L’euro, le franc et la baguette magique | Causeur

L’euro, le franc et la baguette magique

Auteur

Coralie Delaume

Coralie Delaume
est blogueuse (L'arène nue)

Publié le 05 juillet 2011 / Brèves

Mots-clés :

L’Europe et la France ne vont pas bien, parce que nos élites sont nulles en économie. Et nos élites sont nulles en économie, parce qu’elles sont nulles en mathématiques. Démonstration.

Souvent, les « intellectuels » sont plutôt des « littéraires », comme nous l’avons récemment noté au détour d’une brève sur Caroline Fourest. Au sujet de la sortie l’euro et du retour au franc au taux de « 1 franc = 1 euro », celle-ci affirmait que le pouvoir d’achat des français fondrait, et que nous serions tous ruinés. Sans nous expliquer pourquoi. Rendez-vous compte ! Nous subirions des prix multipliés par un, et des salaires multipliés par un. Quelle fieffée pétainisterie !

Nous découvrîmes le pot aux roses un peu plus tard, lorsque s’exprimant à son tour pour conspuer le Front national, Nathalie Kosciusko-Moriset soutînt face à Zemmour et Naulleau « je prends l’exemple de la sortie de l’euro (…) la baguette coûtera alors 6,40 francs, plus l’inflation galopante ». Palsambleu !

Nathalie Kosciusko-Moriset n’est pas à proprement parler une « littéraire ». Mais à n’en point douter, elle aurait dû. Car de deux choses l’une. Soit on revient au franc avec un taux de conversion de 1 franc = 1 euro, comme certains – et pas le seul Front national – le proposent, et il ne se passe strictement rien tant qu’on ne dévalue pas. Soit, pour une obscure raison fleurant bon la nostalgie, on est persuadé qu’une réapparition du franc induirait le retour inévitable à sa valeur de 2002. Dans ce cas, la baguette vaudrait certes six fois plus cher. Mais nos salaires seraient multipliés…par six.

Mesdames les fortes en thème, nous vous en prions, avalez rapidement une infusion de sciences dures. Ecrivez autant de livres qu’il vous plaira sur Marine le Pen. Mais cessez d’essayer de nous faire croire qu’elle est la seule à proposer le retour au franc afin de mieux escamoter un débat qui serait plus utile s’il portait sur les “risques” et les modalités d’une sortie de l’euro suivie d’une dévaluation, même raisonnable. Surtout, cessez de chercher démagogiquement à terroriser le bon peuple en lui faisant le coup de la hausse du prix du pain. De toute façon, nous voulons de la brioche.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 5 Juillet 2011 à 17h58

      commines dit

      Version DSK c’est “L’euro, le franc et la braguette magique”.

      • 12 Décembre 2015 à 14h33

        Incube dit

        Mais c’est vrai ça, grâce à la braguette magique de DSK, Nafissatou Diallo a transformé une petite pipe de rien du tout en 1 million de $.
        Et DSK a facturé le coup de braguette magique à sa femme ! Trop fort !
        ;-)
        Et quelques mois plus tard, lors d’une interview abracadabrantesque et ithyphallique de Pujadas au journal de 20 h, et lors de la crise grecque, DSK nous fait un cours d’économie (s)… Si si si c’est vrai !!! Bah pas les siennes en tout cas !
        Et après ça les journalistes politiques s’étonnent que l’électorat de socialiste s’effrite… même dans le nord !
        Sans dec ! 

    • 5 Juillet 2011 à 15h22

      kacyj dit

      Curieux de considérer que NKM ou CF représentent nos élites économiques. Aux dernières nouvelles, la première s’occupait de l’environnement et la seconde de faire une tête au carré à MLP. La compétence économique exige une certaine pratique (comme toute compétence d’ailleurs), que n’ont pas ces trois dames toute polytechnicienne qu’est la première (si je ne me trompe pas).
      La dévaluation ne résoudra aucun des problèmes économiques que nous connaissons. Revenir au franc n’est ni la panacée attendue par les uns, ni la catastrophe annoncée par les autres. Cela aura un coût tout comme le passage du franc à l’euro a eu un coût. En revanche, réhabituer nos pauvres cerveaux à changer de repère, une fois dans une vie est amplement suffisant.

