “Two lovers” de James Gray.
borgoloff dit
“Fatale” oui, et puis des tas d’autres films. “Le Facteur sonne toujours deux fois” dans ses deux versions par exemple…
livia dit
Bonjour Lady,
Je ne l’ai pas vu, mais nous en reparlerons .
Lady dit
Louis Malle avec “Fatale” J.Irons et J.Binoche, passion mortelle et mortifère:
livia dit
..Celle qui rend…
livia dit
Pirate
Selon vous quel s) film (s) approche/ traduit le mieux la passion amoureuse -pas le coup de foudre- cette qui vous rend fou ?
Votre avis m’intéresse .
pirate dit
c’est une intéressante question ça… il y a par exemple 37°2 le matin, qui n’est pas un très bon film en soi, mais qui raconte bien la fièvre du corps, et en repensant soudain à ce film, et à la carrière qu’il a lancé, vous avez également “Trouble every day” de Claire Denis, film très difficile à regarder cela dit puisqu’il parle de cannibalisme, de gens qui s’entre dévorent au sens propre du terme. Toujours dans la passion qui rend fou, il y a un film magnifique de Chéraud “l’homme blessé” qui traite ici de la passion amoureuse du point de vue homosexuel. J’en ai un que j’adore personnellement parce qu’au delà de la passion, il parle de la destruction d’une cellule familiale modèle de la bourgeoisie italienne, par cette même passion amoureuse c’est l’excellent “Théorème” de Pasolini. Vous avez sinon “Dernier Tango à Paris” qui est en même temps un film sur le naufrage d’un homme égotique et dominant et une passion amoureuse destructrice. Dans sa version légère “neuf semaine et demie” qui est un film en carton, bien signifiant tant de son réalisateur, le très surestimé Alan Parker, que de son époque, mais c’est de la passion amoureuse, entretenue et inabouti, puisque c’est aussi un jeu de manipulation articulé sur le bovarysme féminin.
Vous avez également dans un domaine tout à fait ambigu, et en fait qui joue constamment sur plusieurs tableau, une forme de passion amoureuse, un objet sur la manipulation, mais également sur l’ambition, et où tout devient confus : “Une étrange affaire” avec Lanvin et Piccoli, et Nathalie Baye. Le premier envouté par le second sous le regard inquiet de la troisième. “Mon Homme” de Blier où la passion amoureuse et sexuelle abouti sur le trottoir. Sinon il y en a un autre, qui se poursuit sur plusieurs années, assez peu connu, à tord, c’est Georgia (ou Four Friend) d’Arthur Penn, ici c’est d’abord l’amitié entre trois hommes et une femme, et en même temps la passion qui secoue cette femme et l’un des garçons, et qui va se poursuivre comme dans Jules et Jim, mais sur un mode plus chaotique de gens qui se perdent de toutes les façons pour finalement s’accepter.
Mais enfin s’il y en a deux que je recommande là dedans, c’est l’Homme Blessé et Théorème…. tout en me disant, putain j’ai vu tout ça ? Ah bah oui, et le pire c’est que c’est juste la partie à peine immergé du barnum. Je suis un malade.
Sinon, si je devais citer The roman sur la passion amoureuse, c’est évidemment Belle du Seigneur de Cohen.
borgoloff dit
Pirate, le deuxième degré existe…
L'Ours dit
Jusqu’à Joey Starr, ça donnait envie!
newparadigm dit
Tout-à-fait de votre avis, L’Ours.
Le nom de cet individu dans un générique me fait automatiquement éviter (et mal juger) l’œuvre qui l’accueille.
kacyj dit
“à la branchitude dépressioniste et à l’insondable tristesse dessensualisante de la captation dans l’imaginaire pornologique”
Un rail ? C’est tout le train qui doit y être passé, non !
ylx dit
@pirate qui dit :”alors que parfois la vie nous entraine sur un chemin de traverse pas moins surprenant ni bouleversant, au sens premier du terme”
C’est vrai, mais on peut dire aussi que le coup de foudre se termine rarement par un “happy end”. Car il est par nature tragique et “révolutionnaire” puisqu’il qu’il va à l’encontre de “l’ordre établi” , et s’affranchit de toutes les raisons raisonnables et raisonnantes, voir Héloïse et Abélad, Romeo et Juliette.
Dio Gêne dit
Mais la passion est eternelle…
isa dit
Ah non!
Dio Gêne dit
Tu n’a aucune passion alors…
borgoloff dit
Dix euros pour subir Joey Starr ? J’aime mieux les donner à un pauvre.
Florence dit
Moi aussi !
pirate dit
ouh là on sent que déjà donner à un pauvre c’est l’extrême limite du possible là…
ylx dit
Dans un monde sans Dieu, sans espoir, sans avenir, sans spiritualité, sans amour, sans sentiments, la persistance de ce truc complètement anachronique, ringard, archaïque qu’est le coup de foudre ne manque pas de surprendre. Une preuve, parmi de nombreuses autres que notre cerveau primitif et irrationnel est très loin d’avoir abdiqué devant ces quelques siècles de “civilisation”, et reste “toujours le maître chez lui” (Freud). Sur le même thème revoir “Two Lovers” de James Gray.
pirate dit
inutile si l’on a déjà connu le coup de foudre, et ses conséquences qui ne sont jamais celle que l’on croit. Le reproche que je peux faire au récit de ce genre, c’est que le coup de foudre trouve toujours une concrétisation avec l’objet du coup de foudre, alors que parfois la vie nous entraine sur un chemin de traverse pas moins surprenant ni bouleversant, au sens premier du terme.
pirate dit
surprenant. J’aime bien être surpris. Mai je vais quand même avoir du mal à me fendre d’un billet de 10 pour le donner à Beigbéder et à ses producteurs. Donc si j’ai rien à faire, un dimanche de pluie quand le film sera piraté.