La grande bagarre de Don Camillo

Deux faits qui ne passionnent pas les foules, deux faits contradictoires, éclairent en ce mois de septembre de l’an de grâce 2011 le nouvel état de la raison.

À Rome, le 14 septembre, la Congrégation pour la doctrine de la foi, après entrevue avec Mgr Fellay, supérieur de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, publie un communiqué de presse d’où il ressort que les dénommés « intégristes » ont désormais la capacité de retrouver la communion avec l’Eglise universelle s’ils acceptent un Préambule doctrinal que leur soumet l’autorité romaine, laissant ouverts à la discussion théologique certains énoncés du Concile Vatican II.

En France, le 13, à Lunel, petit bourg de l’Hérault, Jean-Baptiste Santamaria, un professeur de philosophie dénoncé par les vigilants locaux, en l’occurrence le SNES et la FCPE, qui ont bénéficié du truchement complaisant du Midi Libre et de France 3, est mis à pied au motif de son passé d’extrême-droite. Quelles idées sinistres le pestiféré avait-il prévu de développer dans ses cours ? On ne le saura jamais puisque sitôt nommé, « après dix ans de placard » écrit-il au Défenseur des droits qu’il a saisi, il a été épuré. Il est plaisant de remarquer en passant que la dame patronnesse de la FCPE qui n’a fait que son devoir de délation citoyenne a elle-même figuré sur une liste électorale du Parti Socialiste.
L’affaire demeure obscure puisque nous ne disposons pour le moment que de l’appel des vigilants d’un côté et de la lettre que le professeur incriminé a envoyée à l’ancienne Haute Autorité de l’autre.

Si cependant il était établi que le nettoyage idéologique se soit déroulé ainsi, nous nous trouverions devant une situation propre à dérouter l’observateur commun du XXIème siècle : à Rome, la Rome inquisitoriale, dogmatique et intolérante des manuels d’histoire, on discute, on parle, on raisonne, on argumente avec douceur, componction et respect des opinions d’autrui, pour intégrer ; en France, sous la République des Lumières, la tolérante, l’éclairée, la relativiste des manuels d’instruction civique, on exclut, on condamne, on cloue au pilori, on disperse et on ventile. Sans aucune forme de procès. Pour écraser.

À Rome, on organise des conciles, on réunit des synodes, on crée des commissions théologiques internationales, enfin on reprend le vieux principe de la disputatio médiévale, on fait avec Saint Thomas comparaître la théologie au tribunal de la philosophie et de la raison pour établir son statut.
Ô République, où sont tes conciles, tes Etats-Généraux, tes loya jirga, ton Assemblée ? Certes, parfois le Parlement légifère sur des questions annexes, certes parfois on réunit le Congrès pour décider l’adoption d’un Traité que le peuple a réfuté la veille. Parfois des groupes de pression manipulent des directives ministérielles pour imposer une théorie aux manuels de Sciences de la Vie et de la Terre. Mais où sont l’argumentation, la contradiction et l’objection ?

L’antique République repose sur une Déclaration et une Constitution, ô combien de fois retouchée. Elle gouverne sous le vent, à la dérive. « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté » : l’inquiétant dicton de Saint-Just domine encore son esprit. Quant à savoir qui définit les modalités et l’essence de la liberté, c’est une autre paire de manches. Comme un vieux régime totalitaire tout pourri du XXème siècle, elle exclut, elle épure, elle fait de la moitié de son peuple un dissident. Elle a oublié la raison et la mesure. « Les dieux rendent fous ceux qu’ils veulent perdre ».

Cette République n’a rien pour durer.

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