      Quant au prix de la baguette… voici des infos extraites des séries suivies par le syndicat professionnel de la boulangerie. Franc ou euro, n’a pas plus d’importance que cela sur le pouvoir d’achat.

      Comparatifs de la baguette et du SMIC:
      En 1970, le smic est à 593 Fr, la baguette à 0.57 Fr. On peut acheter 1040 baguettes.

      En 1980, le smic est à 2392 Fr, la baguette à 1.67 Fr. On peut acheter 1432 baguettes.

      En 1990, le smic est à 5286 Fr, la baguette à 3.14 Fr. On peut acheter 1683 baguettes.

      En 1997, le smic est à 6664 Fr, la baguette à 3.97 Fr. On peut acheter 1678 baguettes.

      En 2008, le smic est à 1309 Є, la baguette à 0.80 Є. On peut acheter 1636 baguettes.

      En 2011, le smic est à 1365,03 Є, la baguette à 0.90 Є. On peut acheter 1436 baguettes.  

      Comparatifs du temps de travail pour acheter une baguette:
      En 1970, le smic est à 3.27 Fr. Divisé par 60 mn, cela fait 0.0545 Fr La baguette est en moyenne à 0.57 Fr. 0.57 Fr / 0.0545 = 10.45 mn de travail.
       
      En 1980, il faut 7.26 mn pour acheter une baguette.
      En 1990, 6.28 mn suffisent.
      En 1998, on passe à 6.04 mn.
      En 2010, on passe à 5.85 mn 

      Leurs calculs tiennent compte de l’évolution de la législation sur le temps de travail. 

      • 6 Juillet 2011 à 10h42

        RRF-Peypinois dit

        Ok, kacyj, votre exemple tord joliment le coup à certains poncifs ou pour le moins devrait inciter à réfléchir davantage avant de défendre ou d’attaquer tel ou tel modèle.
        Ce qui me gène, c’est qu’on ne puisse pas pour autant en dégager de conclusion ou en tirer des réponses pour autant comme pourrait le laisser croire votre exposé.
        En effet, on sait aujourd’hui qu’au cours des 10 dernières années, et plus encore depuis la crise de 2008, certaines matières premières donc certaines denrées et produits finis – et pas seulement ceux “de base” ont vu leurs coûts augmenter, tandis que d’autres ont baissé. Le tout, selon un schéma pas forcément logique, puisque influancé par nombre de variables aléatoires comme les guerres (ou conflits/ tensions), les intempéries, les habitudes de comsommations (ou modes apparues) et…la spéculation ! Donc pas seulement selon le bon vieux principe “libre et non faussé” comme il se devrait, de l’offre et de la demande.
        Je vous invite à lire cet article qui fait froid dans le dos à propos de la crise alimentaire : http://www.slate.fr/story/39483/goldman-sachs-provoque-crise-alimentaire
        La vérité est ailleurs…et multiple !

      • 12 Décembre 2015 à 14h42

        Incube dit

        ça y est, je viens d’identifier kacyj, celle ou celui qui m’avait piqué mon bouquin de l’INSEE !
        :-)
        Il m’était utile les soirs d’abstinence sexuelle ! 2 minutes de lecture et hop… dans les bras de Morphée !
        Rendez-le moi ! 

    • 5 Juillet 2011 à 14h31

      Saul dit

      “Traduction : si on fait baisser la valeur du franc de 25%, la valeur du franc ne baissera que de 2% tout au plus. ”

      hum, ok je ne suis pas économiste, mais il me semble que ce n’est tout de même pas la bonne traduction. Sapir parle de l’inflation (definition INSEE : perte du pouvoir d’achat de la monnaie qui se traduit par une augmentation générale et durable des prix)

      donc si on traduit ça donnerait plutôt :
      en dévaluant le Franc de 25%, la conséquence sera une augmentation générable et durable des prix de seulement 2%

      quoiqu’il en soit, je ne m’aventurerais pas comme les experts eurobéats, à critiquer les compétences économiques de tels ou tels, car quand on voit leurs propres résultats, y’a vraiment pas de quoi flamber et c’est plutôt à se poser la question de leur (in)compétence ou, au choix, intégrité…
      les faits, c’est terrible pour le dogmatisme….

    • 5 Juillet 2011 à 12h47

      RotilBis dit

      D’après un de mes proches qui a les compétences, une dévaluation n’est pas du tout forcément intéressante. 

