Je suis d’accord avec François Miclo, il faut critiquer, déconstruire et non pas détruire mais l’incendiaire alsacien n’a pas détruit le Coran en brûlant un exemplaire et quelles qu’aient été ses intentions, son acte a révélé le caractère incritiquable, indéconstructible et intouchable de ce texte. Quand elle pointe une liberté d’expression garantie par la loi mais entravée dans le réel, la provocation est un acte critique. Les réactions que cet outrage a suscitées donnent matière à critique. Critiquons, donc !

Les responsables de la mosquée de Strasbourg parlent « d’actes ignobles et honteux » contre un livre saint et, rappelons-le, portent plainte pour « incitation à la haine raciale ». Ne peuvent-ils distinguer l’offense faite à leurs croyances d’une incitation à la haine pour leur « race » ? Peut être qu’en islam, cette distinction n’a pas de sens et que la liberté de blasphémer, comme toutes les limites posées par la loi au débordement des pratiques religieuses dans l’espace public, sont vécues comme des brimades islamophobes mais si les guides spirituels musulmans n’expliquent pas la laïcité ou le droit français au blasphème à leurs ouailles, qui le fera ?

Dans cette affaire, ils dénoncent « une provocation qui sera lourde de conséquences » et assurent par ailleurs qu’ils appellent au calme. J’espère qu’ils seront entendus et que le calme sera la seule conséquence.

Le CFCM voit dans la vidéo une atteinte inacceptable et dangereuse aux valeurs de la République. Quel dommage qu’une aussi éloquente indignation ne pousse ses responsables à aller convaincre certains jeunes en banlieue qui se réclament de l’islam que brûler une femme, ce n’est pas bien non plus.

Le processus judiciaire commence par un interrogatoire du prévenu par la police pour un délit qui, je me répète, relève du blasphème et non de l’incitation à la haine raciale et se poursuivra au Tribunal correctionnel. Parti comme ça, je me demande si les juges vont rendre la justice au nom du peuple français ou de l’inquisition musulmane. Pas de chance pour l’accusé, en correctionnelle, il n’y a pas de jury populaire mais seulement des magistrats syndiqués.

Le maire de Strasbourg qui en appelle à « un front républicain de refus de l’inacceptable », assorti d’une pétition tout aussi républicaine pour réagir à la crémation coranique qui fait déborder le vase des actes racistes. La leçon républicaine du jour aurait pu s’intituler : « Apprenons aux musulmans le droit au blasphème », mais le maire a préféré revenir à l’antifascisme, l’antiracisme et au combat qui continue contre l’extrême droite. C’est moins subtil et moins délicat mais ça rassemble à gauche.

De Libération au Figaro, les médias évoquent « le livre saint » et l’acte « haineux et raciste ». Là aussi, la confusion règne et quand la religion offensée est celle des plus pauvres et des plus stigmatisés, le discernement s’éclipse, on criminalise le blasphème, la censure est permise et la sanction bienvenue. Pour défendre le nouvel ordre moral, il n’est plus interdit d’interdire.

Ce n’est pas bien de brûler un livre mais ce petit incendie nous éclaire davantage sur notre société que les travaux d’un sociologue sur l’islamisation des esprits ou qu’une longue exégèse du Coran. Je partage la réprobation morale générale, mais la question n’est pas de savoir s’il est bien ou pas de brûler un livre mais s’il est encore permis de le faire. Je n’aime pas ça, mais je me battrai pour qu’on puisse le faire. C’est aussi ça, les Lumières.

Tout le débat sur l’islam dans le numéro d’octobre de Causeur.

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