      Cela peut l’être, mais il n’y a rien d’automatique. Parce que, m’explique-t-il, il faut examiner avec minutie dans quels domaines ce sera bénéfique et dans lesquels ce sera négatif.

      Il explique que pour les exportations, ce peut être bien, mais alors nous paierons  plus cher nos importations. 

      Et comme les économies sont très imbriquées, le résultat – qui de toutes manières n’est pas immédiat, est aléatoire.

      Un exemple avec airbus: environ la moitié de ses pièces sont construites outre Atlantique.

       

      • 5 Juillet 2011 à 14h42

        Saul dit

        par contre ce qui est certain c’est que garder l’euro actuel n’est pas interessant du tout, qu’il ne nous apporte aucun bénéfice mais au contraire des tonnes d’emmerdements (ça fait quand même plus de 10 ans que cette monnaie de singe est en vigueur dans nos économies…)
        il n’y a même plus le caractère aléatoire qui pourrait redonner un soupçon de semblant d’espoir.
        bref une chose est sure avec l’euro : on s’enfonce un peu plus dans la merde.
        super !!!!

    • 5 Juillet 2011 à 12h07

      Marie dit

      Comme sausage, j’ai plus confiance dans Kaplan en ce qui concere l’économie. Je viens de discuter avec des gens modestes qui croient mordicus tout ce qui est servi dans les médias c’est affligeant et enervant. Pas un gramme de bon sens ou de reflexions personnelles , on a tué en France l’esprit d’analyse.
      Alors sortons de l’euro , revenons à la retraite à 60 ans virons tous les politiques , ils ne servent à rien et vogue la galère!

    • 5 Juillet 2011 à 11h08

      sausage dit

      Je confesse avoir plus confiance en l’ami Kaplan et autres libéraux pour tout ce qui traite d’économie. En revanche, je peux parfois déplorer qu’ils se mêlent de politique.
      Voilà ce qui est difficile à comprendre. Nous sortons du champs économique pour faire de la politique. Et cette dernière ne se mesure pas avec les mêmes instruments.

      Ma religion n’est pas faite et je n’ai pas les compétences économiques pour en disserter allégrement. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est un mal pour un bien, tant l’avis des « experts » me semble à côté de la plaque dès que la réflexion nécessite l’usage d’autre chose que des données statistiques.

    • 5 Juillet 2011 à 10h51

      RRF-Peypinois dit

      Eh bien justement, sur cette question, je me sens plus proche de Coralie Deleaume, que des réactions un peu rapides d’isa et plplalbe.
      Un peu trop facile de lui jetter la pierre en balayant son point de vue d’un revers de manche, en mode “mais puisqu’on vous dit que c’est bête, puisque tous les experts nous le disent”
      D’abord pas tous justement, ensuite si ces fameux experts sont les mêmes que ceux qui ont amené le marasme actuel et n’ont surtout pas permis d’en déceler le risque, je veux bien, mais on a le droit aussi, soi-même, de se remettre à faire fonctionner son cerveau. On avait au fil du temps accepté d’en externaliser la gestion – de ce bon vieux cerveau – au moins en partie, consommant du rapport d’expert et de think tank, comme on peut aller au Mac Do quand on a la flemme ou pas assez de temps pour faire à manger ? Et bien aujourd’hui on le voit le résultat ! Alors avis d’expert soit, mais il y a presque autant d’avis contraires…
      Mme Deleaume a le mérite de revenir sur cette question – rendue politiquement incorrecte parce que reprise par le FN, mais pas seulement – qui elle-même mérite un véritable examen sans tabou.
      Personnellement, je n’ai pas encore d’avis précis sur la question en fait : je lis, je cherche à diversifier mes sources d’infos, et on verra ce qui en sort.

      • 5 Juillet 2011 à 11h09

        isa dit

        Et je pense qu’aussi qu’on devrait mettreble dollar au franc.

        • 5 Juillet 2011 à 11h15

          RRF-Peypinois dit

          j’avoue que là isa, je ne comprends pas bien le coup du “dollar au franc”…vous m’expliquez ou c’était de l’ironie ?

        • 5 Juillet 2011 à 11h27

          isa dit

          au niveau du

        • 5 Juillet 2011 à 11h47

          RRF-Peypinois dit

          …mais encore isa ?
          Je ne vois vraiment pas…pourquoi ?

    • 5 Juillet 2011 à 10h21

      sausage dit

      Tout ce qui est excessif est insignifiant.

      Je vous trouve un tantinet excessive, Isa.

      • 5 Juillet 2011 à 11h28

        isa dit

        Eh bien, trouvez cher Sausage.
        Je suis excessive et insignifiante.
        Mais je ne peux lire de telles bêtises sans enrager.

    • 5 Juillet 2011 à 9h32

      Georges_Kaplan dit

      « […] il ne se passe strictement rien tant qu’on ne dévalue pas. »
      Exactement. Mais comme il se trouve que la dévaluation est précisément l’objectif affiché de Marine le Pen, de Nicolas Dupont-Aignan et de Jean-Luc Mélenchon (qui veut dévaluer l’euro)… je vous laisse conclure.

      Verbatim : « D’après une récente étude de l’économiste Jacques Sapir, une dévaluation compétitive de notre monnaie, d’environ 25 %, n’engendrerait qu’une faible inflation – estimée à 2% au plus. » (Marine le Pen)

      Traduction : si on fait baisser la valeur du franc de 25%, la valeur du franc ne baissera que de 2% tout au plus. Jacques Sapir dit et écrit beaucoup d’imbécilités mais là, tout de même, je ne puis me résoudre à croire qu’il a ne serait-ce que suggéré un truc pareil. 

      • 5 Juillet 2011 à 9h44

        Coralie Delaume dit

        @ G. Kaplan : oui, les “eurosceptiques” ont pour ambition de dévaluer, et cela, je ne le nie en aucune façon. D’ailleurs, quel serait l’intérêt de revenir au franc sans cela ?
        J’ai d’ailleurs écrit :
        “escamoter un débat qui serait plus utile s’il portait sur les « risques » et les modalités d’une sortie de l’euro suivie d’une dévaluation, même raisonnable”.
        Il y a donc bien débat, mais il ne doit porter ni sur l’idée de 1 franc = 1 euro, ni seul celle de 1 € = 6 francs.
        Le vrai débat doit porter sur le montant de la dévaluation que devrait subir le “nouveau” franc, pour que l’on trouve le bon dosage entre croissance des exportations, et renchérissement des importations (notamment).
        Et si je tiens ici un discours caricatural, ce n’est qu’en écho à celui de madame Moriset, qui se moque du monde.
        Bien à vous.

        • 5 Juillet 2011 à 9h57

          Georges_Kaplan dit

          @ Coralie Delaume C’est bien ce qui m’inquiète : nous en sommes encore à croire que dévaluer la monnaie (l’euro, le franc… peu importe) est de nature à régler nos problèmes et, pire encore, nous continuons à penser qu’un déficit de la balance commerciale est un problème qu’il nous faut régler… 

      • 5 Juillet 2011 à 11h29

        isa dit

        Monsieur kaplan, j’ai l’article du Figaro de la semaine dernière (que je vais retrouver) où il explique que la dévaluation serait de 20%.

    • 5 Juillet 2011 à 9h14

      isa dit

      Excusez moi, Causeur, mais c’est quoi ce grnad n’importe quoi?

      On passe de Monsieur Kaplan à Madame DELEAUME,

      Je dois aller voir les résutlats du bac, mais je suis navrée de voir paraître de telles inepties sur votre site, avec en plus une arrogance inouïe, où est la démonstration de ces affirmattions?

      Elle sait votre blagueuse que les monnaies se mesurent les unes par rapport aux autres, elle sait que les français ont des patrimoines en assurances vie, par exemple?

      enfin, elle pourrait dire que seuls qui ont des dettes verraient leur futur s’éclairer, c’est pas mal, remarquez, mais c’est d’une merveilleuse justice.

      En conclusion, il n’y a aucun économiste en France Sauf Coralie Deleaume et Marine La pen;

    • 5 Juillet 2011 à 9h12

      plplalbe dit

      hilarant ; de toute façon si le pain est trop cher mangeons de la brioche
      !
      les zelites ont dues rater maternelle sup

      • 5 Juillet 2011 à 9h15

        isa dit

        C’est vous fait rire plplalbe ? c’est pourtant bien d’une irréprochable bêtise.